Photographe de mode est un métier qui fait toujours rêver. Quentin Caffier, jeune photographe, nous présente ici ses images, son travail et son parcours et ses techniques. Une rencontre passionnante qui permet de remettre en perspectives un bon nombre d'idées reçues.

Quentin caffier

Focus Numérique : Bonjour Quentin, pour commencer cette interview, est ce que tu peux te présenter et nous présenter ton travail ?


Bonjour Focus, je suis un jeune photographe diplômé de l'ENS Louis Lumière depuis 2008. Je travaille principalement dans le domaine de la mode, de la publicité et du portrait, mais j'ai également un travail personnel. J'essaie de m'interroger sur des questions de représentations sociales (comment montrer la douleur, le communautarisme, le genre) en détournant les esthétiques que j'utilise dans mon travail commercial.

Focus Numérique : Quel est ton parcours ?

Après mon bac, je suis parti en prépa littéraire (Hypokhâgne et Khâgne) où j'ai découvert la photographie. J'ai ensuite travaillé pendant 1 an et demi dans un laboratoire photo, le temps de préparer les concours de l'ENS Louis Lumière. J'y suis rentré pour 3 ans en septembre 2005, et après quelques courtes périodes d'assistanat (studio Rouchon, notamment) je me suis lancé dans l'aventure.

En septembre 2011, je me suis installé aux portes de Paris avec 3 associés dans un studio où chacun d'entre nous peut mener des expérimentations.

Enfin, depuis juin 2012, je suis Explorer pour Canon. Cela signifie que la marque met à ma disposition du matériel pour m'aider dans mon travail personnel, communique sur mes réalisations et m'invite à donner des conférences lors des évènements où elle est présente.

Focus Numérique : Tu aimes principalement le travail en studio pourquoi ? La Lumière semble être fondamentale dans tes images et dans l'ambiance que tu veux y créer. Peux-tu nous expliquer comment tu trouves et expérimentes ces ambiances lumineuses ?

Ce que j'apprécie dans le studio, c'est l'idée de partir d'une page vierge. Chaque élément que l'on y intègre doit être pensé, voir fabriqué. Cela oblige à aller à l'essentiel, tout en offrant un contrôle presque absolu sur ses images.

Pour développer le travail sur lumière, il y a un mélange de connaissances techniques et de culture visuel. J'essaie de consulter chaque jour de nombreux blogs parlant autant de mode, de photo, que de peinture, d'illustration ou d'installation.

Techniquement, il y a d'abord les connaissances acquises à l'école et mises en pratique en faisant de l'assistanat de plateau. Cela permet de voir une bonne partie des différentes lumières (Flash, HMI, Tungstène) ainsi que les innombrables accessoires (boite à lumière, parapluie, snoot, bols) et la manière dont les photographes confirmés les utilisent.

Mais ce n'est pas suffisant, il y a aussi des heures de discussion avec les fabricants ou leur représentant, voir les loueurs, afin de découvrir d'autres petites astuces. Et il y a bien sûr des expérimentations au sein de mon studio pour trouver les bonnes gélatines à mettre sur les bons modeleurs montés sur les bonnes sources...

Enfin, je cherche aujourd'hui à détourner des sources lumineuses qui ne sont pas prévues pour l'image : lampes de culture hydroponique, réflecteurs bricolés, LEDS, éléments phosphorescents... Pour le moment, c'est vraiment de l'expérimentation, mais je commence à avoir des résultats exploitables pour la photographie. J'espère ainsi avoir des rendus lumineux étonnants et originaux.

Quentin Caffier Quentin Caffier Quentin Caffier

Focus Numérique : Tu fais presque que des portraits, pourquoi ?

Je crois que je m'intéresse principalement à l'humain, et faire de la photographie est très souvent l'occasion de faire des rencontres, notamment en portrait. Toutefois, la nouvelle série sur laquelle je travaille, et qui s'interroge sur notre représentation de la mort (et des fantômes) est pour le moment un travail de nature morte (mais cela peut encore changer).

Focus Numérique : Dans ton travail, on voit apparaître quelques célébrités. Est-ce que se sont des commandes ? Est-ce que c'est toi qui les as contactés ? Comment se passent ces séances ?

Certaines images sont des commandes, par exemple le portrait de Serge Moati, mais comme je le dis plus haut, j'adore rencontrer de nouvelles personnes.

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Pour Mathilde, c'est en effet moi qui l'avais contacté. Je l'avais repéré, comme beaucoup, suite à son buzz médiatique, mais j'ai préféré attendre que l'agitation retombe avant de lui envoyer un mail pour lui proposer une séance. Ça a été l'occasion de découvrir une personne fascinante !



Le cas de Norman est un peu différent : je l'ai rencontré sur le tournage d'un clip qu'il faisait avec Cyprien, PV Nova et Maxime Musqua, et je l'ai connu juste avant son énorme décollage médiatique...


Enfin, comment ne pas parler de Paul Jorion, anthropologue dont je suivais avec admiration le blog, jusqu'à ce que je me dise "mais finalement, pourquoi ne pas lui proposer un portrait à lui aussi".

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Mon agent est en contact avec plusieurs agences de presse, qui sont amenées à proposer ces portraits à différents magazines ou journaux. Cela permet parfois de voir être diffusées des images qui n'étaient pas des commandes...

Focus Numérique : Tu penses souvent ton travail en séries d'images et non en image seule ... Pourquoi ?

Dans la publicité, il nous est demandé de dire beaucoup de choses sur un seul visuel, je me permets donc dans mon travail personnel de développer un peu. Je pense qu'une image ne dit jamais la même chose quand elle est seule et quand elle est insérée dans un contexte. Parfois, j'ai besoin de 2, 3 ou 10 images pour former une "phrase" cohérente et explorer un sujet.

Une série comme "Constellation" par exemple, n'a de sens que dans la profusion de personnes et d'images, ce qui lui donne un côté "catalogue" (mais la rend difficile à exposer).

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Focus Numérique : Tes images sont très travaillées ... Tu apportes beaucoup de temps à la retouche et la postproduction ? Sont ce que tu penses tes images en fonction des possibilités de retouche ?

Je ne suis pas retoucheur, mais comme tout jeune photographe, j'ai dû apprendre à me servir de Photoshop afin de livrer à mes clients des images qui correspondent aux standards auxquels ils ont l'habitude. Toutefois, je ne pense pas que la retouche soit une fin en soit : si CaCoPhonie a demandé beaucoup de postproduction, les images de Digital Heroes sont, contre toute attente, fort peu retouchées.

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Aujourd'hui, je cherche à reproduire le maximum d'effets dès la prise de vue, car j'aime l'idée de bricoler des systèmes hasardeux plutôt que de passer ma vie derrière mon écran. Je travaille également de plus en plus avec des maquilleurs d'effets spéciaux et des model maker pour mes séries à venir.

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Focus Numérique : Les images de mode ou de beauté sont souvent le fruit d'un travail d'équipe dirigé par un chef d'orchestre ou d'un compositeur ? Peux-tu nous expliquer cela ?

En effet, une image de mode, ce n'est pas "juste" un bon photographe, c'est 1 bon mannequin, 1 bon styliste, 1 bon maquilleur et 1 bon coiffeur. Au final, le photographe est amené à coordonner son équipe, en choisissant si possibles des partenaires qui ont la même direction artistique que lui. En général, nous réalisons des "moodboard", c'est à dire des planches sur lesquels sont collées les influences en terme de lumière, de maquillage, de coiffure, de pose ou de stylisme. Ces moodboards peuvent contenir des photos, des illustrations, des croquis, des peintures, des "mots-clefs"...

Focus Numérique : Comment arrives-tu à vivre avec ton travail ?

Par un subtil équilibrage de travaux commerciaux et de travaux personnels. Les premiers financent les seconds, les seconds aident à obtenir les premiers. Évidemment, je n'en suis qu'au début de ma carrière (tout du moins je l'espère), donc j'espère pouvoir progressivement fusionner les deux.

Focus Numérique : Quels sont tes futurs projets et ambitions ?

J'ai tendance à penser que l'on comprend un travail en fonction de la manière dont il est présenté. C'est-à-dire que l'on ne perçoit pas la même chose d'une image si celle-ci est vue dans un magazine de mode, dans un livre ou dans une galerie d'art. Ainsi, j'espère développer la partie "plasticienne" de mon travail en continuant les expositions, et éventuellement les projets de livre.

Intéressé par la convergence technologique, je commence également à réaliser de la vidéo. Si, comme beaucoup, j'ai commencé par utiliser mon 5D mark II en vidéo avec quelques amis (pour filmer notamment "The Hourglass"), je travaille maintenant avec une vraie équipe de production.

J'ai récemment réalisé un clip pour le groupe français Black Strobe, dont j'étais fan depuis des années, avec la Canon C500 et la société de production WildBox. Nous sommes encore en Post-Production, et la sortie est prévue pour mi-février. Pour le moment, je ne m'intéresse pas à la fiction, mais j'essaie d'ajouter du mouvement, ce qui me pousse plutôt à travailler sur des clips ou de la vidéo expérimentale.

Focus Numérique : Qu'est ce que tu utilises comme moyen de communication pour montrer et faire connaître ton travail ? Comment te sers-tu des réseaux sociaux ? Pour toi ces derniers sont indispensables ? Est ce qu'il y a des pièges dans lesquels il ne faut pas tomber ?

Je me sers beaucoup des réseaux sociaux pour recruter mes équipes et diffuser mes images. Facebook est évidemment le plus utile, et il est intéressant de constater qu'il existe à travers ce réseau une certaine émulation entre les photographes dont on voit passer le travail.

Je ne sais pas s'ils sont "indispensable" lorsque l'on est un photographe installé, mais pour un débutant, cela fait gagner un temps incroyable (en perdre beaucoup aussi, peut-être :) ). Le risque étant évidemment le mélange des genres et la diffusion de trop d'informations personnelles, mais je pense que la plupart des utilisateurs l'ont aujourd'hui compris.

J'essaie aussi de travailler avec les différents blogs. Si la plupart diffusent mes images sans que je ne demande quoi que ce soit, il m'arrive de contacter ceux que je lis le plus à l'occasion de la sortie d'une nouvelle série.

Enfin, il y a Tumblr, qui est à la fois un excellent réservoir d'inspiration et une occasion de diffuser certaines de ses images de manière exponentielle. Ma série "Onnagata", après avoir été publiée par Lash Magazine, a été abondamment diffusée et relayé sur de nombreux comptes Tumblr, jusqu'à ce que je retrouve les images sur des magazines d'informations Chinois, Japonais et Taiwanais (en utilisant la fonction de recherche d'images inversée de Google). Le problème étant que les crédits passent souvent à la trappe au bout de 3 ou 4 reblogs...

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Focus Numérique : Tu fais un travail de rêve pour beaucoup de gens ? Pourquoi ? Est-ce qu'il te fait toujours rêver ?

En fait, je n'y ai jamais vraiment pensé dans ces termes, car je me destinais plutôt à une carrière de pilote d'avion. J'ai en effet fait une seconde spécialisée dans la préparation aux différents examens de pilote privé, et j'ai passé un brevet de pilote de base en 2000.
Malheureusement, la visite médicale a révélé quelques problèmes de visions incurables (notamment un trou dans ma rétine droite), et j'ai dû me réorienter... Au final, je trouve assez ironique de vivre de mes yeux malgré tout, et cela me suffit à être heureux.

Évidemment, il est fascinant de pouvoir voyager, rencontrer des gens, et vivre de sa passion, mais cela demande aussi beaucoup de sacrifices : le statut des Auteur-Photographes n'offre que très peu de protections face aux aléas de la vie, et il faut chaque jour se remettre en question, sans savoir si l'on va conserver ses clients.

Pour résumer, je dirais que l'herbe parait toujours plus verte chez le voisin !

Focus Numérique : Si tu devais donner quelques conseils à de jeunes photographes qui veulent se lancer dans la mode ?

Je ne vais pas être très original, mais qu'il fassent de l'assistanat, qu'ils renforcent leur culture mode avec des magazines français et étranger, et qu'ils commencent à faire des images au plus vite. C'est de cette manière qu'ils pourront créer leurs équipes et leur réseau, car la photographie reste un métier de réseau...

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Cette image est extraite de ma série Onnagata, dont l'exposition commence le 22 janvier prochain à la galerie Edition Photo. Dans cette série, j'ai cherché à interroger la représentation du genre en mettant en scène ce que l'on appelle des "onnagatas" : des acteurs masculins jouant le rôle de femmes dans le théâtre Kabuki. Le but était de produire des images sensuelles et séduisantes au-delà du "genre" des mannequins.  Certains spectateurs se laissent prendre, et je les entends trouver "la mannequin très belle" alors que celle-ci est en fait un homme. L'astuce est en effet révélée sur d'autres images de la série où sa poitrine apparait.

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Cette image est extraite de ma série Danse Macabre, qui était une commande du magazine online Ever. Il m'a été demandé de travailler sur l'interaction entre l'amour et la mort (Eros et Thanatos). J'ai donc proposé des duos entre un mannequin et une sculpture inspirée des totems Neo-Caledonien (oeuvre de Jim Skull). L'ambiance visuelle devait être à la fois sombre et hallucinée, poétique et magique. Je suis ici très satisfait du résultat qui est également dû au retoucheur Max Laho. Il était présent de la prise de vue au résultat final pour me permettre d'obtenir le rendu que je voulais.

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Cette image est extraite de ma série Constellation, qui est une sorte d'exploration érotique du monde. L'idée était de mettre en place un dispositif extrêmement simple (un photographe, un modèle, un parquet, un traitement) et de multiplier les sujets représentés. Cette image a provoqué quelques réactions négatives à cause de la position des jambes, mais je ne pense pas que le résultat puisse avoir une quelconque vulgarité.

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La série Explosions vient d'une volonté de proposer une série de mode sans mannequin. Il faut savoir que dans cette série, rien n'a été généré par ordinateur : la totalité des éléments a été shooté et réincrusté. C'est un projet que j'ai proposé à plusieurs magazines durant 6 mois avant de trouver une oreille attentive auprès de Lorraine Diard du magazine Un1que. Il faut savoir qu'il y a assez peu de magazines de mode français qui veulent s'aventurer dans un territoire "conceptuel". Pour eux, il faut choisir entre mode, publicité et art contemporain, ce qui peut brider la créativité des photographes. Heureusement, il reste quelques publications comme Lash, Amusement ou Raise qui n'hésite pas à expérimenter...

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