Cinq questions, un photographe

Le décor est planté : ici, point de vue aérienne ni de maquette, mais des rues quasiment désertes où seules les façades semblent se tenir là, immobiles, dans un équilibre irréel, ponctuant le paysage urbain.
Sélectionné, entre autres pour les Voies Off 2013 ainsi que le cru 2014 de Circulation(s), Zacharie Gaudrillot-Roy, jeune photographe lyonnais, nous présente avec la série « Façades » sa vision afin de comprendre les enjeux de nos villes en devenir.

La population urbaine mondiale grandissant de manière exponentielle, on peut s’interroger sur le rôle à venir des mutations spatiales de l’espace urbain, et surtout sur les représentations qui le façonnent et le transforment. Le travail de Zacharie Gaudrillot-Roy transcende l’une de ces représentations spécifiques, jouant des relations entre l’imaginaire et le « construit », le réel, en nous invitant à une promenade en territoire fait uniquement d’apparences — les façades, éléments constitutifs et identitaires de la ville.

Une démarche exploratoire et visionnaire du tissu urbain comme une métaphore radicale de l’urbanité contemporaine, où notre perception est déstabilisée par cette métamorphose morphologique de la ville devenue « mutante », laissant l'homme face à lui-même.

« La photographie nous permet peut être de mieux enregistrer une dimension particulière. Elle nous permet de voir au-delà de l’apparence du réel. » Gabriele Basilico.
 
Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades

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Focus numérique Comment et quand a débuté votre histoire avec la photographie ?

Zacharie Gaudrillot-Roy – Déjà quand j'étais gamin, je me souviens que mes parents m'avaient offert un petit Kodak cameo (que j'ai toujours) ; je suis retombé sur des photos que j'avais pu faire avec lors d'une sortie classe verte... c'est loin d'être du grand art, mais on dit toujours qu'avec le recul on arrive à voir les photos d'une différente manière, et c'est plutôt plaisant !

En fait quand j'étais ado je voulais plus m'orienter vers le cinéma, mais avec le temps, j'ai finalement opté pour un domaine qui me correspondait mieux, plus indépendant, je parle évidemment de la photographie ! Raconter des histoires, créer une ambiance, c'est ce qui m'a toujours plu, et la photographie le permet dans plein de cas, que ce soit dans la street photography, la mise en scène, le photomontage... D'ailleurs quand j'ai commencé la photographie, je faisais plutôt de la photo de rue, des errances... comme beaucoup (ce que je continue à faire), et ça restait naturel — c'est important de faire de la photo d'errance à mon sens, ça fait partie de l’essence de la photographie.

Après cela, j'ai été en section photo à l'école de Condé de Lyon, j'ai pu développer d'autres projets personnels, développer de l'argentique (sans mauvais jeu de mots !), post-traiter du numérique... et puis un peu par hasard, à l'issue d'un workshop avec Blaise Adilon (photographe lyonnais) sur le thème de la « ville imaginaire », j'ai pu développer un sujet intitulé « Façades », une ville de décors...

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades

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Focus numérique Quel matériel utilisez-vous ?

Zacharie Gaudrillot-Roy – Pour ce type de photo (photomontage et mise en scène), j'utilise un reflex numérique. Sur la série « Façades 2 » plus précisément, j'ai utilisé un Nikon D300, et pour mes dernières séries numériques, j'utilise le D600.

En parallèle, j'aime aussi utiliser des appareils argentiques, qui me permettent de travailler d'une façon totalement différente, pour des séries sur l'errance ou quelques projets récents (paradoxalement !). J'ai notamment un Rolleiflex qui appartenait à mon grand-père, je pense que c'est l'appareil dont je ne pourrai jamais me séparer : il permet vraiment de travailler différemment, autant par la prise de vue sur dépolis et en 6x6 que par le fait que l'argentique ne donne pas le droit à l'erreur, et on attend parfois longtemps avant de voir ses images ! En argentique j'ai plusieurs projets en cours.

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades 
Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades

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Focus numérique Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’acte photographique ?

Zacharie Gaudrillot-Roy – Déjà, rien que le fait de pouvoir capturer sa vision personnelle des choses : je trouve ça magique. Ce que j'aime avant tout, c'est retranscrire une ambiance qui nous échappe parfois lorsque l'on observe furtivement, et il y a bien des manières de le faire... Je n'hésite pas pour ma part à passer de la photographie brute au photomontage en passant par la mise en scène.

Ce qui est intéressant à mon sens, c'est aussi la question du premier abord, pour n'importe quel sujet : les gens, la ville, le monde qui nous entoure... On a toujours tendance à interpréter les choses sur une première vision, et la photographie pour moi est le meilleur outil pour retranscrire cela. Car c'est une réalité transformée par l'interprétation du photographe, et où chaque « spectateur » de l'image interprétera sa vision à son tour... En prenant ce point de vue, je pense que la photographie peut aller très loin !

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Façades

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Focus numérique Quel est pour vous le photographe incontournable, votre source d’inspiration ?

Zacharie Gaudrillot-Roy – Je ne pense pas qu'il y ait un seul photographe incontournable, il y en a tellement ! Et mon défaut est peut-être d'avoir des goûts très (trop ?) éclectiques !

On va dire qu'à l’origine j'étais inspiré par des photographes travaillant la mise en scène, tels que Jeff Wall ou Gregory Crewdson. Mais en fin de compte, je suis très inspiré par des photographes qui travaillent plus instinctivement ou qui sont moins dans un travail de mise en scène, comme William Eggleston, Fred Herzog, Stephen Shore, Raymond Depardon... J'aime aussi beaucoup le travail d’Eugène Atget qui est devenu un artiste surréaliste à son insu !

Dans les photographes plus contemporains, j'aime beaucoup les travaux de Lise Safarti, Martin Usborne, Todd Hido... Bref, j'aime bien m'inspirer de plein de choses et pas uniquement dans la photographie d'ailleurs ! Cela peut aller de la peinture au cinéma en passant par la musique. Mais ce qui m'inspire le plus pour tout dire, c'est le monde qui m'entoure, quand je me balade... encore une fois l'errance est la principale source d'inspiration de la plupart des photographes !

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Les Anonymes

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Les Anonymes
Série « Les Anonymes »

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Focus numérique Votre prochain projet ?

Zacharie Gaudrillot-Roy – Il n'y en a pas qu'un ! Le principal problème est de se focaliser sur un projet en particulier pour ne pas se disperser, et ce n'est pas toujours facile.

Outre le fait de continuer mes série « Façades » et « Les Anonymes », je cherche à développer d'autres projets, notamment une série où je photographie les arbres (un autre sujet que beaucoup de photographes affectionnent) et où je questionne l'idée de cadrage et de premier abord... mais je préfère ne pas en dire plus, car je n'en suis qu'au début !
J'ai d'autres projets sur le thème de la diapositive entre autres, une technique photographique que j'affectionne particulièrement, ça me rappelle plein de souvenirs de famille, de voyages...

En parallèle de mes projets personnels, je mets aussi en place des expositions à Lyon à l'atelier/galerie l'Abat-Jour (où je travaille) et où j'ai envie de partager la photo en montrant plusieurs visions de différents photographes. Là aussi, je pense que c'est un projet sur le long terme et je compte bien le développer avec d'autres confrères passionnés de photographie !
 
> Le site de Zacharie Gaudrillot-Roy
> Le blog de Zacharie Gaudrillot-Roy

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Les Anonymes

Portfolio, Zacharie Gaudrillot-Roy, série Les Anonymes
Série « Les Anonymes »

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