Au Mali, le cinéma a toujours eu un rôle très important. À travers un cinéma engagé, ses cinéastes décomplexaient la parole du peuple, abordant, comme dans la tradition orale, les thèmes centraux de la famille, les tabous, la terre, la transmission, la religion, la solidarité, mais aussi, la politique.

Cette place privilégiée dans le cœur des Maliens se manifeste par les nombreuses salles de cinéma. Mais
l’état de ces salles est à l’image de la politique globale du pays : délaissé, sacrifié.

Un fragile et silencieux combat perdure pourtant. Pour maintenir cette tradition de cinéma de quartier, chère à une communauté qui a toujours entretenu le principe de la mémoire collective, on rencontre parfois un projectionniste, faisant tourner sa salle, au rythme aléatoire de copies de films disponibles.

Projet Dernières Séances, Bamako, Mali

Après une rencontre marquante avec le cinéaste malien Souleymane Cissé et un reportage sur le cinéma itinérant, la photographe Cécile Burban a voulu comprendre pourquoi aujourd’hui, en Afrique, la rencontre entre films et spectateurs ne se faisait quasiment plus exclusivement que par le biais de salles éphémères. Elle expose à la Galérie Focale à Nyon du 17 au 29 avril.

6 questions, un photographe.

Le projet Dernières séances est un travail au long cours, qui va continuer de s'étoffer au fil des rencontres avec des cinéastes et autres amoureux du cinéma, pour recueillir leur témoignage, leur histoire et, bien sûr, garder la mémoire des nombreuses salles africaines abandonnées, vestige d'une culture entre parenthèses, en attente de réhabilitation.

 Projet Dernières Séances, Bamako, Mali

[1]

Quelle est l'histoire de ce projet Dernières Séances ?

C’est en quelque sorte un projet qui s’est imposé de lui-même…
Depuis 2007 je fais partie de l’équipe des Villages Enchantés, une association de cinéma itinérant en Afrique de l’Ouest où l'on projette des films de cinéma en plein air dans des villages SOS enfants.

Reportage Les Villages Enchantés, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso
 
En 2010 j’ai accompagné le cinéaste malien Souleymane Cissé lors de son festival de Nyamina, à deux heures de Bamako : ces événements m’ont fait découvrir un public large et très enthousiaste, mais sans véritable lieux de rencontre.

J’ai donc voulu en savoir plus, et accompagnée d’un journaliste bamakois, j’ai visité 6 salles de la capitale malienne, toutes rasées ou abandonnées, et une seule salle en activité, trop cossue pour être accessible à tous.

Projet Dernières Séances, Bamako, Mali
 
J’ai eu coup de cœur pour ces lieux chargés d’histoire, qui ont une vraie âme, j’ai fait quelques images…mais ce n’est qu’en découvrant les planches contact, à mon retour sur Paris, que j’ai réalisé qu’il y avait un vrai sujet : pas sous la forme d’un reportage, mais plutôt d’une galerie de portrait de ces salles, qui ont une personnalité à part entière , que j’associe avec des portraits de cinéastes qui mènent un combat pour réhabiliter leur cinéma.
lI y un véritable public, une production riche, mais pas de soutient de l’état pour la culture dans la plupart des pays d’Afrique.

[2]

Comment et quand a commencé ton histoire avec la photographie ?


Ma rencontre avec la photo a démarré comme pour beaucoup de gens, avec les albums de famille. Mon père et mon grand-père faisaient pas mal de photos. Je découvrais mon histoire à travers la photographie et j'ai réalisé que ce médium servait aussi à raconter, à transmettre.
J’ai d’abord beaucoup dessiné, avant de commencer à faire quelques photos, j’ai intégré une école d’art, mais le système ne me convenait pas, je ne trouvais pas ma place, et j’ai donc commencé à travailler, dans l’industrie du cinéma , j’y suis restée pendant quelques années. Puis j’ai réalisé que j’avais vraiment envie de revenir à une activité plus artistique et j’ai alors intégré l’équipe de l’artiste Jean Larivière , que j’ai assisté pendant environ 2 ans et auprès de qui j’ai développé ma culture visuelle. La photographie m’est apparue comme une continuité au dessin, un autre moyen de raconter des histoires, basées sur le réel…

[3]

Quel matériel as-tu utilisé pour les photos de ton expo ? 


Pour la série Dernière Séances, j’ai travaillé avec le Rolleiflex de mon grand père, c’est un appareil photo argentique moyen format 6x6.

Projet Dernières Séances, Bamako, Mali
 
De manière générale, je préfère travailler en argentique, mais les commandes nécessitent parfois d’être équipé en numérique, pour son immédiateté : les clients peuvent valider et faire leurs choix dans la foulée de la prise de vue…

[4]

Qu'est-ce qui t'intéresse le plus dans l'acte photographique ?





Il y a une certaine magie à découvrir « à quoi ressemblent les choses quand elles sont photographiées » (Garry Winogrand), ce que Gilles Mora appelle « l’esthétique du surgissement photographique ».
La photographie est un prétexte pour aller à la rencontre de l’autre, je suis toujours à la recherche de quelque chose, comprendre l’univers dans lequel on vit, ce qui nous rend semblables, mais aussi ce qui fait nos différences.
Et enfin, pouvoir raconter, montrer ces histoires singulières, les partager.
Je suis attachée à la poésie de l'image fixe, figer un instant, une rencontre, pouvoir regarder longuement la photographie d’un visage, d’un lieu.

[5]

Quel est le photographe incontournable pour toi, du moment, ta source d'inspiration ?

J’aurai du mal à faire un top 10. Je me situe dans la photo documentaire, mais je n'ai pas envie de m'enfermer dans un style, et surtout, tous les domaines photographiques m’inspirent (la nature morte, le portrait, la mode, le reportage etc.) . La photographie est un acte intégré à la vie, au quotidien, et l’inspiration ou la recherche d’inspiration peut aussi varier en fonction de l’état d’esprit dans lequel on se trouve à un moment donné.
Cela dit, Magnum reste pour moi LA référence, avec des photographes aussi talentueux qu’Alec Soth, Trent Park, Alex Webb, Christopher Anderson, Joseph Koudelka, bref, tous. Et bien sûr, les photographes avec qui j'ai travaillé Jean Larivière, et Xavier Lambours notamment.

[6]

Quels sont tes projets à venir ?

La série Dernières Séances est actuellement exposée à la Galerie Focale, en Suisse, et elle va continuer de s’étoffer au fil des rencontres et de mes prochains déplacements en Afrique.
Je travaille sur plusieurs séries en ce moment, j’ai un rythme de production assez lent, j’ai besoin que les choses mûrissent, de laisser parfois mes sujets pour y revenir avec un œil neuf, de les nourrir d’autres horizons.
Il y a un projet sur l’île de Madagascar, à travers l’histoire d’une jeune fille, Faneva, qui a un parcours véritablement singulier, et un autre projet beaucoup plus personnel, que j’entame tout juste avec mon grand-père.

Projet L'Ile heureuse de Faneva, Madagascar

Sinon, je fais partie d’un jeune collectif, IGOR , nous allons prochainement monter des expositions des travaux des membres, artistes divers de l’univers du street-art, peintre, graphiste et photographe.
Et en novembre devrait sortir le dernier projet sur lequel j’ai travaillé avec HC Édition, comme co-auteur.
Cette exposition est organisée par la Galerie Focale en résonance avec Visions du Réel, festival international de cinéma, du 19 au 26 avril 2013.

> Le site de la photographe Cécile Burban 
Vers la Galerie Focale


PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation