Sony n'allait pas laisser Panasonic et son GH4 prendre une longueur d'avance dans la toute nouvelle course aux solutions de captation vidéo professionnelle en 4K. La firme nippone surprend tout le monde en lançant une version "taillée pour la vidéo" de son désormais célèbre système A7 : l'A7s permettant de filmer en UHD ou 4K "TV" (3840 x 2160 pixels ratio 16:9).

Sony A7S sans optique
Le Sony A7s est un copier/coller du A7R au niveau du boîtier.

L'A7s ressemble à s'y méprendre à l'A7 et l'A7R : même boîtier, même ergonomie, mêmes systèmes de visée, etc. La différence avec ses camarades se fait à l'intérieur : au niveau du capteur. En effet, l'appareil utilise un nouveau CMOS Exmor 24 x 36 mm de 12 millions de pixels ! Le choix d'une aussi faible définition apporte de nombreux avantages en termes de qualité d'image et de performances de l'appareil (autofocus - ISO). 12 millions de pixels sont largement suffisants pour pouvoir extraire des séquences vidéo en UHD ou 4K TV, 3840 x 2160 px, et pour tirer des photos au format A2.

Un capteur hyper-sensible

La logique de l'A7s rappelle furieusement celle des D3 et D700 il y a quelques années. De gros capteurs plein format de 12 Mpx "seulement", là où la concurrence alignait quasiment le double. 12 seulement, mais 12 millions de bons gros photosites, capables d'avaler une grosse quantité de lumière... L'A7s nous ramène donc un peu quelques années en arrière. Sauf qu'entre-temps, le design des capteurs et l'électronique ont fait des progrès colossaux. 

Sony A7s capteur 12 Mpx en 24x36
Le capteur 24x36 de 12 Mpx.

12 millions de pixels sur capteur 24 x 36 mm induisent un pitch de chaque pixel de près de 9 micromètres. C'est très grand ! Le système est donc par nature très sensible, capable d'encaisser une large plage de dynamique, ce qui permet d'utiliser des temps de pose courts et limite les effets de moiré et de diffraction : rien que ça ! Question sensibilité, l'appareil est capable de monter jusqu'à 102 400 ISO en natif (en photo comme en film), et avec un mode étendu à 409 600 ISO en photo comme en vidéo. Des promesses absolument fantastiques sur le papier... à la hauteur de ce que propose le D4s en termes de sensibilité.

Nous sommes bien entendu impatients de voir la bête in situ. Mais un point nous tiendra particulièrement à cœur... Sony insiste sur la dynamique de son nouveau capteur. Nous espérons vraiment que, vu la sensibilité affichée, Sony sera parvenu à "arrondir la courbe". En effet, si on se reporte à la courbe de dynamique des capteurs testés par DxO, on se rend compte que la quasi-totalité d'entre eux voit leur dynamique décroître de manière quasi linéaire. Un A7R par exemple passe de 14 EV à 100 ISO à 10 EV à 3 200 ISO. Ce qui serait fabuleux serait de pouvoir rester proche des 14 EV le plus longtemps possible quand on pousse la sensibilité.

La sensibilité de l'autofocus à détection de contraste passe à -4 IL

Côté AF, Sony reste sur une logique similaire à celle du A7R, c'est-à-dire sur une détection de contraste sur 25 points ; par contre, grâce à la sensibilité extrême du nouveau capteur, la détection la détection de contraste reste disponible jusqu'à -4 IL. C'est beaucoup, surtout comparé au 0 IL de l'A7R (un EOS 6D fonctionne par -3 EV, un D800 ou un D4 jusqu'à -2 IL, par exemple). L'A7s est donc, sur le papier, un noctambule complet.

La vidéo 4K TV (UHD)... sur enregistreur externe

Si le Sony A7s déploie de nombreux arguments pour le photographe, il n'en oublie pas pour autant le vidéaste, bien au contraire. L'A7s est en effet l'un des rares boîtiers capables d'enregistrer en 4K TV (ou UHD)... ou presque. Car il lui manque un élément indispensable en 4K pour les vidéastes nomades : la possibilité d'enregistrer les séquences 4K sur carte mémoire. Apparemment, le flux d'information en provenance du capteur plein format, et ce, malgré la "petite" définition de 12 Mpx, ne peut être traité par le processeur interne pour une écriture sur carte interne.

Sony A7S avec équipement vidéo
Le Sony A7s équipé en mode vidéo : prises XLR pour son, retour vidéo sur écran déporté.

De fait, la fonction UHD réside dans une sortie HDMI non compressée en 3840 x 2160. Il faudra donc impérativement passer par un enregistreur externe (type Odyssey Q7).

Petite déception, compensée par le fait que l'A7s enregistre en XAVC S (la version grand public de l'XAVC, annoncée le 7 avril dernier et supportant des définitions de 3840 x 2160 avec container MP4 et audio en AAC ou LPCM), ainsi qu'avec les couleurs échantillonnées en 4:2:2 — mais sur 8 bits, se plaindront les puristes. Dernier point, l'A7s peut produire des flux UHD à 30p ou 24/25p. Dommage que Sony n'ait pas poussé un peu plus loin l'intégration de la haute définition avec la 4K Ciné (4096 x 2160 pixels).

En passant en HDTV 1080, on obtient des flux à 60p (50 Mbps), ou du 720 à 120p (50 Mbps là aussi, mais 4:2:0 / 8 bits). L'A7s est clairement orienté vidéo avec la possibilité d'utiliser des courbes de rendu (Picture Profile) dont le très professionnel S-Log2 Gamma. Vous trouverez toujours le zébras d'exposition, le focus peaking et également une fonction de time code pour synchroniser parfaitement plusieurs caméras.

Pour le reste l'A7s reste un A7. On retrouvera les mêmes fonctions, comme la visée confiée à un viseur électronique OLED XGA de 2,3 millions de points, une mesure d'exposition TTL sur 1 200 zones, un écran LCD inclinable de 3 pouces et 921 600 points, le Wi-Fi et le NFC... et la même batterie un peu "courte" assurant 320 ou 380 photos (avec ou sans utilisation de l'EVF) et jusqu'à 60 minutes d'enregistrement vidéo. 

Sony A7S avec le 24-70 mm f/4

Notre premier avis

Sony n'a donc pas fini de nous surprendre et d'innover dans l'univers de la photo. Avec l'A7s ("S" pour "sensibilité"), la firme nippone fait clairement un pari risqué ! À l'époque des capteurs hyper définis, les 12 Mpx de l'A7s peuvent sembler un peu anachroniques.

Mais en toute franchise, c'est un parti-pris qui nous séduit fortement. Par son audace, et par la philosophie sous-jacente : on ne fait plus reposer la montée en ISO sur le traitement électronique du bruit, mais on remet un coup de fouet sur le développement des capteurs assurant une collecte d'informations plus propres... quitte à frustrer les mordus du mégapixel.

Dans un univers de plus en plus dirigé par le consensus et le manque d'audace, les récentes décisions de Sony esquissent le début d'une petite révolution dont Canon et Nikon pourraient bien être les premières victimes. Sony essaie, Sony ose, Sony innove... et Sony réussit. 

Petit retour sur les innovations marquantes de ces dernières années :
  • – 2005 : Sony reprend les activités de Konika Minolta et sort son premier reflex en 2006, l'A100 ;
  • – 2008 : premier reflex 24 x 36 mm avec un capteur de 25 millions de pixels ;
  • – 2010 : lancement de la technologie sans miroir SLT avec les A55 et A33 et lancement des COI Nex ;
  • – 2011 : lancement du NEX-7, premier COI expert avec viseur électronique intégré ;
  • – 2012 : lancement du premier compact 24 x 36 mm avec le RX1 ;
  • – 2013 : lancement du concept de smart lense et des premiers COI avec capteur 24 x 36 mm (les A7) ;
  • – 2014 : lancement de l'A7s.

Qui aurait pu imaginer sortir un compact à objectif interchangeable haut de gamme avec un capteur 24 x 36 mm de 12 millions de pixels ? Pour rappel, 12 millions de pixels, c'est la définition du Canon EOS 5D (de 2005) et l'EOS 1Ds (de 2002) et du Nikon D3 (de 2007) ! Sur un marché toujours dicté par la course aux pixels (Sony d'ailleurs en pôle position avec son A7R et ses 36 millions de pixels), lancer un boîtier avec une définition équivalente à celle des appareils d'il y a plus de 10 ans est osé. À quoi bon ?

Depuis 10 ans, les constructeurs s'efforcent d'augmenter les définitions de leurs capteurs tout en trouvant des parades afin de proposer des résultats dans les hautes sensibilités ISO sans trop de bruit numérique ainsi que des dynamiques de capture larges. Ces deux paramètres, fondamentaux pour la qualité des images, sont intimement liés à la base physique des pixels et plus particulièrement à leur taille. C'est bien connu : plus un pixel est grand, plus il est sensible et plus il sera d'encaisser une large dynamique !

Faut-il donc s'attendre avec l'A7s à retrouver la qualité d'image d'il y a 10 ans ? Eh bien non, puisque tous les progrès en vitesse et qualité de traitement via les DSP (les processeurs Bionz) sont appliqués à ce nouvel appareil. Sur l'A7s, les pixels font près de 9 micromètres de côté : nous vous le disions, c'est énorme !

Bien entendu, il faudra attendre les tests complets avant de se prononcer, mais nous pouvons d'ores et déjà affirmer que cet appareil se présente comme une arme de destruction massive pour du reportage et les photos en basses lumières.

Reste à voir comment les photographes vont réagir. Superbes résultats en basse lumière et large dynamique, ou profusion de pixels ? En tout cas, quel que soit leur choix, Sony a une solution, en l'A7s ou l'A7. Il ne manque plus qu'à la collection des Alpha 7 qu'un A7s monochrome : 12 millions de pixels, pas de filtre passe-bas, pas de matrice de Bayer ! Qui sait ce que nous prépare Sony pour cette année : la Photokina est en septembre prochain...

Reste la question du prix, et sur ce point, Sony est encore muet. Les pronostics sont ouverts. Pour nous, il sera aux alentours de 1 600 €.

> Test Sony A7
> Test Sony A7R

Caractéristiques

Capteur : Exmor CMOS 24 x 36 mm - 12,2 Mpx
Monture : E - FE - À (avec adaptateur)
Optique livrée : -
Stabilisation : Optique
Antipoussière : Non
Viseur : Viseur électronique Viseur Tru-Finder™ XGA OLED - 100 % - Env. 0,71x - 1024 x 768 pixels
Visée écran LCD :  Oui
Écran : TFT - 7,5 cm - 921 600 pixels - orientable
Mise au point : Détection de contraste 25 points (sensibilité -4 EV)
Modes autofocus : Multipoints - Pondération centrale - Flexible spot - AFS - AFC - MF
Mesures d'exposition : 1 200 zones
Modes d'exposition : Multisegments - Spot - Centrée - Automatique
Vitesse d'obturation : Type plan focal, vertical-transversal, contrôlé électroniquement - 1/8000 s - synchro flash 1/160
Motorisation : 5 ips
Sensibilité ISO : 100-102 400 ISO (photo) / 200-102 400 ISO (vidéo) / Extension 409 600 ISO
Mémoire : Memory Stick PRO Duo, Memory Stick PRO-HG Duo, Memory Stick XC-HG Duo, carte mémoire SD, carte mémoire SDHC (compatible UHS-I), carte mémoire SDXC (compatible UHS-I)
Format image : RAW, RAW + JPEG  - XAVC / AVCHD / MP4 - 1920 x 1080 (60p / 30p / 24p 50 Mbps)
Alimentation : NP-FW50
Connexion : Wi-Fi - NFC - HDMI (sortie 4K non compressée) - USB 2.0
Dimensions : 126,9 x 94,4 x 48,2 mm
Poids : 446 g
Logiciels : -
Dans la boîte : -


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