Le vendredi 30 mai 2014 a été inauguré le 11e festival photo de La Gacilly. Et cette année, ce sont les États-Unis qui sont à l'honneur. Les grands noms de la photographie outre-Atlantique se sont donné rendez-vous sur les terres bretonnes pour le plus grand plaisir des amoureux de belles images.

Et pour célébrer cette nouvelle décennie, les invités sont prestigieux : Ansel Adams, Michael Nichols, Pete McBride, John Morris, Steve McCurry et bien d'autres viennent apporter quelques intonations américaines à cet événement très armoricain. La rédaction (à savoir moi) est donc partie sur leurs traces et en a profité pour prendre un grand bol d'air breton.

À l'entrée de la ville et du festival, on peut découvrir la superbe série "Colors" du grand Steve McCurry annonçant clairement le ton américain de cette édition.


Le parcours s'étend à tout le centre-ville de cette petite commune d'habituellement 2 000 habitants. Au fil des pérégrinations, on peut admirer les prises de vues historiques de l'homme marchant sur la lune, réalisées il y a 45 ans par la NASA, sur le mur de la Maison de la photographie.

photos NASA la Gacilly
© NASA

À l'intérieur du bâtiment, ce sont deux autres photographes américains qui sont mis en lumière. Le premier, Michael Nichols, nous offre d'époustouflants moments de vie sauvage avec ses photographies d'animaux de la savane. De la couleur au noir et blanc, les clichés sont de superbes témoignages méritant toute leur place dans ce festival comme dans les pages du National Geographic.


© Michael Nichols

À l'étage, on peut ensuite découvrir le travail d'Ansel Adams, un photographe disparu en 1984 et très impliqué dans la protection des espaces et des espèces sauvages. Ce précurseur de la photographie engagée a concentré toute une partie de son œuvre sur le parc national de Yosemite. Un travail de longue haleine, qui court sur plusieurs années et montre à quel point le photographe était attaché à cet écosystème unique, creuset de l'imaginaire américain.

Ansel Adams La Gacilly
© Ansel Adams

La visite se poursuit dans les jardins avec l'exposition des clichés de Brent Stirton. Sa série s'inscrit et s'expose en parallèle des épreuves réalisées par Edward S. Curtis qui, en 1864, a immortalisé le peuple des Navajos déporté la même année. Brent Stirton est donc parti 150 ans plus tard voir ce qu'il restait de ce peuple amérindien chassé de ses terres. On y retrouve un émouvant témoignage photographique.

Brent Stirton-Edward Curtis, la Gacilly
© Edward Curtis et Brent Stirton

Plus loin, le parcours nous fait découvrir les photographies très contrastées de Pete McBride. Dans de superbes compositions aux couleurs très saturées, le photographe révèle la paradoxale beauté des paysages choisis par rapport à ce qu'ils recouvrent en réalité. Ici, le cours sinueux d'une rivière d'un bleu presque turquoise cache en fait un fleuve presque tari. Là, une cabane en bois au bord d'un torrent n'est qu'un vestige du temps des chercheurs d'or.

Pete Mc Bride La gacilly
Les clichés de Pete McBride.

Dans la même thématique, la série de photographies de David Maisel s'expose en parallèle de celle de Pete McBride. Les compositions extrêmement géométriques et les couleurs également très vives ne font que renforcer l'impression de dégradation des paysages par l'humain. De très beaux clichés, assez forts et laissant filtrer un regard finalement désabusé sur la nature humaine.

David Maisel La Gacilly
La série de David Maisel.

La suite de l'exposition nous propose un retour en pays breton avec deux photographes primés par le festival, qui accorde toujours une place importante aux photographes de la région. Sont mis à l'honneur cette année Georges Mérillon et Patrick Messina, à travers des clichés simples mais efficaces.

Georges Mérillon a choisi de mettre en lumière le Morbihan comme lieu de villégiature. Parcourant le département en long, en large et en travers, il a obtenu des portraits à la fois émouvants et plein d'authenticité.

Georges Mérillon La Gacilly
Georges Mérillon parle à la Quiberonnaise qui sommeille en moi.

Les clichés de Patrick Messina donnent quant à eux un tout autre ton. Le photographe a réalisé ses photos à la chambre et a demandé à ses enfants de se glisser dans chaque prise de vue. Une sorte de fil conducteur qui lui permet de mettre en scène les paysages du Morbihan.

Patrick Messina La Gacilly
Les paysages de Patrick Messina, dans lesquels ses enfants sont cachés.

L'exposition se poursuit avec le travail d'une jeune photographe qui n'a pas grand-chose de breton. Pour sa série "How Much Can You Carry", Floriane de Lassée a parcouru le monde à la rencontre de ceux qui semblent porter toute leur vie sur leurs épaules ou leur tête. Ces marcheurs qui transportent inlassablement le long des routes leurs biens les plus précieux, Floriane les a immortalisés. Elle en a tiré des portraits posés, pleins d'émotion, et nous offre un regard particulier sur le monde. Sa série traduit à la fois le poids visible que charrient ces voyageurs particuliers et le poids plus abstrait de leur vie entière.

Floriane de Lassée La Gacilly
L'une des compositions de Floriane de Lassée.

Dans cet immense parcours photographique, on peut également s'arrêter devant les instantanés d'Édouard Boubat, et notamment celui qui illustre l'affiche du festival. Contemporain de Robert Doisneau et Willy Ronis, ce photographe du XXe siècle a su capturer ces simples instants de vie, d'apparence anodins, mais qui sont constitutifs d'une existence. Disparu en 1999, il est représentépour ce festival par son fils qui présente la série D'un rêve à l'autre : photographier la vie.

Edouard Boubat, La Gacilly
Les clichés d'Édouard Boubat.

L'avant-dernier photographe dont j'aurai l'occasion d'admirer le travail avant la fin de ce voyage de presse a décidé par sa série "Global WarmingA melting Artic" d'alerter le public sur la fonte alarmante des glaces de l'Arctique. De l'Islande à l'Alaska, Guillaume Herbault a parcouru ces terres glacées pour en rapporter des clichés, comme autant de témoignages sur ces paysages voués à disparaître. Il accompagnes ses photographies de textes résumant combien il est important de préserver ces lieux — un voyage impressionnant dans les territoires enneigés du Grand Nord.

Guillaume Herbault, la Gacilly
L'une des grandes routes d'Islande, pays convoité par la Chine pour son transport de marchandises.

Pour terminer cet ébouriffant voyage photographique, le parcours mène au labyrinthe végétal dans lequel ont été exposés de nombreux clichés du photographe américain Nick Brandt. Le regard sombre que porte l'artiste sur la disparition de la faune sauvage africaine laisse sans voix. Le travail de composition est impeccable, les clichés, percutants, et le cadre verdoyant apporte un contraste stupéfiant, plaçant largement Nick Brandt parmi les cinq photographes à retenir cette année à La Gacilly. On this Earth, a shadow fall across the ravaged land est sans conteste l'une des séries phares de ce festival.

Nick Brandt, La Gacilly
© Nick Brandt

Quoi qu'on en dise, le festival photo de La Gacilly a su allier la beauté de la photographie avec un message écologique. Cette année plus que les autres, le message est on ne peut plus clair. Tous ces clichés exposés dans le petit centre-ville de la commune sont là pour nous rappeler que notre belle planète n'est pas éternelle et que les panoramas qu'elle nous offre pourraient bien disparaître plus vite que ce à quoi nous nous attendons. Le message passe, mais n'est pas martelé à coups de déclarations alarmistes et c'est sans doute là la grande force de La Gacilly. On y vient d'abord pour la beauté des photos, on en repart des rêves et de réflexions plein la tête.

Si vous passez par la Bretagne, sachez que vous avez jusqu'au 30 septembre pour découvrir les talentueux photographes de ce festival.



Festival Photo La Gacilly
Du 31 mai au 30 septembre 2014
La Gacilly, Morbihan.
Gratuit.

Toutes les informations sur le site du festival

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