Travailler léger... un rêve de photographe. Pouvoir partir sans trimballer des kilos de matériel en plus de son boîtier et de ses optiques. À l'ère des tablettes set des smartphones est-il possible de travailler avec ? Peut-on prendre ses photos, les retoucher et les traiter sur son iPad, à la terrasse d'un café ou dans le train ?

Photographie et tablette : le bon ménage

La réponse n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Oui on peut travailler sur tablette. Il existe de très nombreux outils, dont beaucoup d'excellents, mais souvent ils ne permettent l'édition que de fichiers JPeg. Enfin presque. Il existe bien quelques solutions travaillant vraiment sur les fichiers raw. Mais l'obstacle est encore hardware. La puissance des tablettes est encore bien trop modeste pour travailler confortablement sur de gros fichiers bruts. Il faudra attendre encore quelques générations de SoC pour que la fluidité soit aussi bonne sur raw que sur JPeg. Pour l'heure, on en est encore loin. Mais difficile ne veut pas dire impossible. 

Nous allons faire le point sur ce qu'il en est aujourd'hui. Comment on transfère ses photos depuis son boîtier sur sa tablette. Et comment on les y édite une fois les transferts finis. En ce qui concerne le transfert des images éditées, nous n'aborderons pas ce point... tout se passe entre vous et votre opérateur, ou le hotspot Wi-Fique vous trouverez.

Prendre ses photos et les transférer

Dans cet exercice, nous nous plaçons après la prise de vue. Ce que vous photographierez a peu d'importance. Mais deux détails sont à prendre en compte avant de remplir ses cartes mémoire. Le premier est de déterminer si on travaillera en raw ou en JPeg. Et après avoir beaucoup expérimenté les outils et procédures que nous verrons plus loin, le plus sage est de photographier en raw + JPeg. Les reflex modernes avec deux slots mémoire sont parfaits pour cet exercice. Idéalement on stockera les JPeg sur une carte SD, puisque le gros des solutions de transfert fonctionnent sur base SD.

Solution #1: le boîtier Wi-Fi

Pour transférer les photos vous avez aujourd'hui plusieurs options. La plus simple étant de disposer d'un boîtier intégrant le Wi-Fi. Ces boîtiers sont de plus en plus fréquents. Compacts, hybrides ou reflex, le Wi-Fi est assez facile à trouver. 

     

Solution #2: la carte SD Wi-Fi

Si votre boîtier n'a pas de connectique Wi-Fi intégrée, pas de panique. Il existe d'autres solutions. La première étant d'utiliser une carte SD Wi-Fi comme les Eye-Fi (entre autres marques).

On peut utiliser ces cartes dans n'importe quel boîtier compatible. Cette compatibilité est en général simple et acquise, mais consultez tout de même le site web du fabricant de la carte que vous voulez acheter avant de passer en caisse, certaines restrictions s'appliquant au cas par cas. Par exemple l'enregistrement sur Toshiba Flash Air de films sur EOS D600 en full HD sont instables d'après la liste de compatibilité du fabricant. Ce n'est qu'un exemple, il y en a d'autres. Une petite vérification à priori vous évitera peut-être quelques soucis. 
Encore une fois l'hôte idéal est le reflex doté de deux logements pour carte mémoire. L'un d'entre eux peut être réservé à une carte SD Wi-Fi qui accueillera les JPeg, tandis que l'autre carte sera réservée aux raw. De sorte qu'on pourra partager immédiatement les JPeg, et garder les raw pour une édition plus fine. 

Notez que certaines cartes font le tri naturellement. Comme les Eye-Fi Mobi par exemple, qui enregistrent raw et JPeg comme toute autre SD, mais dont l'application ne sait transférer que les JPeg. 

Eye-Fi ez Share Toshiba Flash Air PQI Air Card Transcend

Le transfert de la carte au terminal mobile se fait par le biais d'une application iOS ou Android. On installe l'application correspondant à la marque de sa carte SD Wi-Fi, on photographie, puis on lance le logiciel sur son terminal (smartphone ou tablette) et on importe les photos. Toutefois l'impact de la carte mémoire sur la batterie de l'appareil photo est réel. Tout dépend du modèle de carte, bien entendu. Certains sont capables d'éteindre leur puce Wi-Fi lorsque l'on n'est pas en mode transfert... pratique. Mais quand bien même ces solutions d'économie existent, alimenter la carte pendant les transferts peut être délicat quand on utilise des boîtiers déjà limités en autonomie. Nous pensons principalement aux hybrides. Prenez un RX1 par exemple... Emmenez-le en sortie une journée, et vous verrez que l'autonomie sera votre pire cauchemar. Utiliser une carte SD Wi-Fi sur une sortie longue n'arrangera pas les choses. 



Si vous êtes intéressé par une solution SD Wi-Fi et que vous avez un boîtier peu endurant, comme notre RX1, la parade sera certainement la batterie externe. 
À l'origine ces accessoires sont prévus pour recharger des smartphones et des tablettes. Mais si votre appareil sait se recharger via sa prise USB (ou micro USB), ça marche tout aussi bien. Il en existe de différentes capacités, tailles et poids. La capacité en mAh sera la principale différence d'un modèle à l'autre. Et souvent l'unité de mesure est l'iPhone... une batterie 10 000 mAh étant donnée pour charger 5 fois un iPhone, alors qu'une 2 500 mAh le chargera 1,5 fois.

Solution #3: le lecteur SD Wi-Fi

Et il existe encore une alternative pour le transfert de ses photos sans fil vers une tablette ou un smartphone: le lecteur de carte SD Wi-Fi. 

On en trouve assez facilement en ligne, entre 40€ et 80€ selon les marques. Beaucoup utilisent exactement le même design, et ne sont visiblement que des modèles OEM sur lesquels on pose un logo.
Chez Sony il faut chercher du côté du WG-CG10. Adata propose aussi son AV200. Et en cherchant un peu, on trouve des dizaines de modèles similaires, issus de marques moins connues en Europe. 
Nous avons utilisé un modèle Taxan Meobank SD+... qu'il est assez peu probable de trouver en France. Mais peu importe. Tous les lecteurs Wi-Fi fonctionnent de la même manière.

Comme pour les boîtiers et les cartes SD Wi-Fi on passera par une application du constructeur pour transférer les photos. Le reste est assez simple: on active le Wi-Fi sur son lecteur SD. On insère la carte SD de son appareil photo. On connecte son smartphone ou sa tablette en Wi-Fi sur le lecteur SD. Puis on lance le logiciel sur son terminal, et on rapatrie les images que l'on souhaite. 


 


Petite astuce pour transférer du raw:

Par défaut les applications ne gèrent souvent que le JPeg. C'est parfois vrai pour celles des cartes SD Wi-Fi et de certains boîtiers Wi-Fi. Mais la restriction est facilement contournable. Il suffit de ne pas utiliser l'application, mais un navigateur internet et de se connecter directement à son lecteur. Sur le dessous on trouvera l'adresse IP de l'appareil. Il suffit de se connecter en Wi-Fi sur le lecteur, puis de saisir son IP directement dans la barre d'adresse de son navigateur web. On verra alors tous les fichiers. Pour récupérer les raw il suffira de faire un "enregistrer sous". 

Solution #4: le transfert direct

Enfin il est aussi possible de transférer ses photos directement sur son terminal mobile... ou presque. Les utilisateurs de tablette Apple devront passer par un kit maison lisant les cartes SD et vendu une trentaine d'euros tout de même. On trouvera en ligne des alternatives parfois intéressantes, dont certaines capables de lire les cartes Compact Flash... ce qui est rare. Mais attention, certaines solutions bon marché ont la fâcheuse tendance de ne pas toujours fonctionner dans tous les cas de figure. Ces produits étant rarement vendus en boutique en France, il sera sage de bien lire les commentaires d'utilisateurs des boutiques en ligne pour savoir si la solution fonctionne bien sur son iBidule et avec sa version d'iOS. 

Lecteur de carte SD par Apple

Pour les terminaux Android on a souvent deux cas de figure. Le premier est que votre appareil est équipé d'un lecteur SD... ou plus souvent micro SD. On pourra alors utiliser une carte Micro SD dans un adaptateur directement dans son boîtier. Quand on a fini les photos, on sort la micro SD, on la branche dans sa tablette, et le tour est joué. 
Module pour adapter les carte micro et SD
Enfin si votre tablette n'a pas de lecteur SD, il est possible de passer par un câble USB OTG (On The Go). Ces solutions utilisent un connecteur micro USB d'un côté et USB femelle de l'autre... on branchera le premier sur la tablette, et le second à un lecteur SD, ou à un appareil photo directement (via un autre câble USB). Ces câbles ont pour eux l'avantage du prix: comptez entre 2 et 3€ le câble en boutique... une ruine !

Éditer sur tablette ou smartphone

Les photos sont prises et transférées. Reste à les éditer. Mais avant tout, il faut savoir ce que l'on veut éditer. Ses raw pour un travail plus poussé, ou ses JPeg. Nous avons essayé plusieurs solutions... avec plus ou moins de succès.

Travailler en raw ? C'est possible, mais... 

intéressons-nous tout d'abord au problème du raw. Nous sommes nombreux à préférer ce format au JPeg. Normal, puisque ce dernier est très limité en terme d'édition. Mais il reste encore très difficile de traiter du raw sur un terminal mobile.

... beaucoup d'applications ne travaillent QUE sur le JPeg intégré au raw...

Sur iOS, de nombreuses applications prétendent gérer les raw. Et effectivement, si on n'y prend garde on est surpris de voir avec quelle facilité un bête iPhone sait ouvrir un raw. Oui, mais... la plupart de ces applications utilisent la prise en charge raw d'iOS, qui ne prend justement pas en charge le format raw. Un comble. Et sur Android c'est pareil avec le gros des applications basées sur Aviary.  

Alors où est le problème ? Il s'agit tout simplement de savoir ce qu'on entend par "support de formats raw". Car il y a un univers entre reconnaître ces formats, et vraiment travailler sur le fichier. La plupart des éditeurs gérant les raw ne travaillent en fait que sur le JPeg incorporé à tout fichier raw. Et le bonheur de la manipulation dépendra de la qualité de ce fichier.

Comment faire la différence entre une application travaillant sur les raw et une "gérant" les raw ? Après en avoir essayé un bon paquet, il semble que la première réponse soit à chercher dans la lourdeur... Un raw, c'est gros, et les rares éditeurs raw natifs mettent vraiment à mal les tablettes dernière génération. Si l'ouverture et le travail sont trop faciles... c'est à coup sûr que l'éditeur utilise le JPeg. Un petit regret au passage: la très grande majorité des éditeurs jouent sur le flou, et bien peu expliquent clairement ce sur quoi leur outil travaille. 

Et quitte à travailler sur un JPeg, on se demande vite pourquoi ne pas simplement le faire sur un JPeg issu du boîtier. Certains ont de très bons traitements JPeg, autant en profiter. Et on en revient encore à notre configuration "idéale" pour le travailleur mobile: la photographie en raw + JPeg: le JPeg pour être retravaillé (autant que possible) sur le pouce et envoyé au plus vite, le raw pouvant bénéficier d'une édition bien plus léchée ultérieurement, et sur un vrai dématriceur.  

... et pour celles qui gèrent le raw, le résultat n'est pas toujours optimal

Si vous êtes un mordu du raw ne désespérez pas, quelques applications permettent de travailler en natif sur des raw. Mais attention... la taille de ces fichiers pose encore de sérieux problèmes à nos terminaux mobiles. Nous avons essayé l'un des plus populaires du moment, Pirawnha, sur un iPad dernière génération. Pour un bilan assez mitigé. 



Les difficultés matérielles sont encore pugnaces. Sur iPad il est facile de transférer ses raw via l'adaptateur SD Apple. On transfère les fichiers, puis on les ouvre dans Pirawnha. Et là on voit d'emblée que le développeur ne ment pas. L'application travaille bel et bien sur un vrai raw: l'iPad peine.
Chaque modification demande quelque secondes, et les messages d'alerte sur la faible quantité de mémoire sont fréquents. Mais on y arrive. 

On jouera principalement sur l'exposition, le contraste, les tons foncés et les tons clairs. On pourra également débruiter et régler la netteté. Les bases du développement, et sur tablette c'est déjà beaucoup !

Mais si au début on est enthousiaste, l'export est vite refroidissant. Les fichiers JPeg générés ne sont pas pleinement satisfaisants. Notre exemple du Tokyo Sky Tree est assez parlant: très aliasé, bruité dans les aplats, souffrant de moiré, d'aberrations et de franges... le traitement est perfectible.  

Ceci dit, l'image choisie est difficile à traiter. Sur des clichés plus faciles comme la fleur de la capture précédente, pas de soucis... le résultat est bon. 

Les deux images ci-dessous proviennent d'un raw de D800. La première a été dématricée et traitée par Lightroom 5:



Et la seconde par Pirawnha. Le post processing des deux est assez similaire: exposition, contraste, vibrance, netteté et courbes ont été ajustés légèrement. Et à première vue à taille réduite on y voit que du feu. 



En y regardant de plus près on voit toutefois beaucoup de défauts:



L'image de gauche est celle de LR5, celle de droite le Jpeg de Pirawnha. Netteté moins franche, aberrations chromatiques, franges et moiré visible sur les arrêtes... certes on développe du raw, mais pas encore aussi finement que sur PC ou Mac. 

Que doit on retenir de tout ceci ? Que le travail en raw sur tablette est possible. Mais que le matériel actuel est encore trop peu puissant pour travailler à l'aise, et que les algorithmes ont encore des progrès à faire (du moins à ce que nous avons pu en voir). Les choses changeront certainement quand les gros acteurs du secteur entreront en lice. Or il paraît justement qu'Adobe planche sur une version tablette de Lightroom. Attendons pour voir ce qui sortira de leur manche, et surtout si la prochaine génération de matériel mobile aura le coffre nécessaire pour gérer les très gros raw. En tout cas il y a là une niche à exploiter.

Travailler en JPeg

Face à la difficulté posée par le format raw, le travail en JPeg est souvent préférable. Plus léger, plus facile à traiter "vite fait" et plus facile à envoyer, il domine encore les débats lorsqu'il s'agit de travailler mobile. Le hic est que la qualité de votre travail reposera entièrement sur les qualités JPeg de votre boîtier... et tous les boîtiers ne sont pas logés à la même enseigne, loin de là !

Par contre côté applications, c'est la prolifération. Avec un bon paquet d'excellents choix parmi elles. Une petite sélection rapide: 

Snapseed

Est-il encore besoin de présenter Snapseed ? Cette application fait parti des grands classiques de l'édition sur smartphone ou tablette. Et à juste titre puisque les outils sont bien pensés, et les algorithmes particulièrement efficaces. Les retouches peuvent être localisées, et l'appli propose plusieurs effets assez réussis (contrairement à d'autres qui proposent des effets "parce qu'il faut en proposer"). 



Photoshop Express 

Là encore on est face à un des poids lourds du secteur, ne serait-ce que par le renom de son éditeur. L'application regorge de filtres, et propose les réglages de retouche standards. On regrettera que le débruitage soit une option payante. Mais comme l'application est gratuite, on peut facilement se faire une idée de sa pertinence. 


Photogene4

Les deux solutions précédentes sont des archi classiques. Très efficaces, très connues. Mais Photogene est, à notre avis, très largement au dessus du lot pour trois raisons.

Primo il sait ouvrir les raw en pleine définition, mais le travail est trop rapide et fluide pour que le logiciel travaille effectivement sur un raw. À notre avis il crée son propre JPeg à partir du raw (l'ouverture des raw est la seule étape longue du processus)... nous avons contacté l'éditeur pour en savoir plus sur le processus de travail de son application. Dès que sa réponse nous parvient, nous mettrons ces lignes à jour. Mais peu importe la réponse, puisqu'au final les résultats sont vraiment excellents.



Deusio il dispose d'une impressionante palette d'outils, incluant le débruitage (payant chez Adobe), le traitement des zones claires et sombres, le jeu directement sur l'histogramme...  et même des retouches localisées, comme dans Lightroom !! 



Et tertio, il dispose d'un module de redimensionnement particulièrement bien fait. Et ce dernier point est une sacré différence. Vous travaillez en 24 mpix. Vos fichiers font 6000 x 4000 pixels. Mais vous n'avez pas forcément envie d'envoyer des JPeg de cette taille. Les redimensionner en fin d'édition, choisir leur taille et leur définition ainsi que le niveau de compression JPeg est toujours une excellente chose. Or peu de solutions offrent ce genre de prestations. 


Enfin ajoutons à ce tableau déjà flatteur que Photogene4 gère aussi les données Exif, IPTC et GPS. Bref, pour retoucher mobile c'est un peu l'arme absolue. Le tout pour 89 centimes... c'est donné.  Il ne reste plus à l'éditeur qu'à développer aussi une version Android pour que le tableau soit parfait. 

Photosmith

Photosmith, c'est le pendant mobile de Lightroom. Après une séance on peut importer ses fichiers (raw inclus) sur l'iPad, et les classer, anoter, trier dans Photosmith. L'appli (vendue presque 20$) est reliée à Lightroom via un plugin. On peut donc rentrer avec ses photos déjà triées, taguées, prêtes à être versées dans LR. Le flux de travail est grandement simplifié. 


Alors, travailler sur tablette ou smartphone ?

C'est possible. Pas encore optimal, les appareils manquant encore cruellement de puissance. Mais si l'édition de raw est encore un exercice difficile (mais pas impossible), il est extraordinairement facile de travailler des JPeg. 

Côté transfert, c'est assez simple. Que vous ayez un boîtier Wi-Fi, une carte SD Wi-Fi... ou non, transférer raw ou JPeg sur votre terminal est archi simple. 
L'édition également est facile, et d'excellents outils sont disponibles pour un prix modique. Notre coup de cœur, c'est Photogene4... une perle d'ergonomie dotée d'un excellent module de redimensionnement. De quoi combler le blogueur, ou celui qui a besoin d'uploader vite quelques images rapidement retouchées. 

Pour l'édition raw, des solutions ont le mérite d'exister, et ces initiatives sont à encourager. Mais de notre point de vue elles manquent encore de maturité... et d'un hardware capable de les faire tourner de manière plus optimale. 
Les plans d'Adobe de rentrer sur le secteur (du moins à ce qu'il paraît), créeront peut-être un appel d'air invitant les autres gros du dématriçage à proposer leurs algorithmes sur tablette. On voit mal en tout cas l'avenir de la photo numérique se passer de ces supports mobiles. 

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