Le laboratoire, les courbes, les photographies de mire, c'est bien. Mais que vaut le Zeiss Touit Distagon 12mm f/2,8 sur le terrain ? Pour répondre à cette question, nous l'avons emmené dans les rues de Tokyo, accompagné d'un Sony Nex 7. Au-delà des performances brutes (et objectives), ce petit exercice permet de mettre en évidence l'efficacité et la praticité, en conditions réelles, de l'objectif.

Qualité de construction


Une focale fixe très grand-angle est plus naturellement destinée à la photographie de rue. Léger, compact, le Zeiss Touit 12mm se fait vite oublier au fond de la besace ou une fois suspendu à l'épaule.  Relié à l'objectif par une baïonnette, le verrouillage du pare-soleil est ferme, mais laisse un peu de jeu, perturbant pour une focale fixe à ce prix là. Sa conception toute plastique décevra les puristes, Zeiss nous ayant habitué au métal aussi bien sur ses optiques pour reflex (ZF, ZE) que sur ses optiques en monture M. En contrepartie, il est légèrement souple, les pétales de la "tulipe" absorbant alors les chocs. 


 
La bague de mise au point est ceinturée de caoutchouc. Il agrippe aussi bien le doigt que les poussières, avec une fâcheuse tendance à blanchir au soleil. Ce n'est pas bien grave, mais l'esthétique en prend un coup. Il faut noter que cet anneau de caoutchouc n'est pas collé, mais simplement ajusté, il est possible de l'enlever du bout de l'ongle afin, par exemple, de le nettoyer et enlever les poussières qui pourraient se glisser dessous.

De manière anecdotique, notons que les bouchons arrière des Zeiss Touit sont assez fragiles et marquent rapidement. Cela ne change rien à la qualité d'image finale, mais, tout comme pour le pare-soleil en plastique, nous aurions aimé avoir un peu plus résistant pour un produit "luxueux."
 


Visée et prise en main

Sur le capteur APS-C d'un Sony Nex 7, le 12mm se transforme en 18mm, ce qui reste très, très large. Le niveau électronique est donc le bienvenu et montre tout son utilisé pour garder un horizon qui ne parte pas dans tous les sens. Avec un tel angle de champ, le moindre décalage ne pardonnerait pas !


La deuxième conséquence d'une telle focale est plus inattendue. La main gauche venant naturellement se positionner vers l'avant de l'objectif afin de garantir une stabilité optimale, il arrivera souvent qu'un doigt tombe dans le creux d'un des pétales du pare-soleil en tulipe. S'il est invisible lors de la prise de vue, lorsque les photos sont visualisées sur un écran lors de l'éditing, il ne sera pas rare de voir un bout d'index occulter le coin inférieur droit de l'image. Malgré la plus grande vigilance, ce petit incident arrive fréquemment. Attention, donc.


Notez le bout de doigt qui s'invite dans l'image, mais était invisible dans le viseur...
 

Mise au point manuelle

Les Zeiss Touit en monture E étant dépourvus de bague de diaphragme, la bague de mise au point est un peu plus large que sur leur homologue en monture X (pour boîtiers Fuji X-Premium). Probablement pour des questions de coût et de poids, Zeiss n'a pas jugé bon de proposer une bague mécanique. Au lieu de cela, la mise au point se fait par "fil électrique", c'est-à-dire que la bague tourne à l'infini, dans les deux sens, et c'est un moteur à l'intérieur de l'objectif qui commande le déplacement des lentilles. Outre le manque de noblesse de cette solution, trois conséquences pratiques sont à signaler une fois sur le terrain.
 
D'abord, puisque la bague tourne à l'infini dans les deux sens, cela implique qu'il n'y a pas de butée. De fait, il est impossible d'effectuer la mise au point "au jugé", il faut obligatoirement avoir recours à l'écran ou au viseur électronique (ce qui est le cas du Nex 7). De plus, il n'y a pas du tout de graduation de distance de mise au point, ni sur l'objectif, ni sur le boîtier (les deux communiquant finalement assez peu). Il faudra donc oublier le travail en hyperfocale pour la photo de rue, ce qui est fort dommage pour un tel objectif avec lequel il aurait pourtant été confortable de faire confiance à la grande profondeur de champ (même à pleine ouverture).

Deuxième conséquence, un peu dans la même veine, l'usage d'une mise au point électrique conduit à un manque de sensation tactile navrant (et ce ne sont pas les micros vibrations du moteur qui feront changer d'avis). Lorsque l'on fait l'effort (photographique et financier) d'opter pour un objectif Zeiss, on est en droit d'attendre un peu de vie au bout des doigts, on est en droit d'espérer un objectif qui offre une expérience vraiment différente des zooms standards. Ici, c'est électrocardiogramme plat, il faudra repasser côté palpitations et émotions.

Troisième conséquence, si vous tenez absolument à utiliser la mise au point manuelle. Lorsque l'appareil est éteint, et même s'il rentre simplement en veille, il coupe totalement la communication avec l'objectif. Du coup, la mise au point est perdue et il faut recommencer. Comme sur le terrain on ne passe pas son temps à photographier, l'appareil est donc souvent en veille. De quoi vous enlever très rapidement l'envie d'utiliser la mise au point manuelle, et ce bien que le peaking fonctionne à merveille. Seule parade : avoir recours à l'autofocus.

Mise au point automatique

Si le Zeiss Touit ne brille pas en mise au point manuelle, au moins se rattrape-t-il une fois l'autofocus activé ? Et bien... pas vraiment. Ici, notre Nex 7, pourtant sorti en 2011, mais mis à jour avec le firmware 1.1 début juin pour l'occasion, n'est pas le facteur limitant. Le Distagon 12mm nous offre un véritable festival de tout ce qu'il ne faut pas faire.

Lors de l'allumage de l'appareil, l'électronique du boîtier met moins de temps que la mécanique de l'objectif pour se mettre en route. Puis, très rapidement, on se rend compte que l'objectif n'est jamais réellement au repos. Même lorsque le déclencheur n'est pas sollicité et que l'appareil est suspendu à l'épaule, le moteur de l'objectif tente de faire la mise au point. Outre les vibrations et l'inconfort engendré, c'est surtout l'autonomie qui en prend un coup, la jauge de charge descendant à vue d'œil même en l'absence d'activité photographique. Il semblerait que Zeiss soit en train de travailler à résoudre ce problème.

Les Zeiss Touit disposant d'une mise au point pas à pas, l'objectif a tendance à patiner avant de trouver la bonne distance. Même avec la belle profondeur de champ d'un 12 mm, il est rare que la netteté soit faite dès le premier coup. Puisque le coup ne part pas tant que le point n'est pas confirmé, il faudra faire une croix sur les photos volées et les instantanés.

Focale et angle de champ

Une focale correspond à un angle de champ ou angle de vision couvert par l'appareil équipé de l'objectif. Plus la focale est importante, plus l'angle de champ est réduit : on parle de longue focale. À l'inverse, plus la focale est courte, plus l'angle de champ est large : on parle de grand-angle.

Voici ce que l’on obtient avec le 12 mm monté sur le Sony Nex-7, qui est équipé d’un capteur APS-C. Avec le coefficient de conversion de 1,5X, on obtient un équivalent 18 mm qui, s'il se prêtera volontiers à la photographie de rue, d'architecture ou de paysage, demandera un certain doigté. En effet, il faut aussi bien remplir l'image en largeur qu'en hauteur. Lors d'un cadrage à la verticale, attention à ne pas photographier ses pieds ! Plus la focale est courte, plus le sujet semblera éloigné dans le viseur, ce qui invite à s'en rapprocher de très près autorisant des cadrages intéressants. Enfin, notez qu'un 18 mm est très pratique dans les lieux (transports en commun, pièces en intérieur, etc.) où le recul manque. De plus, ici, la grande ouverture f/2,8 évite de monter trop haut en sensibilité.
 








 

Distorsion et perspective

Si ces deux notions sont différentes, elles sont néanmoins encore régulièrement confondues. La distorsion est une déformation induite par la conception de l'objectif. Il existe deux sortes de distorsion : en barillet et en coussinet. Dans les deux cas, le principe est le même : les lignes droites de la vie réelle sont traduites par des courbes à l'image. Tous les objectifs y sont sensibles, même les plus perfectionnés et les plus onéreux, mais plus la focale est courte, plus la distorsion est difficile à maîtriser.

Il est ainsi communément admis qu'un très grand angle (ce qui est le cas du Zeiss Touit 12 mm) a le droit d'avoir une distorsion un peu plus marquée. Cela se traduit par des bords qui filent. Typiquement, lorsqu'un sujet humain se trouvera tout à gauche (ou à droite) de l'image, il aura l'air d'être penché (alors que dans la réalité il était parfaitement droit) et légèrement allongé. Ce Distagon n'échappe pas à la règle même si la distorsion en coussinet est plutôt bien maîtrisée, comme en témoignent les exemples suivants :


La roue arrière est légèrement ovale.


La barrière est courbée.


Les tours au loin sont penchées et le couple au premier plan est légèrement étiré.


Malgré l'enchevêtrement de lignes droites, la distorsion ne gêne pas trop ici.
 
La perspective est directement liée au point de vue du photographe (physiquement parlant, pas métaphysiquement ni philosophiquement). En simplifiant à l'extrême, il n'existe finalement que trois points de vue : frontal, en plongée, en contre-plongée. La vue frontale déforme le moins, les deux autres accentuent les perspectives. Cela se traduit, dans l'image, par des fuyantes très marquées. Une fois encore, plus la focale est courte, plus cette accentuation est marquée. C'est donc au photographe de tourner ce "handicap" en avantage esthétique. De plus, les très grands angulaires, en permettant des cadrages larges, invitent à composer son image en jouant sur les différents plans. À ce jeu-là, le Zeiss Touit Distagon 12mm f/2,8 se montre particulièrement créatif :
 










 

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