Cinq questions, une photographe

Gaelle Beri est une photographe au parcours un peu singulier. Avant tout fan de musique punk, c'est cet engouement qui l'a conduite, presque par hasard, à la photographie. Il aura suffi d'un petit festival lyonnais et d'une accréditation photo à un concert de The Cure pour que se développe une vraie passion pour l'acte photographique. De fil en aiguille, son matériel s'est perfectionné tout comme sa technique. Rencontre avec celle qui a immortalisé les plus grands noms du rock.

Portfolio Gaelle Beri 1
© Gaelle Beri

Portfolio Gaelle Beri 2
© Gaelle Beri

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Focus Numérique – Comment et quand a débuté ton histoire avec la photographie ?

Gaelle Beri – Adolescente, j’écrivais pour le magazine de mon école parisienne. Je faisais également un fanzine de musique avec un ami ; c’était surtout l’actualité d’un groupe dont je suis fan : The Cure. J’écrivais les reviews [critiques] de concerts, je voulais être journaliste. J’étais fascinée par les artworks de mes groupes préférés (Nick Cave, Depeche Mode, The Cure évidemment). On a dû l’arrêter en 2005. Il a été publié pendant 10 ans.

Ce qui a un peu fait basculer les choses, c’est quand j’ai été accréditée pour un petit festival à Lyon, en partenariat avec RTL, je crois. Plusieurs groupes jouaient sur place, dont Franz Ferdinand et The Cure. Au départ, je ne devais qu’écrire les reviews et, dans l’après-midi, on a appris notre accréditation comme photographes. C’était un peu imprévu et je n’avais qu’un vieil APS qui ne prenait pas de très bonnes photos. J’ai couru en acheter un meilleur dans les heures qui ont suivi, pour pouvoir fournir des clichés acceptables. Évidemment, mes premières photos n’étaient pas époustouflantes. Mais cette expérience m’a permis de m’intéresser vraiment à la photographie et, petit à petit, j’ai progressé et je suis devenue une passionnée. Mon premier « vrai » appareil était un Nikon D70. Le tout premier, que j’ai rapidement changé, c’était un bridge Panasonic.

L’année d’après, j’ai déménagé à Londres pour avoir accès à une scène musicale plus active. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment investi. J’ai acheté mon Nikon D70 avec deux optiques : un 50 mm et un 85 mm. Cela m’a permis de prendre des photos de groupes tous les soirs. J’ai donc étoffé mon portfolio et ma technique s’est considérablement améliorée. J’ai également appris l’anglais par la même occasion. J’étais autodidacte, mais je voulais avoir une approche un peu plus technique et théorique de la photo, alors j’ai envoyé mon portfolio pour rentrer en Master de Photography and Urban Cultures à l’Université Goldsmiths de Londres1. C’était assez compliqué comme cursus, mais on avait accès à pas mal de matériel, aux dark rooms [labos], etc.. Ce cursus encourageait les recherches théoriques et sociales à travers le médium de la photographie, par exemple la photo-thérapie ou l’étude des sous-cultures via la photographie. Compliqué mais intéressant !
 
Un an plus tard, j’ai intégré une agence en freelance, toujours pour la photo de musique. Je l’ai quittée l’été dernier et je suis maintenant représentée par Redferns, la marque musique Live de Getty.
Je fais surtout des photos live, mais aussi des portraits, des documentaires ou même de la mode, mais au niveau presse, pour la Fashion Week par exemple. Cela dit, la Fashion Week, c’était un peu exceptionnel. La majeure partie de mon travail s’effectue en concert.

Portfolio Gaelle Beri 3
© Gaelle Beri

Portfolio Gaelle Beri 4
© Gaelle Beri

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Focus Numérique - Quel matériel utilises-tu ?

Gaelle Beri – Aujourd’hui j’utilise un D700 et un D800 de Nikon et plusieurs optiques qui me permettent de photographier en basse lumière. Le flash est interdit en concert, je dois donc avoir des optiques très lumineuses. J'ai un 17-35 mm, un 24-70 mm et un 70-200 mm à f/2,8. J’ai toujours mes deux optiques fixes 50 et 85 mm avec lesquelles j’ai débuté et que j’utilise pour les portraits, ou en cas de très faible luminosité. Elles ouvrent à 1,4. J’ai également un extender [multiplicateur] x2 si je ne peux photographier que de la table de mixage, mais j’essaie d’éviter ce genre de concerts. Ça ne m’intéresse pas, je veux être dans l’action et pas à l’autre bout du monde. J’ai dû l’utiliser 2 fois en 5 ans !

Portfolio Gaelle Beri 5
© Gaelle Beri

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Focus Numérique - Qu’est-ce qui t’intéresse dans l’acte photographique  ?

Gaelle Beri – Pour la photo live, j’aime montrer les émotions, un moment de connexion entre l’artiste et le public, l’énergie d’une musique et les jeux de lumière. Je suis passionnée alors je ne pars pas d’un bon concert, ce qui peut-être compromettant quand on travaille avec une agence. Il faut toujours envoyer les photos le plus rapidement possible pour espérer une vente.

Depuis l’année dernière, j’essaie de faire davantage de portraits, de partir en tournée avec des groupes. J’adore la photo live bien sûr, mais parfois, quand on est 15 photographes au même concert, l’expérience n’est pas si intéressante que ça. On n'est pas maître de ce qu’il se passe. Tout photographe qui sait y faire pourra obtenir une belle photo. C’est difficile de tirer son épingle du jeu. Je veux maintenant créer le lien avec l’artiste, faire des portraits, partir en tournée et faire des documentaires. Travailler directement avec les groupes, c’est ça qui me passionne.

J’aime aussi les festivals, non pas pour shooter 200 groupes en un jour, mais pour gérer des accès supplémentaires et faire de nouveaux contacts, des portraits. J’aime particulièrement les bons festivals aux USA. J’ai fait l'Austin City Limits2 l’année dernière et je crois que ça a été ma meilleure expérience de festival.

J’aime aussi partir en tournée. Là, c’est purement égoïste. Le fait de voyager, de se retrouver dans une nouvelle ville chaque jour, de faire la fête, rencontrer de nouvelles personnes... C’est un monde totalement différent et déconnecté de la réalité. Bien sûr je travaille dur aussi, j’oublie les fois où j’ai dû me trimballer mon sac de 15 kg pendant des kilomètres dans la boue ou sous la pluie. Le rythme est parfois exténuant...

Portfolio Gaelle Beri 6
© Gaelle Beri

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Focus Numérique - Si tu devais choisir un photographe qui t’a inspiré, ce serait qui ?

Gaelle Beri – Il y en a plus d’un mais je choisirais Anton Corbjin, parce qu’il a photographié tous les musiciens que j’aime (Depeche Mode, David Bowie, Marianne Faithful, Nick Cave...). Je trouve ses photos artistiques et intenses. Elles vont au-delà d’une simple photo de presse ou d’une photo de musicien banale. Il fait d’ailleurs beaucoup d’artwork. Pour moi, son travail a vraiment eu un impact dans l’histoire de la musique, ça a une valeur culturelle. L’atmosphère de son film Control [NDLR : biopic sur Ian Curtis, défunt leader du groupe Joy Division] et les prises de vues n’ont fait que renforcer mon admiration pour son travail.

Dans le même genre, il y a Steve Gullick avec toutes ses photos de Nirvana et Nick Cave qui sont vraiment collector.

Ces deux photographes ont vraiment documenté les débuts de la musique punk. Dans un autre genre, j’apprécie beaucoup Helmut Newton et David Bailey.

Portfolio Gaelle Beri 7
© Gaelle Beri

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Focus Numérique - Quel est ton prochain projet ?
J’ai plusieurs projets en tête ; je n’aime pas trop les annoncer car dans cette industrie, on croit toujours avoir de bonnes opportunités et la majorité du temps, rien ne se fait.

Gaelle Beri – Je voudrais faire davantage de documentaires. J’ai essayé de faire quelque chose sur Fukushima il y a deux ans, mais les fonds m’ont malheureusement manqué. J’avais bien préparé mon projet, mais c’est tombé à l’eau. J’aimerais également revenir un peu aux sujets que j’ai abordés pendant mon master, faire quelque chose qui aurait une certaine valeur culturelle.

Sinon pour rester dans l’univers de la musique, j’ai un projet cet été avec un magazine. Dans un futur plus proche, je pars à Los Angeles pour le festival Coachella3. C’est la première fois que je peux m’y rendre et ça me fait vraiment plaisir, parce que j’ai toujours voulu y aller. On verra bien ce que ça donne. J’ai prévu aussi de faire pas mal de portraits et j’ai eu plusieurs confirmations alors j’ai vraiment hâte d’y être.

J’essaie aussi de trouver de nouveaux groupes avec qui partir en tournée et je m’emploie à trouver davantage de clients, car être en agence, c’est bien, mais soyons honnête : c’est loin d’être idéal !

Portfolio Gaelle Beri 8
© Gaelle Beri

Portfolio Gaelle Beri 9
© Gaelle Beri

> www.gaelleberi.com



 

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