Nous avons découvert le travail du photographe Yonathan Kellerman lors de la dernière édition du festival Sportfolio. Il était finaliste du Concours international de la photo de sport. Quelques semaines plus tard, nous l'avons rencontré pour qu'il nous parle de son travail.

Yonathan Kellerman

Focus Numérique : Yonathan, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Yonathan Kellerman : Je m'appelle Yonathan Kellerman, je suis photographe et réalisateur de films documentaires, originaire du Canada et installé en France depuis maintenant 3 ans. Je suis venu en France pour me donner la possibilité de travailler sur des thématiques qui m'étaient plus proche, notamment l'athlétisme.

Yonathan Kellerman

Focus Numérique : Quel est ton parcours ?

Yonathan Kellerman : Je suis de formation production de films. Je fais de la photo depuis mon adolescence. J'ai beaucoup voyagé et cela m'a permis d'affiner mon regard et d'améliorer mes compositions. Les principes de base en cinéma et en photo sont les mêmes. J'ai terminé mes études en 2000 à Montréal. Au lieu de me diriger vers le cinéma, je me suis intéressé au documentaire. Après un stage d'un an en France, je suis devenu photographe professionnel et j'ai développé mes activités de photographe en parallèle de mes activités dans le cinéma. En 2010 je suis revenu en France.

Yonathan Kellerman

Je suis fan de sport, je suis toujours allé voir les grands événements comme les JO ou les championnats mondiaux d'athlétisme. Mon regard photographique s'est développé sur ce type de sujet. Le sport me touche. Je trouve qu'il y a beaucoup de drame et d'émotion. Le sport est devenu un centre d'intérêt principal dans ma carrière. Pour moi, le sport reflète beaucoup la société. On peut analyser et représenter beaucoup de problèmes sociaux à travers le sport.

Yonathan Kellerman

Je suis photographe indépendant. À force de voir des manifestations sportives et de faire des images depuis les gradins, j'ai désiré m'investir plus dans la pratique. Petit à petit, je me suis fait accréditer par les fédérations canadiennes ou françaises.

Focus Numérique : Tu es fan d'athlétisme. Quelles sont les contraintes pour un photographe de sport sur des épreuves d'athlétisme ?

Yonathan Kellerman : L'athlétisme est l'un des sports les moins contraignants à photographier. C'est un sport très rapide, très éphémère. À chaque course, il faut planifier une seule prise de vue. Il faut impérativement connaître le sport et les athlètes. Après avoir défini l'athlète à photographier, il faut savoir, par rapport aux autres, où il va arriver dans une certaine phase de course. Par exemple, pour photographier Usain Bolt sur un 200 mètres, on sait qu'il y a de grandes chances qu'il sorte en tête du virage. Il faut donc se positionner en sortie de virage pour le photographier. Pour un autre athlète qui risque de ne pas sortir en tête du virage, il faudra choisir un autre point de vue.

Yonathan Kellerman

J'essaie dans la mesure du possible de "miser" sur le gagnant de la course. Aux Jeux paralympiques de Londres, j'ai fait une erreur en pensant que Oscar Pistorius allait remporter la finale du 200 mètres. Je me suis focalisé sur lui et c'est le Brésilien qui a remporté la course. Du coup, je me suis retrouvé sans photo du vainqueur.

Focus Numérique : Comment gérer le stresse de la photo sur une finale de 100 mètres ? Comment est-ce que tu mets toutes les chances de ton côté ?

Yonathan Kellerman : Il faut choisir le bon matériel. Les longues focales appartiennent généralement aux agences ou, sur certains événements majeurs, Canon et Nikon, via leurs services pro respectifs, mettent à disposition, en prêt, des téléobjectifs aux photographes. Il faut commencer par étudier la course et choisir le type de prise de vue à réaliser. En fonction de cela, il faut choisir le bon objectif. Les stades sont tous différents, il faut avoir de l'expérience pour choisir le bon point de vue et le bon matériel.

Yonathan Kellerman

Pour ce qui est de l'AF, je ne travaille pas avec le suivi 3D, car il est très difficile de faire du filé. J'utilise la mise au point en continu avec l'un des collimateurs en fonction de l'endroit ou je veux positionner mon sujet.

Bien entendu, je travaille en rafale.

Focus Numérique : Comment es-tu perçu par les autres photographes d'agences qui peuvent disposer de moyens considérables ?

Yonathan Kellerman : Il y a deux réactions. Certains me trouvent chanceux, car je ne subis pas les mêmes obligations qu'ils peuvent avoir. Il faut savoir que les photographes d'agences subissent une grosse pression et doivent absolument livrer. La prise de vue est commandée par l'agence. Il n'ont pas de marge d'erreur. Pour d'autres, je leur rappelle leurs débuts.

Yonathan Kellerman

Focus Numérique : En photo de sport, faut-il faire l'image techniquement parfaite de l'instant que tout le monde a envie de voir, ou une image au cadrage plus recherchée et plus esthétique ?

Yonathan Kellerman : C'est une question d'émotion avant tout. L'émotion est suscitée lorsque la photo est techniquement parfaite. Il n'y a plus aucune distraction possible pour l'observateur qui axe son regard sur le sujet et l'émotion de l'instant. Il faut que la photo évoque quelque chose : que se soit par exemple parce qu'il y a une certaine violence dans la vitesse sur l'image, ou bien une expression du sujet qui permet au spectateur de s'identifier et se sentir en lien avec l'athlète. C'est bien avant tout une question d'émotion qui est suscitée par le sujet.

Yonathan Kellerman

Focus Numérique : Quel est ton matos ?

Yonathan Kellerman : J'ai un Nikon D700, un D600 et je travaille avec des D3 et des D4 sur les championnats. Mon premier reflex était un Nikon. En 2007 j'ai presque basculé Canon, car à l'époque, selon moi, Nikon était à la traîne au niveau de la qualité de ses capteurs. Puis Nikon a lancé le D3 et le D300.  L'autofocus est primordial en photo de sport. Les Nikon permettent d'avoir plus d'images nettes sur des séquences en rafale. Les optiques, la mesure de lumière et la qualité de l'AF sont très réputées sur les Nikon.

Yonathan Kellerman

Le D700 est fiable, dispose d'une belle rafale et d'un capteur plein format. De plus, pour un photographe indépendant, il est économiquement intéressant dans la mesure ou il me faut souvent deux appareils. Il est juste un peu juste en définition pour pouvoir recadrer.

Focus Numérique : Quel serait selon toi le boîtier sport idéal ?

Yonathan Kellerman : Se serait un Nikon D700 avec un capteur de 20 millions de pixels ! Le plein format assure une meilleure qualité d'image que le format APS-C à cause de la sensibilité des pixels pour les hauts ISO. Question rafale, qui peut le plus peut le moins. Par contre, avec les très hautes cadences, le souci c'est le traitement des fichiers en post-production. Le "format" D700 est intéressant économiquement pour un photographe indépendant qui peut plus facilement investir dans deux boîtiers.

Yonathan Kellerman

> Le site de Yonathan Kellerman


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