Test Canon 1D C

L'avis de Patrick Lévêque


Après plusieurs semaines aux commandes du reflex, j'avoue être très partagé sur cet appareil, pourtant très audacieux. L'EOS-1D C est un appareil photo OU une caméra, pas les deux à la fois. Nous ne reviendrons pas sur les performances photo. Le 1D C est un 1D X, la chose est entendue. Côté vidéo, je suis absolument convaincu que la cible ciné est la bonne et que le 1D C n'est pas adapté au reportage ou au news, pénalisé par l'absence d'AF et d'assistance à la mise au point. Filmer à bout de bras n'est pas une solution que je préconise (certains sont pourtant persuadés du contraire…). Le concept même d'appareil reflex implique de disposer d'un support épaule confortable pour travailler dans de bonnes conditions et produire des images de qualité. Si vous vouliez filmer discret, c'est plutôt raté…

Je demeure également circonspect quant à l'utilisation hybride de cet appareil que l'on imagine trop facilement (et à tort) capable de faire simultanément photo et vidéo. Le 1D C est bien capable de faire une photo pendant que le tournage d'un plan vidéo (en HD seulement…) mais… en interrompant le processus de filmage pendant la prise de vue. Totalement inutile puisqu’un plan coupé en deux… est irrattrapable au montage. Je ne comprends même pas pourquoi cette fonction figure parmi les possibilités offertes par l'appareil.

Au moment de passer à la caisse, le prix de base du 1D C associé aux nombreux accessoires nécessaires pour être opérationnel (Matte Box, Folow Focus, moniteur, mixette, micros… optiques) risque de faire frémir, voir trembler. Le jeu en vaut la chandelle. Sauf qu'une fois accessoirisé de la sorte, l'EOS 1D C devient, certes une véritable caméra ciné, mais à un tarif aux antipodes du budget dont dispose les photographes adeptes (contraints et forcés pour certains…) de la vidéo.

En tournage cinéma, le 1D C offrira une qualité d'image superbe dans la lignée du 5D Mk III, le charme des formats Super 35 et 4K en plus. Mais Canon devait-il faire exploser les prix en associant un boîtier professionnel très connoté reportage comme l'EOS 1D X à des fonctions plus orientées cinéma, deux univers aux besoins diamétralement opposés ? Le "simple" Canon EOS 1D X me semble amplement suffisant pour les photographes désirant produire de la vidéo HD à "moindre coût". Les professionnels du cinéma n'auront que faire des fonctions ultra haut de gamme d'un boîtier professionnel de reportage et se tourneront plus facilement vers une caméra comme la C 500 (Canon) ou la Red Scarlet X quitte à y mettre le prix ou vers les solutions 4K plus abordables proposées par BlackMagic. En réfléchissant bien, je me demande surtout pourquoi Canon n'a pas eu l'idée de développer une gamme d'appareils "hybrides" autour de l'EOS 5D, très apprécié du monde du cinéma, et surtout financièrement beaucoup plus accessible. Cet appareil qui a su séduire les pros par sa qualité d'images et son capteur plein format est aujourd'hui plébiscité par un très large panel d'utilisateurs. Des utilisateurs également séduits par un tarif très accessible. Pas sûr que le 1D C sache faire la même unanimité autour de lui.

L'avis de Renaud Labracherie

Le Canon EOS-1D C est un appareil pour le moins singulier, véritable appareil hybride entre la photographie dans lequel il excelle (qualité des images, rafale à plus de 11 vps, viseur optique agréable...) et la vidéo dans lequel il offre un mode 4K pour le moins intéressant.

Je m'intéresserai tout d'abord au prix : 9500 euros. Le positionnement tarifaire nettement plus élevé que le 1D X, disponible autour de 6000 euros, est  pour le moins difficile à comprendre tant les appareils semblent similaires hormis le mode vidéo 4K. Car c'est bien sûr ce mode 4K qui rend le 1D C intéressant aux yeux des cinéastes, les modes HDTV 1080 ou Super35 mm étant abordable à moindres frais notamment chez Canon avec une C100 (environ 5000 euros) avec une ergonomie plus adaptée à la vidéo, une qualité autrement supérieure et des prises XLR pour le son. Bref, c'est bien le 4K qui focalise toute l'attention et l'addition semble un peu salée, surtout qu'un constructeur, Blackmagic Design, vient d'annoncer une caméra 4K à moins de 4000 euros. Reste que le 1D C lui est disponible et nous ne savons pas réellement quand il sera possible de filmer avec un Blackmagic Cinema Production !

En 4K, la qualité des images est au rendez-vous et les vidéos obtenues avec l'EOS-1D C sont vraiment impressionnantes. Chaque image étant indépendante les unes des autres, il est tout à fait possible d'extraire des vidéos des images fixes (8 Mpx) tout à fait exploitables ! De quoi repenser la prise de vue photographique ? Pourquoi pas. En tout cas, le champ d'action du 1D C est vraiment très large. Après, il faut se contenter d'une cadence de 24 vps (bientôt 25 vps avec un nouveau firmware). Ce qui peut poser certains problèmes d'intégrations dans un flux vidéo plus classique à 25 ou 50 vps.

Les ingénieurs Canon ont également fait un choix plutôt incohérent au niveau de l'encodage des fichiers. En effet, si en 4K, l’échantillonnage couleur est bien en 4:2:2 (très bien pour les incrustations), la dynamique est limitée à 8 bits. Certes le Canon Log offre une belle neutralité qu'il convient de rehausser en postproduction, postproduction contrainte par l'encodage 8 bits alors qu'un mode 10 bits aurait laissé beaucoup plus de latitude à la retouche. Nous aurions aimé que Canon offre plus de confort de retouche avec un format Raw en 1080 par exemple. Malheureusement, il n'en est rien.

Reste le problème récurrent de la prise en mains. Le 1D C est avant tout un...reflex et donc très orienté photo. Il faudra donc équiper le boîtier de différents accessoires pour le rendre réellement utilisable en production vidéo. En outre, Canon ne s'est toujours pas décidé à proposer assistants pour la vidéo en s'inspirant de Magic Lantern par exemple. Impossible donc d'afficher un peaking écran pour faciliter la mise au point, des zébras pour l'exposition.

La post production vidéo n'est guère mieux lotie et si le boîtier 4K est «relativement» abordable (il faut penser aux cartes mémoire de 64 ou 128 Go UDMA 7 qui peuvent frôler les 600 euros pièces), la configuration pour monter et exploiter de la vidéo 4K est elle, très haut de gamme. Un passage par un codec intermédiaire (ProRes) est indispensable pour une conformation ultérieure ce qui implique un espace de stockage important et en SSD pour des débits cohérents avec le travail vidéo. Bref, le ticket d'entrée est pour le coup très élevé. 

Au final, on a l'impression que le Canon EOS-1D C a un coup d'avance sur son temps. Les téléviseurs 4K ne sont pas encore là et les salles de cinéma équipées sont peu nombreuses. Le 1D C est un superbe reflex capable de filmer en 4K, mais les usages mixtes sont-ils réellement là ? Pour le cinéma, le 1D C offre une souplesse d'emploi importante pour notamment le grimper en haut d'une grue ou le loger dans un espace limité.

Points forts

Points faibles

L'ergonomie de l'EOS 1...en mode photo

L'ergonomie de l'EOS 1… ce n'est pas une caméra

Excellent appareil photo : qualité d'image, réactivité, rafale

4K uniquement en 24p (pour l'instant, le 25p devrait arriver) même lors d'une conversion en 1080

Qualité des images exceptionnelle en 4K

Pas de format Raw dans tous les modes vidéo

Mode Super35 mm équivalent aux modèles C100/C300 et C500

Autofocus trop lent en video. Mise au point manuelle recommandée, mais peu assistance de mise au point

Le format MJpeg permet de prélever des images fixes de 8 Mpx

Enregistrement 4K uniquement en interne (carte mémoire). Pourquoi ne pas profiter de la prise Ethernet ?

Excellente gestion du bruit électronique jusqu'à 6400 voire 12800 ISO

Carte mémoire rapide (UDMA7) obligatoire

Mode Canon log pour améliorer le rendu des images

Obligation d'équiper l'appareil pour une utilisation vidéo digne de ce nom : follow focus, écran de retour, prises XLR...

Appareil tout temps, construction solide à l'épreuve du temps

Firmware et interface définitivement orientés photo

Jusqu'à 60 im/s en Full HD

Vidéo 4K en mode 1,3x (pas de 24x36)

 

Mode 4:2:2 en 8 bits seulement limite la postproduction (4K)

 

Mode HDTV 1080 de moindre qualité

 

Rolling shutter visible



Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation