5 questions, un photographe

Entrons dans l’univers très intime et personnel de la photographe Isa Marcelli de l’Agence révélateur. Son œuvre photographique s’est développé à la frontière du pictorialisme et de l’expressionisme. Née en 1958 en Algérie, Isa Marcelli découvre l’usage de la photographie très tardivement et, de manière autodidacte se tourne vers des techniques anciennes comme le collodion et le sténopé.

Chacune de ses images se construit autour de l’instant présent avec, cependant cette évocation d’une époque révolue ou d’un temps suspendu. De l’immobilité du procédé, les photographies d’Isa Marcelli réalisées sur plaques de verre au collodion humide, se dégage cet aspect posé, associé à une extrême sensibilité et délicatesse.

À la croisée de l’onirisme et du mystère, ses photographies intemporelles et silencieuses nous donnent à voir la fragilité du réel en laissant la part belle aux hasards heureux de la chimie. Des altérations dues aux aléas de la technique, l’artiste se sert de ces accidents fortuits pour développer cette poésie si singulière de son écriture photographique.




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Focus numérique : Quand et comment a débuté votre intérêt pour la photographie?


Isa Marcelli : D’une certaine façon, je me suis toujours sentie très orientée vers le visuel. S’il est un sens qui est primordial pour moi, c’est la vue. Je me souviens que déjà enfant contemplation et rêverie étaient chez moi largement associées. J’avais le sentiment de voir de la beauté là où les autres ne la remarquaient pas toujours.

Plus concrètement la photo est vraiment entrée dans ma vie il y a 7 ou 8 ans. J’avais un petit appareil numérique depuis quelque temps et j’ai réalisé combien c’était un outil incroyable qui pouvait rester au fond d’un sac, être emmené partout et qui permettait de garder des traces voir d’exprimer une vision du monde toute personnelle. C’est arrivé à un moment clé de ma vie, où j’avais profondément le besoin de trouver un nouveau moyen d’expression et de création. De fil en aiguille, je me suis rapidement intéressée à l’argentique, ayant quelques frustrations avec le rendu du numérique. Moyen format, sténopé, Holga, j’ai expérimenté plein de choses. J’ai appris également à développer mes pellicules et me suis initiée à différentes techniques de tirage comme le palladium.





 
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Focus numérique : Quel matériel utilisez-vous?

Isa Marcelli : Finalement, il y a 4 ans, j’ai découvert le procédé sur plaques au collodion humide. Avec le recul, je suis toujours étonnée d’avoir été au bout de cet apprentissage. Cela m’a pris beaucoup de temps pour rassembler le matériel nécessaire et beaucoup plus encore pour produire quelques plaques dignes de ce nom. Ce fut aussi le coup de foudre pour le grand format. J’ai 2 chambres actuellement. Une Burke and James des années 50, format 4x5 inches. Très légère et maniable, je peux facilement l’emmener en extérieur. J’ai aussi une Linhoff monorail 20 x 25 cm. Mais celle-ci est un monstre et comme je n’ai pas d’assistant body-buildé, je la réserve aux séances en studio. Maintenant il me faudrait un format intermédiaire qui soit très maniable également.





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Focus numérique : Qu'est ce qui vous intéresse dans l'acte photographique?

Isa Marcelli : Comme dans tout acte de création, c’est ce court moment où l’on se sent sortir de son enveloppe physique. Plus rien n’existe d’autre que cette excitation des sens, passage entre une forme d’angoisse, avant, et une certaine plénitude, après. Quand ce qui a été créé arrive à me surprendre et me satisfaire pour un temps.
Il est clair que je cherche une façon de transformer et même d’oublier la réalité. J’aime quand les images donnent à rêver ou bien se prêtent à une interprétation personnelle. J’aime aussi jouer avec le hasard.
A plus long terme, je trouve intéressant de voir se bâtir image après image l’esquisse d’un monde qui serait le mien ou en peut-être l’expression de qui je suis réellement.





 
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Focus numérique : Si vous ne devez qu'en citer un, quel est pour vous le photographe incontournable ou votre source d'inspiration?

Isa Marcelli : Je suis très portée vers la photographie ancienne, Julia Margaret Cameron, le mouvement Photo Secession fondé par Alfred Stieglitz, Eduard Steichen, les pictorialistes. Parmi les contemporains, il y a pour moi trois noms incontournables : Sally Mann, Paolo Roversi et Sarah Moon.





 
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Focus numérique : Quel est votre prochain projet?

Isa Marcelli : J’ai récemment récupéré tout un stock de vieux papiers photos, tous assez largement périmés. J’ai très envie de m’essayer aux négatifs papiers à la chambre, avec le projet de travailler à garder traces d’un lieu que j’ai beaucoup aimé dont je vais devoir m’éloigner.

www.isamarcelli.com
www.lesphotographeuses.com
www.agencerevelateur.fr

Toutes les images sont créditées : sans titre © Isa Marcelli


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