Parmi la vingtaine de lauréats des Sony World Photography Awards 2013, un français parmi les lauréats, Fabrice Fouillet dans la catégorie Architecture avec sa série Corpus Christi. Né en 1974, ce photographe français de formation photo de nature morte et féru d’architecture, nous convie à une promenade quelque peu surréaliste à travers des paysages/portraits d’églises. Par l’usage du cadrage frontal, symétrique, nous ne sommes pas loin de la photographie objective allemande et de l’inventaire rigoureux de l’architecture industrielle, empreinte photographique des Becher.

Fabrice Fouillet nous restitue ce besoin d'exprimer la spiritualité moderne sous une forme qui l’a fait déborder radicalement de la tradition.

Fabrice Fouillet

Focus numérique : As-tu été surpris par la décision du jury ?

Fabrice Fouillet : Oui, très surpris ! Il y a tellement de monde qui participe à ce concours que la probabilité de se distinguer est plutôt mince! Même si je croyais en cette série je me suis inscrit sans trop y croire et puis parce qu'il faut de toute façon tenter le coup...! Alors oui quelle surprise d’être finaliste dans un premier temps, puis gagnant ensuite. !

Focus numérique : Ta série Corpus Christi a-t-elle été faite pour ce concours ?

Fabrice Fouillet : Non, pas du tout ! C’est un travail personnel toujours en cours dont le point de départ est une réflexion sur l’identité visuelle religieuse. Le décalage entre image religieuse classique et modernité architecturale me paraissait intéressant. Je trouve qu'il en résulte un anachronisme auquel on ne s'attend pas forcément quand on pense "religion".
Dans cette série,la répétition et le cadrage systématiques sont essentiels. C'est pour moi la manière la plus efficace de décliner ce sujet. Les images sont à la fois identiques et toutes différentes. Ce travail met aussi l'accent sur la richesse culturelle que représente cette diversité architecturale au sein d'une seule et même institution.

Fabrice Fouillet

Fabrice Fouillet

Focus numérique : La localisation des églises n’est pas uniquement en France, beaucoup sont en Allemagne?

Fabrice Fouillet : La majeure partie des églises photographiées jusqu'à présent est française et aussi allemande. Des architectes incontournables comme Guillaume Gillet ou encore Gottfried Bohm en Allemagne ont apporté un souffle créatif sans précédent dans l'architecture religieuse moderne, privilégiant le béton armé comme moyen d'expression.
Choisir de placer l’autel tout en bas de l’image était une évidence à la fois esthétique et symbolique. Écraser l'autel sous la hauteur met en avant l'oeuvre architecturale et minimise la place de l’homme par rapport au divin. Historiquement, les églises étaient souvent de grands édifices, la hauteur devait favoriser la communication avec le tout puissant. Mais loin de moi toute revendication religieuse personnelle, je me tiens plutôt a l'écart de la religion. Mes motivations sont purement liées à la photogénie de ces nouveaux lieux de culte.

Focus numérique : Qu’en est-il des éclairages dans la série?

Fabrice Fouillet : Je n'utilise que la lumière ambiante, parfois combinée aux éclairages artificiels in situ. Mais les éclairages mis en place par les presbytères sont souvent inesthétiques. L'idéal est de trouver quelqu’un sur place ayant accès au panneau électrique et qui accepte de m’aider en modifiant partiellement l'ambiance lumineuse. Ceci est rare et je dois le plus souvent me débrouiller avec ce que je trouve. J’ai aussi recours a une légère désaturation lorsque les couleurs me paraissent trop "criardes". C’est un choix esthétique : les couleurs trop vives enlèvent de la modernité à l'image qui penche alors du côté de la carte postale. Il peut m’arriver d'effacer un cable electrique ou un détail disgracieux en post production, mais pas plus. Il est bien sûr important de garder l'âme du lieu et de le restituer tel qu'il est.

Fabrice Fouillet

Fabrice Fouillet

Focus numérique : Quand as-tu débuté ta série ?

Fabrice Fouillet : Je l’ai débuté en décembre 2011. C’est un projet personnel à long terme qui n'a pas vraiment de fin, car ce ne sont pas les églises modernes qui manquent sur la planète...mais tout ça prend du temps et il faut composer avec le travail de commande qui demande aussi beaucoup d'implication. Chaque déplacement est pour moi l'occasion de débusquer dans les environs une église pouvant s'inscrire dans la série. Je vais au Japon dans 3 semaines, je sais qu’il y en a une sublime à Tokyo! Je me réjouis donc de la photographier !

Focus numérique : Comment se passe ton choix de telle ou telle église?

Fabrice Fouillet : Il y a beaucoup de recherches en amont. Je sélectionne par date et passe beaucoup de temps su Internet à la recherche d'images d'intérieurs des églises convoitées. Il m’arrive aussi de me déplacer après sélection et que la magie n’opère pas. Déception donc, surtout quand on fait plusieurs centaines de kilomètres, mais ça fait partie du jeu. Je découvre aussi parfois des églises sans ouverture et tous feux éteints! C'est frustrant de devoir rentrer bredouille... ce sont mes aléas !
Pour que les églises « fonctionnent », il faut qu’elles soient assez hautes. Par exemple, l’église de Le Corbusier à Ronchamp – passionnante à plus d'un titre – ne rentre pas dans ma série, car est un peu étriquée.

Fabrice Fouillet

Fabrice Fouillet

Focus numérique : Y a-t-il des autorisations à demander, ou as-tu reçu des refus?

Fabrice Fouillet : Je n'ai jamais eu d'autorisation à demander au préalable, à part à certains curés en arrivant sur les lieux. Les églises sont des lieux souvent ouverts dans lesquels on ne vous embête pas si vous faites des photos moyennant le respect de la tranquillité du lieu, ce qui va de soi.

Focus numérique : Avec quel matériel travailles-tu?

Fabrice Fouillet : J'ai une chambre de la marque Alpa à laquelle je combine un dos numérique. Pour moi, c’est l’outil idéal pour le paysage et l'architecture : faible encombrement, légèreté, et image d'excellente qualité. Je suis un adepte des focales courtes, je ne dépasse jamais le 35mm.

Fabrice Fouillet

Fabrice Fouillet

Focus numérique : Le prix Sony a-t-il changé quelque chose pour toi?

Fabrice Fouillet : évidemment, il est très agréable de constater que son travail dans lequel on investi tant de temps et d'énergie ne laisse pas indifférent. La reconnaissance est importante, car elle donne des ailes et peut venir à bout de quelques doutes personnels...Cette récompense m’apporte le confort d'aborder mon prochain sujet dans un état d'esprit plus serein. En bref cela aide à croire en soi.

Focus numérique : Depuis combien de temps pratiques-tu la photographie?

Fabrice Fouillet : Précisément, 18 ans ! J’ai décidé de devenir photographe à 20 ans, j'ai un souvenir très précis de cet instant à partir duquel j'ai commencé a donné beaucoup à la photographie.

Focus numérique : De ta prochaine série, peux-tu en parler?

Fabrice Fouillet : J’en suis aux balbutiements. Je me rends bientôt au Japon, après en Chine puis en Europe de l’Est. Il s'agit encore d'une histoire de symboles...pardon c'est un peu vague, mais difficile d'en dire plus pour l'instant.

www.fabricefouillet.com

Fabrice Fouillet


PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation