5 questions, une photographe

Découvertes lors de la 3e édition du festival Circulation(s) en 2013, ses natures mortes m’avaient happée visuellement par leur charge émotionnelle dense. Des vanités photographiques suggérant une méditation allégorique sur la douleur et la perte d’un être cher. Serge Tisseron dit : « Reconnaître un style, c’est toujours reconnaître la présence du photographe dans l’image du monde qu’il a fixée et que nous avons sous les yeux. C’est en cela que le style est essentiel en photographie. »

Marie Gruel a une écriture photographique bien à elle : qu'elle capte le temple fantomatique de la Samaritaine, des fleurs, la maison de son enfance ou encore qu'elle croque de son appareil des personnes, son œil leur donne une présence toute particulière.


Selfportrait.

[1]

Focus numérique : Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie ?
 
Marie Gruel : À l’âge de sept ans, mes parents ont dû aider en ce sens lorsqu’ils m’ont offert un petit appareil photo compact. L’une des premières photos que j’ai prises avec était un autoportrait de moi dans le miroir de la salle de bain avec le flash. Une bonne mise en matière !
Vivant à la campagne, mes sujets de l’époque étaient principalement la nature, les fleurs…
Je me souviens avoir toujours dit à mes professeurs de collège que je voulais devenir photographe, mais pas photoreporter car c’était trop dangereux.
Issue d’une famille composée de plusieurs artistes (musiciens, peintres) et ayant un papa lui-même artiste, j’ai tout naturellement continué mon chemin dans les arts plastiques dès le lycée, puis en prépa à Nantes dans l’Atelier Guist’hau-Rollin. Atelier que j’ai quitté prématurément à la suite de mon acceptation à l’École des Gobelins à Paris.
 



Série « Ma Samaritaine », 2013.

[2]

Focus numérique : Quel matériel utilises-tu ?
 
M.G. : J’utilise actuellement un Nikon D700 avec un objectif manuel 50 mm f/1,4. Pour certaines séries (« Ma Samaritaine 2013 » et « Le Logis ») j’ai emprunté une chambre Toyo 4x5 à un ami. Occasionnellement, je prends mes photos avec un petit Leica M4-P. Le boîtier m’avait été offert pour remplacer un Nikon FM usé par le temps. J’y ai ajouté une optique Summicron  50 mm DR «Dual Range». J’ai rarement vu un tel piqué, mais n’étant pas vraiment à l’aise avec la mise au point télémétrique, je m’en sers un peu moins. Paradoxalement, l’appareil photo qui me procure le plus de plaisir et ce, malgré le cadrage inversé, est sans aucun doute mon vieil Hasselbad 500 CM que j’utilise avec un 80 mm f/2,8, principalement en argentique.
 




Série « Ma Samaritaine  », 2013.

[3]

Focus numérique : Qu'est-ce qui t'intéresse dans l'acte photographique ?
 
M.G. : Je pense que depuis toujours, j’ai voulu m’exprimer à travers l’image, qu’elle soit dessinée, peinte ou photographique. Elle m’aidait à dire ce que je n’arrivais pas à sortir avec des mots. J’adorais dessiner ou créer graphiquement et j’aurais rêvé devenir peintre, mais n’étais pas assez patiente. Puis j’ai trouvé dans la photo une manière plus rapide pour arriver à mon but. Cependant, j’ai toujours «manipulé» mes photos, en expérimentant le tirage en labo avec différentes matières, un peu à la manière de Man Ray ou en les intégrant à des création plastiques, puis par la suite, avec l’ajout de peinture et d’encre.
Pratiques que j’aie continué avec l’apparition du numérique mais en ayant plus de libertés car le champ des possibles devenait plus large. La manipulation via Photoshop à l’aide de ma tablette graphique me permet de transformer, inventer des mondes imaginaires à l’envi sans avoir de limites d’espace et de matière.
J’ai retrouvé dans la photo argentique, en faisant l’acquisition de mon moyen format, le côté spontané de la photographie et la beauté du moment dans lequel on s’oublie pour ne penser qu’à la construction de son image. Cette autre façon d’appréhender « l’acte photographique » m’a aidé à me souvenir des choses que je voyais, parfois m’a servie de « preuve » pour comprendre certaines choses qui m’arrivaient. Ce que j’aime par-dessus tout lorsque je scanne un négatif des années après avoir pris une photo, c’est de voir des détails que je n’avais pas vus à l’époque et de me rendre compte de l’expression que les gens m’ont offerte à ce moment précis. C’est souvent très touchant.
 


 

[4]

Focus numérique : Si tu ne devais en citer qu'un, quel est pour toi le photographe incontournable ou ta source d'inspiration ?
 
M.G. : Depuis toute petite, j’ai été très inspirée par la peinture : Klimt, Mucha et Van Gogh ont fortement nourri mon imaginaire. Côté photographes, j’ai admiré de grands noms de la photo tels Araki, Hiroshi Sugimoto, Raymond Depardon, Martin Parr, Gregory Crewdson, Nan Goldin. Je ne vais pas tous les citer, il y a tellement de travaux remarquables.
Plus récemment, j’ai eu des coups de cœur pour des photographes qui m’inspirent beaucoup dans leur démarche artistique tels que Viviane Sassen, Jeffrey Silverthorne, Joakim Eskildsen, Juan Manuel Castro Prieto.
Bref, c’est très compliqué de n’en citer qu’un !
 


Série « Flowers for Daddy ».

[5]

Focus numérique : Quel est ton prochain projet ?
 
M.G. : Je participe à des concours dont les sujets sont très variés.
Notamment un qui est une réflexion autour du noir, et qui m’a amenée à faire une série d’images sur les thèmes du deuil et de la folie, thèmes qui demeurent présents dans mon parcours artistique et personnel. J’ai également en cours trois projets personnels orientés sur le corps, autant féminin que masculin, dont un travail sur la femme dans les religions qui commence à se dessiner. Je ne connais pas encore l’issue des ces travaux mais ils alimentent ma recherche artistique et répondent à ce besoin d’extérioriser ce qui me touche personnellement par le biais de l’image.






 
> www.mariegruel.com

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