5 questions, un photographe

Une nouvelle fois dans les pages de Focus, le regard d’un photographe français sur l’Amérique. Après Ronan Guillou et Emmanuel Georges, c’est au tour du photographe Rémi Noël de nous dévoiler son regard singulier sur ce territoire que sont les États-Unis, territoire qui n’a de cesse de fasciner par la photogénie de sa réalité vernaculaire.

Rémi Noël réinvente cette identité visuelle, en la confrontant à des objets ordinaires tels qu’une pochette de disque, un puzzle, une bouteille de Coca, une figurine de Batman afin de nous raconter des histoires où le réel est quelque peu transfiguré.





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Focus numérique : Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie?

Rémi Noël : je dirais, il y a une quinzaine d’années. À l’époque, je travaillais dans le milieu publicitaire en tant que rédacteur, donc je ne touchais pas vraiment à l’image n’étant pas directeur artistique. J’ai ressenti le besoin de faire des images à ce moment-là, sans savoir vraiment l’expliquer. Il n’y a pas eu vraiment de déclic en regard d’une image précisément, comme cela peut être le cas pour certains photographes.

Si j’avais eu des talents de dessinateur ou de peintre, que je n’avais pas, je me serais surement lancé dans la peinture. C’était juste un besoin de faire des visuels. Mon métier était centré sur les mots et j’avais envie de ce complément. Comme je n’ai pas fait d’études d’arts graphiques, cela n’était pas possible de faire des images dans le cadre de mon métier.
Je me suis tourné vers la photographie en m’initiant auprès d’une association près de chez moi. Au fur et à mesure, j’ai expérimenté des choses et progressivement j’ai photographié aussi bien des paysages que des gens. Je me suis rendu compte que j’étais plus à l’aise à mettre en scène des objets, car les personnes, avec ma timidité c’était compliqué.
Au début de mon travail, j’ai commencé à faire des natures mortes chez moi. D’ailleurs je continue à en faire. Toujours en noir & blanc.

J’ai appris l’argentique, le tirage, la prise de vue au 35 mm, en N&B, avec un objectif qui est quasiment toujours le même, un 50 mm. Objectif culte qui était celui des Cartier-Bresson qui se rapproche le plus de la vision. Un apprentissage somme toute, assez classique.

J’ai développé le goût de faire des photos dans cette lignée et suis resté fidèle à cette manière, par manque de temps et ensuite par goût, car finalement, indépendamment du fait que j’avais appris ainsi la photo, c’est comme cela que j’aime la pratiquer. Cela fait 15 ans que je travaille techniquement de la même façon.









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Focus numérique : Quel matériel utilises-tu?

Rémi Noël : Je travaille avec un Nikon FM3A, matériel un peu archaïque aujourd’hui ! J’en ai plusieurs et quand je voyage j’en amène au moins deux. Comme en plus il n’est plus fabriqué, de temps en temps, je m’en rachète un, histoire d’en avoir en réserve ! C’est un peu bête, mais c’est ainsi.











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Focus numérique : Qu'est-ce qui t’intéresse dans l'acte photographique?

Rémi Noël : Je mets beaucoup en scène donc je suis à l’opposé de ce fameux « instant décisif » de Cartier-Bresson, que j’apprécie par ailleurs. Je mets en scène des choses auxquelles j’ai pensé. Donc l’instant décisif est là, mais plusieurs mois avant. J’ai des visions, c’est un grand mot, mais j’ai en tête des images que je veux réaliser. Parfois, ça marche, parfois non.

C’est sans doute par déformation professionnelle publicitaire où il n’y a jamais d’image gratuite, tu racontes forcément quelque chose.

Dans mes photos, on peut raconter ce qu’il y a dedans, à la différence de certaines photos où l’on ressent, où cela ne se raconte pas. Mes photos sont en quelque sorte des mini-courts métrages, il y a toujours une narration. Celle-ci je l’ai à l’esprit, ensuite, je la dessine, de manière très sommaire qui ne parle qu’à moi et puis je photographie.

Au fil du temps, cela s’est trouvé comme ça, j’ai fait un voyage aux États-Unis où j’ai fait de la photo. Ce que j’en ai rapporté m’a plu alors. Cette photogénie de l’Amérique me parlait. J’ai fait un second voyage puis j’ai pris l’habitude d’y aller de façon très régulière. Ma manière de travailler évoluera peut-être, mais en gros je pars une fois par an là-bas, une dizaine de jours, seul, c’est court et dense. C’est le seul compromis que j’ai trouvé avec « mes vies » en France.
Je pars donc, avec mes petits dessins et une liste de choses que je veux attraper, capter. Parfois cela fonctionne bien, parfois non. Alors je garde les idées pour le prochain voyage.

Je suis un photographe qui photographie très peu finalement. 10 jours par an pour imprimer sur la pellicule tout ce à quoi j’ai pensé le reste de l’année. C’est une manière de faire un peu particulière, je te l’accorde !
Je vais souvent aux mêmes endroits, car historiquement je partais souvent au moment des fêtes de fin d’année et comme je recherche des endroits où il y a une belle lumière, c’est souvent la Californie, ou le Nevada, ces états un du Sud. C’est tellement grand là-bas, il suffit que tu n’empruntes pas la même route et ce n’est plus la même chose.









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Focus numérique : Si tu ne devais qu'en citer un, quel est pour toi le photographe incontournable ou ta source d'inspiration?

Rémi Noël : y en a plein et ils ont évolué au fil du temps. Quand j’ai commencé, j’étais très inspiré par les grands photographes comme Cartier-Bresson, Kertesz, Willy Ronis, Doisneau, Boubat, cette école française de la photo un peu humaniste
.
Et après j’ai découvert la photographie américaine avec Robert Frank, Lee Frielander, Garry Winogrand et aussi la couleur avec Joel Meyerowitz, Stephen Shore...

Plusieurs influences, d’un côté, le N&B et de l’autre tous ceux qui ont photographié l’Amérique. Ma photo est au carrefour de tout cela, avec l’Amérique comme une fenêtre ouverte sur un monde, avec un décalage certain. Ce décalage ajoute de la poésie et m’inspire beaucoup.

Dans les photographes contemporains, Alec Soth bien sur. Dernièrement, Ronan Guillou m’a fait découvrir Bryan Schutmaat.









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Focus numérique : Quel est ton prochain projet?

Rémi Noël : mon dernier projet est à la fois photographique et éditorial « This is not a map ». J’ai créé une micro structure pour tout d’abord m’auto-éditer et puis pour éditer ces cartes. Avec Ronan Guillou on a un projet sur Las Vegas, j’en ai un autre sur un petit village du Nord de la France, Fort Mahon, sur la côte près du Touquet avec Cédric Delsaux.

Ce projet d’édition de cartes est une sorte de collection de livres-photo déguisés en carte routière. J’ai débuté la série pour montrer que c’était possible, puis pour collaborer avec d’autres photographes. Il y a déjà de belles rencontres ! J’ai des demandes spontanées de photographes.
Mon projet photo est intrinsèquement lié à ce projet d’édition. Le rythme de fonctionnement que j’ai trouvé me va plutôt bien. Tant qu’il y aura des avions pour aller aux États-Unis, tant qu’il y aura des films argentiques je continuerais !

www.reminoel.com
www.thisisnotamap.com






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