Le CP+ est l'occasion de rencontrer les responsables japonais des principaux fabricants d'appareils photo. Si tout le monde ne joue pas le jeu, Kazuto Yamaki, PDG de Sigma, s'est volontiers laissé questionner sur le salon.

Focus Numérique : Dans quel état d'esprit avez-vous développé le 35 mm f/1,4 ?

Kazuto Yamaki : Nous avons dû faire des choix dans notre cahier des charges et nous avons choisi d'optimiser en priorité la qualité des images et la correction des aberrations chromatiques axiales qui sont assez compliquées à corriger après la prise de vue. Actuellement beaucoup de défauts optiques peuvent être corrigés de manière logicielle, mais toutes ces corrections détériorent la qualité des images. La correction du vignetage fait monter le bruit électronique, la correction de la distorsion diminue le piqué. Il est donc important de travailler sur la qualité des optiques pour avoir le moins de défauts à corriger.

Les focales fixes sont parfaitement adaptées aux capteurs très pixelisés (D800 de Nikon). Est-il possible de développer des zooms avec une qualité optique suffisante pour ces capteurs  ?

Tout est possible en optique. Nous découvrons de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques et de nouveaux logiciels pour améliorer nos optiques, même si cela est de plus en plus compliqué. Mais oui, il sera possible de fabriquer des zooms pour des capteurs très denses.

Avec l'arrivée du DP3, vous avez également modifié Sigma Photo Pro (logiciel pour le développement des fichiers bruts) pour obtenir de meilleures images en noir & blanc. Pouvez-vous nous apporter des précisions ?

Effectivement, jusqu'à maintenant nous avions, comme tout le monde, un mode noir & blanc sur notre série DP. Le processus est assez classique avec une désaturation complète d'une image couleur. Avec cette nouvelle version de SPP, nous changeons radicalement le procédé. Notre capteur Foveon ne dispose pas de filtre coloré contrairement aux autres appareils photo et ressemble, de ce point de vue, au Leica Monochrom. Dans ce mode, nous enregistrons donc que les intensités lumineuses pour reproduire les différentes tonalités de gris.

C'est une fonction spécifique sur le boîtier ?

Ce mode monochrome ne fonctionne qu'en mode Raw. En réalité, il s'agit d'un traitement logiciel. En mode monochrome, l'image raw est uniquement marquée comme étant en noir & blanc. Une fois dans Sigma Photo Pro vous pouvez faire ce que vous souhaitez : soit développer l'image en noir & blanc, soit en couleur.
Vous pouvez également jouer avec des filtres colorés puisque nous avons également les informations colorées. 

Vous pouvez traiter tous les fichiers Foveon ?

Oui, mais uniquement avec les capteurs Merrill. Nous sommes la seule marque à disposer de quatre boîtiers à la fois couleur et monochrome (rire).

Vous proposer une gamme d'optiques fixes pour les compacts à objectifs interchangeables. Peut-on imaginer des zooms dans un avenir proche ?

Dans un premier temps, nous nous sommes concentrés sur des optiques fixes, car nous souhaitions nous adresser en priorité aux photographes experts avec une belle gamme d'optiques fixe de qualité, ce qui manque un peu actuellement. Mais c'est juste une question de priorité. Nous allons naturellement étendre notre gamme d'optiques avec des zooms dans le futur.

Peut-on imaginer un DP avec zoom ?

C'est difficile. Nous avons déjà étudié la possibilité de mettre un zoom sur nos boîtiers. Mais le résultat n'est pas encore satisfaisant. L'optique est trop volumineuse et la qualité d'image insuffisante. 

Est-il possible d'avoir un système de stabilisation sur des optiques lumineuses f/1,4 ?

Oui, techniquement c'est possible. Après est-ce intéressant ? C'est une question délicate. Pour l'instant et personnellement  je pense que ce n'est pas nécessaire. Mais tout dépend de la demande des utilisateurs et nous étudions de très près cette possibilité pour le futur.

Pour le capteur Foveon, quelles sont les tendances dans les années à venir ?

C'est un peu top secret (rire). Nous devons travailler encore sur la qualité d'image, il m'est impossible de vous dire si nous travaillons sur la taille du capteur ou la définition, mais il n'y a pas de limitation pour la technologie Foveon en terme de taille. Notre priorité est avant tout d'améliorer la qualité des images.

Si la série DP est singulière et a clairement sa place sur le marché, nous sommes moins convaincu par les reflex SD. Avez-vous vraiment encore un intérêt à être présent sur le marché des reflex ? 

Oui, car nous n'avons pas la prétention de lutter contre Nikon ou Canon. Notre cible est assez petite et nous visons un marché de niche. Au Japon, nous avons des utilisateurs pour des utilisations très spécifiques. Généralement ces photographes utilisent également des modèles Canon ou Nikon, mais pour certains travaux notre capteur présente des avantages et nous devons répondre à cette demande. 

Peut-on imaginer une gamme d'optiques pour la vidéo chez Sigma avec une motorisation adaptée ?

La motorisation pas-à-pas est une technologie très ancienne, mais effectivement plus adaptée pour la vidéo. C'est un vrai défi pour les fabricants d'optiques de répondre à la demande vidéo. Ce n'est pas qu'une simple question de motorisation, il faut repenser entièrement la formule optique, c'est une approche totalement différente. La motorisation actuelle est puissante, mais bruyante. C'est encore très compliqué. Pour des petits capteurs (APS-C, Micro 4/3...) il est relativement facile de produire des optiques de qualité. Plus le capteur est large (24x36), plus la conception d'une optique est délicate et la motorisation rapide, souple et silencieuse et vraiment quelque chose de compliqué à réaliser.

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