Lors de la présentation officielle du nouveau vaisseau amiral d'Olympus, l'OM-D E-M1, nous avons eu le plaisir de retrouver Toshiyuki Terrada responsable du développement des reflex numériques et des compacts à objectifs interchangeables pour lui poser quelques questions.

Olympus E-M1, interview Toshiyuki Terada
Focus Numérique
: Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce modèle haut de gamme ?

Toshiyuki Terrada :  Habituellement pour concevoir un appareil de ce type, il faut entre 1 et 2 ans. Mais actuellement, la partie la plus longue de la conception d'un appareil photo numérique est le processeur de traitement des données, le chip. Le développement du TruePic VII pour l'OM-D E-M1 a pris plus de 3 années.

Focus Numérique : C'est vraiment long. Comment faites-vous pour travailler sur des capteurs qui n'existent sans doute pas encore réellement ?

Toshiyuki Terrada Olympus JaponToshiyuki Terrada : Nous avons des roadmaps pour les capteurs avec des spécifications très précises et nous collaborons avec les fabricants de capteurs pour connaître les nouveautés et le fonctionnement des capteurs à l'avance. Cela requiert beaucoup de travail et il faut donc prévoir les fonctionnalités des produits très en amont, car le développement se fait sur le long terme.

Focus Numérique: Le nouveau capteur du E-M1 contient des pixels pour un système autofocus par corrélation de phase. Canon vient de présenter avec le 70D un capteur APS-C avec une technologie Dual Pixel AF. Pensez-vous que ce type d'autofocus est plus ou sera plus performant dans les années à venir ?

Toshiyuki Terrada : Difficile d'avoir un avis tranché actuellement. Aujourd'hui, le système autofocus par détection de contraste est très rapide sur des sujets fixes, mais pour le suivi d'un sujet, la corrélation de phase est plus efficace. C'est pour ça que nous avons un système hybride. Mais nous avons aujourd'hui la possibilité d'améliorer les deux systèmes. Nous devons à la fois composer avec les fabricants de capteurs qui améliorent la vitesse de lecture du signal pour la détection de contraste et nous devons également améliorer les algorithmes qui analysent les données pour piloter la mise au point. 

Focus Numérique : Mais il y un système plus prometteur que l'autre pour l'avenir ?

Toshiyuki Terrada : Je pense qu'il est trop tôt pour se prononcer. Nous avons encore la possibilité d'améliorer le système par détection de contraste et maintenant nous avons la corrélation de phase sur le capteur principal. Cette technologie est très jeune, mais elle est intéressante, car la zone de mise au point est exactement la même pour la mesure de la distance. Il n'y a donc plus de problème de front ou back focus, ce qui est un problème courant sur les reflex actuels. Les deux systèmes ont des avantages et nous avons choisi de combiner les deux. En outre, nous avons deux gammes d'optiques Micro4/3 et 4/3.

Focus Numérique : Il existe plusieurs technologies comme le Foveon chez Sigma ou le X-Trans chez Fujfilm qui changent radicalement la manière de concevoir une image numérique. Vous intéressez-vous à ces options ?

Toshiyuki Terrada : Olympus n'est pas un fabricant de capteurs, mais nous avons une certaine expérience dans le domaine de l'imagerie avec notre division médicale et l'endoscopie. Nous avons le loisir de regarder toutes les avancées technologiques chez tous les constructeurs. Si nous voyons une technologie vraiment intéressante chez un constructeur alors oui, nous pouvons décider de l'utiliser dans nos produits.

Focus Numérique : Vous venez d'enlever le filtre passe-bas, pourquoi le faire maintenant et pas sur les précédents modèles 16 Mpx ?

 _fcksavedurl=Toshiyuki Terrada :  La raison est simple : nous avons maintenant la puissance de calcul pour éliminer le moirage à la prise de vue. Car si nous enlevons le filtre AA, nous devons traiter ce problème inévitable avec notre technologie. Nous avons au fur et à mesure de nos modèles limité l'effet du filtre AA en compensant avec des algorithmes de traitements. Avec le E-M1 nous avons un nouveau processeur Fine Detail II Processing qui élimine correctement le moirage.

Focus Numérique : Le moirage sera donc visible sur les fichiers bruts ?

Toshiyuki Terrada : Oui, il est possible de voir du moirage sur les fichiers bruts, mais les logiciels peuvent parfaitement traiter le problème en post production.




Focus Numérique
: Toujours sur les fichiers bruts, vous êtes toujours en 12 bits pourquoi pas 14 bits ? Au niveau marketing, cela peut être un avantage non ?

Toshiyuki Terrada : Aujourd'hui, la différence visuelle entre 12 et 14 bits n'est pas vraiment pas énorme. Mais vous avez raison d'un point de vue marketing, il est préférable d'avoir 14 bits. Mais je ne pense pas que cela soit vraiment un point important pour le client.

Focus Numérique : Il serait possible d'avoir une mise à jour firmware pour passer du 12 à 14 bits ?

Toshiyuki Terrada : Pas réellement. Des fichiers encodés sur 14 bits demandent une puissance de calcul plus importante et donc un processeur plus cher. Cela se répercuterait sur le prix de l'appareil.

Focus Numérique : Panasonic qui est votre partenaire pour le format Micro4/3 a introduit un rideau électronique sur le capteur rendant ainsi le déclenchement totalement silencieux. Est-il possible d'avoir cette fonctionnalité sur l'E-M1 ?

Toshiyuki Terrada : Non aujourd'hui ce n'est pas possible. Il s'agit d'une possibilité physique du capteur. Nous n'avons pas le même modèle et notre capteur ne dispose pas d'un rideau électronique assez rapide pour offrir cette fonctionnalité. Nous avons dû faire des choix au niveau de notre sélection de capteurs. Nous avons privilégié la qualité d'image à cette fonctionnalité sur notre modèle E-M1. Pour nous cette fonction n'est pas primordiale, nous préférons nous concentrer sur la gestion du bruit électronique par exemple.

Focus Numérique : Vous aviez rétroéclairé les commandes du E-620 pour faciliter le travail dans le noir, pourquoi avoir abandonné ?

Toshiyuki Terrada : Ah oui ! C'est vrai. Nous n'avons pas eu beaucoup de retours sur cette fonctionnalité. Il semble que celle-ci ne soit pas très importante pour nos clients. Les professionnels savent où se situent les commandes de leur appareil. C'est un point intéressant, mais pas crucial.

 _fcksavedurl=Focus Numérique : Il n'y a toujours pas de flash pop-up sur le E-M1 pourquoi ? Ce n'est pas important également ?

 _fcksavedurl=Toshiyuki Terrada : Cela dépend de la position de l'appareil dans la gamme. Pour les débutants, c'est toujours important, pour les experts ou les pros, c'est beaucoup moins essentiel. 
Les professionnels préfèrent conserver l'ambiance lumineuse plutôt que de «détruire» les couleurs avec un flash. Apple, sur l'iPhone 5S, propose deux leds lumineuses colorées pour conserver l'ambiance lumineuse. C'est un axe de recherche intéressant qui nous intéresse plus par exemple.

Focus Numérique
: Vous avez un écran tactile sur le E-M1, mais l'intégration n'est pas très aboutie : pas de multipoint, les menus ne sont pas configurés pour le tactile. Travaillez-vous sur ce point ?

Toshiyuki Terrada
 : Oui, nous allons améliorer ces points, mais il nous faut plus de temps pour cela. Nous devons également travailler sur le mode connecté pour travailler directement depuis un PC. Mais là encore, nous n'avons pas eu le temps de développer toutes les demandes. Il y a beaucoup de demandes à intégrer et peu de temps.

Focus Numérique : Pourquoi un seul emplacement de carte sur l'E-M1 ? C'est pourtant un signe fort pour un boîtier que vous positionnez comme professionnel.

Toshiyuki Terrada : C'est vrai que c'est un point important pour assez une copie de sauvegarde ou séparer des fichiers. Cela aurait occupé plus de place et cela aurait augmenté le volume de l'appareil.

Focus Numérique : Dans le même ordre d'idée, le mode vidéo n'est sans doute pas assez évolué pour séduire les vidéastes : pas de sortie casque, pas de possibilité de travailler en mode M, pas de mode All-I.

Toshiyuki Terrada : Nous sommes avant tout un fabricant d'appareils photo et pas une société vidéo comme Panasonic par exemple. Nous sommes conscients que nous avons un point faible dans le domaine de la vidéo. Mais Panasonic propose des boîtiers très performants dans ce domaine. Nous préférons nous focaliser pour l'instant sur les aspects photo et avoir le meilleur appareil. Nous verrons après pour la vidéo.

Focus Numérique : Vous intégrez d'excellents filtres artistiques sur un boîtier pro, mais pas de mode panoramique par balayage pourquoi ? Est-ce un problème technique ou un choix délibéré ?

Toshiyuki Terrada : Là encore, c'est une question de priorité, mais également de demande. Vous êtes (les français) les premiers à me faire la remarque sur l'absence de ce mode de prise de vue. Mais nous avons toute la puissance nécessaire pour réaliser de telles images.

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