5 questions, un photographe

Une fois n’est pas coutume, c’est un réalisateur et non un photographe qui se prête au jeu de nos 5 questions. Vidéo, photos...il est malgré tout toujours question d’images ! Mathieu Le Lay, amoureux des grands espaces où cohabitent l’homme et le monde animal, voyage d’un bout à l’autre de notre planète, essentiellement en milieu montagnard pour nous faire partager ses rencontres, ses expériences.

D’Islande, au Chili, en passant par la Patagonie, il a suivi le photographe Alexandre Deschaumes, que nous avions reçu en janvier dernier. De cette collaboration est né un documentaire sur la quête d’inspiration du photographe. Au programme, des images de paysages « extrêmes » d’une beauté à couper le souffle, qui donnent des ailes et questionnent à qui les regarde !


Portrait de Mathieu Le Lay © Alexandre Deschaumes



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Focus numérique : Quand et comment a débuté votre intérêt pour la photographie ou en tout cas pour l’image ?

Mathieu Le Lay : Je ne sais jamais par où commencer car il y a un cheminement progressif en fait. L’année 2005 a été un tournant pour moi en réalisant un stage de fin d’études de deux mois en Australie en tant que Ranger volontaire dans un Parc National et une réserve naturelle.
Il y a eu comme un déclic : me retrouver seul au milieu de la nature, une nature très sauvage à participer à des programmes de conservation d’espèces menacées.
Au retour d’Australie, j’ai orienté mes études vers l’écologie et l’environnement. J’ai donc passé deux ans en Angleterre pour obtenir une licence, puis de retour en France j’ai découvert cette école de cinéma animalier de Ménigoute, l’IFFCAM dans les Deux-Sèvres où j’ai été formé aux techniques et méthodes de réalisation au cinéma documentaire animalier.

A la sortie de cette école en 2008, je me suis lancé dans des projets d’auteur, de l’écriture jusqu’à la finalisation, le montage. J’ai sorti mon premier 52 mm en 2011 sur le Gypaète barbu, grand vautour de l’arc Alpin, réintroduit par l’homme. Cela m’a demandé 3 ans de travail.
Dans la continuité, j’ai rencontré Alexandre Deschaumes. De cette rencontre, un film « La quête d’inspiration » a vu le jour en 2012, sur son univers photographique onirique.

Pour revenir à l’aspect photo, je me souviens que mon parrain m'avait offert tout jeune un polaroïd, mais j’ai dû avoir mon premier reflex numérique assez tardivement, vers 25 ans. Sinon vers 17/18 ans, j’ai eu une petite caméra avec laquelle je faisais des films de potes, de vacances, avec un point de vue purement amateur que je montais moi-même avec beaucoup de plaisir. L’image et la vidéo étaient très présentes déjà.

Ce qui me semble important de souligner, c’est que j’ai toujours été un grand fan de cinéma, pas que documentaire, justement le cinéma au sens large, beaucoup de films indépendants, de fictions évidemment, et je ne dis pas qu’un jour je n’expérimenterai pas la fiction car j’aime la mise en scène avec des personnes et surtout, surtout raconter des histoires.





Images tirées du film documentaire "American Loneliness", sortie fin 2013


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Focus numérique : Quel matériel utilisez-vous ?

Mathieu Le Lay : Pour tourner mes films, j’utilise des boîtiers photo, le Canon 5D Mark II. Je me suis lancé dans cet investissement en 2010 pour le projet de tournage sur le Gypaète barbu. J’avais le choix entre une grosse caméra HD ou ces boitiers photo. Il y a trois raisons qui m’ont poussé à choisir ce type de matériel : le coût est moins important, l’encombrement et le poids par rapport aux autres caméras aussi, car évoluant beaucoup en montagne, je suis déjà très chargé pour les bivouacs. Enfin la troisième raison, c'est parce que j’aime beaucoup le rendu obtenu avec ces boitiers. Utilisés avec différents objectifs, du grand angle jusqu’à la longue focale, je m’y retrouve bien autant quand je tourne que quand je prends des photos. La photo est véritablement arrivée en même temps que ma formation à l’IFFCAM.





Images tirées du film documentaire "American Loneliness", sortie fin 2013



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Focus numérique : Qu’est ce qui vous intéresse dans l’acte photographique ?

Mathieu Le Lay : C’est raconter des histoires fortes dans la thématique du rapport Homme/ Nature. Cette interaction est toujours présente dans les films que je réalise et je pense qu'il y a beaucoup de messages à véhiculer par l'image, notamment pour sensibiliser. Je n’ai pas forcement envie de m'orienter vers la réalisation de documentaires purement animaliers.

Les petites interviews sur le terrain dans la discrétion sont mon mode opératoire. Je préfère une approche intimiste et aller chercher les choses de manière plus approfondie sur des moments clés que je vais choisir. Pour cela je filme avec des objectifs stabilisés à main levée, pour donner du mouvement aux scènes filmées. J’utilise toute sorte de matériel : steadicams, sliders, rails de traveling motorisés pour réaliser des time-lapses. D'ailleurs, c'est un nouveau sponsor, Lovinpix qui m'équipe en partie aujourd'hui sur mes tournages.

Cette thématique Homme/ Nature me parle car elle résonne avec mon enfance passée tout proche de la nature, d’où ce goût pour raconter des choses dans cette voie-là. Originaire de Brest, je me suis installé en Haute-Savoie pour mon projet sur le Gypaète barbu. Dans le milieu montagnard je retrouve cette impression d’immensité et de puissance inhérente à l’environnement de l’océan. J’ai un besoin constant d’aller me ressourcer en Bretagne sur une île comme Ouessant, fascinante par son côté sauvage.





Images tirées du film documentaire "American Loneliness", sortie fin 2013
 

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Focus numérique : Si vous ne deviez qu’en citer un, quel est pour vous le photographe incontournable ou votre source d’inspiration ?

Mathieu Le Lay : Mes inspirations proviennent de fictions plus que de documentaires. C’est pour cela que je me dis que je tends vers la fiction pour la suite, tout en conservant cette thématique Homme/ Nature.

Des films comme Into the wild de Sean Penn, Gerry de Gus van Sant, Paris-Texas de Wim Wenders sont incontournables pour moi. Terence Malick bien sur !. Des écrivains comme Paolo Coelho et son ouvrage « L’Alchimiste » qui est mon livre de chevet, celui que j'amènerais avec moi si je devais partir sur une île déserte. L’appel de la forêt, Croc-Blanc de Jack London ou bien encore «Sur la route » de Jack Kerouac sont précieux à mon regard. Et puis tout ce qui évoque la spiritualité, le bouddhisme aussi.

J’aimerais d’ailleurs beaucoup voyager au Bhoutan, c’est un projet qui se réalisera peut être en collaboration avec Alexandre Deschaumes. On envisage de repartir en expédition sous la forme d’une série documentaire.
Sinon beaucoup de musiques m’accompagnent quand je monte mes films. Le groupe islandais Sigur Ros est incontournable, les musiques de films également, comme le compositeur Clint Mansel, Craig Armstrong mais y en aurait tant d’autres à citer !

Après en documentaire, je suis le travail de Sébastien Montaz-Rosset, spécialisé en milieu montagnard qui filme, également avec des boitiers photo, des gens passionnés par la montagne, comme Kilian Jornet.

La Quête d'Inspiration - Alexandre Deschaumes • Photographies éthérées | Official Trailer from Mathieu Le Lay on Vimeo.


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Focus numérique : Quel est votre prochain projet ?

Mathieu Le Lay : Je fais tout pour que mes projets d’auteur se réalisent. Ce sont des rêves de films, du coup je m’investis à 200% à chaque fois. Le prochain est un projet très très personnel, c’est un rêve d’adolescent. Partir sur la route tout seul, aux Etats-Unis, sac à dos, en autonomie complète pendant 6 semaines. J'ai baptisé le projet « American Loneliness », et le film racontera ce périple américain sur la route du Nord Ouest des Etats-Unis où j’ai traversé les états du Colorado, du Wyoming, du Montana, de l’Idaho et de Washington, avec des haltes dans les parcs nationaux. L’intérêt du voyage était de se retrouver au fin fond de la nature et de ressentir les choses pleinement. C’est une démarche très personnelle comme une quête de soi, un retour à l’essentiel aussi avec cette nature comme environnement.
La faune sauvage a une grande attraction sur moi, comme tous les grands prédateurs, les aigles, les rapaces en général, et lors de ce voyage américain en solitaire, j’ai eu la chance extraordinaire de rencontrer des loups dans le Yellowstone !

A côté de mes projets d'auteur, je réalise aussi des films de commande, cela permet de m’y retrouver financièrement. J’ai un double statut : intermittent et autoentrepreneur. Cette année, je réalise un film sur le Parc national des Ecrins en coréalisation avec Yoann Périé.

Donc deux 52 mm à finir pour cette fin d’année 2013.

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