En matière de développement, nous nous focalisons souvent sur des outils éprouvés et largement utilisés dans le monde pro, comme Lightroom, DxO Optics Pro ou Capture One. Ces outils sont rodés, efficaces. Ils sont bons, pas de doute. Mais le monde des logiciels photo en compte bien d'autres, peut-être moins orientés "pro" mais pour beaucoup tout à fait dignes d'intérêt. Et souvent plus abordables.

C'est le cas de PhotoDirector de Cyberlink, éditeur basé à Taïwan qui décline cette suite depuis quelques années déjà. La version 5 lancée en fin d'année dernière se vend à un poil moins de 50 € en version standard (c'est relativement bon marché), à 85 € en version "Ultra" et à 110 € en version "Suite" (vous trouverez sur cette page un résumé des différences entre ces trois versions de PhotoDirector).

Nous allons nous intéresser à le version disponible en évaluation gratuite de 30 jours : la version Ultra.

Interface 

L'interface de PhotoDirector est agréable et facile à appréhender, d'autant plus qu'elle est très consensuelle. Si vous utilisez régulièrement Lightroom, vous serez comme un poisson dans l'eau.
On retrouve en haut de la fenêtre une barre de menu horizontale, permettant de naviguer entre la bibliothèque, les environnements de développement, de retouche et d'impression.
Comme dans Lightroom il faut importer les photos avant de les travailler. On pourra à l'occasion les noter, les marquer, en modifier les métadonnées. C'est archi-classique, mais plutôt bien fait.

Cyberlink PhotoDirector 5, interface générale : capture d'écran

Avez-vous remarqué que nous passions notre temps à faire référence à Lightroom ? C'est assez normal puisque PhotoDirector semble avoir fait nombre d'emprunts plus ou moins directs à la solution Adobe. Les ressemblances les plus flagrantes se trouveront dans l'onglet "Réglages" : plusieurs boîtes de dialogue y sont presque identiques. C'est un peu perturbant au départ, puis rapidement appréciable, car on s'y retrouve très vite. En outre, on retrouve également un certain nombre d'outils indispensables tels que les pinceaux de retouche locale, la suppression des taches et les masques de dégradé.

Au-delà de ces similitudes, Cyberlink apporte quelques modifications intéressantes. On notera par exemple la richesse de la palette des réglages des tons, proposant de récupérer les zones claires et les zones sombres, mais avec des nuances extrêmes, en isolant les zones les plus sombres et les zones les plus claires. On regrettera au passage que ces outils ne soient disponibles que pour les retouches générales, et non pour les retouches localisées : impossible par exemple de déboucher une ombre ciblée au pinceau, avec cette palette pourtant si agréable à l'échelle générale.

De même, bien qu'un module de correction automatique de la géométrie et des aberrations des optiques soit disponible, il est encore loin, avec ses 60 combinaisons, de la richesse offerte par ses équivalents DxO et Adobe. Gageons qu'il s'enrichira avec le temps.

Dans la pratique, ces outils très bien vus pilotent des algorithmes qui ont encore besoin de s'affiner. La gestion des zones sombres, par exemple, est encore problématique. Un petit exemple rapide avec cette photo :

Cyberlink PhotoDirector 5, outils de retouche : exemple, photo originale

Dans l'image ci-dessous, le même travail effectué par PhotoDirector 5 (à gauche) et Lightroom 5 (à droite) met bien le problème en évidence :

Cyberlink PhotoDirector 5, outils de retouche, comparatif avec Lightroom

Le pull et le pantalon, tous deux bleu marine, ne montrent aucune texture et aucun détail à gauche, alors qu'il y en a beaucoup à droite. Et la récupération de ces zones avec les outils disponibles est quasi impossible, cette dernière créant beaucoup de bruit parasite... Voilà sans doute le domaine sur lequel Cyberlink a le plus de pain sur la planche en vue des versions ultérieures.

Mais PhotoDirector 5 a un atout dans sa manche – un atout qui séduira certainement bien des photographes s'essayant occasionnellement à la retouche. Il s'agit de l'onglet "Modifier", proposant plusieurs actions prédéfinies assez pratiques à l'usage.

Cyberlink PhotoDirector 5, onglet

On y trouve plusieurs catégories d'effets : "Embellisseur de personne", "Effets Photo", "Suppression d'objet", "Extraire ou composer", "Fusionner les photos" et "Cadres et Filigranes".

La fusion HDR, les cadres et les effets – comprenez le noir et blanc, sépia, etc. – sont relativement courants : on est content de les avoir, mais leur utilisation est usuelle.

Par contre, en termes de retouche, les plus intéressants sont l'embellisseur de personne et le module d'extraction-recomposition. En effet, ces modules font appel à des techniques parfois complexes qui, sinon, nécessiteraient le recours à des outils tiers comme Photoshop. Les avoir à portée de main, utilisables en un clic, constitue un vrai "plus" pour aider le retoucheur occasionnel.

C'est donc sur ces points que nous allons nous arrêter.

Embellisseur de personne

Pinceau des dents

Ce premier outil vise à transformer un sourire un peu terne ou un peu jaune en véritable sourire "ultrabrite", blanc et éclatant. Le principe est assez simple : on dispose de deux boutons (le pinceau et la gomme), et de trois tirettes permettant de régler la taille du pinceau et l'intensité du trait. Il suffit ensuite de passer sur la zone à traiter, en l'occurrence les dents.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Pinceau des dents, boîte de dialogue

Dans la pratique, voici ce que ça donne. À gauche l'image brute, à droite la même un peu ajustée, avec un coup de pinceau sur les dents.
La première photo présente un modèle sous des lumières très jaunes. Le ton général de l'image est donc très chaud, et les dents reflètent bien cette tendance.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Pinceau des dents, exemple 1

Le deuxième exemple illustre le même traitement avec un éclairage plus neutre :

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Pinceau des dents, exemple 2

Et un dernier exemple :

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Pinceau des dents, exemple 3

Embellisseur des yeux

L'embellisseur des yeux agit de la même façon que le pinceau des dents. On va redonner un peu d'éclat au blanc des yeux et un peu de relief à l'iris.
Deux pinceaux sont proposés : le premier va éclaircir les yeux dans leur ensemble, et le second va se concentrer sur la partie sombre.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Embellisseur des yeux, boîte de dialogue

Avant d'utiliser ce pinceau, quelques petites précautions s'imposent. L'effet peut être assez puissant... et sera plus réussi sur des visages déjà bien éclairés. Si vous utilisez le pinceau sur des visages un peu sombres, votre sujet sera instantanément transformé en Goa'uld...

D'où l'importance de bien ajuster le curseur "force" avant de passer le coup de pinceau sur l'œil. Moins on mettra de force, plus l'effet sera léger. On s'en servira également pour ajuster l'effet sur des visages qui ne sont pas éclairés de manière uniforme. Un œil pourra nécessiter un éclaircissement plus marqué, alors que l'autre s'accommodera d'une intervention plus nuancée.
Un petit regret en passant : la tirette "force" semble ne fonctionner qu'a priori. Il faut l'ajuster d'abord, mettre le coup de pinceau ensuite. Il aurait été vraiment pratique de pouvoir ajuster la force de l'effet après avoir mis le coup de pinceau.

Pour traiter les yeux, on procèdera donc en deux étapes. D'abord avec le pinceau du haut, pour éclaircir tout l'œil. Puis, avec le pinceau du bas, on repassera sur les zones sombres pour leur redonner leur noirceur initiale.

Dans la pratique, un exemple sur un visage bien éclairé avec une intensité d'effet assez forte :

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Embellisseur des yeux, exemple 1

Avec un visage moins bien éclairé et sous un éclairage plus jaune (intensité de l'effet très faible) :

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Embellisseur des yeux, exemple 2

Avec un éclairage non homogène (effet plus fort sur l'œil droit, plus ténu sur l'œil gauche) :

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Embellisseur des yeux, exemple 3

Peau plus lisse

Sur le même principe, on pourra également lisser la peau. Là encore, on utilisera un pinceau pour désigner les zones à lisser, le trio de tirettes pour régler la taille du pinceau et l'intensité de l'effet et les deux options avancées pour mieux contrôler l'équilibre entre intensité du lissage et préservation des détails. Ceci permet d'intervenir avec différents niveaux en fonction des zones du visage, toutes n'ayant pas besoin du même traitement. Là encore, comme avec les yeux, faites attention à l'intensité du traitement : une application trop vigoureuse résulterait sur un effet "enduit" assez disgracieux.

Cyberlink PhotoDirector 5, boîte de dialogue de l'outil

Dans la pratique, voici le type de résultats obtenus. À gauche, l'original ; à droite, la même photo après correction de l'exposition et application du traitement de la peau à différentes intensités aux différents endroits. L'effet est plus fort sous les yeux et sur le front, plus léger sur les joues :

Suppression des rides

La suppression des rides utilise un procédé un peu différent. On ne va plus gommer ou lisser une zone, mais utiliser un outil similaire au tampon de duplication de Photoshop. D'abord on désigne la ride au pinceau, puis on tire la zone dessinée vers une partie lisse du visage que l'on utilisera pour remplacer la ride. Attention, il faudra veiller à être très précis sur la ride et à ne pas sélectionner une trop grande zone de peau alentour. De même, on choisira une zone de peau au grain et à la couleur similaire pour remplacer la ride.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Peau plus lisse, boîte de dialogue

Dans la pratique voici le genre de résultats auxquels on peut arriver. La toute petite ride juste sous l'œil a été gommée :

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Peau plus lisse, exemple

Modeleur du corps

Terminons ce tour de la boîte à outils "Embellisseur de personne" par un outil plus complexe permettant le remodelage du corps. On pourra au besoin modifier les silhouettes et les formes. Les outils disponibles sont plus denses que dans les précédentes fonctions.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Modeleur du corps, boîte de dialogue

En haut de la boîte de dialogue se trouvent trois onglets.
Le premier permet une intervention "au pinceau" : on sélectionne l'action à réaliser (tirer, affiner, gonfler ou récupérer) puis on agit directement à la souris sur les zones à traiter. En clair, pour affiner la taille, on prend l'outil affiner et on va tirer doucement plusieurs points de la taille jusqu'à ce que le résultat soit convenable.
Les autres onglets permettent d'agir sur la géométrie globale. Dans le premier cas, on utilise une grille et des points de contrôle définis ; dans le second, on pose soi-même ses points de contrôle.

Enfin, en dessous, on se voit offrir la possibilité de protéger certaines zones – si vous souhaitez affiner la taille de votre modèle mais que vous n'avez pas envie de toucher à ses bras ou à ce qu'il a en mains par exemple. On peut alors créer un masque sur les zones à protéger (en bleu sur l'image de droite), de sorte que les déformations n'affectent que les zones à travailler.

Voici un exemple des résultats obtenus (si tant est que le sujet ait vraiment besoin de ces artifices...) :

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Modeleur du corps, exemple

Suppression d'objet

Les premiers outils que nous avons vus étaient dédiés à l'esthétique du corps humain. Les outils suivants vont quitter cette sphère très spécifique pour s'intéresser à des opérations plus proches du montage. On va gommer quelques objets gênants, supprimer des morceaux de l'image et même ajouter des éléments dans une image. Le tout fait appel à des outils que l'on a plus souvent l'habitude d'utiliser dans des logiciels comme Photoshop ou The Gimp, et qu'il est appréciable d'avoir à sa disposition dans un dématriceur.

Correction dynamique

La correction dynamique fonctionne sur le principe du tampon de duplication. On crée un tracé au crayon autour de l'objet à supprimer, puis on glisse la sélection vers la zone avec laquelle on va gommer l'objet voulu.

La boîte de dialogue propose d'utiliser le stylo pour délimiter l'objet à traiter. Rien de plus simple, à condition que l'objet en question soit facile à éliminer.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Correction dynamique, boîte de dialogue

L'exemple ci-dessous illustre bien le type d'usage pour lequel notre outil de correction dynamique fait merveille. Les câbles électriques situés trop près du temple sont quasi impossibles à éviter à la prise de vue. Le fait que le ciel bleu soit parfaitement uniforme rend la manipulation encore plus facile. On entoure les fils, et on déplace la zone vers un bout de ciel bleu... et les fils sont effacés.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Correction dynamique, exemple

Suppression intelligente

La suppression intelligente fonctionne peu ou prou sur le même principe : seul l'outil de sélection diffère.
Pour déterminer la zone à remplacer, on pourra utiliser soit un outil de traçage de lignes, parfait pour les fils par exemple, soit un pinceau de sélection manuelle, plus approprié pour les zones irrégulières.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Suppression intelligente, boîte de dialogue

Sur nos câbles électriques, les deux outils fonctionnent bien... bien que dans ce cas, l'outil de traçage de ligne soit plus approprié. Les fils ont volontairement été partiellement effacés pour mettre en évidence les effets de l'opération.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Suppression intelligente, exemple

Extraire ou composer

Nous avons effacé des éléments, nous allons maintenant en effacer, et en rajouter. 

Suppression de l'arrière-plan

Le montage se fait en général en deux temps. On enlève certaines parties, que l'on remplacera par d'autres. Par exemple, vous avez pris une photo d'un monument... et le ciel est tout blanc. Le monument serait plus en valeur avec un beau ciel bleu. Il "suffit" dès lors de remplacer le blanc par du bleu. Facile a priori.  

Dans cette logique, la première chose à faire est de nettoyer son image initiale et de choisir ce que l'on enlève. La suppression de l'arrière-plan permet de le faire assez facilement.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Suppression de l'arrière-plan, boîte de dialogue

Notre logiciel propose deux outils pour y parvenir. On les connaît plus souvent sous leur nom Adobe de "baguette magique" et de "lasso magnétique", même si ici il faut parler de "lasso dynamique" et de "sélection magique". On notera que les deux fonctionnent avec une belle précision.

On sélectionne la zone qui sera le premier plan, puis on utilise les boutons à cocher pour déterminer si on garde le premier plan ou si on l'efface.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil outil Suppression de l'arrière-plan, exemple (travail en cours)

Compositeur de photo

Le dernier outil permet d'ajouter une image en surimpression. On pourra bien entendu cumuler les effets du compositeur de photo avec celui de la suppression de l'arrière-plan. Si vous voulez par exemple rajouter un ciel plus bleu à la place d'un ciel blanc crème, c'est le bon outil si vous avez une photo de beau ciel bleu sous la main.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Compositeur de photo, boîte de dialogue

Dans la pratique, le compositeur gère également les PNG et leur transparence. Si vous avez déjà des fichiers prêts, vous pourrez les importer directement. Il est alors facile de positionner ce que l'on souhaite dans le champ.

Cyberlink PhotoDirector 5, outil Compositeur de photo, exemple

CONCLUSION

Nous voici arrivés au terme de cette présentation des possibilités de la solution Cyberlink. Comme nous l'avons avancé plus tôt, ces outils ont le mérite de proposer des actions qui nécessitaient le recours à des logiciels tiers comme Photoshop ou Gimp pour ne citer qu'eux. Avoir ces quelques options sous la main sera un petit plus appréciable pour les photographes occasionnels voulant arriver à des résultats honnêtes sans trop se casser la tête.

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