5 question, un photographe

Jeune photographe parisien et surtout passionné, Julien Mauve nous convie à un voyage dans son univers photographique multiforme. Avec seulement 3 ans d’expérimentations derrière lui, mais déjà 3 belles séries à son actif ainsi que des portfolios.

Back to childhood nous propose une relecture des jeux de notre enfance, transposée dans le quotidien des adultes. Hopeless Romantic est une série où sont mis en scène les moments clés d’une histoire d’amour, de l’euphorie des débuts à la routine quotidienne. After Lights out, dernière série toujours en cours où de lieux à la lumière crépusculaire voire plongés dans la pénombre, surgit une source lumineuse, évanescence d’un phénomène mystique.

Beaucoup de fantaisie, un brin d’humour, de la nostalgie souvent, du mystère en filigrane tout cela servit par une prise de vue indéniablement maitrisée.



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Focus numérique : Comment et quand a débuté ton histoire avec la photographie?

Julien Mauve : Le parcours en tant que tel a débuté il y a 3 ans, réellement quand on m’a offert un reflex pour mon anniversaire. Pas très original ! Par contre j’ai des souvenirs de photographies depuis mon enfance. Quand on partait en famille aux Etats Unis alors que j’avais 12 ans, j’emmenais dans mon sac à dos mon petit Minolta avec des pellicules en nombre.
Mes vrais débuts je les daterai donc de 3/4 ans. J’ai un peu gravi toutes les étapes, touché à tout, fait du HDR (je n’en suis pas très fier aujourd’hui). J’ai testé un peu toutes les limites qu’un appareil reflex pouvait avoir.
Après avoir pas mal expérimenté, j’ai commencé à vouloir aller un peu plus loin dans la lumière artificielle. C’est de là qu’est venue l’idée de réaliser mon premier projet « Back to childhood », projet qui met en scène les jouets de mon enfance. Peaufiner et améliorer mon approche avec la lumière artificielle à travers un projet motivant.
Voilà, c’est un peu le trajet que j’ai eu avec la photo.







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Focus numérique : Quel matériel utilises-tu?

Julien Mauve : Le reflex offert était un APS-C, ce sont des appareils à mi-chemin entre les petits compacts et les full-frame, un peu plus haut de gamme. En fait, j’ai un papa qui s’intéresse à la photographie en amateur mais il fait partie de ces personnes qui une fois qu’elles se lancent dans quelque chose, le font à fond. Conclusion achat d’un Canon 5D Mark 2 et d’un D Mark 3. Avec tout ça, il faisait nos photos de vacances !
Quand j’ai commencé ma série, je voulais la meilleure qualité possible afin d’anticiper la possibilité de grands tirages, les résolutions d’écrans supérieures...Je lui ai donc emprunté son 5D Mark 2 une première fois, pour le lui rendre, puis pour le lui réemprunter, et pour finir par le garder depuis deux ans et demi !
Voilà pour l’histoire du matériel. Les flashs que j’utilise sont des flashs classiques Cobra.

De plus en plus, je me rends compte que je me balade dans la poche avec un appareil compact. L’avoir tout le temps, à proximité, me permet de faire plus de photos.
Dans mon quotidien je vois beaucoup d’images, de photos, et la différence fondamentale que je constate c’est la très belle qualité du moyen format et de la chambre argentique, cette vraie dynamique des couleurs et grande finesse.
Dans l’idéal ce serait la prochaine étape mais pas vraiment accessible. J’ai un vieil Hasselblad acheté à New York, qui me bluffe alors que l’appareil date des années 60/70.






Série After Lights Out

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Focus numérique : Qu’est ce qui t’intéresse dans l’acte photographique?

Julien Mauve : C’est une question que l’on pose rarement, question sur l’introspection. J’ai toujours privilégié la photo à la vidéo, bien qu’ayant expérimenté les deux. J’aime l’histoire que l’on peut raconter, cette idée d’imaginer ce qui se passe en dehors du cadre. Le mystère est présent, le pouvoir nostalgique y est également important. Avec internet, les fichiers numériques et le fait que l’on voit tout à travers un écran nous avons tendance à oublier aujourd’hui le tirage photo. La photo était un objet que l’on pouvait transporter dans sa poche, un côté fétichiste qui parfois ne parle qu’à nous, qui est chargé de souvenirs, d’émotions.
La photo est l’art le plus accessible, énormément de gens la pratique de manière plus ou moins approfondie, maitrisée ; il y a donc 50 milliards de manières de penser la photo.
Quotidiennement j’ai un besoin viscéral de voir des images. Je passe une à deux heures par jour à aller sur des Tumblr, des blogs, pour découvrir de nouveaux photographes. J’ai besoin de cette dose quotidienne ! Ca me fait voyager, m’interroger, me dégouter parfois, cela suscite vraiment diverses émotions, c’est pour cela que j’ai envie de participer à ce flux, apporter ma pierre.









Série Back to Childhood

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Focus numérique : Quel est pour toi le photographe incontournable, ta source d’inspiration?

Julien Mauve : Les sources d’inspiration, j’en ai énormément. Des photographes comme Mac Adams me fascinent tant son œil et sa vision sont étonnamment contemporains. Tous ces photographes qui ont placé la mise en scène au centre de leur pensée, je pense à Jeff Wall, Robert Adams...
Duane Michals et sa série « Things are queer » aborde la photographie comme une sorte de tourbillon, recréant une réalité.
Travailler sur une série, l’idée d’appuyer son travail sur plusieurs photos permet de les voir comme un tout, un ensemble. Analyser l’image pour en voir chaque détail, isoler les éléments.
J’aime aussi Bernard Faucon et son travail sur les mannequins et puis beaucoup d’autres, dans des styles différents, que ce soit le paysage, la photo de rue...Dans les contemporains, je pourrais citer Ellen Kooi, Philip Lorca Dicorcia.








Série Hopeless Romantic © Julien Mauve et Pauline Ballet

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Focus numérique : Ton prochain projet?

Julien Mauve : Je ne sais pas encore ! J’ai quelques idées, par forcement toutes abouties. J’ai fait la première photo d’un éventuel prochain projet, une sorte d’ébauche. Il s’agit des fonds de papiers peints de paysages, ces papiers peints carte postale que l’on trouve dans les vieux restaurants, aux couleurs passées, avec des vues des Alpes, des Iles... mis en relation avec une photo du vrai paysage. Après il faut trouver les lieux, se documenter, un travail en amont assez poussé, qui prend du temps.

Envie également de poursuivre la série « After lights out » comme un fil rouge.
Mes 3 premiers projets sont très différents les uns des autres, je n’ai pas forcement envie de m’enfermer dans une seule vision. Je ne sais pas ce qui est le mieux : avoir une empreinte, une patte reconnaissable et se cantonner à un style en l’approfondissant perpétuellement ou alors aborder plein de choses. Pour l’instant je ne m’impose aucune contrainte, je vais là où me mène ma curiosité...


www.julienmauve.com





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