5 questions, un photographe


L’Autre, l’humain, la proximité sont au cœur même du travail de la photographe française, Frédérique Jouval. Qu’elle nous emmène au Mali, dans les couloirs d’un hôpital ou bien dans la lumière de la danse, il est souvent question du corps, le corps dansé, le corps malmené, sublimé, le corps comme une apparition que ce soit pour ses travaux personnels que pour ses collaborations avec la presse.

Faisant de son univers, un univers photographique éclectique où Frédérique Jouval, observatrice, pose un regard doux, sensuel et profond sur ses semblables. Doux, sensuel et profond comme sa voix qui résonne encore entre ses lignes. Ses portraits constituent une recherche perpétuelle de la beauté profonde des êtres et des choses dans un équilibre formel.

Frédérique Jouval
Reportage "Polygamie"

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Focus numérique : Quand et comment a débuté votre intérêt pour la photographie?

Frédérique Jouval : Déjà toute jeune, je m’intéressais à tout ce qui était artistique. Dans mon environnement, il y avait aussi bien du théâtre, du dessin que de la photographie, un environnement d’une grande forme de liberté. Après la terminale, je n’avais qu’une seule envie, faire de l’histoire de l’art. Ce que je n’ai pas fait ! Suis rentrée à Paris VIII d’abord en philosophie, pour ensuite poursuivre mes études en Arts Plastiques, sans penser précisément à la photographie.

En cherchant mon mode d’expression, la photographie s’est révélée à moi doucement, toujours sans savoir que je serai photographe, avec simplement l’idée de travailler dans l’image.
Puis diverses expériences et rencontres dont une très forte et importante. Celle avec Françoise Riss, grande iconographe auprès de laquelle j’ai beaucoup appris. Puis, j’ai eu envie de continuer mon chemin toute seule, d’abord en tant qu’icono puis un ami « bienveillant » m’a parlé d’une formation en photojournalisme à l’EMI-CFD. Mon travail y a été repéré, s’ensuit un passage chez Sygma pour devenir plus tard photographe indépendante.
Le fait d’avoir eu Christian Caujolle (Directeur artistique de la Galerie VU) comme professeur à la fac n’est pas anodin non plus dans mon parcours. De la richesse de ses cours, des photographes rencontrés, dont Bill Brandt... voilà tout ce dont j’ai été nourrie à mes débuts.

Frédérique Jouval

Frédérique Jouval
Reportage "Polygamie"


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Focus numérique : Quel matériel utilisez-vous ?

Frédérique Jouval : En argentique, j’utilise un Hasselblad, et deux Mamiya, un Mamiya 6 reflex et un à soufflet. Aujourd’hui, j’ai également un numérique par la force des choses. Pour mon prochain travail, je partirai avec un moyen format argentique. À mes débuts je travaillais essentiellement avec un Leica.

Frédéric Jouval

Frédéric Jouval
Portrait de la chorégraphe Lucinda Childs

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Focus numérique : Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’acte photographique ?

Frédérique Jouval : Quand je suis devenue photographe, je me suis immédiatement tournée vers l’humain. De mes débuts à maintenant, il y a eu beaucoup d’évolutions. Le nu m‘intéressait à l’époque, le nu à la Bill Brandt, très minimaliste et graphique. La présence humaine m’est apparue comme essentielle dans ma démarche. Il y est question d’émotion, d’instant, cette présence qui tient à un fil. Ma motivation première est la rencontre. Quand je fais un portrait, c’est l’instant où la personne lâche prise qui m’importe, même si ce n’est pas facile, car certaines personnes ne lâchent rien.
Dernièrement, en Afrique pour mon reportage sur la polygamie, j’ai beaucoup parlé avec les femmes. J’observais patiemment pendant les dialogues, leurs témoignages de ce qu’elles vivaient. Il était question de transmission du VIH, du rejet d’une des épouses, du déni de l’enfant, de l’aspect ancestral de la polygamie. Une expérience d’une grande force et unique dans le ressenti.

Frédéric Jouval
Portrait de la chorégraphe Lucinda Childs

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Focus numérique : Si vous ne deviez qu’en citer un, quel est pour vous le photographe incontournable ou votre source d’inspiration ?

Frédérique Jouval : Je trouve cela réducteur. Les goûts évoluent même s’ils restent là en chacun de nous. C’est une sorte de patrimoine. A chaque période, certains photographes. Je suis passionnée par plein de choses, et je me refuse à être et à aimer un seul registre. Par exemple, la photographie de Sergio Larrain m’a touchée tout comme celle de Robert Frank. Mais c’est difficile de répondre à cette question, car il y en aurait tant à citer !

Frédéric Jouval
 
Série "Apparitions"


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Focus numérique : Quel est votre prochain projet ?

Frédérique Jouval : Plusieurs choses, dont un très personnel qui me préoccupe depuis quelque temps, et dont je ne sais pas encore comment le photographier. À mi-chemin entre la réalité et la fiction, mais autre chose aussi. C’est encore l’inconnu dans sa forme, mais je me laisse inspirer par ce qui vient.

http://frederique.jouval.book.picturetank.com
http://frederique-jouval.tumblr.com

Frédérique Jouval expose sa série "Apparitions" à la galerie Adorna Coraçoes à Porto, Portugal jusqu'au 9 novembre 2013


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