Présentation

Le Sony Alpha 77 II vient rajeunir son vaillant aîné. Sorti il y a trois ans, il avait jeté un sacré pavé dans la vitrine des reflex "classiques" en proposant une visée électronique dans un boîtier plutôt destiné aux experts, souvent assez conservateurs en termes d’habitudes de travail.

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain

Je l'ai dit : pour ne rien vous cacher, je me range de bon gré dans la catégorie des vieux schnocks pour qui la qualité de la visée optique joue pour beaucoup dans l’agrément et l’habileté de l’acte photographique. Mais il me semblait justement intéressant de faire un point sur les évolutions de la visée électronique et de constater, de mes propres yeux de béotien a priori peu convaincu, les avantages que cette technologie pourrait présenter. C’est le retour de cette petite expérience de deux semaines avec l'Alpha 77 II que je vous propose de partager ici.

Rappelons si besoin le principe novateur de cette famille de boîtiers à visée vidéo. Dans un reflex à visée optique, le miroir de visée laisse passer une petite partie de la lumière vers un miroir de retour accolé à 90° au miroir de visée reflex, pour apporter des infos au module autofocus situé dans le bas du boîtier. Il faut donc que le miroir de visée redescende entre chaque vue pour que le module AF puisse faire son travail, d’où le fort bruit de mitraillette peu discret lors des rafales.

Le Sony Alpha 77 dispose également d’un miroir semi-transparent placé à 90° juste devant le capteur (comme un reflex), mais celui-ci reste toujours en place : une partie de la lumière est renvoyée vers le module AF situé cette fois dans le haut de la chambre d’exposition, et le reste est envoyé directement sur le capteur, de façon permanente. Il y a donc moins de lumière qui arrive sur le capteur que sur un reflex "optique", mais on peut visualiser en direct ce que voit le capteur. On acquiert ainsi une visée "WYSIWYG" ("what you see is what you get"), prenant en compte tous les paramétrages de traitement numérique de l’image, ce dont sont évidemment incapables les reflex en visée optique. Vous pouvez par exemple prévisualiser le monde en noir et blanc si vous souhaitez obtenir ce type de rendu, plutôt que de devoir vous faire une image mentale de ce que deviendra votre scène une fois la prise de vue effectuée. Qui a parlé d’une technologie pour photographe fainéant et sans imagination ?

Boîtiers Sony Alpha, comportement du rayon lumineux

Par ailleurs, le capteur ne sera a priori pas trop exposé aux poussières, mais le miroir se devra d’être bien propre, sachant qu’il est encore plus exposé que le capteur d’un reflex aux attaques de l’extérieur.

Prise en main

Les utilisateurs de reflex ne seront pas dépaysés : l’ergonomie est globalement très proche des boîtiers de la concurrence et on trouve rapidement ses marques. Assez peu de fonctions sont directement accessibles (rafale, ISO et balance des blancs), mais une touche Function permet d’accéder rapidement à plus de réglages (format de fichier, mode de mesure, correction flash, zone de mise au point…) et ce menu est personnalisable.

De manière générale, les menus proposent de nombreuses solutions de personnalisation, plaçant l'Alpha 77 2 sur le créneau des connaisseurs et des photographes aimant régler leur boîtier aux petits oignons. Nous déplorons toutefois le petit nombre de chapitres organisant l’interface ("Prise de vue", "Réglages", "Sans fil", "Lecture" et un incompréhensible onglet "Valise") : du coup, le très grand nombre de pages dans les menus de chaque famille de réglages ainsi que leur placement — semblant parfois choisi "au pif" ne facilitent pas la compréhension des fonctionnalités…

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, prise en main

La navigation dans les menus et images peut se faire par les molettes, ou par le petit joystick dont la manipulation est loin de nous avoir convaincus. Nous conseillerons d’opter rapidement pour le jonglage molette avant/arrière afin de gagner en aisance et en efficacité, après un peu d’entraînement.
Le recours au joystick restera toutefois obligatoire pour la sélection des collimateurs AF : il faudra donc apprendre à le maîtriser. Soulignons que celui-ci peut être utilisé pour activer la mise au point AF (comme le déclencheur à mi-course), ce qui est une bonne chose puisqu’il fera office de touche "AF-ON" que l’on trouve sur les boîtiers professionnels. Dans ce cas, il est bien sûr possible de désactiver l’activation de l’AF au déclencheur et de désolidariser totalement prise de vue et AF, configuration que de plus en plus de photographes adoptent.

Sony Alpha 77 II (A77 2), menu Prise de vue, 5e page (sur 9)

Les possibilités de contorsion du moniteur arrière sont assez impressionnantes : il y a presque moyen de s’y perdre, tant les orientations sont multiples ! Tout est possible et cette souplesse permet vraiment d’expérimenter des cadrages variés. La résistance de la charnière aux manipulations musclées semble bonne, mais la rotule aurait tendance à inspirer moins de confiance. Elle a néanmoins résisté à mon traitement de choc durant deux semaines et seule une utilisation prolongée pourra en vérifier la fiabilité.

Sony Alpha 77 II (A77 2), l'écran arrière pivotable et inclinable

La connectivité Wi-Fi est un modèle du genre : très simple à mettre en place et bien stable. Une fois installée l’application PlayMemories (tout un programme) sur sa tablette/smartphone, il suffit de se connecter au réseau ad hoc créé par l’Alpha, et on bénéficie ainsi du retour vidéo, de la visée et de la possibilité de déclencher depuis le iBidule. En termes de contrôle, ça s’arrêtera là, car le boîtier est en pilotage automatique : on pourra seulement régler depuis le smartphone l’activation ou non du retardateur et du flash.

Sur le terrain

Vous pouvez télécharger les photos en haute définition en cliquant dessus, et retrouver des fichiers RAW en haute définition sur la page Exemples de photos.

La visée

Attaquons l’épreuve du feu après ce rapide tour du propriétaire, en commençant par cette fameuse visée électronique.

Sony Alpha 77 II (A77 2), prise en vue en noir et blanc

Force est de constater que la visée vidéo a fait de sacrés progrès, et on a de plus en plus l’impression de mettre l’œil dans un "vrai" viseur : image bien définie, avec une belle fluidité et une dynamique qui ne crame pas trop vite les hautes lumières ni ne bouche les ombres. De plus, le viseur est assez spacieux et confortable.
Toutefois, la visée se fait à pleine ouverture, comme sur un reflex. On dispose donc d’une touche d’aperçu fermant le diaphragme à la valeur demandée pour évaluer la profondeur de champ. Et là, quelle que soit la valeur sélectionnée, la fluidité de la visée vidéo chute fortement, ce que ne font pas beaucoup d’autres reflex classiques lorsqu’on les passe en visée sur écran. C'est dommage de la part d’un boîtier dont c’est la spécialité… Nous aurions apprécié pouvoir travailler en permanence à diaphragme réel, tout en bénéficiant d’un affichage exploitable malgré la montée de bruit qui semblerait dans ce cas inévitable.

Sony Alpha 77 II (A77 2), prise en main, visée

La visée peut se faire au choix sur le moniteur ou dans le viseur, et on peut passer de l’un à l’autre manuellement via un bouton dédié, ou automatiquement. Il n’est donc pas possible de rester en position viseur tout en ayant les images et les menus qui s’affichent sur le moniteur. Je dois avouer que cette habitude contrariée de photographe à visée optique m’a un peu agacé au début.
On finit cependant par se faire à l’idée de voir l’image dans le viseur, mais il nous semblerait intéressant de proposer cette solution hybride, notamment pour les menus, car les régler en gardant l’œil au viseur présente un vrai risque de se mettre un pouce dans le nez pour les maladroits un peu pressés dans mon genre...

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, contre-jour et clair-obscur

La lenteur à l’allumage et à la sortie de veille nous a souvent semblé rédhibitoire, ou en tout cas très agaçante pour photographier sur le vif. Nous avons résolu ce problème en n'éteignant jamais l’appareil durant une balade, et en poussant le délai de mise en veille à 30 minutes (le maximum).
Pour la même raison, nous avons fini par opter pour le choix manuel entre visualisation sur moniteur ou viseur, en restant la plupart du temps sur ce dernier, pour gagner en cohérence ergonomique et économiser la charge de la batterie : en effet, l’aperçu dans le viseur s’active sitôt que l’œil s’en approche et s’éteint dès qu’il s’en éloigne. Avec ce traitement, la batterie tenait une petite journée de balade photographique.

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, sujets en mouvement en extérieur en noir et blanc

Enfin, la durée d’affichage de l’image dans le viseur après prise de vue peut être réglée sur trois niveaux (jusqu’à 10 secondes), sachant qu’une pression sur le déclencheur à mi-course fera revenir sans délai à la visée directe. Il est aussi possible de désactiver complètement l’affichage de l’image pour se concentrer sur la prise de vue en continu.

La mise au point

En ce qui concerne la mise au point et la photographie d’action, il s’agit là d’un très bon boîtier, très complet et performant. L’AF est très véloce et peut être activé automatiquement lorsqu’on approche l’œil du viseur pour plus de réactivité. Cette option est disponible également en AF-S, ce qui rend ce mode encore plus polyvalent, puisqu’il est de type continu pour la visée : une pression à mi-course du déclencheur vous permettra de verrouiller la mise au point rapidement, celle-ci ayant été déjà dégrossie.

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, paysage urbain en noir et blanc

Le module AF est très rapide et capable de suivre des sujets en mouvement rapide lors d’un recadrage ou un suivi en rafale. Les configurations sont multiples, mais les termes souvent abscons mériteront une lecture approfondie du mode d’emploi pour les maîtriser pleinement. Le module AF et la motorisation SSM des objectifs (nous avons utilisé les 16-50 mm f/2,8 et Planar 50 mm f/1,4) nous ont semblé tout à fait aptes à la prise de vue d’action.
Il faut d’ailleurs souligner que l’Alpha 77 2 est le seul de sa catégorie à offrir un suivi AF à une cadence rafale record de 12 i/s, grâce bien sûr à son miroir inamovible. Cette caractéristique le rend en outre plus discret que beaucoup de ses concurrents, puisque seul l’obturateur s’actionne à la prise de vue, limitant le bruit et les vibrations et rendant la mécanique de prise de vue plus souple.

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, architecture en noir et blanc

Pour les prises de vue plus calmes et plus posées, de type paysage ou portrait, un mode peaking en mise au point manuelle vous affiche en jaune les zones nettes, aide très pratique et efficace, qui peut de plus être activée simplement et rapidement en appuyant sur une touche dédiée et facile d’accès. Cette commande permet de basculer immédiatement en mode manuel, et fait donc aussi office de verrouillage de la mise au point lorsque vous êtes en AF-C.

L’exposition

Nous disposons classiquement de trois modes de mesure, dont un mode "Multi" prenant en compte l’ensemble de la scène. Celui-ci est bien équilibré, même dans des situations un peu pièges, bien qu’il nécessite des corrections dans les cas classiques de contre-jour ou de fonds sombres de type concert. L’intérêt ici de la visée vidéo (qui affiche l’image qu’on obtiendra) est de constater immédiatement une erreur éventuelle de l’appareil sans quitter le viseur, et de pouvoir en conséquence faire rapidement un éventuel ajustement d’exposition.

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, sujets en mouvement en intérieur en noir et blanc

La correction d’exposition peut d’ailleurs être directement activée en tournant la molette sans recourir à la touche de correction. Une bonne nouvelle, car cette touche est mal placée et peu accessible sans quitter le viseur. Les corrections d’exposition sont en outre bien simulées par l’affichage vidéo, ce qui évite les erreurs potentielles de manipulation et d’anticipation.

Enfin, un mode d’affichage par clignotement des hautes lumières ET des ombres est proposé, limitant le recours systématique à l’histogramme et rendant le diagnostic sur la qualité de l’exposition plus efficace et intuitif. Pour les adeptes de cette aide graphique est cependant proposé, parmi les options d’affichage (accessibles par la touche Display), un histogramme de luminosité en temps réel, pratique pour les prises de vue de paysage ou d’architecture.

La qualité d’image

Le Sony Alpha 77 II incorpore des traitements logiciels des défauts optiques de vignetage, aberrations chromatiques et distorsion. Ceux-ci sont efficaces, puisqu’une fois activés, le résultat sur ces trois critères est bon. Seule la correction de la distorsion peut être un peu perturbante, puisque l’image capturée et affichée diffère légèrement en cadrage de l’image prévisualisée. On pourra pour cette raison préférer désactiver cette correction.

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, paysage urbain en noir et blanc

Les transitions entre zones de netteté et flous de profondeur de champ sont assez raides avec le 16-50 mm, plus fondues avec le 50 mm, ce qui semble assez logique. Attention toutefois lorsque vous travaillez à très grande ouverture, car "l’effet guillotine" de la profondeur de champ est assez marqué.

Sur les zones nettes, le piqué est bon, moyennant une légère augmentation de l’accentuation d’un ou deux crans. En revanche, le lissage en haute sensibilité est vite excessif et dilue rapidement les détails dès 1 600 ISO, malgré un réglage de réduction du bruit sur le niveau Faible. Ce lissage excessif est certainement lié à une montée de bruit rapide, elle-même vraisemblablement due à la perte de lumière imposée par le miroir, qu'il faut compenser par amplification du signal.
Quoi qu'il en soit, ce choix de lisser de façon importante nous paraît dommage, car le bruit nous semble moins problématique dans une image qu'une perte excessive de piqué... On reportera donc le traitement de la réduction de bruit à la post-production, du moins lorsque l'on pourra travailler en format brut. 

Sony Alpha 77 II (A77 2), test terrain, portrait en extérieur en noir et blanc

Le rendu d’image est assez doux en mode standard, et on pourra avantageusement le doper un peu selon ses goûts en contraste et en saturation. De même, le rendu noir et blanc claque bien une fois ces deux paramètres amplifiés. La balance des blancs est assez juste et constante, y compris en éclairage coloré et scénique. La dynamique est assez ample et se prête bien aux photos de paysages urbains très contrastés, même si un travail d’ajustement plus subtil sera parfois nécessaire sur la base du fichier brut.

Enfin, la stabilisation du capteur est efficace et discrète, ce qui sera utile à la fois pour les poses un peu longues et pour faciliter la visée.

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