Depuis quelques années maintenant, le matériel photo de qualité est accessible à tous et il n’est pas rare de ne plus être le seul et unique photographe à un mariage... ce qui peut parfois irriter certains photographes professionnels !

Photo Olivier Fréchard, photographe

En effet, Internet fourmille de témoignages de confrères, certains cocasses et humoristiques, parfois plus désespérés, voire quasi dépressifs. Car la démocratisation de toutes sortes d’appareils photo (compacts, reflex, mais aussi smartphones et même tablettes !) complique le travail du photographe professionnel.

J’ai moi-même eu une expérience peu heureuse lors d’un mariage en 2012 :

Camouflé dans un coin de la pièce à quelques mètres des mariés, armé de mon 70-200 mm f/2,8, je me poste à l’affut du "premier baiser" des mariés au moment ou le maire annonce fièrement : "Je vous déclare mari et femme !"

Œil dans le viseur, index sur le déclencheur, mise au point OK… et tout à coup l’image s’assombrit, un marasme brun apparaît dans ma visée ! Je lève alors les yeux de mon appareil pour comprendre et je découvre l’une des invités, à quelques mètres devant moi, venue immortaliser ce moment elle aussi. Je ne peux pas crier et elle est trop loin pour que je me déplace… Le temps d’un "heps !" discret, l’invitée se retourne et me dit étonnée : "Oups, pardon je ne t’avais pas vu !"

Je n’ai pas pu dire "Ce n’est pas grave…" : le moment était passé, j’avais manqué le "premier baiser" des mariés. En d’autres termes, on appelle ça ne pas faire son boulot. C’est ce que j’ai tenté d’expliquer à cette personne un peu plus tard dans la soirée : les mariés me paient pour immortaliser ces moments, je ne peux pas me permettre de leur dire que je n’ai pas réussi à prendre de photos, quelle qu’en soit la raison. C’est alors qu’elle m’a répondu cette fameuse phrase : "Mais moi aussi, j’ai le droit de prendre des photos !"

À ce moment-là, j’ai compris qu’il était totalement inutile de lui hurler dessus pendant des heures ou d’aller déverser ma colère sur les forums, mais plutôt de prendre cet élément en considération pour ne plus me retrouver dans de telles situations.

Voici donc un petit guide de survie à l'usage des photographes de mariage officiels...

1. Accepter que l’on n'est pas le seul photographe de la journée

Photo Olivier Fréchard, photographe

Je pense que pour pouvoir évoluer sur cette question, il faut simplement faire preuve d’humilité. Ce n’est parce que nous sommes photographes professionnels que nous sommes seuls légitimes à prendre des photos ce jour-là. Les invités ont envie, eux aussi, d’immortaliser ces moments de bonheur. Cela ne sert à rien de vous acharner à leur expliquer que leurs photos seront ratées, mauvaises, voire impossibles selon les conditions : la plupart des invités ne cherchent pas à avoir une photo nette, sans bruit, en lumière naturelle, etc. Ça, c’est notre boulot à nous ; eux veulent des souvenirs, quelle que soit la qualité du cliché.

Bien entendu, on peut imposer aux mariés d’avoir l’exclusivité des photos le jour du mariage. Je ne pense pas que ce soit la solution idéale : cela peut les mettre en mauvaise posture vis-à-vis de leurs invités. De toute manière, cela ne sera jamais respecté à 100 % et vous n’allez pas courir après tous les appareils photo de la journée dans le but de les confisquer un à un.

Donc, acceptez que vous n’êtes pas le seul photographe du jour.

2. Informez les mariés des risques inhérents aux "paparazzis"

Même si je pense que demander à avoir l’exclusivité des photos n’est pas nécessaire, je vous encourage vivement à prévenir les mariés que "trop de photo tue la photo". En effet, soulignez bien que vous ne pourrez pas être tenu responsable des arrière-plans emplis de bras levés tenant des compacts et des smartphones lors de la cérémonie, ou encore des "flashs interférences" au moment de l’échange des alliances… ou encore, comme dans mon cas, des invités qui se placent devant vous aux moments cruciaux.

Photo Olivier Fréchard, photographe
Un bel exemple de "bras tendu avec un compact et un flash à contre-jour. © Geneviève Engel

Photo Olivier Fréchard, photographe
L'entrée et la sortie d'église : il devient quasi impossible aujourd'hui
de pouvoir assurer un arrière-plan sans photographe...

En gros, l’idée est de laisser le choix aux mariés et qu’ils puissent prendre une décision en connaissance de cause.

Depuis que je fais cela lors des entretiens préparatoires avec mes clients, certains d’entre eux communiquent à leurs invités leur désir de discrétion concernant les photos, essentiellement durant la cérémonie religieuse. Certains mettent un mot dans le livret de messe, d’autres l’annoncent avant la cérémonie et j’ai même eu droit une fois à la demande officielle du prêtre aux invités de "laisser travailler le photographe officiel" !

Très confortable… mais sacrée pression néanmoins.

3. À vous d’être attentif

Oui, j’aurais pu faire manger mon 70-200 mm tout entier à cette personne qui s’est placée devant moi lors de ce mariage et m’a fait manquer une photo importante… Mais souvenez-vous toujours qu’en tant que professionnel, c’est à vous de vous adapter aux situations difficiles et de composer vos images de la meilleure manière possible, quelle que soient les conditions. Faites toujours attention à vos arrière-plans, notamment, et tentez de trouver des points de vue qui limiteront le nombre de personnes visibles en train de photographier.

Essayez donc de repérer où sont placés les invités avec des reflex : ceux sont souvent eux qui sont le plus susceptibles "d’oser" se déplacer et se retrouver à des endroits gênants pour vous. La plupart du temps, les photographes au compact ou smartphone sont plus timides et restent à la même place pendant les cérémonies.

4. Travaillez en coopération et pas en opposition

Ne considérez pas que les invités photographes sont des ennemis. Essayez de vous rappeler comment vous avez commencé la photo : sûrement en tant que photographe officieux. Si vous travaillez main dans la main avec les autres personnes présentes, il n’y a pas de raisons pour qu’elles ne vous respectent pas en retour. Sachez adapter votre posture pour ne pas vous placer dans un rapport de domination.

Certains invités semblent calés en photo et vous donnent des conseils ? Ne vous vexez pas : vous savez ce que vous valez et… parfois certains de ces conseils peuvent être bons à prendre. J’ai moi-même eu l’occasion de faire de bien belles photos en écoutant les conseils d’invités.

Vous pouvez également "nommer" des assistants. Les personnes présentes ont parfois envie de s’investir et pourront vous filer de sacrés coups de main. Si vous avez le temps, expliquez ce que vous êtes en train de faire.

Photo Olivier Fréchard, photographe
Les invités intéressés par la photo seront souvent ravis de vous assister.

Enfin, quand c'est possible, laissez les invités prendre des photos avant vous. Ça peut vous paraître bizarre, mais je peux vous assurer que cela vous fera gagner un temps considérable par la suite. Par exemple, lors des photos de groupes / famille, l’ensemble des invités photographes seront juste derrière vous, ou à gauche et droite. De ce fait, les mariés et autres personnes présentes sur la photo "louchent" car ils ne savent plus qui regarder, étant sollicités par plusieurs personnes à la fois.

Photo Olivier Fréchard, photographe
Laissez les invités faire leurs photos officielles avant vous, cela vous permettra de travailler plus sereinement à votre tour.

Une fois que les invités ont réussi à obtenir les clichés souhaités, vous pouvez alors leur demander cordialement de vous laisser prendre le relais seul.

5. Souple et solide à la fois

Attention, je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut se laisser marcher sur les pieds : vous ne devez jamais oublier que les mariés sont vos clients et vous rémunèrent pour avoir des photos d’exception. Hors de question, donc, de rater les moments essentiels de la journée sous prétexte que des invités vous ont caché la vue. Il s’agit de trouver le juste milieu entre "Il n'y a que moi qui puisse prendre des photos" et "Excuse-moi d’exister".

Souvent, la politesse et la cordialité vous aideront à trouver les mots justes pour que les invités comprennent quand ils vous mettent en difficulté.

Surtout, sachez prendre du recul par rapport aux remarques... Nous avons tous eu droit aux fameux "Il fait de belles photos ton appareil" / "C’est facile de faire de belles photos avec un tel matos" ou encore "Mais t’as oublié d’enlever le flash, on est en plein soleil !" / "Hé, mais t’es sûr de toi ? On est à contre-jour !" Soufflez… Ces remarques sont légitimes et ne sont pas faites pour vous blesser. Dans ces cas-là, rassurez les personnes et montrez-leur le résultat sur votre écran. C’est l’avantage du numérique !

PS – Je remercie chaleureusement l’ensemble des personnes (photographes ou non) je j’ai croisées sur mon chemin lors des différents mariages sur lesquels j’ai eu la chance de travailler. L’ambiance a toujours été des plus agréables et mon travail a toujours été respecté.

> Le site d'Olivier Fréchard, photographe à Strasbourg


Voir également :
> Photographier un mariage : conseils aux photographes non officiels, par Pascale Brites
> La photo de mariage, par David Lefèvre
> ISPWP - Les meilleures photos de mariage 2015 catégorie humour
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