5 questions, un photographe.

Né en 1968, Alain Laboile, sculpteur de métier, vit avec toute sa petite tribu dans une commune perdue au sud de Bordeaux. Sa demeure – simple maison de campagne entourée de nature - jouxte son atelier : vie et travail semblent intrinsèquement liés.
Quoi de plus naturel que de photographier ses enfants. Une démarche somme toute très banale, que de vouloir suspendre ce temps qui va si vite, afin d’en capter chaque instants. L’enfance, cet état permanent de métamorphose, Alain Laboile l’observe au quotidien, dans les gestes et moments anodins de chacun de ses six enfants.
Dune, Eliott, Luna, Merlin, Nil et Olyana. De leurs jeux, aventures, découvertes, apprentissages, leur père révèle cette liberté de mouvement perpétuel où l’imagination file à toute allure. Ses photographies touchent au sublime, imprimant la photogénie de l’innocence à travers le prisme de ces instants saisis, instants si insaisissables.

Les photographes Emmet Gowin et Sally Mann, ont tous deux également exploré l’intimité de leur vie familiale. Chez eux, aussi cette même beauté qui parfois frôle l’étrangeté, évoque une sensualité à fleur de peau, celle de l’enfance qui n’est que spontanéité et insouciance.

Un album de famille d’une vie hors de l’ordinaire.


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Focus numérique : Quand et comment a débuté ton intérêt pour la photographie?

Alain Laboile : J'ai commencé la photo en 2004 un peu par hasard. J'avais besoin de faire quelques photos de présentation de mon travail de sculpteur, j'ai donc acheté un petit compact numérique et j'ai vu qu'il y avait une position macro. J'ai commencé à photographier les insectes et à partager mes photos sur un forum (Planète Powershot). Je n'avais alors aucune idée de ce qu'était la profondeur de champ, l'ouverture, la sensibilité iso... tous ces termes assez nébuleux se sont éclaircis au fil des mois.

En 2007, j'ai gagné un premier concours Canon, « Les 20 ans D'EOS », puis un deuxième en 2008, « Le défi EOS ». Il m'a fallu redescendre un peu après ces deux gros concours, j'ai arrêté la photo pendant un an pour me recentrer sur mon travail de sculpteur. En 2010, j'ai racheté un peu de matériel et c'est là je pense que la macrophotographie a laissé progressivement la place à la photo de famille.
Je n'ai pas de stratégie photographique, je fonctionne vraiment à l'envie, je me laisse porter par ce bouillonnement familial qui me semble être aujourd'hui un sujet inépuisable.




[2]

Focus numérique : Quel matériel utilises-tu?

Alain Laboile : J'utilise du matériel numérique et n'ai jamais pratiqué la photographie argentique. J'ai débuté par hasard avec un compact Canon et suis resté fidèle à cette marque. Depuis, j'ai utilisé plusieurs boitiers et objectifs Canon. J'ai plongé dans le full frame avec l'arrivée du 5 D et en ai suivi l'évolution jusqu'à posséder aujourd'hui le 5D Mark III associé au 35 mm f/1.4
Ce couple constitue l'intégralité de mon matériel photographique.




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Focus numérique : Qu'est ce qui t'intéresse dans l'acte photographique?

Alain Laboile : Ce n'est pas tant l'acte qui m'intéresse que ce qui en découle.
Je fais un journal, un journal photographique familial quasi quotidien. Je partage ces photos sur les réseaux sociaux. Dont j'ai des retours de personnes d'horizons et de cultures très différents. Le plus surprenant c'est la convergence de ces commentaires sur mes images. Un mélange d'intemporel et d'universel c'est ce qui revient dans ces témoignages, l'utilisation du noir et blanc renforce probablement cette sensation.

Ce qui est certain c'est que cette « veine » de la photo de famille n'est pas un calcul ou une décision réfléchie de ma part, même si ces commentaires ont forcément, au final, une influence sur ma production photographique.
J'ai totalement pris conscience de la dimension « universelle » de mon travail photographique à la lecture de témoignages de tiers n'étant pas des amis proches, ce qui, à mes yeux, leur donne un certain poids.

C'est une sorte d'aubaine que de pouvoir, sans autre artifice que l'ablation de la couleur, dérouler au fil des jours des morceaux de notre vie de famille, et de trouver un écho positif à cette vie simple et proche de la nature. Pouvoir faire replonger quelqu'un dans sa propre enfance par le biais de la photographie est très gratifiant.

Je ne compte plus les témoignages de personnes se revoyant enfants au travers des miens, se replongeant à la campagne chez leurs grands parents, ou retrouvant l'odeur des grandes vacances...
J'aime cette idée que quelqu'un puisse plonger dans sa propre vie à la lecture d'une photo d'inconnu croisée au hasard du net.




[4]

Focus numérique : Si tu ne devais qu'en citer un, quel est pour toi le photographe incontournable ou ta source d'inspiration?

Alain Laboile : J'ai commencé la photographie il y a peu, sans aucune culture photographique.
Ce sont les commentaires sur mon travail, faisant fréquemment référence à Sally Mann qui m'ont fait découvrir son travail que je trouve admirable. C'est techniquement extrêmement maitrisé.
Plus récemment, le photographe Américain Jock Sturges s'est intéressé de près à mon travail, et fait désormais partie intégrante de mon univers photographique.




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Focus numérique : Quel est ton prochain projet?

Alain Laboile : Je n'ai pas de plan particulier. Je poursuis mon album de famille au quotidien, en me laissant porter par notre vie familiale.
J'ai une série en cours "réflexions autour du bassin" que je souhaite alimenter encore.
Rien n'est programmé, je fonctionne à l'instinct, à l’envie, au gré de mes idées.



« En attendant le facteur », d’Alain Laboile.
Editions Knowware
9782355640933
100 pages/ 80 photographies/ bilingue
33€



> www.lab.carbonmade.com

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