5 questions, un photographe.

Cela fait près d’une douzaine d’années que le photographe français, Ronan Guillou parcourt le territoire américain avec son Hasselblad comme seul compagnon de voyage. De cette odyssée américaine, sans fin semble-t-il, Ronan Guillou part se confronter et s’interroger sur le Rêve américain dans un premier temps. Son enquête photographique évoluera au fil des voyages comme une sorte de mise au point, partant des grands espaces, des paysages urbains pour se resserrer sur l’homme, que la série intitulée « Coming across » présentée ici, illustre parfaitement.

Ronan Guillou nous offre une approche sociologique où les modèles sont saisis dans leur décor quotidien. Ici point de constat, ni de critique, la rencontre dépassant la condition sociale pour en élaborer des portraits d’une grande force plastique.



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Comment et quand a débuté ton histoire avec la photographie ?

Ronan Guillou : Le film 'Paris, Texas' du cinéaste et photographe Wim Wenders fut une révélation. Je le découvris au début des années 90, bien après sa sortie. Lors de la projection, j'étais littéralement absorbé par la photographie et le traitement de la couleur. Ajoutée à la force du scénario, la manière dont l'Amérique était filmée par ce grand réalisateur me fascinait. A ce moment, je n'imaginais pas que vingt ans plus tard, Wim Wenders signerait la préface de 'ANGEL', mon premier livre... Peu de temps après cette expérience, l'exposition 'Maroc' d'Harry Gruyaert m'éveillait une nouvelle fois à la photographie, ou plutôt me disait qu'avec la photographie existaient des photographes.




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Quel matériel utilises-tu ?

Ronan Guillou : Mes travaux personnels sont réalisés au moyen format et en argentique. Depuis quelques années, la Société Kodak me soutient en me fournissant en pellicule Portra 400, film que j'affectionne particulièrement. J'utilise un Hasselblad avec un 80mm pour seul objectif. La prise de vue au niveau de la poitrine est très confortable pour cadrer et composer. Viser ainsi ne fait pas écran aux regards quand je réalise des portraits, et cette manière de regarder permet aussi une bonne appréhension des éléments hors-champs. Malgré sa taille imposante, le Hasselblad a quelque chose de pacifique, et qu'il ressemble un peu à une antiquité suscite chez certains l'intérêt et la curiosité. Il devient alors le créateur du lien avec quelques personnes. Enfin, photographier avec ce type d'appareil induit une manière de travailler qui m'oblige à canaliser mon énergie. C'est un précieux compagnon.

Mes tirages sont réalisés à l'agrandisseur par Marc Upson (www.mupson.com) avec qui je collabore étroitement depuis de longues années. La phase labo est décisive, et avec Marc on s'entend très bien, tant dans le travail que sur le plan humain.

Lorsqu'il s'agit de travaux de commande, à quelques exceptions près, c'est toujours le même Hasselblad qui est utilisé, monté cette fois d'un dos numérique Phase One. Pour cela je travaille avec un opérateur spécialisé qui se charge de la capture des images et de la gestion des fichiers.




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Qu’est ce qui t’intéresse dans l’acte photographique ?

Ronan Guillou : Medium capable de transmettre une grande variété d'idées et d'émotions tout en nous éclairant sur le monde, la photographie est aussi un laissez-passer pour l'expérience. Elle m'a rendu plus curieux, m'a rapproché des gens et permit sans doute de développer une acuité dans la perception des choses. Quand je pars travailler, mes voyages ont une couleur aventurière et chaque fois je m'imagine tel un explorateur. Les rencontres et les expériences vécues le long de mes projets photographiques composent véritablement une partition de mon existence.

L'acte photographique vous pousse à chercher toujours, il permet chaque fois de vous trouver vous-même un peu plus. Il est tant un moyen d'expression qu'une manière de découvrir.




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Quel est pour toi le photographe incontournable ou ta source d’inspiration ?

Ronan Guillou : N'ayant pas fait d'école photographique, l'initiation visuelle s'est toujours faite de manière un peu désordonnée et sans règles. Dans la photographie d'aujourd'hui, Alec Soth et Roger Ballen sont deux photographes que j'aime beaucoup. Cependant ça me paraît injuste de limiter cette liste, car ça en écarte de nombreux autres... J'ai beaucoup d'intérêt pour la photographie américaine, mais je suis sensible à la diversité de la création photographique au sens large. Plus classiquement, j'ai de l'admiration pour l'œuvre d'August Sander, et un faible pour les premières photographies en Noir & Blanc de Martin Parr. Enfin, j'ai trouvé très forte la dernière exposition du BAL qui présente une rétrospective de l'œuvre d'Antoine d'Agata, et le livre 'Redheaded Peckerwood' de Christian Patterson m'a vraiment plu.




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Quel est ton prochain projet ?

Ronan Guillou : Les Etats-Unis sont le cœur de mon travail photographique depuis plus de dix ans. Après multiples voyages sur ce territoire, mes observations et rencontres m'ont permis d'affiner ma perception d'un pays dont la grandeur mythique ne cesse d'être malmenée par la réalité. L'Amérique, telle que je la connais demeure une grande énigme, mais le temps passé à l'étudier m'a permis de trouver de plus en plus de clés pour la comprendre. Pour appréhender son sujet, il faut nécessairement s'immerger, ce qui implique de travailler dans un certain espace-temps.

Mon premier livre 'Angel' paru en 2011 racontait principalement les atmosphères urbaines de l'Amérique. Aujourd'hui je travaille à faire exister un second projet d'édition. Intitulé 'Country Limit', il traite du rapport entre civilisation et nature, toujours aux Etats-Unis. Le sujet relève à la fois de la description sociale et du constat topographique. Dans ce projet j'observe les périphéries des villes jusqu’aux grands espaces afin de comprendre la relation entre homme et territoire. 'Country Limit' interroge l'altération de la nature par l’activité humaine et pose la question du mythe des grands espaces. Ce projet de deuxième livre s'inscrit dans la continuité de mes travaux engagés sur ce vaste territoire. 'Country Limit' fera l'objet d'une exposition à NextLevel Galerie (Paris) en 2014.

www.ronanguillou.com





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