La photographie numérique a engagé indiscutablement la photographie dans une nouvelle ère : parce que la prise de vue numérique a ouvert de nombreuses possibilités (gestion des hautes sensibilités, de la balance des blancs, effets créatifs – pour ne prendre que quelques exemples) ; mais aussi et surtout parce la photographie est entrée une phase de dématérialisation – ce qui n’est pas loin d’être un contrepied évolutif pour ce média dont l’histoire est fondamentalement liée à la matière et à l’ambition de fixer sur un support solide l’image. Cette dématérialisation est évidemment celle du fichier numérique qui permet de faire passer les images d’un stockage à un autre (d’une carte mémoire à un disque dur), d’un support à un autre (projection sur un écran d’ordinateur, de télévision, sur un cadre photo numérique dans le cadre privé, et parfois – souvent ? - « publication » et « exposition » sur la toile via notamment des réseaux sociaux, blogs, forums, et sites personnels, bref autant de formes virtuelles de l’échange).

Et le papier dans tout cela ? Et le tirage, qui a été longtemps une finalité pour le photographe…?

À vrai dire, parallèlement aux nouveaux modes de diffusion et de visualisation de l’image, le désir de tirer son image perdure et le numérique a apporté aussi, à travers de nouvelles techniques, son lot de potentialités, particulièrement intéressantes pour le tirage, et plus particulièrement pour le noir et blanc.

Sublimer ses tirages papier noir & blanc illustration 1
(« Sweet rings for a child's dream » - Série : Planet August / Sylvain Lagarde – Image tirée en 1m x 1,50 m exposée sur les grilles du Jardin des Plantes à Paris)

Les différents procédés : tradition et modernité

Le tirage noir et blanc traditionnel au laboratoire argentique

Dans l’imaginaire collectif, le travail au laboratoire a été souvent associé au tirage noir et blanc. La raison en est assez simple : le tirage argentique noir et blanc avait quelque chose d’assez démocratique dans sa dimension artisanale et d’accessible dans sa relative simplicité technique (il suffit de repenser au nombre de laboratoires argentiques qui ont fleuri dans les établissements scolaires).

Pour qui aime prendre son temps pour mettre en valeur son image en la « maquillant » (terme utilisé pour évoquer la mise en valeur à travers les masquages, le travail de sur/sous-exposition ciblé, le choix du contraste, etc.), le laboratoire reste une pratique abordable. Mais il est vrai qu’elle a aussi quelque chose de contraignant : d’abord il faut le matériel, ensuite il faut un espace dédié, enfin, il faut y consacrer du temps pour parvenir à un résultat convaincant.

labo argentique, Sublimer ses tirages papier noir & blanc
CC : germangg95. Un labo photo avant l'ère Lightroom.

Or il suffit ainsi désormais de scanner un négatif pour pouvoir effectuer son tirage noir et blanc (l’interprétation du négatif) à la « chambre claire », c’est-à-dire devant l’écran et sur un logiciel de traitement d’image, pour se donner la possibilité ensuite d’un tirage qui pourra être argentique ou numérique (voir ci-dessous).

Le tirage noir et blanc au laboratoire numérique : entre tradition argentique et technologie numérique.

La plupart des laboratoires ont maintenant adopté cette voie : le tirage est effectué par exposition d’un papier argentique via un laser à partir d’un fichier numérique (scan ou fichier issu d’un appareil numérique) puis développement dans un procédé chimique (révélation/ fixation/etc..). C’est le principe des minilabs (Fuji Frontier / Durst Lambda). L’intérêt est évidemment de rester dans le rendu des papiers photo auxquels l’on a pu être habitué.
Il faut le dire, le photographe a le choix entre un grand nombre de laboratoires pour assurer ce type de tirage. Alors des laboratoires grand public au laboratoire professionnel, quelles différences ?

D’abord, le type de papier utilisé : dans le labo que nous qualifierons de « tout venant », le tirage est effectué sur papier photo couleur d’où la difficulté éventuelle à avoir un noir et blanc tout à fait neutre ou correspondant parfaitement à la gamme de gris de l’image noir et blanc ; dans le labo pro, il y a la possibilité de faire appel à des papiers destinés exclusivement au noir et blanc (par exemple de tirer son image sur du papier baryté)
Ensuite, l’étalonnage, le contrôle des profils de couleurs, et le renouvellement des bains : c’est dans le contrôle des différentes étapes du processus de tirage que pourra se faire la différence, car les éléments susceptibles d’influer sur le rendu et la qualité finale vont de l’exposition initiale du papier selon un profil qui corresponde au plus près à celui de l’image que le photographe a visualisée sur son écran (à condition que celui-ci soit à peu près calibré) à la qualité de la chimie utilité à l’étape de révélation.

Quelle conclusion tirer ? Qu’il faut, pour être sûr de son résultat en noir et blanc, s’intéresser à la question des profils pour ne pas avoir de mauvaise surprise, et que le changement de gamme de prix entre un tirage fait par un labo pro ou par un labo est – au moins théoriquement – justifié par une garantie de contrôle supérieure.

Le tirage noir et blanc numérique à l’atelier numérique : l’impression

, Mais avec le numérique s’est développée également une chaîne de traitement de l’image pouvant ne plus passer par la phase finale argentique : il s’agit bien évidemment d’une chaîne dont le dernier maillon est le tirage par impression numérique.

Il faut distinguer dans l’impression numérique plusieurs types d’encres : les encres à colorant, les encres pigmentaires, voire les encres à base de pigments de charbon.
Les encres à colorants sont celles qui sont les moins qualitatives. Attention toutefois à cette formulation négative : elle ne signifie pas qu’il n’est pas possible d’obtenir des résultats convenables ; mais le problème est que ces encres sont moins stables dans le temps d’une part, et d’autre part permettent plus difficilement d’obtenir un noir et blanc tout à fait neutre (le défaut appelé métamérisme – dominante de couleur suivant la lumière – est en effet présent, de façon plus ou moins marquée)

Imprimante jet d'encre Canon Pixma Pro 1

Les encres à pigments offrent une solution plus stable, et, bien utilisées avec des papiers adaptés, elles permettent au contraire d’avoir d’excellents résultats en noir et blanc.
Par ailleurs, ces encres pigmentaires sont la garantie d’une conservation optimale : ainsi le Wilhelm Imaging Research (WIR), laboratoire indépendant qui teste la résistance des tirages par simulation d’un vieillissement (lié à l’exposition aux UV, à l’humidité, au stockage dans le noir, etc.), a-t-il montré que les tirages sur ces supports papiers numériques assuraient une garantie de longévité qui réponde notamment aux attentes des galeries et des musées (au-delà de 100 voire de 200 ans pour certaines combinaisons encres / papiers).
Soulignons qu’un des grands intérêts de l’impression numérique est la gamme de papier : il y en a pour tous les goûts et c’est sur quoi nous allons insister dans la deuxième partie.
L’impression maison exige néanmoins une calibration de son écran, une certaine connaissance des profils (voire un profilage de son imprimante) et des conversions. On se retrouve avec cette dimension pas très loin d’une sorte de caractère artisanal version technophile du laboratoire argentique !

Des laboratoires professionnels proposent ce type d’impression : leur avantage est de donner accès au grand format grâce aux traceurs (dont l’achat est peu envisageable pour un particulier étant donné le prix… et la place à prévoir pour installer un tel matériel), et d’assurer une calibration régulière et donc un rendu plus constant. La gestion des profils est la plupart du temps proposée, mais c’est aussi là que le laboratoire offre une valeur ajoutée, lorsqu’un tireur prendra en charge la conversion pour une garantie de fidélité, voire retouchera le fichier pour une optimisation de celui-ci.

Le développement de techniques particulières dans le cadre d’une recherche de qualité superlative :

Pour les photographes les plus exigeants, les amoureux des tirages singuliers ou les collectionneurs, se sont développées des offres qualitatives qu’il est intéressant d’avoir à l’esprit quand on aime le beau noir et blanc et que l’on a des attentes qui sont celles du tirage d’art.
Piezographie
Les encres K7 pour la piézographie.

Le tirage numérique charbon (piézographie) est né de la recherche d’un rendu noir et blanc parfait : cette perfection relève de la neutralité (la combinaison d’encres couleur induit toujours le risque constant d’une légère dominante de couleur) et de la capacité élevée à restituer toutes les nuances de la gamme de gris. Les imprimantes à 7 ou 8 cartouches a ainsi rendu possible l’utilisation de 7 gammes de gris, ce qui assure une finesse des transitions que ne peuvent fournir des encres colorées. Attention : tous les papiers ne sont pas compatibles avec cette utilisation.
C’est aussi sur cette technique piézo que repose la fabrication d’un négatif numérique (on parle aussi d’ « internégatif numérique ») qui servira ensuite à un tirage à l’agrandisseur ou par contact : dans ce dernier cas, la démarche consiste à imprimer un négatif (tirage avec des encres charbon sur un support translucide) qui aura les dimensions du tirage final souhaité. Ce procédé assure en théorie un rendu des détails (grâce à un micro-contraste que d’autres techniques ne rendent pas) et des nuances particulièrement élevées.

Tirage platine palladium
Tirage platine - palladium. Crédit photo : Laurent Gloaguen / Galerie Cabestan

Si l’on veut pousser l’exigence qualitative encore plus loin, on peut envisager une finition du tirage type palladiotype et platinotype. Le tirage est fait par contact (donc le négatif numérique produit est aux dimensions du tirage final) puis par étendage de palladium ou de platine, lesquels offrent une gamme restituée assez extraordinaire et une résistance à l’air et à la lumière (l’oxydation et les attaques UV étant les grands ennemis du tirage sur le plan de la conservation)

Comment et pourquoi choisir un procédé plutôt qu’un autre ?

Le choix du rendu

Le choix du procédé doit être logiquement en grande partie déterminé par ce que l’on souhaite comme rendu.
En argentique, il faut le dire le choix des papiers est aujourd’hui plus limité : on distingue essentiellement le papier RC (Resine Coated) qui est un papier « plastifié » et le papier fibre, baryté (FB) appelé ainsi parce que fabriqué sur une base de fibres enduites de sulfate de baryum qui donne des noirs profonds, des blancs purs, et donc un contraste naturel important.

Du point de vue du rendu, on peut distinguer le brillant, le perlé/satin, le mat. Le numérique ayant fait disparaître nombre de références de papier argentique, la variété d’antan est devenue une liste de références plus limitée.
En impression numérique, le choix des papiers est beaucoup plus ouvert (les fabricants sont nombreux et il suffit de voir le nombre de références que propose un fabricant comme Hahnemühle pour saisir toutes les possibilités offertes). La diversité tient principalement aux points suivants :
 
- des matières et des grammages variables
- des rendus de surface différents (du lisse mat au brillant en passant par le texturé à différents degrés)
- des différences dans la restitution des contrastes / dans la tonalité de l’image (papiers plus ou moins chauds)
- des différences dans les espaces colorimétriques (le gamut), et à travers lui sa capacité à restituer toute une gamme de couleurs (le problème se posant plus en noir et blanc par la capacité à restituer la gamme des gris d’un noir profond à un blanc pur).

Sublimer ses tirages papier noir & blanc différentes textures de papiers
Trois papiers jet d’encre : en haut à gauche, un papier Hahnemühle Photorag ; à droite, un papier Hahnemühle Turner ; en bas à gauche, un papier photo HP mat satiné. On peut percevoir les différences de matière, d’épaisseur, de texture, et de blancheur)

Comme nous le disions, l’offre est devenue très riche, et chacun doit pouvoir y trouver son compte à travers un support à son goût. Si on laisse de côté le critère épaisseur (grammage), les deux éléments essentiels à prendre en considération d’un point de vue esthétique sont l’effet de matière et la brillance du papier, les deux étant en partie liés puisque effet brillant ou satiné ne sont pas complètement compatibles avec de vrais effets textures.

Impression noir & blanc textures des papiers
De gauche à droite, papier : satin, mat lisse, mat texturé, toile

Au-delà du goût, il faut aussi considérer que des images peuvent mieux s’accommoder d’un papier que d’un autre et que, par conséquent, il est des types de papiers plus adaptés à des types d’images.

Le papier satiné est généralement considéré comme un papier assez passe-partout : il combine effectivement brillance et léger effet de matière à travers son grain, ce qui le rend polyvalent, adapté à presque tous les sujets.

Les papiers brillants donnent un effet de netteté marqué et le rendu glacé fait aussi ressortir les contrastes… Mais ce côté glacé peut l’être un peu trop, si l’on ose le dire comme cela, et ce type de papier peut paraître manquer de cachet (oui, nous sommes déjà dans une approche subjective, bien difficile à éviter…)

Satinés et brillants sont en tout cas des types de papier qu’on associera volontiers aux images noir et blanc contrastées, avec des noirs profonds.

Il en est de même avec les papiers fine art baryté qui font appel, comme en argentique, au sulfate de baryum pour assurer des densités extrêmes optimales (avec les Dmax et Dmin les meilleures - Dmax : densité des noirs / Dmin : valeur des densités minimales et donc, à travers elle, capacité à restituer les blancs).

Avec les papiers mats, on se situe globalement davantage du côté de l’effet de matière : en réalité, il existe des papiers mats ultra lisses, soyeux ; mais comme l’effet mat passe par une surface qui ne donne pas l’impression d’avoir une couche surface supplémentaire (il y a toujours pourtant un revêtement pour fixer les encres) et que la fibre du papier reste plus directement visible, il y a presque inévitablement cette impression de texture. L’absence de brillance déplaira éventuellement aux tenants des papiers photo traditionnels qui ne retrouveront pas forcément le côté plus « clinquant » de ces tirages. Avantage : ces papiers mats évitent les problèmes de reflets. Inconvénient : leur Dmax est souvent moins importante.

Pour ceux qui aiment retrouver le rendu photo traditionnel, il existe des papiers numériques dits photo, appelés ainsi justement parce qu’ils rappellent plus fidèlement le rendu de ces papiers traditionnels : les fabricants proposent ainsi des papiers RC qui possèdent un revêtement microporeux adapté au jet d’encre et donnant des résultats renvoyant clairement aux papiers argentiques.

Pour ceux que les papiers numériques séduisent justement en raison de leurs potentialités de rendus moins traditionnels, il y aura la possibilité d’explorer toute une gamme de textures, avec une trame et un relief plus ou moins marqués. Le rendu aura parfois plus à voir avec le dessin. On pourra même pousser la recherche de la texture jusqu’à l’utilisation de papier toile.

Mais il ne faut pas oublier, dans tout cela, que le type de la photo peut aussi déterminer le choix du papier. Prenons quelques exemples en images afin d’illustrer cette approche.

L’image suivante est une image assez traditionnelle, inscrite dans une approche humaniste :

Sublimer ses tirages papier noir & blanc illustration 2
Série : Le temps de l’attente / Sylvain Lagarde

Via un laboratoire en ligne, elle a été tirée sur un papier photo satiné (Papier Fujifilm), ce qui met plutôt en valeur ses contrastes ; néanmoins, elle a également été tirée sur un papier Hahnemühle Photorag mat : avec son grammage important (308g), le papier tient en main et acquiert de ce point de vue là une certaine noblesse ; si le contraste est moins marqué que sur le satiné, il reste que les nuances de gris sont meilleures et qu’en exposition derrière la vitre d’un cadre et éclairé par des spots, le tirage retrouve une part de profondeur et de contraste que le tirage a « mangé » (en revanche, derrière la vitre, on ne perçoit plus vraiment la sensualité de ce papier 100 % coton). Si l’on souhaite compenser la nature du papier, il faudra se livrer à une préparation de l’image qui passera par un travail de légère sur-accentuation et d’augmentation du contraste.

Sublimer ses tirages papier noir & blanc détail  Sublimer ses tirages papier noir & blanc détail
À gauche, le tirage numérique, à droite le tirage argentique : s’il est difficile de percevoir avec précision et rigueur les différences sur des vignettes, on peut cependant voir que le rendu du tirage argentique est par défaut plus diffus ; sur le papier Hahnemühle le grain est plus apparent ; un tirage type RC, mais en version jet d’encre donnerait une impression de netteté supérieure que le mat

L’image suivante possède un caractère plus affirmé : il s’agit d’un contrejour pris dans un temps de brouillard et de bruine, et la sensibilité n’est pas la sensibilité nominale.


Sublimer ses tirages papier noir & blanc illustration 3
« Monochrome Turner's sigh » - Série : Moderato Cantabile / Sylvain Lagarde

Résultat : un effet de grain qui est à la fois lié à la haute sensibilité (bruit de luminance) et à la météorologie (« grain » de la bruine), de la densité, et du contraste. Cette image a été tirée pour essai sur deux papiers fine art Hahnemühle : sur un Photo Rag mat 308g et sur un Museum Echting plus texturé (mais qui reste assez fin dans sa structure) afin de souligner la matière.

Sublimer ses tirages papier noir & blanc détail
Ll’image ci-dessus fait apparaître la combinaison de la matière du papier et celle de la photo.

Avec ce second papier, il s’agit presque de s’inscrire dans une démarche pictorialiste en assumant un rendu qui regarde du côté du dessin voire de la peinture (on peut penser aux rendus d’un Turner, le peintre anglais, qui d’ailleurs a justement donné son nom à un papier dans la gamme Hahnemühle – voir exemple ci-dessous).

Dernier exemple où le choix du papier est assez important. Dans cette photo prise dans la neige, un jour de brouillard, mais avec un soleil tout proche de la barrière de brouillard, ce qui a donné une lumière à la fois vive et diffuse, la démarche à la prise de vue a été de surexposer pour aller estomper dans la lumière le paysage.

Sublimer ses tirages papier noir & blanc illustration 4
« End of story » - Série : The dreamlike moving day / Sylvain Lagarde

Il reste cependant de la matière, c’est à peine perceptible sur un 30 x 30 cm et il faut aller dans des formats plus importants pour distinguer vraiment à l’œil quelques formes dans la neige sur le sol. C’est pour cette raison que trois essais ont été fait : l’un sur du Hahnemühle Ultrasmooth, l’autre sur du Museum Etching, et enfin le dernier sur du Turner. Ce dernier a une trame plus apparente qui casse dans une certaine mesure le choix initial d’estomper le décor ; pour le dire autrement, il rajoute un peu trop de matière, et c’est finalement le Etching qui a été retenu pour son rendu de matière plus discret et fin ; l’Ultrasmooth, lui, très lisse, donne un résultat qui a un peu moins de caractère ; de ce point de vue là, le Photo Rag 308g offre un compromis avec sa couche soyeuse, à la fois lisse, et très légèrement texturée.

Sublimer ses tirages papier noir & blanc détailSublimer ses tirages papier noir & blanc détail
(à gauche, la photo tirée sur l’Hahnemühle Turner, à droite sur l’Ultrasmooth – la différence de densité n’est liée qu’à un changement d’éclairage, le but étant simplement ici de montrer les différences de textures)

Ces quelques exemples montrent qu’il ne faut pas hésiter à faire quelques tests et parfois à lever certains a priori sur certains papiers.

Le choix de la durée de conservation de son tirage

Sur le plan de la conservation, chaque procédé a ses avantages et ses inconvénients.

Les projections récentes montrent que l’argument de la longévité est en faveur des impressions numériques : c’était d’ailleurs un élément de communication fort pour la digigraphie, label créé par Epson ; aujourd’hui, les encres pigmentaires HP possèdent une stabilité plus grande encore, et la conservation pour les tirages noir et blanc est maximale avec les encres charbon. Avec des papiers adaptés (sans agents blanchissants, 100% coton, notamment), la durée de conservation des tirages est supérieure à 200 ans, là où un tirage baryté est plus proche du siècle (c’est la qualité de la fixation et du lavage qui optimiseront cette durée de conservation, et il faut rappeler que c’est aussi l’intérêt des tirages au palladium / platine que de fournir une garantie de conservation plus conséquente).

Le tirage baryté garde cependant un avantage sur les tirages jet d’encre : il est globalement moins fragile. Le défaut des impressions numériques est en effet leur sensibilité au frottement et à l’abrasion, qui les abîment assez facilement (ce qui est somme toute assez logique, puisque l’impression est une couche d’encre, alors que pour le baryté, c’est la surface du papier qui réagit plus directement). Il faut donc prévoir une protection pour ces tirages jet d’encre (verni ou verre) et/ou les manipuler avec beaucoup de précautions.

Autre aspect : le baryté reste pour le moment mieux considéré par les collectionneurs que les tirages numériques qui n’ont, malgré toutes leurs qualités, par encore acquis tout à fait leurs lettres de noblesse.

La question du coût et de la contrainte technique

Un dernier aspect à aborder – et il est sans doute apparu en filigrane de notre présentation des différents procédés sans pour autant être explicité – est celui du coût.

Le numérique a cela d’intéressant qu’il a facilité, grâce aux imprimantes, le tirage à domicile (attention, toutefois, à cette illusion de la simplicité, car, pour s’assurer des tirages de qualité, et fidèles, il faut tout de même maîtriser les éléments de la chaîne graphique !).

Cette possibilité passe par un certain investissement. Prenons deux exemples :

- une Epson Stylus 1500W coûte plus de 250 euros (cette imprimante s’appuie sur 6 cartouches dont le prix unitaire est de l’ordre de 15 euros)

Epson R1500w

- une Epson Stylus Photo R2000 coûte plus de 400 euros (le plein d’encre avec 8 cartouches fait monter, là, le coût de manière très significative avec des cartouches coûtant une vingtaine d’euros)

Epson Stylus R2000

Le prix du papier est à ne pas négliger : pour prendre exemple sur des références évoquées dans cet article, un paquet de 25 feuilles Hahnemühle Photorag 308g au format A3+ se paie une centaine d’euros.

L’investissement reste donc celui d’un passionné pour qui le plaisir de « faire à la maison » primera sur la recherche d’une rentabilité qui n’est à imaginer qu’à partir d’un grand nombre de tirages (et encore…).

Les laboratoires restent de ce point de vue là des atouts et voici une liste indicative – et non exhaustive ! – de prestations qui donneront un ordre idée de ce que cela coûte de faire appel à leurs prestations :

Exemples de tarifs hors frais de port pour un tirage argentique (via Lambda) 30 x 40 cm :
- Photoweb : 4,5 euros
- Négatif + : 5 euros
- Photoservice : 15 euros

Dans ces exemples, le papier utilisé est un papier polyvalent (donc aussi prévu pour la couleur), le Fuji Premium Crystal

- Picto Online : 9,5 euros, pour un papier RC brillant ou satiné ; si l’on adopte la solution d’un baryté, le tarif monte à 15 euros.

Dans cette même enseigne, si l’on fait appel à une prestation de laboratoire réelle, c’est-à-dire pas du tirage direct en ligne, mais un tirage avec intervention d’un tireur professionnel qui optimisera le rendu de l'image ou travaillera sur les consignes du photographe, on passe pour les tirages RC à 30 euros. Évidemment, c’est une autre démarche, et ce sont d’autres attentes…

Exemples de tarifs hors frais de port pour un tirage pigmentaire 30 x 40 cm sur papier Hahnemülhe :

- compter de 30 à 45 euros suivant le laboratoire (voire un peu moins pour un tirage en ligne type premier jet, c’est-à-dire sans mise en conformité avec les profils et sans intervention)

Exemples de prix hors frais de port d’un tirage 30 x 40 cm avec des procédés qualitatifs :

- tirage piézo : compter 30 à 50 euros suivant le papier utilisé
- tirage d’un négatif numérique : compter 30 euros
- tirage par contact : au prix du négatif numérique, il faut éventuellement rajouter celui d’un tirage baryté de lecture ; compter dès lors 50 euros
- tirage au palladium / sélénium : compter 150 - 200 euros entre le prix du négatif (qui doit être adapté en terme de densité) et celui du tirage à proprement parler, compte tenu de la valeur des produits étendus pour produire l’image

Pour aller plus loin : comparaison de tirages :

Afin de se faire une idée plus précise sur ce que peut apporter le choix de procédés que nous avons qualifiés de « qualitatifs », la photographie suivante a été donnée à tirer en 40 x 40 cm selon 4 procédés différents :

Sublimer ses tirages papier noir & blanc illustration 4
« Contemplation » / Sylvain Lagarde

L’image a ainsi été tirée selon les techniques et sur les supports qui suivent :

- tirage jet d’encre (pigmentaire) sur papier Hahnemühle Fine Art Baryta 315g
- tirage jet d’encre avec des encres à pigment de charbon sur papier Hahnemühle Fine Art Baryta 315g
- tirage argentique sur papier baryté à partir d’une exposition laser
- tirage argentique sur papier baryté à partir d’un négatif numérique (il s’agit d’un tirage contact)

Premier constat : si l’on fait abstraction de la question de la tonalité, il n’y a pas de différence criante, c’est-à-dire sautant aux yeux de manière évidente et immédiate (ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas de différence). Il faut en effet aller regarder de (très) près pour cerner quelques nuances.

Sublimer ses tirages papier noir & blanc comparaison tirages argentiques / numériques
(en haut à gauche, le tirage jet d’encre classique ; en haut à droite le tirage baryté ; en bas à gauche le tirage baryté par contact ; en bas à droite, le tirage jet d’encre charbon / attention le rendu colorimétrique n’est pas tout à fait fidèle, mais on perçoit les effets de dominante !)

La première différence qui apparaît, donc, est celle des écarts dans les tonalités. Les deux vrais barytés sont des noirs et blancs d’une belle neutralité tandis que l’on note une dominante sur les deux tirages numériques, celle-ci étant de nature différente suivant la technique utilisée : en effet, dans le cas du tirage pigmentaire à encres pigmentaires « normales », cette dominante reste franchement très légère, et elle n’est finalement perceptible que dans la confrontation à un noir et blanc tout à fait neutre ; dans le cas du tirage à encre charbon, la dominante s’explique autrement puisqu’elle en fait la conséquence du procédé charbon dont le résultat renvoyant au rendu typé virage au sélénium est volontairement assumé.

L’autre différence qui s’impose est la différence en terme de restitution des densités du tirage baryté à partir de l’internégatif : par rapport aux autres tirages, celui-ci ressort par défaut comme moins contrasté (noirs un peu moins profonds, et hautes lumières moins « poussées ») : l’explication est sans doute à trouver dans la fonction du négatif qui doit conserver une latitude d’exposition pour un travail personnel sur le tirage – puisque c’est le but de ce type de prestation – le tirage donné ici n’étant qu’un tirage contact « de lecture ».

Sublimer ses tirages papier noir & blanc tirage contact
le tirage contact et le négatif numérique à partir duquel il a été effectué

Un autre élément à aborder est la restitution des détails : la sensation de netteté, la précision liée notamment au micro-contraste. Là encore, vraiment pas de franc gagnant sur cette taille de tirage et il faut aller coller l’œil au papier pour tenter de visualiser des écarts. Entre les deux barytés, un léger avantage au tirage par contact, avantage qui est lisible dans le rendu de certaines lignes, plus précises. Mais l’intérêt du tirage par contact sera cependant limité par le facteur d’agrandissement : si l’on part d’un fichier numérique évidemment, il faut tirer sur négatif le fichier, et donc au-delà d’une certaine taille il faut passer par une interpolation du fichier, qui fera perdre en détail, ce qui va à l’encontre du principe du contact ; ce type de tirage perd dès lors de sa pertinence pour les grands formats.
Au final, on peut dire que ce qu’on perçoit de différence significative relève en fait surtout de la technique et du support :

Sublimer ses tirages papier noir & blanc détail baryté
tirage jet d’encre baryté à gauche ; tirage argentique baryté à droite

Les deux papiers barytés ont effectivement un rendu globalement similaire, mais pas tout à fait identique, le baryté conservant un côté plus brillant et un caractère plus lisse que le baryté numérique. Il faut regarder le papier de manière incidente pour percevoir les légères différences de surface :


Sublimer ses tirages papier noir & blanc détail baryté
en haut le baryté numérique ; en bas le baryté argentique

Alors s’il fallait conclure définitivement, que retenir au final ? D’abord qu’un tirage jet d’encre de qualité (c’est-à-dire fait sur un beau papier et à partir d’une machine bien calibré) donne objectivement des résultats excellents.
Un tirage baryté argentique offrira l’intérêt d’une neutralité mieux contrôlée – a priori –, d’une fragilité de surface moindre (et donc d’une manipulation plus aisée), mais aura aussi l’inconvénient d’une stabilité dans le temps moindre.

Face au temps, c’est le tirage charbon qui l’emportera. Le passage par l’internégatif (le négatif recréé par tirage numérique), lui, n’est vraiment pertinent que si l’on souhaite assurer le tirage du baryté soi-même.
En somme ? De notre point de vue, il faut avoir des attentes particulières pour aller chercher du côté des procédés alternatifs ce que l’on ne trouverait pas du côté d’un tirage jet d’encre sérieusement tiré ! Et c’est à cette spécificité peut correspondre un surcoût, que l’on peut s’éviter si les attentes restent tout sauf marginales.

Sylvain Lagarde
www.mnemospection.com

PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation