Ryan Brenizer est un photographe américain spécialisé dans les mariages. Il a développé la méthode que nous allons décrire afin de maximiser les effets de profondeurs de champ, et pour aller au-delà de ce qu'offrent les optiques les plus lumineuses du moment. Un cliché de 100 Mpix fait au 31,4 mm f/0.7... le tout fait avec un D700, c'est possible, même avec un sujet peu coopératif.



La formule finale (focale et ouverture simulée) est donnée par des calculateurs gratuits en ligne, comme celui-ci par exemple.  


Le but de la méthode est d'avoir une image de grande taille, un champ similaire à celui d'un grand angle, et une profondeur de champ aussi restreinte que possible. 

Pour y parvenir, on privilégiera les focales moyennes comme les 85mm, 100mm, 150mm. On veillera également à prendre une optique ouvrant assez grand (entre f/1.4 et 2.8 idéalement). Rien n'empêche d'utiliser d'autres focales et d'autres ouvertures... mais d'expérience, ces focales moyennes à grande ouverture donnent les meilleurs résultats.

Mais encore une fois il n'y a aucun dogme particulier, et Brenizer lui-même passe facilement d'un 50 mm f/1.4 à un 85 mm f/1.4, ou à un 70-200 mm f/2.8. Tout est une question de feeling, de rendu. 

Pour des résultats optimums, on choisira une optique donnant de jolis bokeh et offrant un piqué convenable à pleine ouverture. Mais pas de panique, on pourra "tricher un peu" et fermer un brin pour gagner en piqué (il faut bien que le sujet soit net) tout en préservant du bokeh. On pourra également jouer sur la distance de prise de vue pour influer sur la qualité bokeh. 

Enfin, les capteurs plein format rendent des profondeurs de champ plus intéressantes. On préférera donc un boîtier 24x36mm, même si les APS-C ne sont pas du tout à proscrire, et Brenizer en utilise parfois, avec un rendu tout aussi magique. 

Quant à la définition du capteur... c'est sans intérêt. La méthode consistant à agréger plusieurs photos, on arrivera vite à des images de très grosse taille, même avec un capteur peu défini. 10 ou 12 Mpix suffisent à donner un cliché final de 100 Mpix (voire plus) selon le nombre de photos prises et la zone couverte. 

Nous avons choisi pour une optique modeste: un vieux 85mm f/1.8D (300€) monté sur un D700. Ce ne sont ni le capteur le plus défini, ni l'optique la plus haut de gamme. Le but est de montrer qu'on peut obtenir des résultats intéressants sans laisser sa chemise en gage. On pourra améliorer le rendu et l'effet avec des optiques plus soignées.

La prise de vue

Dans l'exemple donné nous avons effectué toutes les photos à, en gros, 1,50 mètre du sujet... une bonne distance pour un joli flou au 85 mm. Notre 85 mm est un peu mou à f/1.8... nous avons donc fermé à f/2 pour retrouver un peu de netteté. Notez au passage qu'à cette focale et cette distance il est impossible de couvrir tout le sujet en un cliché... 



Commençons.

On fait la mise au point, puis on bloque la mesure d'exposition et la mise au point jusqu'à la fin de l'opération. Tous les reflex ont un bouton AEL / AFL permettant de verrouiller le tout. On fera donc toutes les photos en appuyant sur ce bouton. Ici pour couvrir le sujet et son environnement proche nous allons faire 34 clichés. 

Quand, comme ici, on travaille avec des sujets peu patients, le plus difficile est de lui faire garder la pose assez longtemps. En effet si le sujet bouge lors de la prise de vue, on aura un flou de bouger à l'assemblage. 

Le plus simple est donc de commencer la prise de vue en couvrant d'abord le sujet. 3, 4 ou 5 photos de la tête aux pieds... c'est l'affaire de 2 ou 3 secondes. Une fois le sujet entièrement couvert, les petits mouvements n'auront plus guère d'importance puisqu'on se concentrera sur son environnement. Attention toutefois à un détail: pour que le logiciel puisse assembler tous les clichés, il faudra préserver des zones de chevauchement entre chaque image. La capture ci-dessous montre les 34 images prises, dans l'ordre. On voit la progression suivie; le sujet d'abord, puis une couverture méthodique de son environnement proche. 



Il n'y a pas de règle quant au nombre de photos à prendre. Il semble que plus on en prenne, plus on obtient un résultat fin... mais il n'est pas impératif de se surcharger de prises pour un bon résultat. Plus on photographie, et plus il faudra un ordinateur puissant pour assembler les images. De manière purement empirique, utiliser entre 20 et 40 images est assez simple et efficace. Mais encore une fois, tout dépendra de chacun. On pourra tenter avec une dizaine d'images, ou avec une centaine. Rien n'est inscrit dans le marbre. 

Le traitement

Les photos sont prises, il ne reste plus qu'à les assembler. On utilisera un utilitaire spécifique, comme Auto Stitch, Auto Pano, le module d'assemblage de panoramas de Photoshop ou Photoshop Elements... celui qui a notre préférence étant Microsoft ICE, un utilitaire gratuit et extraordinairement performant.

La méthode Brenizer suppose de prendre beaucoup de photos pour un assemblage... et certains outils ont besoin de plus de zones de chevauchement que d'autres. Il nous est arrivé plusieurs fois de déboucher sur des erreurs avec les logiciels cités plus haut... alors que les mêmes ensembles de clichés passent souvent comme une fleur dans MICE.

Vous pourrez télécharger MICE
à cette adresse

Avant de commencer à utiliser MICE, si vous photographiez en RAW, pensez à traiter d'abord vos images dans un bon dématriceur, et à vérifier la netteté du sujet au préalable. Au besoin, ajustez la netteté, puis exportez en JPEG.

Les RAW sont en général assez mous. Et s'il est possible d'assembler directement des fichiers bruts, on obtiendra de meilleurs résultats en travaillant sur du fichier correctement dématricé.

Faut-il exporter les fichiers en pleine taille ?
À vous de voir en fonction de la taille de l'image finale que vous souhaitez obtenir...

Dans notre exemple nous avons choisi de laisser les clichés d'origine en pleine taille avant de les assembler... ce qui débouche sur une photo finale de 10 000 pixels de côté... soit 100 Mpix. C'est lourd. Si on limite la taille des fichiers à assembler à 2000 pixels sur le bord large, on arrive à un résultat similaire de 4600x4600 pixels, soit près de 21 mpix... tout dépendra du poids du résultat final que l'on veut obtenir. 



L'exemple ci-dessus montre qu'on peut arriver facilement à un résultat amusant sans se ruiner en matériel et sans y passer des nuits. La méthode est efficace, mais demande un peu de pratique. Au départ, on prend trop de photos... ou pas assez... ou on oublie de photographier une zone. Mais rapidement, avec un peu de rigueur à la prise de vue, on y arrive très bien. 

C'est à chacun de trouver "sa" méthode Brenizer, de prendre ses marques. Vous trouverez des tonnes de tutoriels sur Internet, en interrogeant simplement un moteur de recherche. Les détails varient souvent (travail en raw ou en JPEG, sur 20 ou 100 images, au 50 ou au 150 mm, etc.), mais le fond reste toujours le même. Et l'auteur de la méthode lui-même n'hésite pas à varier. Pour approfondir les choses et voir beaucoup d'autres exemples (bien plus flatteurs qu'un monstre de 2 ans dans une chambre mal rangée), rien de mieux que d'aller taper à la source, chez Ryan Brenizer lui-même

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