5 questions, un photographe

Diplomée de l’École des Gobelins, nominée au prix HSBC 2012, lauréate Jeunes Talents SFR 2013, c’est une jeune photographe qui nous ouvre les portes de son univers teinté d’imaginaire, d’onirisme et d’illusion.

Explorant le réel, Cécile Decorniquet aime l’idée de « transfigurer cette réalité à travers l’imaginaire du photographe afin de s’inscrire dans une démarche de création ». Son travail est un voyage tourné essentiellement vers le portrait qu’elle décline dans des séries où l’enfance est racontée tel un conte, où la féminité est évoquée dans une dimension d’étrangeté.

Cécile Decorniquet manipule l’image en imposant des perspectives singulières et inhabituelles du portrait contemporain, appelant aussi bien les maitres de la peinture flamande que ceux de la peinture baroque espagnole, ou encore la rêverie mélancolique des petites filles de Lewis Carroll.

Une sensibilité esthétique qu’elle arrive à conserver même dans ses travaux de commandes, ce qui est assez rare pour une jeune artiste et qui mérite d’être souligné.

Lauréate Jeunes Talents SFR 2013, sa série sera exposée cet été, à partir du 1er juillet lors des Rencontres d’Arles 2013, dont la thématique imposée était Photographie et manipulation.

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Focus numérique : Quand et comment a débuté votre intérêt pour la photographie?

Cécile Decorniquet : Tôt, vers 14 ans. Je ne pourrais pas dire exactement comment cet intérêt est né. J’ai toujours dessiné énormément depuis la jeune enfance. Mes parents m’ont sensibilisé à l’Art en m’emmenant voir des expositions quand ils le pouvaient et en me faisant découvrir des artistes par les livres. Ils ont sollicité cet intérêt que j’avais, toute petite pour le dessin, la peinture qui m’a ensuite amené à la photographie.

Ce passage s’est fait lors de ma quatorzième année. Je crois qu’à force de reproduire des images, de les observer et ne trouvant pas une réelle façon de m’exprimer, j’ai senti et d’une certaine manière j’ai su que la photographie serait mon moyen d’expression. J’ai fait un petit stage chez un photographe cette même année puis j’ai choisi un lycée où je pourrai pratiquer la photographie autant que possible sans avoir à attendre les études supérieures.

Cela a vraiment été une révélation, tant la prise de vue que la pratique du laboratoire et aussi la découverte d’artistes, lors des cours d’histoire de l’Art pour le bac, tel que Joel Peter Witkin, Jan Saudek et Cindy Sherman.






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Focus numérique : Quel matériel utilisez-vous?

Cécile Decorniquet : Cela dépend des sujets que je photographie et si je travaille en studio ou en extérieur. Pour mes photographies d’enfants, je travaille au moyen format Hasselblad 553 ELX avec un dos numérique Phase One. Pour les séries d’enfants que j’ai réalisées en extérieur, j’utilise un Canon 5D pour des raisons pratiques, car je n’ai pas d’assistant et je dois donc travailler avec un matériel plus léger et rapide.

J’ai commencé à photographier avec une chambre 4x5 inch Sinar en argentique puis avec un dos numérique, mais pour les mêmes raisons qu’en extérieur, je suis passée au moyen format. Lorsque j’ai commencé à photographier des enfants, la prise de vue se devait d’être relativement rapide, car les enfants ne peuvent poser très longtemps et surtout je désire que cela reste un moment agréable.






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Focus numérique : Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’acte photographique?

Cécile Decorniquet : Ce n’est pas l’acte photographique qui m’intéresse à proprement dit. Toutes étapes dans la réalisation d’une image m’intéressent autant les unes que les autres. De l’idée à la préparation de l’image, le choix de mes modèles, la recherche des vêtements et d’accessoires, de lieux parfois, le choix du format de l’image, la présentation, la retouche, le tirage….

L’acte photographique est vraiment une des étapes du processus de création et je ne le place pas au-dessus des autres, certainement en partie parce que dans ma pratique photographique, je ne laisse pas vraiment de place à l’imprévu.
Ce qui, je crois, me procure le plus de plaisir est le résultat final, ce moment où je décide que l’image est finie, où je suis arrivée au résultat que j’espérais.




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Focus numérique : Si vous ne deviez qu’en citer un, quel est pour vous le photographe incontournable ou votre source d’inspiration?

Cécile Dcorniquet : Joel Peter Witkin est pour moi un photographe incontournable bien qu’il ne soit pas une source d’inspiration, pas consciemment en tout cas. Je pense qu’un artiste est influencé par toute sa culture, cela va de la peinture à la musique, à la littérature en passant par le cinéma, et par ses expériences personnelles. Bien que le médium que j’ai choisi soit la photographie, je pense que mes influences ne peuvent être exclusivement visuelles et surtout aller au-delà de ses influences afin de trouver sa propre identité visuelle, son propre propos est pour moi essentiel.










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Focus numérique : Quel est votre prochain projet?

Cécile Decorniquet : Je travaille sur trois séries que j’ai commencées cette année et à la fin de l’année dernière, la série “Fables“ dont deux images sont déjà visibles, une série sur le sujet du chaos et aussi une série que j’ai commencée sur les femmes de ma famille. J’ai deux autres séries en projet, mais je n’aime pas en parler avant d’avoir commencé…

Je réalise presque toujours mes séries sur une longue période, sur plusieurs années généralement, j’aime travailler à plusieurs séries en même temps, prendre du recul sur les images afin de réfléchir, me disperser pour pouvoir mieux me recentrer. Je crois aussi que c’est parce qu’au fond, je n’aime pas terminer une série…. Si je m’écoutais, je les continuerais éternellement, mais je me fais violence, me raisonne et passe d’une certaine manière à autre chose tout en gardant la même démarche.

www.ceciledecorniquet.com








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