Lieux disparus et oubliés, univers étrange, Diane Dufraisy-Couraud aime à retranscrire en photos des ambiances parfois sombres, fantastiques, souvent totalement décalées. Comment faire plus qu'un simple photoreportage?

5 questions, un photographe.

Pour cette nouvelle rencontre photographique, nous avons interviewé Diane. Graphiste, Diane est «tombée» dans la photo d’exploration urbaine, il y a déjà plus de 10 ans. Son dada est de photographier des lieux urbains abandonnés, oubliés, souvent abandonnés aux ambiances franchement particulières. Un terrain de jeu rêvé pour quelqu’un qui aime à combiner photo et traitement graphique dans des montages ou mises en scène réinterprétant parfois profondément le contenu de l’image, virant même parfois au fantastique. Ou comment s’approprier un cadre plutôt que tomber dans le classique photoreportage.



Parmi son travail graphique, une série s’est récemment fait plusieurs fois remarquer. Surtout considérée comme l’une des principales gares parisiennes, il est moins connu que la Gare de l’Est abrite dans ses sous-sols un bunker, ancien abri anti-bombardement toujours propriété – délaissée – de la SNCF. Un impressionnant bon de 70 ans dans le passé, dans les sombres heures de la France, quelques mètres seulement sous les pieds de voyageurs bien de notre époque, eux.



Au-delà du simple témoignage photographique, une grande partie de son travail jette un œil décalé sur les lieux visités par l’introduction d’éléments visuels externes, tant in situ qu’en postproduction. Du cauchemar le plus sombre à des envolées lyriques, rêveuses et de plus en plus tournées vers le végétal, elle a conservé au travers de ses différentes périodes une réinterprétation disruptive du décor : conserver l’historicité et la sincérité de l’endroit tout en créant une autre réalité, parallèle.


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Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie?

Au départ je dessinais, j'ai fait des études d'arts. Même si j’étais satisfaite de mes dessins, il n'en était pas de même quand je passais à la couleur.
En 2001, on m'a montré un appareil photo numérique, un bridge, le Minolta Dimage 5. Je me le suis acheté et j'ai commencé la photo : au départ je n'arrivais même pas à faire la mise au point ! Pour me former je suis partie à la recherche d’informations sur internet et je suis tombée sur le forum de Hardware.fr (où je suis devenue modératrice de la section Graphisme et Photo numérique pendant 6 ou 7 ans), il y avait un sujet sur la photo numérique, j’y ai beaucoup participé, au départ le sujet était axé matériel, il a ensuite dévié sur la critique photo, de cette période j’ai beaucoup appris en technique et aussi a recevoir les critiques sur mon travail photographique, ce qui me semble fondamental pour évoluer et se remettre en question.


J'ai appris à m'en servir en tant que tel, mais rapidement mon métier de graphiste a repris le dessus et voilà que j'ai commencé à prendre des photos dans l’objectif de photomontages.
En 2004 j'ai commencé à explorer des endroits abandonnés et a vraiment trouver mon style niveau photo : les lieux se prêtaient bien au travail que j’avais développé auparavant.

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Quel matériel utilises-tu ?

Actuellement : un Canon 7D avec le plus souvent un 10-22. J'ai également un 24-105, un 50mm 1.4 et un vieux 35mm TS-E.

J'ai utilisé un 20D pendant pas mal d'années également, juste après mon Minolta. J'ai également fait un peu d'argentique ; je possède quelques appareils : un Zenit 12XP, un Lomo LC-A. Je m'amuse avec de temps à autre, le plus souvent pour faire du noir et blanc.

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Qu’est-ce qui t'intéresse dans l'acte photographique ? 



J’ai deux approches de base différentes, complémentaires.

Assez classiquement, un travail sur le patrimoine : prendre en photo un lieu spécial, dans un but de mémoire, garder une trace du passé, permettre aux gens de voir.
Dans une seconde approche, la photo est dès le départ abordée dans l’optique du photomontage à venir.



Par exemple avec le bunker de la Gare de l'Est, j'ai réalisé seulement récemment que mon but premier était de montrer les lieux dans leur ensemble, de retranscrire l'atmosphère, de transmettre un historique inconnu de la plupart. Dans ce cas-là, j’en reste à de la retouche standard (couleurs…).

Quand je réalise une photo dans le but d'un photomontage je n'ai pas la même démarche en terme de cadrage ou de prise de vue. Je marche beaucoup par le ressenti. Parfois aussi, la frontière entre les deux approches est mince, voir inexistante.
J’aime ressentir les lieux, les sublimer, les faire renaître le temps d’une image, le mélange du rêve et de la réalité pour créer une surréalité. Par le photomontage je me les approprie.

Pendant longtemps je me suis sentie tiraillée entre ces 2 approches, je ne savais pas où me placer et je pensais devoir faire un choix pour avancer et finalement j’ai appris accepter que ce qui me définissait c’était ces 2 cotés ensemble. Maintenant je le vis comme je le ressens j’alterne l’un ou l’autre au gré de ma sensibilité pour le sujet et l’émotion qu’il me procure au moment ou je réalise la photo.

L’acte photographique est pour moi la réalisation d’un rêve, d’une émotion. J’exprime par l’image ce que m’inspire le lieu. Je veux le montrer tel que je le vois et le ressens : magique, calme, beau, même s’il ne l’est souvent pas pour la plupart des gens menés à le regarder. Les textures, les couleurs, les effets du temps sur la matière.

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Quel est le photographe incontournable pour toi, du moment, ta source d'inspiration ?

Mes sources d'inspirations sont diverses, pas vraiment rattachées à des noms ou des courants.
Je passe beaucoup de temps sur internet a regarder des photos et photomontages ou même des sites de références graphiques. C'est ma méthode de création, un truc anodin dans une création titille ma créativité et me donne des idées. Du coup je n'ai pas vraiment de modèle par excellence.
Mais sinon dans des domaines proches des miens j'aime beaucoup le travail de Miss Aniela. Sinon je suis grande fan de Gregory Crewdson.

J’aime beaucoup les mises en scène de Miss Aniela, je m’inscris un peu dans le domaine même étant donné que je suis pour 99% du temps mon propre modèle, et que je travaille aussi sur des sujets oniriques. Quand je regarde ses images, cela fait écho à ma propre créativité.

Pour Gregory Crewdson, ses idées et mises en scène me font rêver, c’est dur, réaliste, je me suis pris une bonne claque quand j’ai découvert ses images, je me suis empressée d’acheter un de ses livres, sûrement un de ceux que je déguste le plus souvent. Ses moyens techniques sont par contre à l’opposé des miens, ses images sont réalisées comme un tournage de film un peu comme David Lachapelle, que j’apprécie également beaucoup. Les éclairages sont réglés au millimètre, c’est juste bluffant. Comme je n’ai pas ce type de moyen, je suis en recherche constante d’astuce au moment de la photo ou en postprod pour obtenir l’effet voulu.

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Ton prochain projet ?

Mon envie du moment, c’est surtout d’exposer en galerie. Mais pour cela il faut que je finisse mes séries de photos. Difficile pour quelqu'un comme moi qui a 10 idées à la minute !

Coté image, j’ai défini quelques séries que je souhaite exploitée, je n’en dirais pas a plus, c’est la surprise.
Sinon quelques projets sont nés suite à la notoriété récente de mon article sur le bunker, j’ai reçu des demandes diverses et variées, de quoi bien m’occuper les prochains mois en plus de mes projets de départ.



> Le site de Diane Dufrasy-Couraud
> Les images de Diane Dufrasy-Couraud sur Flickr, Folieo

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