Appareil photo de tous les superlatifs, le Canon EOS-1D C est une machine à la fois fascinante, attirante et déroutante. Conçu pour satisfaire deux catégories d'utilisateurs diamétralement opposées, l'EOS 1DC ne renie pas ses origines. Directement issu de l'EOS-1D X, navire amiral de la flotte des appareils reflex EOS de Canon, l'EOS-1D C possède par filiation une fiche technique impressionnante pour sa partie photographique et des caractéristiques vidéo inédites pour un appareil de ce type. Si la HD est proposée dans de nombreuses déclinaisons, ce modèle offre également des possibilités de tournage en mode Super 35 et, excusez du peu, un mode 4K que l'on croyait jusqu'alors réservé à certaines caméras spécialisées du type Red ou Canon C500.

Prise en mains

Un reflex avant tout

En mode photo, nous retrouvons intégralement tous les ingrédients qui ont participé à rendre célèbre ce best-seller du reportage qu'est l'EOS-1D X. Obturateur de course, conception tout temps, ergonomique, polyvalent… le 1D C est un "pur" 1D X et se comporte comme tel sur le terrain. Conçu pour l'aventure, il ne craint rien, ni la pluie, le chaud, le froid ou les chocs et répond présent dans n'importe quelle situation. Sur le terrain de la photo, rien à redire, le 1DC est une vraie bête de course !

Basculé en mode vidéo, le 1D C pâti de sa conception d'origine. Bâti sur les bases d'un appareil photo reflex de reportage, il faudra donc impérativement l'accessoiriser pour en tirer réellement parti et lui donner une véritable ergonomie de caméra. En tournage vidéo, la stabilité est d'une absolue rigueur, un pied vidéo (ou une crosse d'épaule) sera l'indispensable accessoire de base. La taille de l'écran du 1D C n'est pas ridicule, mais il est dommage de ne pas pouvoir l'orienter en tous sens. Sur un tournage, il faudra le compléter par un moniteur externe de type 7 ou 9 pouces pour plus de confort. Côté optique, il est certes appréciable de pouvoir travailler avec les optiques EF. Mais l'EOS 1DC ne permet de la lumière que par tiers de diaph et qui plus est par la roue codeuse de l'appareil, les optiques photos de Canon (même en série L) ne disposant pas de bague de diaphragme externe. Difficile donc de gérer la lumière en continu. Dans ce cas, l'obligation d'utiliser des optiques ciné comme celles de Canon en monture EF s'avère donc obligatoire.

Pour la prise de son, le 1D C assure le service minimum. Pris en charge par l'appareil, le son généré n'est pas l'un des plus mauvais que nous ayons rencontré, mais il gagnera en qualité en étant travaillé en amont via une mixette et des micros de meilleure facture que celui intégré dans l'appareil. J'insiste sur ce point car le son, que ce soit en vidéo ou en ciné, revêt une importance cruciale. Dans la pratique, un ingé son bien équipé saura concocter une prise de son de bien meilleure qualité que celle du 1D C. C'est un métier…

Côté paramétrage, nous somme surpris par la sobriété des menus pour la gestion de la vidéo. Pour du reportage et du tournage de type news, cette relative austérité peut avoir du bon et permettre à un opérateur peu aguerri de trouver facilement ses marques, surtout s'il vient du monde de la photo. En ciné, l'opérateur, habitué à disposer d'un paramétrage plus étoffé sera sans doute surpris par simplicité du paramétrage du 1D C, plus proche des habitudes du photographe que celles d'un cadreur ou d'un chef opérateur.

Sur le terrain

Vers une "R"évolution du métier ?

L'EOS 1D C pose les bases d'une problématique qui agite des plus en plus le monde de la photographie professionnelle, notamment chez les photographes d'agence mais également chez les journalistes reporters d'images (JRI). Un capteur 4K, voilà qui nous fait des images de 8 millions de pixels… Et si demain on me demandait de filmer… puis d'extraire des photos… au calme… en post-production à la rédaction ? En dehors de l'aspect technique, cette éventualité possibilité ouvre le débat sur l'évolution des métiers du reportage où la tentation est grande, dans certaines agences, de faire filmer les photographes et photographier les cameramen. La photographie restant le témoignage fugace d'une action parfois très limitée dans le temps, on imagine les bouleversements que risque d'introduire cette possibilité auprès des photographes, surtout si on les oblige… mais là n'est pas notre propos… quoi que…

Toujours est-il que nous ne nous sommes pas privés de vérifier ce que donnait l'extraction d'une image issue d'un rush 4K. Et au risque de faire hurler les puristes les résultats sont d'une qualité franchement étonnante. Sachant que ces images sont d'aussi bonne facture que celle issues de mon ancien EOS 1D Mark II… certains pros de l'actualité risquent fort de remettre en cause leur façon de travailler.

En approfondissant les choses, certains types de plan vidéo ne seront pas forcément exploitables pour en extraire des images fixes. Le cas d'un tournage de séquences avec des sujets se déplaçant très rapidement, comme un TGV filant à 300 km/h, demande un temps d'obturation maximum de l'ordre du 60e ou du 80e. L'image est plus fluide mais également plus floue. Extraire une image de ce type donne donc une photo ou un sujet mobile est flou.

Canon 1D C extrait vidéo 1/60s
Extrait d'une vidéo au 1/60s avec un sujet en déplacement rapide : l'image est flou.
> fichier vidéo HDTV 

Enregistrée avec une cadence plus rapide, l'image extraite sera bien entendu plus nette. Mais la lecture du plan vidéo donnera une impression de saccade désagréable et pas franchement exploitable.

Canon 1D C extrait vidéo : image 8 Mpx
Image extraite d'une vidéo 4K (8 Mpx). Vous pouvez la visualiser en pleine définition avec un clic-droit de souris.

> fichier vidéo HDTV

Hormis donc quelque cas de figure qui fixeront des limites, la possibilité de filmer en 4K puis en extraire des images sur l'écran de son ordinateur à de quoi donner à réfléchir à certaines agences qui envisagent de doter leurs staffs avec ces appareils.

Post-production

Qualité d'image

Sur ce point, le 1D C fait un sans-faute en photo, où le niveau de qualité est identique à celui du 1D X.
En vidéo le rendu d'image est très typé et parfaitement en phase avec les rendus de l'EOS 5D Mk III. Petite ombre au tableau, le 4K n'est disponible qu'en 24p. Le 25p ne sera disponible qu'après une mise à jour du firmware. Toujours dans les choses qui fâchent, l'échantillonnage couleur est effectué en 4.2.2 mais avec une dynamique sur 8 bits. Si le Log Canon augmente la marge en post-production, le codec en 8 bits la limite. Plutôt frustrant !

Si dessous 3 extraits (vidéo à télécharger) du même plan filmé en HDTV 1080, mode Super35 et 4K (ProResLT)

Canon 1D C extrait HDTV 1080
> fichier vidéo HDTV

Canon 1D C extrait video HDTV mode super35
> fichier vidéo HDTV Super35


> fichier ProRes conversion 4K

En lecture de rushes 4K, nous avons noté quelques phénomènes de rolling shutter sur certaines scènes présentant des verticales. Sans que cela soit franchement pénalisant, l'effet est toutefois bien visible et il faudra filmer en conséquence. Les hautes sensibilités offertes par l'appareil sont parfaitement exploitables jusqu'à une limite raisonnable de 6 400 ISO. Au-delà, la dégradation devient visible, notamment en Super 35 et en 4K. Le mode 1 920 x 1 080 60 im./s permettra également de produire des ralentis très fluides.

À l'usage, il est étonnant de voir que la qualité du 4K rééchantillonnée à un équivalent HD est de meilleure qualité que le HD natif du 1DC.

Canon 1D C 1600 ISO
1600 ISO
> Fichier vidéo ProRes

Canon 1D C 6400 ISO
6400 ISO
> Fichier vidéo ProRes

Canon 1D C 25600 ISO
25600 ISO
> Fichier vidéo ProRes

Sur ordinateur

Si des logiciels comme Final Cut Pro, Première ou Avid s'affranchissent parfaitement des formats Super 35 et 4K, l'adoption de ces formats risquent fort de bouleverser nos configurations informatiques dans leur globalité. La très haute définition de type 4K ou Super 35 exigent en effet des machines puissantes côtés processeurs et cartes graphiques et demandent d'énormes capacités de stockage. Côté 4K, rares sont les moniteurs disponibles capables de supporter ces formats en affichage natif et ceux existant sont proposés à des tarifs très dissuasifs. Comme l'évoquait Renaud, le montage de sources 4K MJPeg impose un import via un codec intermédiaire comme le ProRes puis une conformation ultérieure. 4K et Super 35 imposent donc de tirer nos configurations vers le haut, ce qui vient encore s'ajouter au budget carte mémoire (64 ou 128 Go UDMA 7 x1000 ±600 euros pièces).

Chère, très chère 4k

Faut-il d’ores et déjà céder à la tentation du tournage au format 4K ? La qualité des rushes 4K issus de l'EO-1D C est très impressionnante, y compris rééchantillonnée au format HD, à mon avis, de qualité supérieure au même format HD natif produits par le 1D C. Mais l'investissement sur l'EOS-1D C pose plusieurs questions. Ai-je besoin d'un appareil photo de reportage ? D'une caméra ciné ? Des deux ? Des modes Super 35 et 4K ? Impressionné par son niveau de performance côté photo, personne ne se risquera à ignorer son fantastique potentiel côté vidéo. Les contraintes imposées aujourd'hui par l'EOS-1D C (comme les autres appareils 4K) mettent particulièrement en lumière que le passage au tournage 4K et au Super 35 impose un budget bien plus conséquent que celui imposé par l'achat de l'appareil en lui-même. Cartes mémoires, disques durs, unité de post-production, monitoring, le ticket d'entrée du matériel spécifiquement conçu et développé pour s'adapter à ce format est encore très élevé. La très haute définition n'est donc pas ce que l'on peut encore considérer comme financièrement accessible, à l'image de ce qu'est devenu le format HD. Mais il y a fort à parier que les choses devraient évoluer assez rapidement.

En studio

Après le test sur le terrain, nous avons filmé quelques scènes en studio afin de pouvoir comparer le reflex vidéo de Canon à d'autres caméras. Notre mire de test (mire de précision) permet déjà de mettre facilement en évidence le facteur multiplicateur des modes vidéo. Pour nos tests, nous avons utilisé l'optique EF 35 mm f/1,4 à f/8.

Canon 1Dc recadrage

A gauche, la mire au format 16/9e (HDTV 1080), au centre la même scène en mode Super35 avec un recadrage dans l'image d'environ 1,5x (approximativement APS-C) et à droite, même scène en mode 4K coefficient de 1,3x (APS-H). Pour le mode vidéo, il conviendra donc de bien garder en tête ces restrictions pour, par exemple, filmer en intérieur avec des optiques grand-angle. Attention, contrairement aux modes Super35 et HDTV 1080, le mode 4K n'est pas homothétique au ratio 16/9e.



Le Canon 1D C offre une multitude d'options pour s'adapter à de nombreuses situations ou demandes.

Définition photo compression échantillonnage couleur HDMI
HDTV
1920 x 1080
30 vps ALL-I / IPB oui, mais avec coupure vidéo AVCHD / H.264 Couleur 4:2:0 / 8 bits oui
25 vps ALL-I / IPB
24 vps ALL-I / IPB
60 vps ALL-I non
50 vps ALL-I
HDTV
1280 x 720
60 vps ALL-I oui, mais avec coupure vidéo
50 vps ALL-I non
Super35
(1920 x 1080)
30 vps ALL-I / IPB
25 vps ALL-I / IPB
24 vps ALL-I / IPB
4K (4096 x 2160) 24 vps   Motion Jpeg Couleur 4:2:2 / 8 bits oui en 1920 x 1080

Précision

En terme de définition, le 1D C offre une qualité d'image superlative en mode 4K en assemblant des images de 8 Mpx à la cadence de 24 (et bientôt 25) vues par secondes. La précision est remarquable comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessous.

Canon EOS-1D C 4K extrait
Vous pouvez télécharger l'image en pleine définition avec un clic-droit.

Il est intéressant de noter que même en redimensionnant les images 4K en 1080, le reflex produit des images de bien meilleure qualité qu'en filmant directement en HDTV 1080.

Canon EOS-1D C comparaison 4K / 1080

En mode Super35 mm, les résultats sont également plus convaincants qu'en mode HDTV 1080, alors que la définition est équivalente. 

Canon 1D C Super35 mm détail mire de prévision

Au final et pour obtenir la meilleure qualité d'image le fomat 4K s'impose que la sortie soit en 4096 x 2160 ou en 1920 x 1080. Ensuite, le mode Super35 mm offre un piqué supérieur au mode classique HDTV 1080.

Gestion du bruit électronique

Les reflex équipés de grands capteurs se sont souvent montrés plus performants dans les hautes sensibilités que les caméras traditionnelles. Le capteur 24x36 du 1D C (équivalent au 1D X) étant ce que Canon propose de mieux en terme de gestion de bruit électronique en photo (il est capable de monter jusqu'à 204 800 ISO !!) nous étions assez curieux de voir les résultats en vidéo.

Sur notre petite scène animée, les résultats sont impressionnants. Vous trouverez ci-dessous des extraits 100% des vidéos tournées de 100 à 204800 ISO en HTDV 1080 24p. Concrètement, il est possible de tourner à 12800 ISO sans trop de problème. Les détails fondent pour les valeurs au-dessus, mais les zones denses conservent encore une bonne tenue. A partir de 25600 ISO, les aplats noirs sont constellés de pixels violets peu esthétiques, mais cette sensibilité ISO permet de filmer sans lumière pratiquement dans le noir. Étonnant.

Canon 1D C HDTV 1080 montée iso vidéo

Vous pouvez également consulter la vidéo posté sur vidéo présentant la montée ISO vidéo.

Canon 1D C montée ISO en vidéo 100 - 204800 ISO from Focus Numerique on Vimeo.

En 4K, les résultats sont assez proches de ceux obtenus en 1080. Le grain est un peu plus fin et parfois un peu moins visibles lors d'une sortie redimensionnée en 1080.

Canon 1D C 4K montée ISO

Ci-dessous, vous pouvez comparer deux extraits à 100% d'une vidéo en HDTV 1080 et la même scène filmée en 4K puis redimensionnée en 1080 avec MPeg Stream Clip.

Rolling shutter

Les phénomènes de rolling shutter (déformation des lignes verticales lors des mouvements de la caméra) sont bien visibles sur les vidéos tournées en 4K comme vous pouvez le constater sur la vidéo présentée ci-dessous. En mode HDTV 1080, le rolling shutter est un peu moins sensible, mais bien présent.

Canon 1D C rolling shutter 24p HDTV / 4K from Focus Numerique on Vimeo.


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