5 questions, un photographe.

Pour ce nouvel exercice, c’est le jeune et talentueux photographe, Rémi Chapeaublanc qui se prête au jeu et inaugure ce nouveau format d’article. Véritable « baroudeur » de l’image, ambassadeur pour Sony Alpha, rédacteur pour Compétence photo, c’est un jeune homme passionné, à l’œil aux aguets, curieux et sensible aux contacts humains, que nous rencontrons aujourd’hui.

Sa série « Gods & Beasts », présentée lors du Mois de la Photo Off à Paris en novembre dernier, primée au festival de la photographie animalière de Montier en Der, est plus qu’une série photo, c’est un engagement photographique.

« Dans ces contrées, hommes et animaux dépendent de liens ancestraux à la fois sacrés et nécessaires. Une relation archaïque et viscérale dans laquelle les jeux de domination équivoque, questionnent. Qui ici, sont les dieux et qui sont les bêtes ? Ou plutôt, pour qui sont-ils des dieux, pour qui sont-ils des bêtes ?
Gods & Beasts est constituée de portraits bruts. S’il existe bien une hiérarchie ambigüe entre hommes et animaux, cette série – réalisée hors studio, dans l’environnement originel de chacun – s’affranchit de cet ordre culturel. Ce travail de mise en lumière, quasiment protocolaire, les place pour une fois à égalité. »






[1]

Focus numérique : Comment et quand a débuté ton histoire avec la photographie ?


Rémi Chapeaublanc : Mon intérêt pour la photographie débute assez jeune, vers 12/13 ans alors que mon père me donne son vieux reflex Minolta XD-5 ainsi que son agrandisseur. J‘ai donc découvert la photo en argentique et en N&B. Une grande chance, c’est que grâce à cela, j’ai pu développer mes pellicules et faire mes premiers tirages moi-même, de manière totalement autodidacte. La photo, à cette époque, c’était les balades en forêt le mercredi et je développais le soir en rentrant. Je ne pouvais pas mieux rêver comme apprentissage, car cela a été avant tout manuel, et intuitif. Je savais ce que je faisais et pourquoi je le faisais.

Tout a basculé suite à l'entretien avec une conseillère d'orientation, qui ne concevait pas le fait d'être photographe comme un "métier". J'ai donc été orienté vers des études scientifiques, me menant jusqu'à la bioinformatique, où je me suis spécialisé en traitement d'images médicales. Une façon comme une autre de ne pas perdre mon goût pour l'image.
Vers mes 20 ans, je suis progressivement revenu à la photo, avec l’arrivée des petits compacts abordables. De frustrations en frustrations, j'ai fini par acheter l’un des derniers Minolta, le Dynax 5D avec lequel je me suis rendu compte que je redécouvrais une véritable passion oubliée.
Puis de la rencontre décisive avec le journaliste Lâm Hua, le projet communautaire Lense.fr est né. Aborder la photographie sans tabou, la transmettre de manière plus ludique, moins cloisonnée, a toujours été notre leitmotiv. Grace à Lense et aux rencontres, j’ai décidé un jour de plaquer mon CDI et de prendre ce risque qu'était de me lancer comme photographe freelance. Je n'ai jamais eu à regretter ce choix.
 





[2]

Focus numérique : Quel matériel utilises-tu ?


Rémi Chapeaublanc : J’ai fait mes armes sur le Sony Alpha 900 avec le superbe objectif Zeiss 24-70mm f2,8. Dans un premier temps je me suis fait connaître par la maitrise d'une technique : Le High-Key. Celle-ci donne des images très blanches, lumineuses, parfois très froides avec peu d’ombre. Nombreux de mes portraits avec ce traitement bleuté ont été un temps ma signature, ma marque de fabrique : un flash Cobra, un drap blanc, une lumière très englobante. Actuellement, je suis dans une phase plus « dark », avec une lumière très directe, mais je ne veux surtout pas me cantonner à un style d’images ou à une technique ! J’ai besoin de renouveau, de découvertes.

Je me suis surpris moi-même par le fait d'aimer le studio et la lumière artificielle, le fait d’être précis, de contrôler ce que l’on fait. En portrait, par exemple, j’aime la frontalité du regard du modèle. Cela me permet de poser des ambiances assez fortes et très léchées, mais en même temps très vivantes, il n’y a rien de morbide dans mon travail.
Si je travaille en numérique avec du matériel Sony, actuellement avec un Alpha 77 principalement pour la vidéo, je ne délaisse pas pour autant l’argentique avec mon vieil Hasselblad. Une relation qui est plus de l’ordre du viscéral, de la sensation fusionnelle avec l’appareil, quelque chose en lien avec le souvenir surement.
Si je devais définir aujourd'hui mon appareil photo idéal, ce serait un mixte entre le NEX-7 et le RX1 de Sony, un tout petit hybride à capteur full-frame, sans pour autant perdre en ergonomie.
 





[3]

Focus numérique : Qu’est ce qui t’intéresse dans l’acte photographique?


Rémi Chapeaublanc : C’est de pouvoir raconter, l’acte de partage est fondamental et m’importe énormément. C’est mon moteur ! J’adorerais savoir peindre, chanter, écrire pour m'exprimer, mais je ne le sais pas. Par le biais de la photographie, c’est ma manière de raconter des choses, de raconter des sentiments, des ambiances. On est dans la transmission. Ce qui est intéressant avec la photo, c’est que l’on trouve des personnes qui narrent de manière « objective » la réalité - les photoreporters – et d’autres qui créent de toute pièce leurs histoires par des mises en scène. Je pense que je me situe à mi- chemin entre les deux.




[4]

Focus numérique : Quel est pour toi le photographe incontournable ou ta source d’inspiration?


Rémi Chapeaublanc : D’emblée et si je dois n’en citer qu’un, ce serait Richard Avedon ! La franchise dans ses portraits, son parcours – il a débuté dans la mode, avec du mouvement pour arriver à des portraits, figés, d’un réalisme époustouflant - son travail me fascine toujours.
L’esthétique très libre et désinvolte du photographe Ryan Mcginley me parle aussi. J’aime ses ambiances, où ses nus sont réalisés avec une forte sincérité.
Dans les inspirations diverses et françaises, je pourrai citer Denis Rouvre. Je lui avais proposé d’être son assistant mais il souhaitait à l’époque quelqu’un de vierge, sans un regard déjà construit. La frontalité des regards et l’usage d’une obscurité révélée par la lumière sont présentes, aussi bien dans ma série de portraits en Mongolie que dans la sienne « Lamb » sur les lutteurs sénégalais.
 
 


[5]

Focus numérique : Quel est ton prochain projet ?


Rémi Chapeaublanc : Je suis actuellement sur la réalisation de mon premier documentaire, un film sur mon retour en Mongolie. Pas un documentaire standard, avec une bête voix off! Non, plutôt la narration d’une histoire personnelle, d’un partage d’expérience : refaire ce voyage à travers l’Europe et l’Asie, revenir sur les lieux, retrouver les personnes et animaux afin de leur offrir à chacun un tirage de la série "Gods & Beasts". Quasiment l'intégralité du documentaire a été filmée avec un Alpha 77 - le même appareil photo qui a servit à faire la série - doublé d'une GoPro pour la moto et de toutes les données à chaud - photos, écrits, croquis - du blog.

Premières images du documentaire Portraits Kazakhs from Remi Chapeaublanc // LeCrapo on Vimeo.


J’ai découvert la vidéo avec les reflex, comme bon nombre de photographes. Et je pense que les nouveaux regards de photographes avec l’image animée apportent un nouveau souffle à la vidéo. Mes projets sont indéniablement tournés vers la photo mais sont de plus en plus associés au support vidéo. Je trouve ça passionnant ces centaines de nouvelles possibilités artistiques qui s'ouvrent à nous.
 
www.remichapeaublanc.com
 

PARTAGER
NOS FORMATIONS

FOCUS NUMERIQUE & RDV Photo vous proposent toute l'année des formations photos.

Contact LES RDV PHOTOS Charte de la vie privée