Créer des photos de plusieurs centaines de millions de pixels, c'est possible. Une photo sur laquelle vous pouvez zoomer quasiment à l'infini pour aller chercher des détails infiniment petits, le tout sans avoir à investir dans un onéreux dos numérique moyen format qui, de toute façon, ne saurait pas non plus produire les images à la définition que l'on souhaite atteindre. 

La méthode est en fait assez simple, et reprend grosso modo ce que nous avions vu sur la méthode Brenizer, et sur les panoramas géants. De la méthode Brenizer on reprendra la volonté de se focaliser sur un sujet précis, alors que du panorama on reprendra le quadrillage et les méthodes d'assemblage. 

Nous avons déjà traité ces sujets par le passé. Et globalement, on y arrive rapidement et assez facilement.

Cette fois-ci nous allons nous concentrer sur la méthode appliquée à des sujets plus modestes que ceux des panoramas (on cherche à faire des "petits" sujets, et pas des villes entières), en nous arrêtant surtout sur les principales erreurs ou difficultés rencontrées dans la réalisation de ces exercices : les flous, les mauvaises mises au point, les erreurs d'exposition, le manque de matière autour du sujet... autant de pièges faciles à éviter qui peuvent facilement ruiner un gros travail. N'oublions pas également le choix du logiciel d'assemblage qui lui aussi peut avoir une grande influence sur le travail.

Bref, attendez-vous à croiser pas mal de contre-exemples dans les lignes qui suivent. 

Le matériel

Pour prendre ce type de photo, on aura besoin d'une focale longue bien définie et, si possible, très homogène. On cherche à maximiser la définition, avoir des flous parce que l'optique a du mal dans la résolution des bords serait dommage. Les bons candidats peuvent ressembler au 70-200 mm F4 Nikon récemment testé chez nous si vous roulez en Nikon. Ce n'est bien entendu qu'un exemple, et chaque marque aura des candidats appropriés à proposer. Pour les trouver, vous pouvez vous baser sur les graphiques fournis par DxO qui seront d'une aide de premier plan en la matière. Et, dans la mesure du possible, on évitera les optiques avec trop de déperditions sur les bords ...


Une focale longue ? Oui, et si possible offrant un cadrage bien plus serré que le sujet que l'on souhaite immortaliser. Habituellement, on choisit la focale de sorte que le sujet entre dans le champ. Là on procèdera à l'inverse: chaque photo sera un zoom sur un détail ... que l'on assemblera ensuite, en créant le cadre en dernier.

Plus on choisira une focale longue, plus on aura de petits détails sur le sujet, mais plus il faudra faire de photos pour le couvrir intégralement, et plus l'image finale sera grosse. Voilà l'équation qu'il faudra résoudre à chaque séance photo.

Combien d'images faut-il prendre ? Quelle focale utiliser ? La réponse n'est pas gravée dans le marbre, et ce sera à vous de décider in situ. Pour l'exemple les 69 photos utilisées pour capturer la basilique ci-dessous, faites au D800, résultent sur un fichier de 36854 x 48277 pixels, soit 1.78 gigapixels au total. L'addition grimpe très vite !

Comment choisir son logiciel d'assemblage ?

Une fois les photos prises, il faudra les assembler, et le choix du logiciel est crucial. Il existe de très nombreuses solutions d'assemblage. Nous avons déjà travaillé avec Microsoft ICE dans un article précédent. Cette solution gratuite est particulièrement bien adaptée à des compositions comptant relativement peu de photos. 30, 40, 50 clichés... ICE s'en tirera parfaitement.



Si vous avec des ambitions plus marquées, si vous voulez dépasser les 100 photos sur un sujet, ICE serait idéalement remplacé par une solution plus musclée comme Autopano Giga. Nous avons brièvement essayé plusieurs alternatives sur un gros PC (Core i7 à 8 coeurs, SSD et 16 Go de DDR3) et dès qu'on vise gros, Autopano sort largement en tête. Ce n'est pas tant le résultat final qui nous fait dire ceci, mais la vitesse de traitement. Mettez plus de 300 photos sur un assemblage, et essayez de les assembler dans le module Photomerge de Photoshop, dans ICE et dans Autopano et vous verrez rapidement pourquoi nous recommandons ce dernier pour les très gros travaux.



Même avec autant de photos Autopano propose un aperçu quasi instantané de l'assemblage final et ne travaillera en pleine définition qu'au moment du rendu, alors qu'il faut plusieurs heures de travail à Photoshop pour avoir un aperçu du résultat final (et s'il n'est pas bon ce sont autant d'heures de perdues). ICE est entre les deux, mais très largement plus lent que Autopano Giga si on utilise de très grandes quantités de photos. Cette souplesse et cette superbe gestion des très grosses quantités d'images est un véritable plus dont on a du mal à se passer.

Minimiser les problèmes à la prise de vue

Si vous avez déjà parcouru les tutoriels sur la méthode Brenizer et sur les panoramas, vous aurez déjà la méthodologie. Les deux seules difficultés concerneront la mesure d'exposition et le choix de l'ouverture. Comme toujours lors de la réalisation de panoramas (puisqu'en gros c'est de cela qu'il s'agit) on veillera à verrouiller la mesure d'exposition entre les clichés. Certes, les logiciels comme Autpano Giga savent corriger quelques erreurs d'exposition, mais il est assez simple de lui fournir une base propre en utilisant la touche AEL (Auto Exposure Lock) de son boîtier.



L'autre difficulté concerne le choix de la focale. Si on travaille de près et à pleine ouverture on est en plein dans la méthode Brenizer, et on a un résultat final plein de profondeur de champ. On veille alors à ce que le cadre final dépasse assez largement le sujet pour que l'on profite des jolis flous autour du sujet. La méthode est valable et donne d'excellents résultats sur des objets de taille modeste: vases, bibelots, statues, fontaines... 

Si vous vous attaquez à des bâtiments par exemple il sera difficile de travailler les bokeh, à fortiori si vous les photographiez d'assez loin. Et dans ce cas, la question de la focale est importante. En effet avec un gros zoom on aura vite des différences de netteté selon l'éloignement de la zone de mise au point originale. 

L'image ci-dessous est un très bon contre-exemple. Tous les clichés qui la composent ont été faits en verrouillant exposition et l'autofocus. Résultat, quand on zoome dans l'image on tombe vite sur de grosses différences de netteté.

 
Et si la majorité du monument est parfaitement net et bien défini, par endroits c'est plutôt une bouillie de pixels.



On risque donc de voir de grosses différences de netteté entre les divers points du bâtiment. On veillera donc au minimum à bien fermer (f8 à f13 selon le besoin) pour préserver cette netteté maximale sur tout le champ. 

Mais fermer à fond n'est pas la seule alternative. Certains boitiers permettent une configuration poussée de la touche de verrouillage de l'exposition et de l'autofocus. Une aubaine pour cet exercice !



En effet, la plupart des boîtiers ont une touche de verrouillage de l'exposition et/ou de l'autofocus. Souvent on peut désolidariser les deux et parfois aussi indiquer au boîtier de ne pas refaire la mesure d'expo tant que l'on presse le bouton. Chez Nikon par exemple, on trouvera une fonction AE Lock (hold) qui maintiendra la mesure d'exposition bloquée tant qu'on appuiera sur la touche, alors que l'on pourra refaire la mise au point entre chaque photo. C'est parfait pour nous puisque de la sorte on pourra faire la mise au point à chaque cliché, en bloquant la mesure d'exposition. On aura donc une exposition homogène sur tous les clichés, et autant de photos parfaitement nettes. 

Assemblage: pièges et rustines

Cette méthode est adaptée à tous types de sujets. Des gros objets comme notre basilique, ou de plus petits comme ce globe terrestre. On aurait pu le photographier d'un coup à n'importe quelle focale. Ici il fait 10 000 x 12 125 pixels, soit un peu plus de 120 Mpix. Et si, globalement il est satisfaisant, il est bourré de petites erreurs !

 
La très grande résolution permet bien entendu de zoomer vraiment fort sur sa surface. Le globe est fait d'une trentaine de photos faites à moins de 2 mètres avec un 200 mm.



Les résultats sont donc vite encourageants. Et la méthode assez facile à mettre en oeuvre. Toutefois, plusieurs pièges peuvent émailler votre parcours.

La première difficulté, surtout sur les gros sujets, est de bloquer la mesure d'exposition. Si vous pouvez verrouiller l'exposition pendant toute la prise de vue, vous avez la solution. Si une erreur se glisse, les logiciels savent corriger quelques différences, pourvu qu'elles ne soient pas trop grosses. L'image ci-dessous montre l'erreur d'exposition dans la réalisation de la basilique. Mais bien que flagrante elle est facilement récupérable. Soit en reprenant l'exposition manuellement (-0.60 EV sur celle de gauche en l'occurrence), soit en laissant Autopano rectifier l'erreur, ce qu'il fera très bien.



Un peu plus haut nous évoquions les problèmes de netteté sur des sujets de grande taille. Problème que l'on contournera en bloquant l'exposition et en refaisant le point entre chaque cliché. Mais si d'aventure on n'y pensait pas au moment de la prise de vue, une astuce assez simple consiste à réduire un peu la taille de l'image en export. Les défauts se voient moins sur un fichier plus petit, et si le flou est gênant à 40 000 pixels de large il le sera nettement moins à 30 000 ou 25 000. Vous réduirez la gêne (sans résoudre le problème original), tout en conservant une photo de taille respectable.

Et nous voilà de retour sur les nombreuses erreurs de notre globe. Elles sont quasiment toutes de même nature: c'est l'assemblage qui déraille ! 

Il arrive souvent en effet que les logiciels commettent quelques erreurs. Prenez le temps de bien inspecter votre photo avant de la publier ou de l'imprimer... et cherchez ce genre de petite pétouille:



Le logiciel a du mal assemble deux images. Le R est décalé et l'image inférieure est visiblement plus floue. Le résultat est plus que médiocre. On pourra résoudre le problème de deux manières. On peut relancer l'assemblage en espérant que le logiciel assemble un peu mieux, ce qui est parfois le cas. Et si on a bien veillé à laisser une bonne marge de superposition entre deux photos (entre 20 et 30% de superposition sont recommandés), on peut carrément tenter de relancer l'assemblage en supprimant l'image qui pose problème (celle du dessous en l'occurrence).

Enfin quand vous photographiez de très gros sujets, pensez à laisser de la matière autour. Si vous photographiez un bâtiment, photographiez aussi son environnement immédiat. Souvent, on se concentre sur le sujet, on le photographie avec une rigueur maximale... et on oublie le reste. Or sans matière autour, on se retrouvera vite dans l'impasse.

En effet, les gros sujets demandent souvent de conséquentes corrections géométriques... on pivote, on décale, et on crée du "noir". Pensez donc à l'inutile: faites du ciel, du trottoir, du voisinage proche. Mieux vaut en avoir trop que trop peu ! Si vous oubliez ce conseil, vous pourrez tenter de boucher les trous dans Photoshop à grand renfort de tampons de duplication. Mais ceci n'est valable que si les abords du monument sont faciles à traiter. Ici, le ciel est tout bleu... rien de plus simple. Mais sur les côtés, il sera impossible de recréer les bâtiments voisins qui n'y sont pas !



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