Cette 45e édition des Rencontres Arles Photographie rend un vibrant hommage à celui sans qui les Rencontres n’auraient peut-être pas vu le jour : Lucien Clergue.

Cette aventure photographique est en effet née en 1970 de la volonté de quelques passionnés, dont Lucien Clergue, aux côtés de Jean-Maurice Rouquette alors conservateur du musée Réattu, Michel Tournier et Alain Desvergnes, rejoints par Maryse et Antoine Cordesse. Un festival fait de créations en cours, de photographes repoussant les limites de l'image fixe, de rencontres foisonnantes, et ce, depuis 45 ans.

Né en 1934 à Arles, Lucien Clergue remplit d'abord sa vie d’enfant et d’adolescent par la musique et tout particulièrement le violon, avant de se consacrer à la photographie avec une ombre au tableau : la guerre. La guerre, alors qu'il n’a que 15 ans et travaille à l’usine pour subvenir aux besoins de sa mère. Ses premiers travaux photographiques sont ainsi profondément marqués par le deuxième conflit mondial, ses ruines, la pauvreté, les saltimbanques et la tauromachie.

En 1953, c’est à la sortie d’une corrida aux arènes d’Arles qu’il fait la connaissance de Pablo Picasso. Rencontre décisive et déterminante pour le jeune Clergue, qui le pousse à faire le grand saut dans la photographie et inaugurera une amitié de 30 ans. C’est ainsi qu’il allie au départ la photographie à l’univers des peintres, écrivains et poètes comme Jean Cocteau ou Michel Tournier. Il sera sensible à la création artistique de son temps, quelle qu’elle soit. Ses portraits photographiques de Picasso font partie de la mémoire collective : Picasso à la cigarette, au miroir, à Mougins, à la plage, en famille, avec Manitas de Plata...

Lucien Clergue, L'Arlequin de la grande récréation, 1954
L'Arlequin de la grande récréation, Arles, 1954.

Une autre figure importante — de la photographie cette fois — est indissociable des débuts de sa carrière : c’est Edward Steichen. Alors directeur du département de la photographie au MoMA, ce dernier lui offre la possibilité d’exposer quelques clichés. Son invitation permettra à Lucien Clergue de découvrir l’architecture américaine, par laquelle il est fasciné. "Lorsque j’arrive à New York cette année-là", se rappelle-t-il, "je découvre une ville symbole du carré de l’architecte. Une vision tout à fait inattendue pour moi, venant d’une cité romaine et romane, où la courbe est reine. C’est ici, puis à Brasilia ou Chandigarh, que je commence à lier d’étroites relations avec des architectes tels qu’Oscar Niemeyer ou Marcel Breuer."

Lucien Clergue, Nu de la mer, 1957
Nu de la mer, Les Saintes-Maries-de-la-Mer, 1957.

En regardant les archives de Lucien Clergue, on se rend vite compte que des thèmes sont récurrents dans son approche visuelle. À ceux déjà cités ci-dessus s'ajoute le nu féminin, souvent associé à la mer et à une certaine sensualité du sud liée à sa Provence natale. Qui n’a pas à l’esprit un des nus zébrés de lumière où Lucien Clergue nous donne à voir une autre vision/mise en lumière du corps féminin et de ses courbes. Son style identifiable s'associe à un cadrage qui montre rarement, voire jamais, le visage de ses modèles, les faisant devenir par cet anonymat les symboles mêmes d’une certaine féminité « méditerranéenne » baignée de soleil, d’eau et de sable.

Lucien Clergue, Nu, 1980
Don au musée Réattu, 1980 © Clergue 2014.

Lucien Clergue a œuvré toute sa vie pour la reconnaissance de la photographie comme un art à part entière. En 1970, alors que ce médium n’a pas encore réellement de marché en France, il fonde les Rencontres internationales de la photographie avec une poignée d’amis — l’avenir de ce festival, on le connaît ! En 1982, il contribue à la création de l’École nationale de la photographie. Dans cet ordre des choses, c’est tout naturellement qu’il devient en 2006, le premier photographe à endosser le costume d’académicien à l’Institut de France, dans la nouvelle section consacrée à la photographie.

lucien clergue
Don au musée Réattu, 1980 © Clergue 2014.

Alors que l’histoire de la photographie compte désormais 175 ans, les Rencontres internationales de la photographie, 45 ans, et Lucien Clergue, 80 ans, cet été arlésien sera l’occasion de voir ou revoir le travail de ce natif autodidacte qui a publié plus de 75 ouvrages et réalisé une vingtaine de courts et moyens métrages, à travers deux expositions. L’une dans le cadre des Rencontres, du 7 juillet au 21 septembre à l’Atelier de Chaudronnerie, la seconde dans le cadre du musée : « Les Clergue d’Arles, photographies de Lucien Clergue dans les collections du musée Réattu », du 5 juillet au 4 janvier 2015.

clergue

Les hommes et les femmes de Lucien Clergue
Exposition du 7 juillet au 21 septembre
Atelier de Chaudronnerie
13200 Arles
10h - 19h30
9 € (ou forfait)

> Toute l'actualité des Rencontres d'Arles
> Présentation de l'exposition sur le site des Rencontres


Les Clergue d'Arles
Exposition du 5 juillet 2014 au 4 janvier 2015
Musée Réattu
13200 Arles
Jusqu'au 31 octobre : 10h-18h
Du 2 novembre au 4 janvier : 10h-17h
Fermé le lundi
Tarif plein : 7 € ; réduit : 5 € ; Arlésiens : 3 €

> Informations pratiques
> Le site du musée Réattu à Arles
> Présentation de l'exposition sur le site du musée

PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation