Dans les précédents articles consacrés au statut des photographes, nous avons déjà pu constater qu’il n’est pas aisé de choisir entre Agessa, autoentrepreneur ou artisan. Pour exercer le métier de retoucheur numérique, d’autres problématiques interviennent et avec elles, leurs difficultés administratives.

Le domaine d’activité d’un retoucheur peut sembler a priori plus circonscrit que celui de photographe. Pourtant, là encore le statut à choisir dépend en partie de la nature des retouches à facturer. Et ces subtilités font débat dans le microcosme économique de la photographie.

Adeline MOnier

On n'imagine pas toujours, dans le rendu final, la part du travail effectuée en retouche.
Photo: copyright
Adeline Monnier - retouche: Bénédikte Meslin
 
Beaucoup de retoucheurs salariés pratiquent leur métier en agence. Le niveau d’exigence technique y est élevé. Ils débutent donc souvent en stagiaires lorsqu’ils sortent d’une grande école comme les Gobelins, puis passent deux ans environ à se perfectionner comme retoucheur junior avant de devenir retoucheur confirmé. C’est parfois à ce stade d’expérience et de notoriété auprès des clients qu’un retoucheur peut se permettre de basculer en statut free-lance, indépendant, et faire face à ses charges.

Pour un retoucheur débutant en indépendant, les premières années sont souvent plus précaires.

Il existe alors trois principales options :

• une inscription à la Maison des Artistes*, c’est la plus controversée.
• une déclaration d’activité libérale en tant qu’artisan** qui induit des cotisations à l’URSSAF et une inscription à la chambre des métiers. C’est le plus lourd à gérer.
• ou bien la version simplifiée de ce statut, à savoir l’auto-entreprenariat**.

La Maison des Artistes

La Maison des artistes est l’organisme qui gère les cotisations des artistes et leur rattachement au régime de la Sécurité Sociale. Son fonctionnement est similaire à celui de l’Agessa (évoqué dans l’article précédent sur le statut des photographes) mais l’organisme regroupe davantage les plasticiens et les artistes numériques multiformes.

Au sens strict de sa définition, un retoucheur photo n’est pas considéré comme un artiste-auteur et donc ne devrait aucunement relever de la Maison des Artistes (MDA). On trouve plus facilement des photographes de formation qui retouchent leurs propres images que l’inverse. Sauf cas isolé, les retoucheurs de métier ne sont donc pas auteurs des photos sur lesquelles ils travaillent. C’est un travail d’exécutant, et en tant que profession libérale, on les rattache à l’URSSAF sous le régime de l’artisan retoucheur.

La MDA refuse clairement les retoucheurs qui se présentent comme tels tandis que les graphistes sont les bienvenus. Certes, il ne faut pas faire d’amalgame entre les deux métiers même si les connaissances requises des outils numériques et les domaines d’activités s’entrecroisent. Mais on est en droit d’interroger la notion « d’auteur » sur laquelle se base la MDA pour accepter ou refuser certaines activités.

Il y a différents types de retouches numériques. Les plus basiques sont à la portée de beaucoup de professionnels de l’image et viennent essentiellement « nettoyer » une photo. Les plus sophistiquées donnent parfois une toute autre dimension à la photo initiale et sont indissociables de la qualité du résultat final. C’est le cas pour de nombreuses publicités de parfums, d’alcool de voiture ou de joaillerie qui vont jusqu’à façonner l’image de la marque. Les retoucheurs, souvent issus de grandes agences, apportent indéniablement leur regard artistique, parfois en collaboration étroite avec les photographes qui fournissent « la matière première ».

Adeline Monier

Adeline Monier

Les retouches peuvent rester très basiques mais indispensables.
Photo et retouche : copyright
Adeline Monnier pour Argenterie d'Antan.

C’est là que se joue la subtilité entre auteur et excéutant... Chacun s’arrange alors du statut qui lui correspond le plus, et qui souvent, s’harmonise le mieux avec le restant de ses activités. Car en retouche comme en prise de vue, il n’est pas rare qu’un retoucheur cumule plusieurs casquettes pour s’en sortir financièrement.

Baptiste, artiste-photographe et retoucheur expérimenté nous explique son choix de regrouper ses activités à la MDA : « Depuis que je suis sorti de mon école de photo, j’ai toujours alterné mes activités entre de la prise de vue artistique régulièrement exposée en galerie et des périodes de retouche numérique pour des gros clients. J’ai donc choisi de regrouper tous mes revenus en déclarant uniquement des notes de droit d’auteur à la MDA. Je fais figurer sur mes factures de retouche l’intitulé de « création graphique d’image numérique » et je n’ai jamais eu de problèmes. En revanche, j’ai su défendre mon dossier auprès du service d’affiliation de la MDA en montrant des exemples de mes travaux les plus créatifs. Et je légitime mon statut d’auteur car mes autres revenus proviennent de la vente de cession de droits sur les photos que j’expose régulièrement. Je suis artiste-photographe à la base mais je ne pourrais pas me passer financièrement de mes revenus de retoucheur !»

C’est un choix qui peut paraître risqué aux yeux d’autres retoucheurs qui se seront fait interdire l’accès à la MDA. Mais Baptiste joue sur deux tableaux pour défendre sa position d’auteur. Le type de clientèle avec lequel il travaille lui permet aussi d’avoir un book de retouche très original. C’est l’argument qui lui a permis de se faire accepter à la maison des Artistes.

Artisan-retoucheur ou auto-entrepreneur

Pour un retoucheur qui n’aurait pas d’activité artistique annexe ou dont la plupart des retouches sont des commandes très peu créatives, il reste la solution du statut de l’artisan.
Comme évoqué dans l’article sur le statut de l’artisan-photographe, l’inscription en tant qu’artisan-retoucheur relève du même cadre juridique, fiscal et social que celui du photographe détaillé précédemment. Le code APE sera 7420 car il regroupe les activités photographiques artisanales dont la retouche.

Tout ce que nous avons abordé pour le statut de l’artisan-photographe reste donc valable ici. La difficulté de gestion de ce statut comme le poids des cotisations URSSAF forfaitaires seront identiques. Aussi, l’auto-entreprenariat reste une alternative plus souple pour débuter. Mais là encore, le statut simplifié d’autoentrepreneur ne sera pas forcément la réponse idéale à tous les professionnels.

Par exemple, revenons sur la question épineuse des frais d’investissement. Certes l’équipement d’un retoucheur reste moindre que celui d’un photographe. Pour débuter, un retoucheur aura essentiellement besoin d’une grande tablette graphique et d’un bon écran apte à la calibration. L’entrée de gamme reste un iMac bien calibré à l’aide d’une sonde, mais les « dalles », comprenez écrans, les plus fiables seront plus onéreuses. Les plus connues, tels que les écrans Eizo, avoisinent les 2 000€. Ensuite peuvent s’ajouter de nombreux accessoires comme des nuanciers très spécifiques qui permettent au retoucheur de reproduire fidèlement les couleurs des produits photographiés. Tous ces achats ne seront pas déductibles du chiffre d’affaire d’un autoentrepreneur, qui doit se limiter aux 34% d’abattement forfaitaire. Et la T.V.A. ne peut être récupérable.
Tablette Wacom
La tablette graphique, accessoire indispensable du retoucheur

Avant de choisir son statut, ces questions méritent réflexion en fonction du volume d’activité envisagé.

Pour Anne, ancienne salariée dans une grosse agence de photo, le choix s’est imposé à elle lorsqu’elle s’est retrouvée free-lance. Après quelques déboires avec la Maison des Artistes, elle a finalement opté pour le statut d’autoentrepreneur : « Je ne supporte pas les complications d’une comptabilité lourde. J’avais débuté ma facturation de free-lance sous le statut d’auteur pour aller au plus simple mais très rapidement la Maison des Artistes a pointé mon dossier du doigt. J’ai un très bon niveau de retouches grâce à mes années passées en agence où j’ai eu à retoucher des images très différentes, du portrait au produit de luxe. Mais il faut dire qu’aujourd’hui je travaille pour deux clients seulement et essentiellement dans le domaine du packshot. C’est de l’exécutif pur et dur. Pour la MDA, ça ne rentrait pas dans leur cadre. J’ai dû alors refaire toutes mes factures en cotisant cette fois à l’URSSAF. Ce redressement m’a coûté un peu cher à l’époque ! Quand j’ai eu à choisir entre autoentrepreneur et artisan, j’ai tout de suite choisi le plus simple. Tant pis si je ne peux pas déduire tous mes frais. Je ne me vois pas gérer tout ce qu’implique le statut d’artisan. Et en tant qu’autoentrepreneur, l’avantage considérable c’est que si je ne facture rien pendant deux mois, je ne paie aucune cotisation. »

Ces deux témoignages de retoucheurs pointent une fois de plus les failles d’un système à plusieurs vitesses où chacun s’adapte en fonction de son expérience. La grande différence avec les photographes réside dans la notion de droit d’auteur. Les retoucheurs qui arrivent à facturer par la Maison des Artistes ne le font pas essentiellement pour protéger la diffusion de leur travail. On ne leur en laisse pas l’occasion ! Autant un retoucheur se doit de demander la permission d’un photographe pour diffuser ses images, même à des seules fins d’autopromotion sur son site web, autant les photographes n’ont jamais à s’adresser à leur retoucheur pour un droit d’exploitation.

Pourtant quand on sait à quel point des heures de retouches peuvent sauver une mauvaise prise de vue, la question de la paternité de l’image peut se poser !

Mais un conseil reste de mise : si vous ne pouvez pas défendre vos choix juridiques et fiscaux auprès des services de contrôle, n’optez pas pour un statut inapproprié. Car les redressements dans ce domaine sont plus courants qu’on ne le croit...

*Vous trouverez sur le site web de la Maison des Artistes dans la section services administratifs toutes les informations relatives aux cotisations et au système de précompte.

** Pour toutes les questions relatives à l’artisanat et au statut de l’autoentrepreneur, deux portails officiels existent : www.artisanat.fr et www.lautoentrepreneur.fr. N’hésitez pas à contacter la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de votre département pour plus d’informations.

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> Photographe : le cadre juridique, fiscal et social
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