En début de semaine d’ouverture des 45e Rencontres Arles Photographie se tenait à l’Hôtel Nord Pinus la conférence de presse qui réunissait le directeur et le président du festival, Messieurs François Hébel et Jean-Noël Jeanneney.

Les deux hommes passionnés, à la tête des rencontres depuis quinze ans, s’apprêtent certes à tirer leur révérence (assurant cette année leur dernière édition), mais n’ont pas dit leur dernier mot. Ce duo complice aborde cette nouvelle édition avec un engagement et une curiosité photographique que les polémiques récentes n’ont pas entamés.

François Hébel, conférence de presse sur les Rencontres Arles Photographie
La conférence de presse qui se tenait ce mardi 8 juillet à l’Hôtel Nord Pinus.

Bien sûr, il a été question des changements qui s’annoncent, avec le rachat du site emblématique des ateliers SNCF par la fondation LUMA. Jean-Noël Jeanneney a rappelé brièvement la situation. « C’est très simple. Nous avions souhaité que les ateliers, auxquels les Rencontres avaient donné un lustre inédit, soient partagés durablement, avec sécurité, entre l’argent privé, généreux, du mécénat et l’argent public de l’intérêt collectif. »

Avec son ton calme de l’homme d’expérience et ses mots choisis révélant une élégance rare, le président explique leur déconvenue en découvrant que les « puissances publiques, à différentes hauteurs de la République » ont préféré « vendre les ateliers à une seule personne, qui est Mme Maja Hoffmann ». Il ajoute : « Jamais nous n’avons placé notre lutte en une opposition binaire entre Maja Hoffmann et nous. (...) Simplement, nous avons le sentiment qu’une République bien constituée dans l’ordre culturel est faite d’un équilibre entre les initiatives privées et publiques. Ce n’est pas le modèle américain, que certains nous ont prôné et qui est en crise aujourd’hui. »

Arles, Ateliers LUMA
Certains des ateliers SNCF n’appartiennent déjà plus au festival.

Si les passions semblent laissées derrière, l’enjeu et l’inquiétude pour le festival occupent toujours les esprits. Mais François Hébel est entier, à l’image de ces Rencontres auxquelles il a su donner, en quinze années de direction, une identité forte et singulière. « Le regret, c’est quelque chose que je ne connais pas ! » affirme-t-il fermement. Pour autant, il assume le terme « d’échec » concernant cette rupture avec le festival. « Nous n’avons pas réussi à faire que cette ville ait à la fois une merveilleuse fondation LUMA et un festival de photo avec des lieux qui ne cessent de s’améliorer. » Il nuance immédiatement. « Arles c’est à Arles, ça ne peut avoir lieu qu’à Arles. Malgré l’échec, le sens de l’histoire est que les Rencontres continuent à grandir à Arles. »

Il sait que son successeur Sam Stourdzé aura des étapes difficiles à franchir, mais ne met pas en doute sa capacité à donner un nouveau souffle aux Rencontres. Pour le président, Jean-Noël Jeannneney, cela passera sûrement par l’acquisition de lieux durables d’exposition pour le festival. Selon lui, devoir changer de configuration d’espace d’année en année ne peut qu’affaiblir les Rencontres. Ce coude à coude avec d’autres acteurs de la vie culturelle arlésienne ne sera pas de tout repos. Et seul un homme neuf pouvait s’attaquer à ce challenge avec toute l’énergie nécessaire à cette énième métamorphose.

Arles, les ateliers SNCF
Les ateliers SNCF.

François Hébel n’a pas fui les questions mais a su conclure rapidement le sujet : « Nous avons débattu cet hiver, dans des temps faibles comme dirait Depardon, de ces enjeux et de cette bataille. Il y a aujourd’hui des artistes, des collectionneurs et des commissaires qui ont fait des efforts considérables pour être là. Ce serait une insulte de continuer à parler de tout cela. Faisons honneur à ceux qui créent. »

Des collectionneurs, justement, il y en a en nombre cette année, qui investissent notamment le grand Espace Van Gogh ainsi que le Bureau DesLices, nouvel espace dédié au festival pour pallier les ateliers SNCF déjà en travaux.

« La façon dont je fais le programme est totalement déstructurée » lance François Hébel. Et Jean-Noël Jeanneney de renchérir, amusé : « Mais après, je suis chargé de mettre un peu d’ordre ! »

Ainsi, pour François Hébel, comme chaque année, cette programmation s’est construite peu à peu, au gré des surprises et des envies présentes depuis longtemps. « Mes sélections sont toujours le fruit de rencontres individuelles. » Dédouané de son sacerdoce, il avoue avec légèreté que parfois, le sens s’impose a posteriori. C’est le cas des collections. François Hébel a réalisé après coup à quel point le paysage de la photographie évoluait dans ce domaine, avec l’émergence de nouveaux collectionneurs beaucoup plus variés. Citons le photographe Martin Parr et ses livres chinois que le visiteur découvre à la lueur d’une lampe baladeuse, tel un enfant explorant les trésors d’un vieux grenier...

Arles 2014, Collection Martin Parr
Au Bureau DesLices, c’est le visiteur qui éclaire l’exposition.

Fidèle à sa volonté de faire des Rencontres d’Arles un état des lieux exhaustif de la photographie sous toutes ses formes, le directeur a donc choisi d’exhiber à sa parade des cartes postales coloniales, des collections d’objets photographiques vernaculaires, mais aussi les maîtres contemporains, de Clergue à Bailey en passant par la jeune génération, des héritiers d’une esthétique classique aux iconoclastes hollandais.

Le lendemain de la conférence de presse, nous retrouvons François Hébel à son QG de la rue Fanton pour essayer d’en savoir un peu plus sur son ressenti de cette dernière saison. La journée touche à sa fin, l’homme est pressé, sollicité de toutes parts, mais rien ne lui échappe. Surtout pas l’émotion de quitter ses fonctions.

Que chaque jour de cette semaine d’ouverture résonne comme un préambule au mot « fin » ne change pas le travail qui lui incombe. Certes, il y a eu un sentiment d’urgence au moment de la préparation, de ne pas passer à côté d’un artiste qu'il n’aura plus l’occasion d’exposer dans ces mêmes conditions.

Mais ce n’est pas la nostalgie qui l’emportera. Personnage de passion et d’engagement, il l’est, c’est indéniable. Même s’il court partout dans cette ville qui l’a un tantinet trahi, François Hébel accorde le même attachement qu’autrefois à prendre le temps : assis aux derniers rayons du soleil, il parle de son festival, ses artistes, qu’il accompagne depuis plus de trente ans.

Rencontres Arles Photographie 2014, François Hébel, directeur du festival
François Hébel, atelier de Chaudronnerie, Rencontres d'Arles 2014. © Marguerite Bornhauser

Si vous lui demandez de se retourner vers ses souvenirs pour évoquer le pire comme le meilleur, le directeur rappelle avec une certaine distance des faits très concrets. Ce fut dur de reprendre les Rencontres en 2001, avec un budget endetté pour moitié, mais sa plus grande satisfaction reste d’avoir créé de l’emploi pérenne en Arles, grâce aux contrats de qualification mis en place auprès des employés du festival.

François Hébel vit pour la photographie et ça n’est pas près de s’arrêter. Il travaille déjà sur un nouveau projet, pour instituer une Biennale à Bologne, après une première expérience lancée l’an dernier. Innover, sans cesse ! Il s’attaque donc à une « niche » de la photo encore mal connue : l’image dans son rapport au monde du travail. Il y a là beaucoup à inventer pour montrer cet autre versant de la photographie.

Quant à son successeur pour les Rencontres d’Arles, François Hébel ne souhaite qu’une chose : « de faire tout différent. »

Arles, Rencontres 2014, les ateliers SNCF
Les ateliers SNCF, pomme de discorde entre le festival et la fondation LUMA.

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> Un avenir incertain pour les Rencontres Arles


Les 45e Rencontres Arles Photographie
Expositions du 7 juillet au 21 septembre
13200 Arles
10h - 19h30

Tarifs des entrées par lieux : voir les informations
Forfait 1 journée : voir les informations
Forfait toutes expositions : voir les informations
Forfait septembre : voir les informations

À lire :
> « Le Sillon sans relâche », éditorial par Jean-Noël Janneney
> « Parade », éditorial par François Hébel

> Toute l'actualité des Rencontres d'Arles
> Le site des Rencontres

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