Raymond Depardon : un moment si doux au grand palais à Paris

Les clichés du photographe français Raymond Depardon né en 1942, ont une place privilégiée dans le paysage photographique français. Si vous ne connaissez pas son travail, ou du moins sa pratique de la photographie couleur peu exposée, pour le plus grand plaisir des yeux, courez voir « Un moment si doux », l'exposition du Grand Palais qui débute le 14 novembre.

Avec une muséographie sobre, aérée, des plus agréables, sont présentés près de 160 clichés en couleur, pour la plupart inédits dans un parcours découpé en 6 parties. La couleur comme fil conducteur nous embarque pour un voyage sans fausse note. Moments de l’adolescence, fragments de vie, souvenirs de voyages, instants de reportages, ses photographies révèlent les morceaux d’un puzzle, celle d’une vie de la fin des années 50 à aujourd’hui.
Cette année, il est spécialement retourné, dans certains pays dont l’Éthiopie, le Tchad, la Bolivie, Hawaï et les États unis afin de nous confronter à sa perception actuelle en couleur de ces contrées qu’il connaît très bien pour y être allé à maintes reprises. Une approche plus silencieuse, intériorisée et mentale qu’il nous fait découvrir par le biais de cette exposition.

Raymond Depardon : un moment si doux au grand palais à Paris

Son Leica en bandoulière ou accompagné d'une chambre, il opère tranquillement dans son coin, discrètement, s’arrêtant sur les détails, gardant toujours cette distance, et captant la lumière, toujours. Cette lumière si douce et spécifique de son écriture.
Tour à tour, il endosse le statut de reporter et de photographe, écrivant « le reporter est en colère, alors que le photographe est amoureux ». Si l’image est au centre de sa vie, il est également un cinéaste talentueux déposant un regard sur le quotidien d’une grande humanité. Qu’il s’intéresse aux pensionnaires d’un hôpital psychiatrique à San Clemente, d’un tribunal de grande instance, du milieu rural, de l’Afrique, il s’attache avant tout à l'humain.

Décalé, solitaire, pudique, c’est un photographe chroniqueur du quotidien travaillant dans l’éphémère de l’instant. Il pose la question de la vérité de l’image par l’expérience du réel traitant ses sujets avec une vision vivante, parfois drôle et surtout très humaine.
Le réel comme seul sujet, débarrassé de tout événement, plutôt dans les coulisses que sous la lumière des projecteurs, Raymond Depardon aime les lieux désertés. Pour lui, il faut faire le vide, peu ou pas de personne, ou s’il y en a il sont le point d’orgue du cliché.

Raymond Depardon : un moment si doux au grand palais à Paris
Harar, Éthiopie, 2013 © Raymond Depardon, Magnum Photos

Raymond Depardon : un moment si doux au grand palais à Paris
Sur la route avant La Paz, Bolivie, 2005 © Raymond Depardon, Magnum Photos

Raymond Depardon aborde la photographie essentiellement par le biais du noir & blanc, la couleur est là depuis toujours, mais elle est secondaire. Pour lui la couleur vient de son enfance, de cette enfance heureuse dans la ferme de ses parents, cultivateurs dans la vallée de la Saône. C’est là, tout jeune qu’il expérimente la photographie avec un appareil 6X6 de la marque Lumière, reçu de son frère. Il y est déjà question de trouver sa place face au sujet, de trouver la bonne distance, question permanente à l’esprit de ce photographe.
D’un apprentissage auprès de Louis Foucherand, puis sa polyvalence de sujets photographiés que ce soit les vedettes, les Jeux olympiques ou la guerre d’Algérie à l’agence Dalmas, c’est en 1966 qu’il créé l’agence Gamma avec plusieurs confrères photographes dont Gilles Caron afin d’offrir aux photographes, autonomie et responsabilité.

Familier du monde présidentiel français, sans pour autant exprimer ses opinions politiques, en 1974 il filme Giscard en campagne, en 81 dans Reporters il montrait Chirac en action, et l’élection de 1988 pour en 2012 photographier Hollande pour la photo officielle.
D’un caractère timide, se trouver derrière le viseur, lui convient parfaitement, faisant de lui un témoin social d’un bout à l’autre de la planète.

Raymond Depardon : un moment si doux au grand palais à Paris
Van-Tao, Vietnam, 1972 © Raymond Depardon, Magnum Photos

Raymond Depardon : un moment si doux au grand palais à Paris
Glasgow, Ecosse, 1980 © Raymond Depardon, Magnum Photos

Un œil singulier, une trajectoire unique dont le grain n’a pas fini d’imprégner nos rétines.
Grâce à son usage de la couleur d’une grande précision et son regard d’une grande douceur qu’il porte sur le réel, les images de Raymond Depardon conjuguent à merveille le passé et le présent. À travers cette exposition, il nous délivre un récit autobiographique sous le signe de la couleur.

À l’occasion de l’exposition, est édité le catalogue aux éditions de la Réunion des Musées Nationaux- Grand Palais. Un ouvrage au format presque carré (en regard au moyen format souvent utilisé par Raymond Depardon) accompagné de textes du photographe amoureux de l’écriture.

Raymond Depardon. Un moment si doux


Grand-Palais, Galerie sud-est
Entrée avenue Winston Churchill, Paris
Du 14 novembre 2013 au 10 février 2014
Tous les jours sauf le mardi de 10h à 20h
Nocturne jusqu’à 22h le mercredi

www.grandpalais.fr


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