Il faut reconnaître une grande qualité aux Leica M : ils ne dépaysent pas. Que l'appareil que vous utilisiez date des années 50, des années 90, qu'il soit argentique ou numérique, qu'il ait une cellule ou non, la prise en main est toujours la même. D'abord, il faut glisser la courroie entre son index et son majeur droit. Naturellement, le doigt vient se poser sur le déclencheur, prêt à entrer en action dès que vous aurez trouvé votre "instant décisif". La main gauche, elle, se saisira délicatement de l'objectif, par dessous, le pouce sur la bague de diaphragme, l'index sur l'ergot de mise au point.

Ergonomie

Après 59 ans de bons et loyaux services (le premier M, le M3, a été introduit en 1954), le design typiquement bauhaus des M n'a pas pris une ride et incarne toujours l'archétype de l'Appareil photographique, avec un grand A. Si si, regardez bien tout autour de vous : à chaque fois qu'un appareil photographique est stylisé sous forme d'icône ou de logo, ce sont les traits du M qui sont repris.

Le nouveau M de 2013, malgré un léger embonpoint par rapport à son prédécesseur, conserve tous les traits qui font de cette famille une gamme un peu à part dans l'univers photographique. La face avant ne choquera personne habitué au télémétrique : le viseur déporté sur le côté, avec sa grande fenêtre, est bien là. Un peu plus loin, la deuxième fenêtre, plus petite, celle qui sert à créer la fameuse image dédoublée si caractéristique des viseurs télémétriques, est bien là. Pourtant... pourtant, beaucoup de changements sont intervenus.



Commençons par le logo Leica, toujours aussi rouge, toujours aussi gros. La pastille vient purement et simplement remplacer la fenêtre d'éclairage des cadres. Ceux-ci sont remplacés par un dispositif à LED, hérité de la série limitée M9 Titanium, sauf qu'il est cette fois-ci possible de choisir leur couleur : rouge, ou blanc (notre préférence). En dessous de la gravure M (juste M), un petit bouton est réapparu. La dernière fois qu'il était visible sous cette forme, c'était sur certains M2 dits "boutons", produits entre 1959 et 1960. À l'origine, cette commande permet de déverrouiller la pellicule avant de la rembobiner. Sur le M de 2013 il permet d'activer la loupe lorsque le LiveView est utilisé et permet de corriger l'exposition à la volée (en tournant simultanément la molette arrière).







Sur les côtés, les anneaux d'attache de la courroie nylon sont toujours là. Petite subtilité esthétique : l'ergot qui permet d'enclencher la semelle du boîtier est de nouveau rond, mettant fin aux ergots plats introduits avec le premier M numérique (le M8) en 2006. Une demande insistante, semble-t-il, des utilisateurs qui réclamaient un meilleur respect du design des anciens modèles. Soit. 

Les utilisateurs plus modernes, eux, noteront la disparition pure et simple de la trappe d'accès à la prise USB. Plus de connectique du tout, comme sur le M-E (presque 2000€ moins cher !), hop, c'est réglé ! Certains hurleront au scandale, d'autres souligneront que cette disparition se fait au bénéfice de l'étanchéité et ceux qui ne se seront pas encore exprimés rappelleront qu'au fond, cette trappe, quasiment personne ne s'en servait sur les M8 et M9. 

En effet, sur les M numériques précédents, l'USB  ne servait qu'à décharger les photos sur son ordinateur, et à rien d'autre. Même pas à piloter l'appareil à distance (sans autofocus ni LiveView, à quoi bon ?). Pourtant, cette pratique devrait changer avec le nouveau M (Type 240), mais il faudra pour cela se fendre de l'acquisition de la poignée multifonctions. Puisque nous parlons d'USB, notons que le M (Type 240) ne sera pas compatible avec la norme 3.0 de la connectique, limité par son processeur Maestro.






Sur le capot, l'échancrure introduite par le M9 sur l'extrémité gauche, au-dessus du viseur, disparaît. Le plat du M8 refait surface et l'ancien petit écran LCD monochrome, jadis si pratique pour voir en un coup d'œil la charge de la batterie et de la carte mémoire, fait place à un micro. La charge, elle, reste accessible via la touche Info à l'arrière.

La vitesse maximale d'obturation est toujours de 1/4000ème de seconde. L'obturateur se montre plus silencieux que ses prédécesseurs numériques. Si le mécanisme métallique (prévu pour 150 000 déclenchements, mais testé au-delà des 200 000 lors du développement de l'appareil) ne peut pas rivaliser avec les rideaux en tissu des ancêtres argentiques, il faut reconnaître que le M (Type 240) signe un retour vers cette discrétion de déclenchement tellement appréciée pendant plus d'un demi-siècle. Ce gain en discrétion ne console cependant pas de la disparition de la fonction "Armement discret" qui permettait de désolidariser l'obturation et le réarmement.  Le commutateur de mise en marche dispose toujours des quatre positions : OFF (pour mettre l'appareil en veille), S (pour le mode vue à vue), C (pour le mode rafale) et une petite montre pour indiquer la position retardateur. Cette ultime position bénéficie enfin d'un crantage très ferme : il faut appuyer franchement sur la molette pour activer le retardateur, empêchant ainsi les mises en route intempestives du retardateur. Les habitués des M8, M9 et autres systèmes D à base de gaffer ou de gomme apprécieront grandement.

La principale innovation provient de la touche M. M comme... comme quoi au fait ? Comme rien n'est indiqué dans le manuel d'utilisation, nous considèrerons donc que cette touche est l'initiale du terme allemand "Mitschnitt", qui signifie "Enregistrement" (alors que tout le monde utilise un bouton rouge universel, des fois nous avons envie de nous demander pourquoi faire simple quand on peut faire Leica...). En toute logique, cette touche permet l'enregistrement des vidéos. Une première pour un M ! À ce niveau de gamme nous n'attendons rien de moins que de la Full HD, ce qui est chose faite, avec le choix entre une cadence de 24 ou 25 images secondes.



Le gros des évolutions intervient à l'arrière. La touche LV, pour le LiveView, fait son apparition, décalant de fait le corpus de commandes. La touche Menu, jadis en bas à droite de l'écran, passe à gauche. À l'inverse, la touche Info passe à droite, au milieu du trèfle multidirectionnel. Celui-ci perd, au passage, la molette de sélection tournante puisque celle-ci vient se greffer directement sur le capot, dans le prolongement de l'ergot créé pour caler son pouce. 

Halelujah ! Sept ans que nous en rêvions, sept ans que beaucoup de Leicaïstes étaient obligés de passer par un accessoire tiers (type Thumb Up), Leica l'a enfin fait ! Malheureusement, histoire de chipoter, cet ergot manque d'accroche : il aurait fallu ajouter un petit pad en caoutchouc de deux millimètres de large sur quatre de longs (le genre de "bidule" qui coûte 0,001€) et ça aurait été vraiment parfait.





L'apparition d'une prise qui permettra de connecter un viseur électronique externe (idéal pour l'utilisation avec des optiques de reflex Leica R, voire de marque tierce). Ce viseur sera disponible en option et il ne s'agit ni plus ni moins que de l'EVF2 déjà proposé pour le compact X2 de la marque. Par ricochet, il s'agit donc du même viseur électronique sur les Pen d'Olympus. Pourquoi pas. Les moins choqués par ce grand écart de gamme se consoleront en apprenant que, chez Leica, EVF ne signifie pas "Electronic ViewFinder" mais "Electronic VisioFlex" (nom déposé), en référence à l'accessoire alambiqué qui,de 1935 à 1983, par un savant et improbable bricolage dont seuls les ingénieurs allemands ont le secret, permettait de transformer votre télémétrique en réflex.

Menus


Pour continuer dans les évolutions majeures l'antique écran 230 000 points introduit sur le M8 (et maintenu sur toutes les déclinaisons et éditions limitées depuis) laisse enfin place à un organe plus digne du 21e siècle.

Avec 920 000 points répartis sur une diagonale de 3", l'écran du M (Type 240) ne fait plus figure de parent pauvre. S'il se contente de rentrer dans la moyenne actuelle, sans plus, il permet de mieux mettre en valeur la prévisualisation des images. Petit bonus Leica : il n'y a plus le choix entre une version "standard" et une version "verre saphir" puisque ce sera désormais verre GorillaGlass, antirayure et antichoc, pour tout le monde. Hop, cadeau de la maison (et une petite mesquinerie supplémentaire corrigée). Il ne nous a par contre pas été possible de mesurer la qualité de l'écran à la sonde, le système de lecture du boîtier se montrant récalcitrant à notre protocole de test. À l'œil nu la définition paraît bonne avec des couleurs très légèrement froides. Les angles de vue s'améliorent par rapport à l'ancien modèle, mais la perte de contraste est flagrante dès que l'on s'écarte de l'axe de l'écran, avec une sensation récurrente de surexposition. Il sera donc compliqué d'utiliser le LiveView à bout de bras.

Puisque le nouveau M a été intégralement développé en interne, cela comprend également le firmware. Jadis développé par Jenoptik, le nouveau micrologiciel est 100% l'œuvre des ingénieurs Leica. Cette évolution garantit la correction de la majorité des bugs et autorise une meilleure fluidité dans l'opération de l'appareil et dans la navigation des menus. Ceux-ci perdent également leur look austère gris et noir et s'habillent de menus plus ronds, plus fins, en bref, plus dans l'air du temps.



La mesure d'exposition se modernise. Il est désormais possible d'effectuer une mesure directement depuis le capteur et non plus uniquement par réflexion sur les lamelles de l'obturateur. Ceci permet l'arrivée des mesures Spot et Matricielles.



Pour les JPG, les paramètres pour le Noir et Blanc évoluent (la bonne influence du Monochrome ?). Il est désormais possible de choisir entre différents tons et, surtout, de simuler les principaux filtres colorés (jaune, rouge, bleu, vert, orange).



Les cadres s'illuminent en blanc ou rouge. L'assistance de mise au point, par contre, figure dans le menu, mais nous n'avons pas encore trouvé son utilité. D'après nos sources, les éléments physiques et électroniques sont implémentés dans le télémètre, mais ne sont pas activités. Ce sera probablement fait lors d'une prochaine mise à jour, lorsque les ingénieurs pourront garantir un fonctionnement optimal dans 100% des conditions.



Le Nettoyage du capteur n'en est toujours pas un. Cette fonction permet seulement de relever les rideaux sans mettre le capteur sous tension afin de pratiquer un nettoyage manuel, à la spatule et à la bombe à air. Le GPS, quant à lui, n'est disponible qu'une fois le boîtier accouplé avec le grip multifonction optionnel.





La touche Info permet de rappeler les principaux réglages. À ne pas confondre avec la touche Set, qui permet de valider les réglages et d'appeler le menu "rapide" ci-dessous :



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