Les précédents articles sur le statut des photographes nous ont permis de comprendre davantage les obligations comptables et les charges inhérentes à cette profession. Partant de là, nous pouvons aborder la question de la facturation avec une idée plus précise des enjeux financiers.

Lorsqu’un client prend contact avec un photographe pour une demande de prestation, il est généralement conseillé pour éviter tout malentendu dans la collaboration future, de rédiger un devis. Le devis annonce un prix total pour la prestation détaillée, généralement exprimé en H.T.

Si le devis convient au client, celui-ci doit le signer pour lui donner la valeur de bon de commande. C’est une garantie d’engagement du client que malheureusement peu de photographes indépendants appliquent, surtout lorsqu’ils ont de petits revenus, par peur de la paperasserie ou d’agacer le client. Mais avec un bon de commande signé, le client ne peut pas annuler à la dernière minute aussi facilement ou pire, contester la facture au moment de la régler, une fois la prestation photo effectuée. La facture est envoyée au client quand le travail photo est livré ou en cours de réalisation. Elle fait apparaître le prix TTC et les modalités de règlement.

Dans un rapport au client, il y a toujours un écart entre ce qu’il faudrait faire idéalement en terme de contrat et tarifs et ce qu’on réussit à appliquer concrètement. Il y a autant de manières de procéder que de photographes ! Cet article est là pour vous aider à comprendre les enjeux des décisions que vous prendrez. Mais ne perdez jamais de vue que le client a autant besoin de vous que vous de lui. Il ne faut pas avoir peur de défendre la valeur de son travail.


Estimer un devis

Lorsqu’un client, entreprise ou particulier vous contacte pour un travail photographique, il est important de définir le plus vite possible et de façon exhaustive la commande à réaliser. Le client connaît plus ou moins ses besoins : un portrait, un reportage, la qualité d’images qu’il attend, le délai de livraison, etc. Et parfois, il sait le budget dont il dispose. Très souvent, il ne vous communique pas cette dernière information, cruciale, car il veut essayer de dépenser le moins possible. Pour y parvenir, il n’est pas rare qu’il demande les tarifs de plusieurs photographes avant de faire son choix.

En tant que photographe, c’est vous qui analysez ses besoins pour en déduire les moyens de mise en œuvre. La difficulté consiste donc à traduire sa demande en termes de coût et de temps de réalisation pour vous afin d’en déduire le bénéfice financier que vous dégagerez.

Moins votre client est habitué à traiter avec des photographes, plus vous allez devoir l’aider à définir ses besoins.

Prenons un exemple : une entreprise veut faire des portraits de ses salariés. Immédiatement vous devez l’interroger pour comprendre ce qu’il cherche exactement comme résultat. Plusieurs questions doivent être soulevées :

- Combien de personnes à photographier ?
- Seront-elles toutes présentes le même jour ou bien devez-vous vous déplacer plusieurs fois ?
- Veulent-ils des portraits en situation (reportage) ou posés (type studio)?
- Quel est l’usage de ces portraits et donc quelle est la qualité recherchée ? On ne photographie pas de la même manière pour un trombinoscope à usage interne que pour un portrait plus officiel qui apparaîtra dans divers communiqués officiels.

De là, vous devez expliquer au client comment vous allez procéder en évitant les termes techniques qui vont l’ennuyer ou pire l’effrayer.

Toujours avec cet exemple, imaginons qu’au cours de cette première conversation, vous comprenez qu’il s’agit de portraits officiels de la direction, environ 8 personnes, pour publier sur leur site et pouvoir envoyer à la presse spécialisée et au service de communication interne des beaux portraits des responsables. Avec pédagogie et diplomatie, vous devez faire comprendre au client la solution que vous proposez et son ordre de prix.

Pour vous il s’agit d’évaluer l’ampleur du travail :

- Sauf si l’entreprise a un lieu photogénique et très éclairé en lumière naturelle, il va falloir que vous proposiez un arrière-plan et une solution d’éclairage. Renseignez-vous sur l’entreprise pour comprendre quelles sont ses références visuelles. Peut-être le client précisera alors qu’il recherche des portraits sobres, élégants avec leur belle salle de réunion en arrière-plan.

- Les personnes de la direction ayant souvent un emploi du temps chargé, il est rare de tous les avoir à disposition pendant une seule et même journée. Il faut expliquer que vous ne pouvez pas monter et démonter un studio cinq fois de suite pour le même prix que si les clichés sont tous réalisés le même jour.

- À quand est fixée la date limite de livraison ? Le client oublie souvent qu’entre la prise de vue et la livraison des fichiers numériques, sans même parler des tirages, il vous faut le temps de traitement des images.

Il arrive qu’en quelques minutes d’échange, le client comprenne que ce qu’il imaginait pouvoir se faire en 3 heures va demander beaucoup plus de moyens techniques et de temps. Si vous ne voulez pas risquer de perdre le contrat, il s’agit de proposer sans cesse des solutions pour trouver un terrain d’entente. Vous pouvez lui proposer de lui envoyer un premier devis détaillé afin qu’il vous rappelle pour en discuter. C’est une étape délicate, car si vous estimez le travail à 1500 € là où le client dispose d’un budget de 300 €, il est possible qu’il ne veuille pas essayer de trouver un accord et ne vous recontacte pas du tout à réception du devis. N’hésitez pas à le recontacter.

C’est pour tout cela que cette première discussion est essentielle : elle permet de comprendre comment proposer au client la solution la plus adaptée à ses besoins sans que vous travailliez à perte.

Il est par exemple tout à fait possible de faire des portraits moins travaillés, en configuration de reportage (c’est-à-dire sans matériel de studio). Mais vous devez expliquer au client que le rendu sera « différent ». Différent ne veut pas dire moins bon, car sinon cela serait vous discréditer.

Afin d’adresser un devis valable au client et en vue de la facturation, vous devez y faire apparaître un certain nombre d’informations ainsi que vos coordonnées et les siennes. Donc n’oubliez pas de demander à quelle entité et adresse doit être rédigé le devis.

Il est conseillé d’envoyer rapidement ce devis pour pouvoir échanger dessus avec le client et le modifier si celui-ci revient sur certains points. La deuxième étape qui consiste à faire valider le devis est la plus difficile et n’aboutit pas toujours. Mais le temps passer à proposer des prestations et trouver un accord de prix est inévitable pour décrocher de temps en temps une commande !

exemple devis

La question du tarif

Sur l’exemple de devis proposé à l’entreprise Costume Cravate, le tarif proposé est de 1405,00 TTC pour une journée de prise de vue. Ce montant peut sembler très confortable pour le photographe, mais voyons maintenant en détail quel bénéfice net il en ressort...

Il faut avant tout se baser sur le montant hors contributions Agessa : 1391,00€.

• Là-dessus, retirons les cotisations de précompte Agessa (un outil de simulation est disponible ici ) : 118 €
• La TVA sera à reverser à l’État : 91 €
• La rémunération de la maquilleuse et de l’assistant : 350 €
• Les frais de transport du matériel : faisons une moyenne entre l’essence ou un taxi : 20 €
Soit une rémunération nette pour le photographe de :
1391- (118+91+350+20) = 812 €
• Le matériel : soit le photographe possède tout (imaginons qu’il rembourse un prêt) et donc il rentabilise un matériel d’une valeur globale comprise entre 5 000 et 8000 € (minimum) selon la qualité du matériel (ordinateur, disque dur, carte, appareil photo, optique, 2 flashs, accessoires type réflecteurs, boîte à lumière, bol, pince, trépied...) soit il loue pour compléter. Dans tous les cas, on peut estimer la mise à disposition de ce matériel pour le client à 200 € minimum la journée.

C’est un coût non négligeable pour le photographe d’avoir à disposition ce matériel. C’est à prendre en compte dans la rentabilité de sa journée de travail.

Calculons maintenant le temps passé à réaliser la commande du début jusqu’à la livraison :

• Journée de prise de vue : entre l’installation et le démontage du studio, les essais lumière, le transport : 10 h
• Temps de déchargement des images, back-up, première sélection et légères retouches chromie pour envoi n°1 au client puis retouches complètes des 8 images sélectionnées pour envoi n°2 : 10 h
• Réalisation du DVD, remise au client, temps passé sur le devis, la facturation : 3 h

Tous ces calculs sont des estimations minimales. Sans compter le coût annexe du matériel évoqué plus haut, nous en sommes à un tarif d’environ 800 € pour 23 h de travail, soit moins de 35 € / heure. La réalité implique souvent de devoir gérer des imprévus et de prendre davantage de temps dans les allers-retours des images entre vous et le client. Une fois le travail entamé, il est très dur de dire non à des exigences de dernière minute du client, notamment sur la retouche.

35€ / heure est un tarif honorable si vous arrivez à faire valider un tel devis.

Imaginez maintenant le tarif par exemple sans les 250 € de la cession de droits. Nous tombons à moins de 24 € / heure. Et ce tarif ne prend toujours pas en compte le coût de votre matériel à l’année et le travail de fond que vous faites pour trouver vos clients...

Les mentions légales

Sur le devis comme sur la facture doivent figurer ce qu’on appelle les mentions légales. Elles varient en fonction du statut utilisé pour facturer mais certaines valent pour tous.

Par exemple, un devis doit comporter la date à laquelle il est rédigé et une date de validité. Au-delà, l’offre de prix proposé n’est plus valable. Si par ailleurs vous réservez sur le devis un cadre de signature et de « bon pour accord » à votre client, vous pouvez faire de votre devis signé un bon de commande. Ceci évite de devoir rédiger un bon de commande reprenant les détails du devis et permet de simplifier aussi la démarche auprès de votre client. Mais un devis signé vous protège d’une annulation de commande.

Sur le devis également vous pouvez inscrire des modalités de paiement, spécifier si vous demandez un versement d’acompte à la signature du devis, quels délai et mode de versement vous accordez au paiement, etc.

Sur les devis comme les factures, il est impératif de faire figurer en plus de vos coordonnées fiscales (nom, prénom ou nom de votre société, adresse, statut) votre numéro Siret et votre situation relative à la TVA. Si vous êtes assujetti, votre numéro intracommunautaire (commençant par FR) doit figurer. Si vous êtes autoentrepreneur ou si vous avez renoncé à la TVA parce que votre chiffre annuel vous le permet (cas dit de la franchise en base), vous devez spécifier : « TVA non applicable selon l’article 293-B du Code Général des Impôts ».

Enfin les autoentrepreneurs doivent aussi spécifier qu’ils sont « Dispensé d’immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS) et au répertoire des métiers (RM) ».

La facture

La facture est une pièce comptable essentielle. Elle ne peut donc en aucun cas être approximative dans sa forme. Elle reprend les informations déjà présentes dans le devis et/ou le bon de commande.

Récapitulons les éléments qui doivent obligatoirement y figurer :

• Votre entité, déclinée en nom, prénom ou raison sociale, adresse, numéro Siret, numéro TVA (en option), numéro d’immatriculation URSSAF, Agessa (pour les affiliés), Maison des Artistes ou code APE pour les autoentrepreneurs.
• L’équivalent pour votre client. Plus vous inscrivez d’informations le concernant, mieux ce sera en cas de contrôle ou de litige. Essayez d’obtenir numéro Siret et TVA tout du moins.
• La date d’émission, le numéro de facture selon le classement interne que vous avez choisis.
• L’objet de la facturation : soyez précis sur la nature de la prestation effectuée.
• Un montant net si vous n’êtes pas assujetti TVA, accompagné de sa mention légale pour justifier cette franchise ; un montant Hors Taxe (HT) puis Toutes Taxes Comprises (TTC) dans le cas contraire. Sans oublier alors le taux de TVA applicable.
• Le détail du calcul de précompte si vous êtes assujetti au précompte Agessa ou Maison des Artistes.
• Les modalités de règlement.

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Vous trouverez en téléchargement les exemples de facture selon les statuts.

Maintenant que nous avons décortiqué toute la paperasserie que doit gérer un photographe professionnel, vous n’entendrez plus de la même manière ce que signifie être photographe indépendant. Mais comme il faut toujours garder un peu d’humour dans les choses sérieuses, je ne résiste pas au plaisir de remettre ici un graphique qui a pas mal circulé sur internet ces dernières années... !




*Pour un autre regard sur les tarifs, notamment pour un photographe de mariage, je recommande le blog de ALOHAFRED, et son article très pertinent !

Lire aussi :

> Photographe : le cadre Juridique, Fiscal et Social
> Quel statut pour quel photographe ?


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