Depuis que Magic Lantern existe sur la gamme Canon EOS, il a bouleversé le marché de la vidéo en réunissant les marqueurs culturels du cinéma (faible profondeur de champ, contraste et colorimétrie appropriés, gamme d'optiques reflex...), mais en prenant la part de marché qui ne faisait pas ou peu d'étalonnage, à savoir toutes les productions qui cherchent à avoir une belle image typée « cinéma » directement à la sortie du plateau, sans workflow élaboré et sans temps/frais supplémentaire.

Pour aller plus loin, il fallait passer à une autre gamme : Arri Alexa, Red Scarlet/Epic, F5/F55, qui offrent du RAW pour un budget de plus en plus intéressant, sans toutefois descendre en dessous des 10 000 €.

Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

Depuis quelques mois, l'équipe de Magic Lantern a réussi l'exploit de proposer sur les nouvelles versions de leur firmware additionnel une option RAW vidéo à 24 ou 25 images par seconde qui est exploitable, et qui transforme le Canon 5D MIII en véritable challenger dans le domaine du RAW vidéo.

De quoi dynamiter un peu plus le marché des grands capteurs cinéma en plein marasme ! Et Magic Lantern réserve encore des surprises qui font de ce firmware alternatif une vraie petite révolution.

Voyons dans le détail comment fonctionne cette option avec le 5D Mark III, appareil leader de cette révolution. Notez également que pratiquement tous les reflex Canon compatible avec Magic Lantern peuvent désormais filmer en Raw avec plus ou moins de définition (5Dc, 5D2, 5D3, 6D, 7D, 40D, 50D, 60D, 500D (T1i), 550D (T2i), 600D (T3i), 650D (T4i), 700D (T5i), 1100D (T3), EOS M, 100D (SL1).
Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

l'interface très complète de Magic Lantern apparaît en appuyant sur la touche poubelle

Magic lantern solutionnait deux problèmes particulièrement délicats en vidéo: 

- la gestion de l'exposition (zebra pour exposition sur les visages, spotmeter au centre, false color...)
- la gestion du son (gestion du niveau audio interne/externe, vu mètres...)

mais restait la délicate question de la qualité de l'image obtenue:

- pour le 5D Mark III  le choix entre un flux I frames only (ALL I, intra image, Pas de GOP – sans compression temporelle) ou IBP (Avec GOP – compression temporelle inter images)
- Après installation de Magic Lantern, le débit pouvait être ajustable via un nouveau menu.

Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

Désormais, la possibilité d'enregistrer du RAW à une cadence minimale de 24 images/seconde apparaît le menu MOVIE de Magic Lantern.


La première difficulté reste pour les novices l'installation d'une version stable de magic lantern sur un support bootable SD ou CF.
Pour cela, il faudra vérifier la version du firmware sur votre EOS Canon, soit la version 1.1.3 sur un 5D MIII, pour que Magic Lantern se greffe par dessus.

Tous les conseils pour installer le firmware, débuter en RAW et pour télécharger le firmware 1.1.3 se trouvent sur le forum de Magic Lantern: http://www.magiclantern.fm/forum/index.php?topic=5520.0

Ensuite il faut valider l'option RAW dans les MODULES pour que celui-ci apparaisse dans le menu vidéo.

Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

Une fois l'option validée et après un reboot du 5D3, il est possible de configurer son enregistrement RAW ; choisir son ratio H/L d'image, puis la définition de l'image RAW capturée:

Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

Le débit estimé apparaît en bas de l'écran, ici par exemple un flux RAW 1920x804 au ratio 2.39 est évalué à environ 65 Mo/s.

Voici un tableau qui résume les différents poids et débits :

Description Poids numérique
1 image 3584x1320 | Ratio 2.39 | RGB | 16 bits (Après conversion RGB - TIF) 27 Mo / image
1 image 3584x1320 | Ratio 2.39 | RAW | 14 bits (Canon RAW CR2) 7,94 Mo / image
   
1 image 1920x804 | Ratio 2.39 | RGB | 16 bits (Après conversion RGB - TIF) 8,91 Mo / image
1 image 1920x804 | Ratio 2.39 | RAW | 16 bits 2,94 Mo / image
1 image 1920x804 | Ratio 2.39 | RAW | 14 bits (Canon RAW CR2) 2,61 Mo / image
   
1 flux vidéo 1920x804 | Ratio 2.39 | RAW | 14 bits (flux RAW vidéo HD @25im/s) 65 Mo/s
1 flux vidéo 3584x1320 | Ratio 2.39 | RAW | 14 bits (flux RAW vidéo 3,5K @25im/s) 195 Mo/s
   
1 flux vidéo 1920x1080 | Ratio 16/9 | H264 | 8 bits | No GOP (ALL i Flux MOV Canon) 10 Mo/s
1 flux vidéo 1920x1080 | Ratio 16/9 | H264 | 8 bits | Long GOP ((IPB Flux MOV Canon) 4 Mo/s

Dans le mode standard 'plein cadre' de l'affichage Liveview, nous sommes limité à une définition HD (1920) en utilisant la largeur totale (resized frame) du capteur (36mm). Pour aller au delà de cette définition, il faut changer le mode d'affichage vidéo en utilisant le zoom numérique X5 ou X10 à l'écran qui ne va afficher qu'une partie du capteur;

En appuyant sur le bouton "loupe numérique",
la vidéo RAW bascule le capteur en mode CROP (sub-frame window)

A partir de ce moment, la surface utile utilisée pour l''enregistrement du fichier RAW est "croppée", fenêtrée (Capteur en mode windowed) et n'utilise qu'une partie du capteur, sur la définition que vous avez choisie et en fonction du zoom à l'écran (X5 ou X10).

Un rectangle apparaît alors par dessus l'affichage Liveview pour vous indiquer le cadre de ce qui est en train d'être enregistré.

Les définition jusqu'à 3584 pixels en horizontal sont alors accessibles, si le débit est tenable pour le 5D3 et pour la carte CF insérée.

Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

Le capteur du 5DMIII faisant 5760x3840 pixels (sur une largeur de 36mm), vos choix en terme de définition vont aussi avoir des répercutions sur la zone d'image utile (comme si l'on passait d'un plein capteur 24x36 à un demi format ou un quart de format).

Ce mode fonctionne alors comme un doubleur de focale et transforme vos focales normales en un super téléobjectif, selon la définition choisie en RAW.

Mais cela peut aussi vous obliger à utiliser des focales plus courtes si vous voulez retrouver votre cadre d'origine 24x36 dans cette définition là.

Mode RAW CROP X5 Mode RAW CROP X10
Magic Lantern Raw canon réglage crop x5 Magic Lantern Raw canon réglage crop 10x

Magic Lantern Raw canon réglage 24x36
Image cadrée en 24x36
 
Capteur Plein format vidéo (2,39)
RAW 1920x804
Zoom vidéo x5 (2,39)
RAW 3584x1320
Zoom vidéo x10 (2,39)
RAW 3584x1320
Magic Lantern Raw canon réglage qualité Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage
Cadre d'image obtenue (normal) Cadre d'image obtenue (X5) Cadre d'image obtenue (X10)
Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage

Ce mode, qui croppe dans le capteur comme le font les Red Epic et Scarlet , permet d'offir au 5D3 une image en RAW vidéo en quasi 4K sur 14 bits, l'arme ultime de l'ère vidéo et cinéma actuelle.

La différence de poids numérique entre une vidéo standard H264 et un tel fichier RAW vidéo ?

De 4 Mo/s en H264 « IBP » (Long GOP 12) jusqu'à 200 Mo/s en 3584x1320 en RAW ; soit théoriquement 50 fois plus lourd et plus rapide ! Il vaut mieux réfléchir avant de valider vos choix de tournage...

Magic Lantern Raw canon réglage bien choisir sa carte mémoire
Le choix de cartes rapides s'impose pour le RAW vidéo :
Les cartes X1000 permettent d'atteindre les 100 Mo/S

Il faut donc pouvoir soutenir le débit du RAW à 24 ou 25 images/seconde minimum, soit entre 60 et 100 Mo/s aujourd'hui limité par le contrôleur CF du 5D3, ce qui obligera l'utilisateur à acheter une carte CF de bonne capacité et très rapide, notamment celles qui affichent x1000. Le 5DMIII est l'un des modèles de la gamme EOS qui permet de monter à plus de 100 Mo/s avec des cartes CF rapides récentes.

Magic Lantern Raw canon réglage débit selon la qualité
Tableau des capacités RAW en fonction des modèles EOS Canon (cliquer sur l'image en pleine définition)

En ce qui concerne la cadence, si vous optez dans le menu vidéo Canon pour du 1920x1080 ou du 1280x720, vous pouvez tourner de 24 à 60 images/secondes : en effet, si vous désirez faire du ralenti, il est possible de basculer le boîtier en 1280x720 en 50 ou 60im/s dans le menu standard de l'EOS ; puis une fois en mode RAW vidéo (via Magic Lantern), cette haute cadence (jusqu'à 60 images/sec) va avoir pour conséquence de sauter des lignes sur les 1080 lignes d'origines tout en conservant les 1920 pixels/ligne (line skipping, perte de la moitié des lignes verticales pour aller 2 fois plus vite) et d'enregistrer des images avec un ratio H/L déformé, qu'il faudra corriger à l'étalonnage en étirant sur la hauteur votre image.


RAW 1920x804 @25P RAW 1920x500 @50P (line skipping)
 


L’intérêt de l'enregistrement RAW 14 bits peut être multiple, vis à vis des paramètres vidéo H264 d'origine:
- la différence de piqué / possibilité de zoomer dans l'image pour diffuser en HD
- la différence de plage dynamique
- la différence en colorimétrie
- les possibilités offertes en étalonnage
- la sensibilité en basse lumière

Les conséquences aussi:
- Poids du flux raw passant de 5 Mo/s à 100 Mo/s
- Complexité du workflow:
- conversion du fichier .RAW en séquence d'images RAW .DNG
- import dans un logiciel compatible DNG pour étalonnage
- Export vers un fichier TIF, DPX, Prores, DnxHD pour montage

La grande question est donc de savoir si l'effort vaut la peine: Balade de quelques jours avec un Canon 5DMIII pour comparer la qualité vidéo native du 5D3 en H264 et la qualité des fichiers RAW proposée grâce à Magic Lantern.

Tournage RAW en pratique

En mode raw vidéo, le monitoring liveview interne change aussi, avec un affichage Noir et Blanc du type « on fait ce qu'on peut avec les ressources qu'on a »...

L'affichage Liveview en mode RAW : Du noir et blanc, avec le minimum de fonctions à l'écran
A l'écran pour économiser du cpu: la fonction Spot meter et le peaking pour la mise au point
sur une image dégradée en monitoring

Si le boîtier ne peut pas suivre la cadence, il affiche les images perdues à la volée ; on peut alors choisir dans le menu ML si l'on veut continuer à filmer malgré tout, ou si l'enregistrement se termine dès lors que des images sont perdues.

Magic Lantern Raw canon réglage, tournage et montage
160 images perdues lors de cet enregistrement

Pour une plus grande efficacité, il est conseillé de désactiver la plupart des affichages à l'écran, et de ne garder que l'essentiel (exposition et focus par exemple).

Pour optimiser les performances et la stabilité des enregistrement, il vaut mieux dé-valider toutes les options qui prennent des ressources au boîtier et qui peuvent faire perdre des images à la capture :

• Auto Lighting Optimizer = OFF
• Long exp. noise reduction = OFF
• High ISO speed NR = OFF
• Highlight tone priority = OFF
• Multiple Exposure = Disable
• HDR Mode = Disable HDR

La prise de son est aussi gourmande en ressources, son enregistrement est mis de coté en mode RAW, et il est pour l'instant conseillé d'enregistrer le son à part sur un enregistreur externe (les boîtiers Zoom par exemple), et de synchroniser image et son en postproduction à l'aide d'un clap par exemple. On peut imaginer que le firmware évolue dans les mois à venir à ce sujet et qu'un jour le boîtier puisse arriver à enregistrer son fichier .wav à part mais synchrone, ce qui semble aujourd'hui poser problème.

Durant mes tests, j'ai pu capturer sans perte d'images des séquences en 1920x804 (2.39) à 25 images/sec, alors que pour les définitions ou les cadences supérieures certaines configurations amènaient des pertes :
Vous devez faire des tests en fonction du ratio choisi, de la définition horizontale, de la cadence, et des modes dans lesquels vous tournez (utilisation des fonctions à l'écran, plein écran ou zoom X5...).
J'ai eu des pertes à la captures en 3584x1320, alors que la plupart des plans en 2880x1060 se déroulaient sans coupure.

Partons en tournage sur la côte entre Marseille et Toulon pour tester cela grandeur nature...

H.264 vs Raw : précision

Dans un premier temps, nous comparerons 3 vidéos : 2 enregistrements HDTV 1080 et 1 clip en 3,5K. Vous pouvez télécharger les images en pleine définition :
> HDTV 1080 H.264
> HDTV 1080 Raw
> Raw 3,5K

Plan large Marseille
Source :
Vidéo native H264
(ALL I)

Ciel = 100% Luma
clippé
(exposition à droite)
 
Source :
RAW 1920x1080@25im/s
(sensor resized)


Ciel = 90% Luma
avec matière
dans les nuages
(même diaphragme)
 
Source :
RAW fenêtré 3584x1320@25im/s
(sensor windowed)

Ciel = 90% Luma
avec matière
dans les nuages
(même diaphragme)
 


J'ai cherché des cadres pouvant offrir des repères en dynamique et en piqué : ici le ciel pour voir la réaction dans les hautes lumières, et les immeubles pour le piqué.

À la première vue, le H264 me donne des ciels clippés dans les hautes lumières alors que la matière est toujours là dans mes fichiers RAW. La composante bleue sur le H264 est clippée : plus aucune info.

Concernant la précision des images, nous notons un léger gain avec les fichiers Raw par rapport au H.264. La vraie différence saute aux yeux quand on travaille en 3,5 K : l'image est clairement plus détaillée.

Entrons dans les détails de l'immeuble à droite de l'image, pour voir la différence entre RAW et H264.

Détails dans les images
Source :
Vidéo native H264 HD

détail dans l'image
via Photoshop
(130x140)
 
 
Source :
RAW 3584x1320
(sub-frame windowed)

détail dans l'image
via ¨hotoshop
(450x380)
 
 


A l’œil et à l'oscilloscope, aucun doute : le RAW l'emporte haut la main sur les détails de l'image en provenance du flux vidéo H264.

A gauche : Détail sur les immeubles / H264. A droite : détail sur les immeubles Raw 3584 pixels.


D'autres détails de l'image viennent appuyer la comparaison, notamment entre H264 HD, RAW HD et RAW 3,5K.

Détail Photoshop dans Vidéo H264 HD (1920x1080) Détail Photoshop dans RAW vidéo HD (1920x804)

Détail réalisé avec Photoshop Raw vidéo 3,5K (3584 x 1320 pixels).

Conclusion pour le piqué: c'est le jour et la nuit entre le H264 et la séquence obtenue en RAW 3,5K vidéo. Par contre la différence de piqué entre la vidéo HD H264 et le RAW HD n'est pas si grande, avec un léger avantage malgré tout pour le RAW, donné par les nuances offertes sur 14 bits.

Le peu de différence entre piqué H264 HD et RAW HD vient notamment du fait qu’après debayerisation du RAW à partir d'une définition HD, il y a une perte due à la mosaïque de Bayer (une mosaïque de Bayer est composée pour 50% de sa définition par des photosites Verts, 25% par de photosites Rouges et Bleus) ; il est même étonnant de voir que le RAW HD tienne si bien la comparaison avec une image positive HD de la même définition.

Je n'ai pas constaté de moirage sur ces images.

H.264 vs Raw : dynamique et rendu des valeurs

Dans le premier test : j'ai perdu de la matière dans les nuages que je ne pourrais pas récupérer ; avantage aussi au RAW dans la dynamique captée (environ 12 diaphs de contrastes mesuré au spotmètre dans la scène sur le plan large de Marseille). Pour les hautes lumières, nous allons étudier une autre scène. Vous pouvez télécharger une image capturée du flux H.264 et une image capturée du flux Raw (3,5K).

Image capturée
à partir du fichier
H264
1920x1080
Image RAW vidéo
1920x804
(mêmes réglages)
Image RAW vidéo
3584x1320
(mêmes réglages)

La première constatation, c'est la marge qu'offre le RAW pour un même réglage (ISO, Diaph, vitesse d'obturation) : J'ai exposé « à droite » sur les hautes lumières l'enregistrement H.264, et sans changer les réglages j'ai capturé les deux autres séquences RAW, l'une non croppée dans le capteur en 1920, l'autre en croppant (X5) le capteur en 3584.

Résultat : l'image H.264 apparaît sur-exposée, alors qu'après debayerisation et étalonnage, il est possible d'afficher une exposition correcte sur les deux images RAW vidéo.

Dans le cas du H.264, j'ai très peu de marge de manœuvre (voir dans certains cas aucune), alors que dans le cas du Raw vidéo, j'ai une réserve en dynamique qui me permet de choisir la sensibilité/l'exposition de ma caméra à l'étalonnage. Analysons une portion de l'image.

RAW 3854 pixels
Raw 1920 pixels
HDTV 1920 pixel (h.264)

Conclusion : Le H.264 n'offre quasiment aucune marge d'erreur en ce qui concerne l'exposition contrairement au RAW, et en terme de piqué même le RAW 1920 fait mieux malgré une définition RAW Bayer identique, qui jouait théoriquement en sa défaveur.

Pour le RAW :
- réserve en plage dynamique (plus de latitude de pose, plus de marge à l'étalonnage)
- réserve en piqué (plus d'information sans jouer sur la fonction 'DETAIL' en postproduction, possibilité de zoomer dans l'image 3,5K pour une diffusion HD 1,9K...)
- réserve colorimétrique (beaucoup plus de nuances couleur à l'étalonnage)

H.264 vs Raw : gestion du bruit électronique

Vous pouvez télécharger les fichiers (1 trame) natifs :

- H.264 100 ISO
- H.264 800 ISO
- H.264 12800 ISO

et les fichiers Raw

- DNG 100 ISO
- DNG 800 ISO
- DNG 12800 ISO


L'image numérique H.264 ne s'en sort pas si mal dans les basses lumières :
- faible niveau de bruit à 12800 ISO
- hautes lumières éclatées en H.264 comparées au RAW vidéo
- niveau de noir collé en H.264

Le point clairement positif : le niveau de bruit est très fortement traité pour la sortie en H.264, et très peu de bruit apparaît sur les images positives en basses lumière, contrairement aux générations précédentes d'appareils.

Il faudra, en conditions de basses lumières, traiter le RAW avec soin, car le RAW sur le 5D3 est impacté par le niveau d'ISO que vous allez valider (soit par le gain analogique avant CAN (Conversion Analogique / Numérique), soit le gain numérique après CAN qui va jouer sur la LUT appliquée) réglé lors du tournage sur le 5D MIII :
- le signal utile est impacté par le réglage des ISO dans le fichier RAW lui même
- La puissance du réducteur de bruit est modulée au fur et à mesure que les ISO montent

En effet, l'étude des fichiers RAW à 100, 800 et 12800 ISO montre que le fichier RAW natif offre plus de niveau de bruit à 100 ISO qu'à 128000, avec un bruit de structure évident à 100 ISO.

Le niveau de bruit est radicalement nettoyé dès que les ISO montent (même à 800 ISO) sur le fichier RAW lui même, même à ISO nominal, et le signal utile bouge, en fonction de l'ISO, ce qui n'est pas le cas en général dans la sphère des caméras RAW cinéma.

Contrairement aux fichiers RAW couramment répandus dans le domaine du cinéma numérique, le RAW Canon est impacté par les réglages de la sensibilité en amplification électronique et en réduction de bruit; dans une caméra de cinéma numérique telle que les caméras Red ou les caméras Sony F65/F55, la caméra réagit depuis sa sensiblité nominale et la sensibilité utilisée lors du tournage est appliquée à postériori par la courbe de rendu via les métadatas contenus dans le RAW.





Bref, quand vous utilisez le 5D3 en mode RAW vidéo, paradoxalement si vous êtes trop bas en ISO vous pouvez obtenir du bruit, et si vous êtes trop haut en ISO le réducteur de bruit va appliquer un fort taux de traitement qui peut vous faire potentiellement perdre des détails, (même à des sensibilités aussi médianes que 800 ISO). CF les réglages dans le menu Canon sur le réducteur de bruit.

Il vaut mieux utiliser l'appareil à sa sensibilité nominale, et aller piocher ensuite dans la dynamique en bougeant les ISO à l'étalonnage ; d’où l'importance de la bonne exposition du RAW, pour utiliser pleinement la gamme dynamique.

L'étape de la postproduction

Les détails de cette partie dépendent des prochaines mises à jour de Magic Lantern et des nombreuses mises à jours des logiciels qui gravitent autour. Je vous invite à aller régulièrement sur les forums de Magic Lantern pour télécharger les dernières versions et voir les changements.

Le tournage en mode RAW génère de lourds fichiers .RAW, que l'on peut transformer ensuite en une séquence de fichiers .DNG via un logiciel fourni sur le site de Magic Lantern : RAW2DNG (Mac/PC).



Après traitement, vous obtenez une suite de fichiers .DNG au format d'Adobe, qu'il faudra ensuite synchroniser (en se basant sur un clap par exemple) avec le son capté séparément.

Séquence .dng après traitement par RAW2DNG

Une fois les fichiers DNG extraits, plusieurs solutions s'offrent à nous :
- effectuer une conversion directe vers un fichier vidéo (Prores .mov ou .mxf) ou une image fixe (TIF) plus facile à exploiter par Avid, Final Cut ou Première.
-  Injecter directement le fichier RAW ou la séquence DNG directement dans votre logiciel de montage ou d'étalonnage (Da vinci resolve...).

Un forum de discussion est dédié au workflow RAW et DNG de Magic Lantern :

http://www.magiclantern.fm/forum/index.php?board=14.0

En attendant la compatibilité directe de vos logiciels de montage favoris avec les fichiers .RAW, il faut les traiter et convertir.

Pour la conversion en fichiers vidéo, il est possible d'utiliser un grand nombre de petits logiciels gratuits Mac et Windows avec une interface graphique, qui vont pour certains jusqu'à extraire en batch (par lots) les fichiers RAW et les convertir en Prores (Apple) ou DNxHD (Avid) :

- RAWMagic (MAC)



- Eyeframe (PC)



ou encore RAWanizer(PC) qui va jusqu'à l'export Prores et DnxHD:



Certains plugins permettent d'importer le fichier RAW dans leur logiciel de montage favori, comme c'est le cas avec « Ginger HDR » et Premiere Pro (Mac/PC) ; mais la solution la plus équilibrée reste pour moi DaVinci Resolve et l'export dans le Container/codec de votre choix.


Import des .RAW / .DNG dans Resolve

Après téléchargement depuis le site de Blackmagicdesign, Import de ses fichiers RAW ou DNG dans DaVinci Resolve (Mac/PC) lite, étalonnage et export dans le format le moins destructif pour votre logiciel de montage préféré quitte à appliquer une courbe LOG à l'export pour conserver le maximum de dynamique et d'info pour passer de 14 bits à 10 bits LOG.

Export vers Avid, Premiere ou Final Cut en MXF ou MOV en 10 bits

Conclusion

Si vous pouvez investir dans des unités de disques offrant un très large espace de stockage pour les fichiers RAW et que vous êtes habitués aux workflows évolués pensés pour la fiction, le tournage en RAW vidéo sur un EOS avec Magic Lantern est un vrai tournant sur le marché du RAW 4K: à part la caméra de blackmagic Design en 4K pour moins de 4000 € (mais qui enregistre aussi le son synchrone en interne), il est difficile aujourd'hui de trouver un meilleur rapport qualité/prix que le 5D MIII+Magic Lantern (ou ses petits camarades compatibles RAW vidéo dans la gamme EOS), pour faire des images à grand capteur en 4K RAW .

la stabilité des versions de Magic Lantern ira en s'améliorant au fil des mise à jour, ainsi que les nombreuses solutions logicielles pour transformer ces fichiers RAW à destination du montage, en passant par l'étalonnage.

Du coup le EOS-1D-C du même constructeur offrant du 4K (4096 × 2160) en 8 bits avec un codec Mjpeg (même avec la pseudo courbe LOG qui ne sert pas à grand chose en 8 bits) n'a pas grand intérêt à mon avis : entre d'un coté, du 3,5K Raw 14 bits pour le 5D3+magic lantern, et de l'autre du 4K Mjpeg 8 bits pour le 1D-C, mon cœur ne balance pas une minute, surtout pour un prix multiplié par 3.



Sans compter les nombreux modèles de la gamme EOS qui permettent aujourd'hui de faire du RAW 14 bits vidéo à 25 images par secondes grâce à Magic Lantern. Je me demande encore une fois ce qu'attend Canon pour proposer un salaire à ces gens aux doigts de fées...

Le 5DMIII+Magic Lantern est clairement désormais une solution d'entrée de gamme pour la production indépendante (films courts, pub, clip, et pourquoi pas longs métrages) qui peut intégrer l'étalonnage dans son workflow. La seule limitation pour l'instant reste la goulot d'étranglement des bus CF et SD qui ne permettent pas d'utiliser le plein potentiel RAW de ces machines.

Bref, la révolution du RAW 4K vidéo ne fait que commencer !

Les liens essentiels :

Magic Lantern, les infos et les logiciels pour bien débuter:

http://www.magiclantern.fm/

Les logiciels qui utilisent raw2dng, ffmpeg et autres librairies pour convertir les fichier RAW:
- RAW Magic: http://www.mediafire.com/download/tfur7aif2iic524/RAWMagic.dmg
- Cinetools : http://www.savoirnumerique.com
- Ginger HDR pour Premiere Pro : http://19lights.com/wp/downloads/
- RAWanizer : http://www.magiclantern.fm/forum/index.php?topic=5557.0



PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation