Tester le Pentax 645Z en quelques jours tient véritablement de la gageure tant ce boîtier est riche et différents de ce qui ce fait actuellement dans le monde des reflex. Pourtant, il faut bien s'y contraindre, car le 645Z est un boîtier passionnant. Pour ce test, nous avons donc privilégié une approche "terrain" plutôt qu'une batterie de tests en labo (même si nous avons naturellement réalisé une montée ISO en studio). Ainsi, nous avons demandé à deux photographes différents de prendre en main le moyen format de Pentax dans leur activité professionnelle. Le premier est Patrick Lévèque pour une série de photos en extérieur. Le second, Hervé Lewandowski, est un habitué de nos colonnes, puisqu'il est notre spécialiste moyen format et utilisateur régulier de moyens formats numériques. Nous avons également "sorti" le 645Z de Pentax dans les rues de Paris pour nous forger notre propre avis.

Pentax 645Z test review vue de côté

Moyen format à la mode Pentax

La marque nippone n'est pas à son coup d'essai dans le monde du moyen format et le 645 Pentax a connu un beau succès lorsque l'argentique régnait en maître sur la photographie. Le parc d'optiques Pentax pour ce format est d'ailleurs assez fourni et le marché de l'occasion encore important. Vous pourrez sans doute trouver de bonnes optiques sur eBay ou Lebonoin. En numérique, le 645Z fait suite au 645D véritable "petite révolution" dans le sérail. En effet, il y a presque 4 ans, Pentax dévoilait un moyen format ambitieux armé d'un capteur CCD de 40 Mpx, d'un boîtier tropicalisé et à l'ergonomie largement en avance par rapport à la concurrence. Non content de cela, le 645D était également proposé à un tarif exceptionnel de 8000 euros alors que les dos numérique se négociaient à plus de 20 000 euros sans boîtier. Le chemin fut long (Pentax a annoncé le développement d'un 645 numérique en 2005...), mais le résultat est à la hauteur de notre patience.

Pentax 645Z test review vue de côté

Avec la déclinaison "Z" Pentax poursuit son offensive et propose un boîtier encore plus abouti doté d'un capteur de 51 Mpx. Avant de partir dans nos prises en main, il bon de rappeler que le capteur du 645Z (tout comme les dos numériques 51 Mpx CMOS du moment chez Hasselblad et PhaseOne) est au format 4:3 selon les dimensions suivantes : 33x44 mm. On est donc assez loin des formats "classiques" des moyens formats argentiques. La pellicule 120 permettait des images en 4,5x6 (45x60 mm), 6x6 (60x60 mm) et même 6x7 (60x70 mm). Il faut donc impérativement, comme avec les capteurs APS-C, utiliser un coefficient multiplicateur pour convertir la focale réelle des optiques 645 avec le "petit capteur" de 33x44 mm, les courtes focales "devenant" un peu moins courtes...

Il convient dans un premier temps d'oublier que nous sommes des "geeks photographes", d'oublier l'examen approfondi du bruit à 100% sur écran (oui, nous sommes tous d'affreux pixels peepers...) et revenir aux fondamentaux : prendre en main le 645Z est un moment rare et presque de bonheur. Le boîtier est superbe et finalement les évolutions avec le précédent modèle sont assez modestes. Parfois, il est bon de rester sur un design, de ne pas chambouler toute une interface rien que pour le plaisir. Avec le 645D Pentax avait déjà bien fait les choses, la marque améliore encore son boîtier avec quelques nouveautés bien pensées.

Pentax 645Z test review vue de dessus

Les premiers contacts avec "la bête" sont vraiment rassurants. Le 645Z est certes lourd, mais la construction est d'un très haut niveau avec un imposant châssis en métal et une finition à l'épreuve des intempéries. La poignée est large, profonde pour une préhension "quasi" parfaite notamment grâce au repose pouce à l'arrière. L'objet certes imposant, mais la magie du moyen format fonctionne pratiquement à chaque fois avec un effet "waouh" qu'il convient de ne pas sous-estimer et surtout dans le milieu professionnel. En effet, vous ne passerez pas inaperçu avec le 645Z et il ne faut pas chercher à être discret. Au contraire, le 645Z se montre, ostensiblement. Vous n'avez pas le même appareil photo que les autres et en plus il fait des clichés en 51 Mpx. Voilà qui abat vos cartes et permet d'impressionner rapidement un client et de gagner des contrats.

Pentax 645Z test review vue de dos

En plus d'être imposant, le 645Z affiche un tableau de bord impressionnant avec un foultitude de commandes, molettes et autres leviers. Pourtant, le moyen format se prend très rapidement en main. Si vous utilisez déjà un reflex, même d'une marque concurrente, vous serez en terrain presque connu avec le 645Z. Patrick insiste d'ailleurs vraiment sur ce point. Son dernier moyen format remonte à un 500c d'Hasseblad en mode pellicule. "En 5 minutes et sans mode d'emploi, j'étais déjà très à l'aise avec le 645Z, c'est vraiment impressionnant. J'ai retrouvé immédiatement mes repères et j'ai pu installer ma production sans perdre de temps". Pentax a en effet reporté sur le 645Z son savoir-faire depuis longtemps éprouvé, sur sa gamme de reflex. Vous retrouverez donc les barillets pour les modes d'exposition, la mesure d'exposition, le choix du collimateur, la balance des blancs, le bracketing, le mode rafale, la visée directe et même la vidéo (oui, le 645Z dispose d'un mode vidéo).

Pentax 645Z test review écran inclinable

Vous retrouvez également les spécificités des reflex APS-C de la marque avec le mode Sv (priorité à la sensibilité) et la fameuse touche verte sorte qui permet de rétablir par défaut le fonction modifiée. Le Pentax 645Z dispose également d'une interface graphique de qualité à défaut d'être très moderne. Vous noterez que celle-ci a le bon goût de s'orienter en fonction de la position du boîtier. L'écran arrière propose un affichage récapitulatif des principaux réglages de l'appareil : ISO, vitesse, ouverture, correction d'exposition, collimateur AF, mesure de la lumière. Une simple pression sur la touche Info permet d'accéder à un second niveau de réglage avec les styles d'images, la correction des défauts optiques (déformation, aberrations chromatiques, vignetage), le mode HDR, le mode AF... Si cela peut sembler être le minimal syndical sur un reflex en 2014, c'est loin d'être le cas dans le petit monde du moyen format. Sur ce point, Pentax à des décennies d'avances sur la concurrence.

Pentax 645Z test review interface graphique

Pentax 645Z test review interface graphique

Travail en mode connecté ?

Au niveau de la connectique, le 645Z est également richement doté. Vous trouverez une entrée micro (mini-jack 3,5 mm), mais point de sortie casque pour vérifier la qualité de la captation sonore. Le boîtier dispose d'une connectique USB 3 bienvenue, d'une prise pour l'alimentation secteur et une sortie HDMI de type D. Pourquoi Pentax n'a-t-il pas opté pour la prise grand format plus robuste ? Mystère, mais c'est bien dommage. De l'autre côté, vous trouverez une connexion pour une télécommande filaire. Nous regrettons que Pentax n'ait pas opté pour l'intégration du Wi-Fi sur le 645Z. Cela aurait ouvert les portes à la prise en main à distance sans fil depuis un ordinateur ou un terminal. Pour l'instant, la marque se contente de proposer une solution sans fil à l'aide d'une carte FLU.

La question du travail en mode connecté (avec un fil) se pose malheureusement toujours. C'est sans doute la plus grosse lacune du 645D et Pentax semble vouloir répéter cette erreur. La marque promet bien un logiciel Image Transmitter 2, mais celui-ci devait arriver au mois de juillet et rien n'est pour l'instant disponible. Rappelons que le mode connecté est essentiel pour le photographe en studio, notamment pour le packshot. Sans cette possibilité, de nombreux photographes se détourneront de la solution de Pentax. Hervé enfonce le clou en précisant que "le 645Z est sans doute le meilleur moyen format du moment, mais sans mode connecté, il ne m'intéresse tout simplement pas". A bon entendeur.

Mise au point et Autofocus

Bien sûr, l'autre grande différence avec les autres moyens formats reste le module autofocus. Là où les autres constructeurs proposent quelques collimateurs AF, le 645Z en aligne pas moins de 27 dont 25 croisés. Le SAFOX 11 étant lui aussi hérité des reflex APS-C, le module AF est malheureusement beaucoup trop étroit et ne couvre qu'une petite partie (au centre) de la visée. Reste que l'autofocus se montre rapide et assez précis même en basse lumière.

En visée directe sur écran, vous pouvez déplacer le collimateur AF sur une plus large partie de l'écran ce qui rend l'utilisation du 645Z plus confortable. La mise au point par détection de contraste est étonnamment rapide. Le boîtier reste très loin derrière les appareils Micro 4/3, mais le moyen format de Pentax n'est vraiment pas ridicule quant on le compare au reflex 24x36 de Canon ou Nikon. 

Naturellement, la vitesse de mise au point dépend beaucoup de la motorisation de l'optique. Les dernières optiques SDM (Silent Drive Motor) sont plus rapides et plus silencieuses que les optiques époque argentique.

En visée directe, la mise au point manuelle est épaulée par un système de focus peaking qui souligne à l'aide de pixels colorés, les zones de nettetés. Une fonctionnalité bien pratique qui peut toutefois manquer un peu de précision. La visée optique est spacieuse et claire, mais comme le souligne Hervé Lewandowski, "elle manque un peu de précision par rapport au viseur de mon Mamiya". "Sur certains packshots et notamment cette boîte à cigare, il faut que je puisse décaler la mise au point sur une partie de l'objet. J'ai eu quelques difficultés à réaliser le point à l'aide du viseur optique. La solution passe alors par la visée sur écran. Mais dans mon cas, sur une surface noire uniforme, ce n'est vraiment pas évident si l'on grossit trop l'image à l'écran et le focus peaking n'est d'aucune aide."

boîte à cigare photographié par Hervé Lewandowski
Boîte à cigares photographié par Hervé Lewandowski.

Réactivité

L'amélioration la plus sensible immédiatement est le gain de réactivité générale. Le boîtier est disponible presque instantanément, l'autofocus est réactif et si vous disposez d'une carte SD rapide, vous pouvez enchaîner 3 à vues sans interruption. Le mode rafale permet d'enchaîner une dizaine de vues (RAW + JPEG) à la cadence de 3 ips. Là encore, le 645Z est loin devant la concurrence. L'une des pierres d'achoppement du 645D est également corrigée : il fallait patienter, avec le précédent modèle, plusieurs secondes avant de pouvoir visualiser l'image. Désormais, une prévisualisation est disponible dans la seconde qui suit le déclenchement. Celle-ci est en basse définition, mais permet de voir l'exposition du cliché. L'enregistrement des fichiers s'effectue qu'après une temporisation d'environ 2 secondes. La lecture des images n'est pas des plus rapide, mais l'ensemble reste raisonnable et supportable.

Flash

Le 645Z dispose d'une griffe porte accessoire pour visser un flash cobra par exemple. Vous disposez également d'une prise synchro flash pour faciliter le travail en studio. La synchro flash est au 1/125 s ce qui pourra être pénalisant pour l'extérieur. Hervé apprécie la bonne gestion du bruit électronique qui "permet d'utiliser des flashes moins puissants et donc moins lourds et moins gourmands en énergie". Pour une séance de shoot en extérieur, ce point est un véritable avantage. Ci-dessous un portrait réalisé avec un flash cobra Pentax.

Marque : RICOH IMAGING COMPANY, LTD.
Modèle : PENTAX 645Z
Vitesse : 1/125 s, ouverture : f/5.0
Sensibilité : 100 ISO
Focale : 55 mm, décalage expo : 0 IL

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Qualité des images

Alors que Hasselblad propose des fichiers bruts en 16 bits, les PEF et les DNG du Pentax 645Z sont "limités" en 14 bits. Nous avons réalisé un rapide test de latitude d'exposition en réalisant un bracketing d'exposition -5/+3 IL sur une même scène. Nous avons travaillé les PEF avec Lightroom qui prend en charge ces fichiers natifs. Comme toujours, il faut bien veiller à exposer pour les hautes lumières. En effet, si vous pourrez récupérer un écart d'1 IL voire 1,5 IL, vous ne pourrez pas aller au-delà. Comme vous pouvez le constater ci-dessous, il est difficile de récupérer une surexposition de +2IL. Une dominante colorée apparait et les hautes lumières sont définitivement brûlées.

Pentax 645Z test review surexposition

En sousexposition, il est possible de recouvrer des détails sans trop faire monter le bruit jusqu'à -3IL et il sera possible de pousser à -4IL, la taille des fichiers permettant de travailler plus facilement sans voir le bruit électronique monter à l'impression.



On dispose donc d'une bonne marge de manoeuvre avec les fichiers du 645Z. Sur l'image ci-dessous avec une mesure d'exposition assez compliquée, il sera facile de récupérer de la matière dans le sol à l'aide d'un logiciel de développement RAW.

Marque : RICOH IMAGING COMPANY, LTD.
Modèle : PENTAX 645Z
Vitesse : 1/160 s, ouverture : f/7.1
Sensibilité : 200 ISO
Focale : 31 mm, décalage expo : 0 IL

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Côté précision, il faudra veiller à utiliser des optiques de qualité, les 51 Mpx du capteur ne pardonnant pas les approximations. Le nouveau 55 mm f/2,8 SDM en est la parfaite illustration. Le rendu est globalement un peu "mou" et les bords manquent de netteté. "Il y a beaucoup de matière, mais l'image manque un peu de punch. Il faudra ajouter un peu d'accentuation en postraitement" conseil Patrick. "Pour un poster avec la distance de visualisation, le travail sera somme tout assez léger" concède le photographe.

Le Pentax 645Z face au Canon 1D Mark IV sur le terrain face à une équipe de foot féminine.

comparaison Canon 1D Mark IV vs Pentax 645Z
Vous pouvez télécharger l'image réalisée par le Pentax 645Z et le Canon 1D Mark IV pour une comparaison à 100%. Photographie par Patrick Lévèque.

Le rendu des couleurs est, par défaut, très plaisant, et globalement les images sont vraiment impressionnantes par l'accumulation de détails, mais également par des transitions net / flou vraiment douces et agréables. Pour la gestion du bruit électronique, vous pouvez d'ores et déjà voir nos fichiers réalisés en studio, mais nous avons doublé par une série d'images "de la vraie vie". Comme souvent, le boîtier est un peu moins à l'aise lorsque les conditions lumineuses sont délicates. Pour éprouver le 645Z, nous avons fui la lumière en nous réfugiant dans l'église Saint Paul à Paris. Avec le 28-45 mm stabilisé, le boîtier monte facile "dans les tours" pour atteindre 8000, 12 800 ISO voire plus. Des sensibilités véritablement hors-norme pour un moyen format. Il faut bien avouer que le 645Z s'en sort plutôt bien.

Marque : RICOH IMAGING COMPANY, LTD.
Modèle : PENTAX 645Z
Vitesse : 1/125 s, ouverture : f/8.0
Sensibilité : 12800 ISO
Focale : 45 mm, décalage expo : 0 IL

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Marque : RICOH IMAGING COMPANY, LTD.
Modèle : PENTAX 645Z
Vitesse : 1/160 s, ouverture : f/8.0
Sensibilité : 12800 ISO
Focale : 28 mm, décalage expo : 0 IL

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Marque : RICOH IMAGING COMPANY, LTD.
Modèle : PENTAX 645Z
Vitesse : 1/160 s, ouverture : f/5.6
Sensibilité : 8000 ISO
Focale : 45 mm, décalage expo : 0 IL

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En pleine lumière, le rendu des couleurs du 645Z est par défaut vraiment agréable.

Marque : RICOH IMAGING COMPANY, LTD.
Modèle : PENTAX 645Z
Vitesse : 1/200 s, ouverture : f/7.1
Sensibilité : 160 ISO
Focale : 31 mm, décalage expo : 0 IL

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