5 questions, un photographe.

Photographe lauréat du Prix HSBC 2012, ayant fait ses classes auprès de Bernard Plossu et Paul den Hollander, Eric Pillot répond cette semaine à nos 5 questions, accompagné de sa « boîte de travail » In situ, tirages de ses « bêtes ». Ses bêtes, comme il les appelle sont immortalisées par un réalisme frappant teinté d’un certain humour. Dans une restitution d’une grande véracité des couleurs, des lieux, l’animal pour Eric Pillot est là comme le miroir de l’homme, créant un rapport d’intimité entre le spectateur et l’animal. 
De ces espaces clos que sont les parcs zoologiques, qui pour lui sont les premiers défenseurs de la cause animale, Eric Pillot nous invite à observer cet autre qu’est l’animal dans ce qu’il a de plus intègre, leur portant une attention singulière d’une grande douceur.

Des histoires animalement humaines

Eric Pillot

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Focus numérique : Comment et quand a débuté votre histoire avec la photographie?

Eric Pillot : J’ai découvert la photographie tout petit. J’ai des souvenirs assez vagues, aux côtés de mon père qui était photographe amateur : de son 6x6, et des films noir et blanc qu’il développait et tirait lui-même. C’était des photos de famille, des photos de vacances. J’avais appris à me servir d’un appareil reflex très tôt, et mon premier appareil fut un Praktica, un reflex d’Allemagne de l’Est.

Puis, pendant 25 ans, j’ai oublié la photographie pour la réintégrer dans ma vie après des études d’ingénieur. Pendant celles-ci, j’avais éprouvé le besoin de m’orienter vers des choses artistiques : ce fut d’abord la musique, et puis enfin la photographie, au retour d’un séjour en Grèce. Un déclic s’était produit. Je m’étais alors procuré un agrandisseur, et j’avais souhaité très vite m’engager dans la photographie en menant une carrière professionnelle différente, ce que je fais toujours d’ailleurs.

J’essaie de laisser venir ce qui doit venir. Aux hasards de ma vie, certains moments ont été des déclencheurs, comme par exemple la vision d’un ours polaire nageant sous l’eau dans un parc zoologique. Cette vision onirique, magique, a été ma première approche de l’animal. Et puis, comme l’ours passait de longs moments hors de l’eau et comme je devais attendre qu’il veuille bien y retourner, j’ai commencé à m’intéresser à l’architecture des zoos et à la juxtaposition de l’animal avec cet environnement.

Dès le début, photographier l’animal c’était pour moi allier deux dimensions qui sont très présentes dans mon travail : représenter l’animal comme un être vivant, digne, et en même temps comme une projection de l’autre.

Eric Pillot

Eric Pillot

Eric Pillot

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Focus numérique : Quel matériel utilisez-vous?

Eric Pillot : Jusqu’à il y a trois ans j’utilisais un Nikon FM2 avec un 50 mm, en noir et blanc. Depuis, je me sers d’un Canon EOS 5D Mark II, qui dispose d’un capteur 24x36. Le numérique m’a permis de m’affranchir des problèmes qui surgissent lorsque l’on travaille en couleur avec des sources de lumière de natures différentes, et de travailler dans de plus hautes sensibilités tout en gardant une grande finesse d’image. Ce sont avant tout les progrès technologiques qui m’ont conduit vers le numérique.

Eric Pillot

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Focus numérique : Qu’est ce qui vous intéresse dans l’acte photographique?

Eric Pillot : La photo est avant tout une découverte personnelle. Je me découvre par exemple via l’animal. Callahan disait qu’il prenait des photos pour voir à quoi ressemblaient les choses une fois photographiées : cette citation a une forte résonance pour moi.
Mon support privilégié reste actuellement l’exposition avec l’idée de communiquer au mieux avec ceux qui viennent voir mes photos. On en revient encore à « soi avec l’autre ». J’essaie dans une exposition de réunir les meilleures conditions possibles pour que chacun puisse y trouver son propre écho, une émotion.

La photographie comme support d’imaginaire

La photographie d’animaux que je fais n’est pas une photo documentaire, ni purement descriptive. Mon approche se tourne plutôt vers la forme, l’émotion, et le sens.
Pour In Situ, j’ai cherché dans mes images un équilibre entre ces animaux et leurs espaces de vie que sont les zoos. Symboliquement cela peut être nous dans notre condition urbaine. On me parle souvent de la solitude, d’une forme de mélancolie, mais aussi de la douceur qui se dégagent de mes clichés. Oui, ils suggèrent des questions existentielles, notamment cet effet de miroir : soi et un autre.
Via les images, on communique des choses qui ne peuvent pas forcement être explicitées par des mots. C’est pour cela que la forme est importante : le tirage, le choix du papier, le rendu, l’harmonie des couleurs (sans tomber dans le décoratif) que je renforce en utilisant un format carré (je recadre après la prise de vue).

Eric Pillot

Eric Pillot

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Focus numérique : Quel est pour vous le photographe incontournable, votre source d’inspiration?

Eric Pillot : Je citerais Mario Giacomelli. Dans ses séries sur les séminaristes, les personnes âgées, les enfants, les paysages, on voit des choses très réelles et pourtant son regard tend vers une abstraction visuelle, avec un rendu très particulier, graphique, qu’il obtient en affirmant ses noirs, en tirant de manière très contrastée.
Il y a des choix inconscients, profonds, on ne maitrise pas tout, mais il faut l’accepter. Ensuite il faut donner une consistance à ce qui vient, le mettre en forme. C’est un mélange de contrôle et d’abandon.

Eric Pillot

Eric Pillot

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Focus numérique : Votre prochain projet?

Eric Pillot : J’aimerais travailler sur le zoo de Vincennes qui va rouvrir ses portes prochainement.
Je travaille aussi sur une série que j’avais commencée il y a quelques années sur les végétaux et que je reprends actuellement au numérique. Comme j’aime que les choses s’épanouissent, murissent, prennent leur temps, j’ai souvent plusieurs séries en cours.
La série «In situ» va se poursuivre. J’ai en cours aussi des portraits en N&B de poissons morts achetés chez le poissonnier, en grand format, afin de me focaliser sur l’œil, l’expression de la bouche, pour poursuivre cette recherche d’une certaine qualité de silence, de présence chez l’animal.
Avec toujours la photographie comme porte d’entrée privilégiée vers l’imaginaire.

La galerie La Chambre claire à Annecy exposera la série In situ du 25 avril au 29 juin 2013.
Vernissage en présence d’Eric Pillot le samedi 20 avril à partir de 18h30.

> Le site d'Eric Pillot
> Le site de la galerie La Chambre Clair

Lauréats Prix HSBC 2012 : Leonora Hamill et Eric Pillot

Eric Pillot


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