5 questions, un photographe

Photographie, Loup arctique, Canada © Vincent Munier
Loup arctique, Ellesmere (Canada), 2013 © Vincent Munier

Vincent Munier est sans doute l’un des photographes animaliers français les plus respectés. Connu pour ses clichés de paysages enneigés et d’animaux venus du froid, cet aventurier de 37 ans a su faire de sa passion son métier. Ambassadeur de la marque Nikon et primé trois années consécutives du BBC Wildlife Photographer of the Year, Vincent Munier fait aujourd’hui parti du jury.

Voyageur passionné, il ne reste jamais bien longtemps au même endroit. Toujours prêt à enfiler parka et sac à dos et à prendre le premier avion pour un pays lointain et méconnu, c’est un amoureux de la nature qui nous fait partager sa vision poétique de la vie sauvage à travers ses clichés.

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Focus Numérique – Comment et quand a débuté ton histoire avec la photographie ?

Vincent Munier – Au départ, j’étais plus attiré par de domaine de la biologie, plutôt le milieu naturaliste. Mais à 12 ans, mon père m’a prêté un Olympus et j’ai tout de suite su que je voulais faire de la photo. Alors je ne suis pas resté bien longtemps dans le monde scientifique. Pourtant, je ne pensais pas pouvoir vivre de la photographie. C’était dans les années 1990, et à l’époque, c’était surtout les Américains qui faisaient parler d’eux pour leur photographes. Mais finalement, grâce à la BBC, j’y suis arrivé. C’est grâce à leur concours photo que j’ai surtout fait connaître mon travail. Ce sont mes photo des Vosges et du Japon qui ont intéressé. Les magazines ont commencé à me contacter, et c’est à ce moment que j’ai envisagé l’idée de pouvoir vivre de ma passion. Cela fait 12 ans maintenant…

Évidemment, au début, ça n’a pas été facile, comme tout le monde. Mais en ayant commencé très tôt, j’ai eu la chance de pouvoir accumuler beaucoup de clichés. Je suis un autodidacte complet. J’ai tout appris en shootant. L’argentique a été une très bonne école. J’ai commencé avec des Kodachrome 200, des Fuji Velvia... ce genre de film ne laissait pas la place à l’erreur, il fallait être précis au diaph près. Maintenant, c’est vrai qu’avec un fichier RAW, si tu te rates, c’est rattrapable. Et puis en photographie animalière, ce qui fait la différence, c’est vraiment le terrain. Tu peux rattraper plus facilement qu’en studio.

Photographie, Boeufs musqués, Norvège © Vincent Munier
Bœufs musqués, Norvège, 2008 © Vincent Munier

Photographie, Loups arctiques, Canada © Vincent Munier
Loups arctiques, Ellesmere (Canada), 2013 © Vincent Munier

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Focus Numérique – Quel matériel utilises-tu?

V.M. – Je travaille essentiellement avec deux D4 de Nikon, et j’ai également un D800. Le choix du boîtier se fait en fonction du sujet. Je me sers plus du D800 pour la photographie de paysages. J’ai eu par exemple une commande pour le documentaire de Luc Jacquet, Il était une forêt. J’ai suivi l’équipe pendant deux semaines pour faire des visuels. Il leur fallait beaucoup de précision dans les feuillages, et pour ça, un D800 est parfait. On a pu faire de très bons agrandissements, les détails étaient excellents. Quand je retourne à la photo animalière par contre, j’utilise un D4 qui est quand même plus nerveux, plus réactif.

Pour les optiques, depuis que je fais de la photo un peu engagée, j’ai mis de côté le 600 mm qui est un peu lourd. Maintenant, j’utilise un 500 mm. J’apprécie aussi beaucoup le nouveau 80-400 mm. Quand je dois avoir un matériel un peu plus minimaliste, j’avoue que je préfère prendre le 24-120. Ensuite, j’ai évidemment des objectifs un peu plus classiques comme un 105 mm macro, un 50 mm f/1,4, etc. Mais si je devais en choisir deux, ce seraient le 24-120 mm et le 80-400 mm. Ce sont mes deux objectifs de prédilection. Dans les milieux un peu compliqués où je dois photographier des animaux très farouches, j’aime utiliser le dernier 800 mm de Nikon. Il est plus léger que le 600 mm.

Photographie, Harfang des neiges, Canada © Vincent Munier
Harfang des neiges, Québec (Canada), 2006 © Vincent Munier

Photographie, Bisons d'Amérique, USA © Vincent Munier
Bisons d'Amérique, Wyoming (États-Unis), 2011 © Vincent Munier


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Focus Numérique – Qu’est-ce qui t’intéresse dans l’acte photographique  ?

V.M. – La démarche est assez personnelle, presque égoïste. J’aime aller dans des endroits un peu perdus, et la photographie animalière est un excellent moyen de voyager dans ces endroits reculés où personne ne va jamais. Après, c’est aussi un concours de circonstances. L’appareil, c’est l'outil qu’on m’a mis dans les mains. J’aurais été doué en écriture ou avec un crayon, je serais peut être devenu poète ou dessinateur. La photo est un peu l’outil que j’ai choisi pour faire partager ma passion. C’est aussi une démarche de sensibilisation. Je suis sensible à tout ce qui se passe dans la nature. La photographie est un bon moyen de partager cette approche. J’essaie d’aider à la création de certains projets pour la conservation de certaines espèces. Le loup d’Abyssinie par exemple : j’ai fait beaucoup de voyages pour essayer d’aider ceux qui les sauvent. Ça a donné lieu à un documentaire et à une série de photos. Ça fait plaisir de savoir que tes images peuvent aider une cause à laquelle tu es attaché. Mais encore une fois, c’est personnel. C’est un prétexte pour être dans la nature, vivre un rêve de gamin, voir des espèces qui me font rêver comme ce loup blanc, la panthère des neiges, ou le tigre de Sibérie.  

Photographie, Bois de renne sauvage, Norvège © Vincent Munier
Bois de renne sauvage, Norvège, 2008 © Vincent Munier

Photographie, Kiangs, Tibet © Vincent Munier
Kiangs, Tibet, 2012 © Vincent Munier

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Focus Numérique – Si tu devais choisir un photographe qui t’a inspiré, ce serait qui ?

V.M. – Voyons voir, si je devais en choisir un ce serait sûrement Michio Hoshino. C’est un photographe japonais qui m’a beaucoup inspiré. Pas tant pour sa démarche photographique, mais plus pour sa démarche personnelle. Michio Hoshino a été l’un des premiers photographes à vraiment partir dans les milieux très extrêmes, à s’isoler pendant des mois sous une tente. Il était en immersion complète dans la nature, et ça lui a permis de ramener des clichés magnifiques ! C’est un excellent photographe animalier. Malheureusement, il a été tué par un ours en 1996.

Photographie, Boeuf musqué, Norvège © Vincent Munier
Bœuf musqué, Norvège, 2006 © Vincent Munier

Photographie, Renard roux, France © Vincent Munier
Renard roux, France, Vosges, 2007 © Vincent Munier

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Focus Numérique – Quel est ton prochain projet ?

V.M. – J’aimerais bien écrire l’aventure sur Ellesmere. J’édite d’ailleurs mes livres depuis peu, c’est donc un projet en cours qui est passionnant et tout nouveau pour moi. J’ai des projets de reportages en Asie Centrale, au Tibet, et puis dans le Grand Nord, toujours. En Asie centrale, il y a plein de choses à faire qui sont encore très méconnues. Politiquement, c’est un peu tendu, mais dans le Pamir ou au Pakistan, il y a des choses magnifiques. Je suis déjà allé un peu en Kirghizie et j’ai envie d’y retourner. Souvent, ce sont les Américains, notamment le National Geographic, qui couvrent ces sujets. J’ai également un projet en Antarctique dont je parle peu, car il n’est pas encore complètement organisé. À court terme, je repars au Spitzberg pour retrouver des ours polaires. Là c’est un projet plus personnel, mais un peu cher, alors on louera un zodiaque avec quelques amis.

Photographie, Yak sauvage, Tibet © Vincent Munier
Yak sauvage, Tibet, 2012 © Vincent Munier

Photographie, Harfang des neiges, Canada © Vincent Munier
Harfang des neiges, Québec (Canada), 2006 © Vincent Munier

Photographie, Yak sauvage, Tibet © Vincent Munier
Yak sauvage, Tibet, 2012 © Vincent Munier

Vincent Munier s'apprête à sortir en septembre un tout nouveau documentaire produit par Bonne Pioche, intitulé Scandinavie, l'appel du Nord. Il est passé en avant-première à la Géode le 29 mars 2014.

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> Ses derniers livres, Solitudes I et II (disponibles de nouveau mi-avril sur le site de Vincent Munier ou sur Koballan)
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