Portrait de Don McCullin par Jiang Rong
Portrait de Don McCullin. © Jiang Rong, Contact Press Images

À Perpignan, c’est dans l’église des Dominicains qu’est présentée l’exposition rétrospective de 55 années de photojournalisme vues à travers l’objectif de Don McCullin. Un endroit paisible, silencieux voué au recueillement en écho aux atrocités, à l’horreur, photographiées avec son Nikon.

Né en 1935 à Londres, Don McCullin est un des géants du photojournalisme, et pouvoir l’entendre parler de sa profession autour d'une table ronde avec d’autres monstres sacrés comme John G. Morris et David Douglas Duncan était un réel plaisir. À cette conférence sur la thématique "Photographier la guerre" étaient présents Patrick Chauvel et Yuri Kozyrev, photojournalistes plus jeunes, prouvant par cette lignée que la relève est assurée. Était également invité par l’esprit dans cette conversation Robert Capa, pionnier du photojournalisme, dont il a été question à plusieurs reprises.
Cette rencontre de plus de deux heures où l’émotion et l’humour étaient palpables, restera sans doute un des moments incontournables de cette 25e édition de Visa pour l’Image.

Photographier la guerre, conférence Visa pour l'image 2013
De gauche à droite : John Morris, David Douglas Duncan, Don McCullin, Rémy Ourdan (journaliste au Monde), Patrick Chauvel et Yuri Kozyrev. © Katia Cordova

Don McCullin est entré dans la guerre, tout d’abord sous les drapeaux de la Royal Air Force en tant qu’assistant photographe. Sa quête photographique le conduit sur de nombreux fronts, ceux du Vietnam, de Jérusalem, de la Tchécoslovaquie, Beyrouth où la mort frappe tous les jours, mais aussi dans des régions soumises au chaos sous toutes ses formes — le choléra, la famine, le génocide... Comme il le dit lui-même, il s’est plongé corps et âme dans la guerre par esprit d’aventure et par défi, puis très rapidement par colère et par horreur de cette "grande Histoire" qui est un éternel recommencement, une histoire qui se répète inlassablement.

Ce photographe de la conscience est exposé pour la première fois cette année à Perpignan ; la sélection de ses clichés a été faite par Robert Pledge, en étroite collaboration avec Don McCullin. Un voyage qui nous mène de l’Angleterre au Congo, de Berlin à l’Afrique australe, de Chypre à l’Irlande du Nord. Des images pour certaines iconiques, glaçantes par la cruauté du réel qu’elles décrivent, et qui, plusieurs décennies plus tard, ont toujours cette force de frappe dans l’esprit de qui les regarde. On sort de l'expo un peu sonné de toute cette atrocité inutile qui parcourt le monde.

Photo Don McCullin
Sans-abri irlandais, East End, Londpn, 1969 © Don McCullin, Contact Press Images

La photographie de guerre comme moyen d’éveiller les consciences, d’interpeller et non de choquer (quoique !), faite par les témoins rapprochés de ces guerres, les photojournalistes. Et si les guerres ne s’arrêteront jamais, leur travail, que ce soit celui de Don McCullin ou de James Natchwey pour les anciens, ou bien Yuri Kozyrev ou Rémi Ochlik (parti trop tôt) pour la nouvelle génération, peuvent bouger les choses, faire changer et évoluer l'opinion publique. Comme l’énonçait Patrick Chauvel : "À travers le photojournalisme, c’est la conscience individuelle et collective qui est informée. À notre époque, on ne peut plus dire que l’on ne savait pas."

Don McCullin s'est vu remettre le 5 septembre dernier le premier Visa d'or d'Honneur (soutenu par Le Figaro Magazine), prix récompensant le travail d'un photographe confirmé toujours en exercice pour l'ensemble de sa carrière.

Susan Sontag disait de Don McCullin : "Dans une société moderne, la photographie constitue le principal mode d’accès à des réalités qui ne sont pas vécues directement. Pour que l’événement devienne réel, il doit y avoir des images, certaines images (...). Dans la grande tradition du photojournalisme, que l’on appelle parfois photographie engagée ou photographie de la conscience, l’ampleur, la franchise, le caractère intime, inoubliable et poignant du travail de Don McCullin n’ont jamais été surpassés."

Visa pour l'image 2013, exposition Don McCullin
© Katia Cordova

PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation