Isa MarcelliPrésenter son travail au public, aux galeries, aux professionnels est souvent chose difficile pour les artistes. Laisser ce pas ardu, qui est indissociable de la création si l’on souhaite exposer, se faire connaître, à quelqu’un d’extérieur qui connaît le réseau, peut apparaître comme la solution idéale, permettant ainsi aux artistes de se consacrer pleinement à leur travail artistique.

Dans le milieu de la photographie, avoir un agent quand on est photographe est souvent un tournant décisif dans une carrière. Visibilité, communication mais aussi échanges, accompagnement sont les maitres mots de cet intermédiaire, pilier du lien « artiste- public ».

Rencontre dans les locaux du Centre Iris avec Olivier Bourgoin, fondateur de l’agence révélateur, personnage affable, au regard bienveillant sur les artistes qu’il représente.



© Isa Marcelli

Focus Numérique: La photographie semble récurrente dans ton parcours professionnel. Comment devient-on agent de photographes ?

Olivier Bourgoin : Pendant 15 ans, au sein de Patrimoine Photographique, j’ai participé, entre autre, l’inventaire de fonds photographiques tels que celui de Daniel Boudinet, ou bien encore du Studio Harcourt. J’y ai développé un goût certain pour la photographie. Ce qui n’était pas évident alors, car j’étais plutôt intéressé par l’univers visuel du cinéma.
Ma formation dans la communication et le départ de l’attaché de presse de Patrimoine Photo ont fait que l’on m’a proposé de prendre sa suite. S’occuper de la presse, de la com., de toutes les expositions de PP et de faire tourner celles présentées à l’Hôtel Sully, en France comme à l’étranger, ont été mon quotidien professionnel durant ces 13 ans.
D’avoir été, ainsi en contact d’institutions privées comme publiques, d’avoir rencontré des photographes qui ne pouvaient pas être exposés, car PP était consacré à l’histoire de la photographie ancienne, moderne, mais pas contemporaine m’ont donné l’idée de la création d’une association pour aider ces jeunes photographes émergents. J’avais à l’esprit, qu’à travers des expositions, ils se fassent connaître du public.
Il y a eu cette rupture, avec la réforme du Ministère de la Culture et la fusion de PP, avec le Jeu de Paume et le CNP. J’ai donc quitté avec regrets PP, j’avais parcouru durant toute cette période l’histoire de la photographie, associée à des rencontres riches et foisonnâtes comme avec Witkin, ou bien encore Roger Corbeau.

La page PP tournée, j’ai été iconographe pour des projets éditoriaux, faisant également les relations presse en Free-lance pour des photographes qui faisaient appel à moi. Puis une expérience d’un an dans une galerie d’art contemporain, Dialogos m’a permis de me confronter à d’autres médiums que la photographie.

Comme j’ai développé durant toutes ces années passées à PP, un réseau de lieux, d’institutions où l’on peut montrer des expositions photo, en 2010 l’idée de l’association s’est professionnalisée.
Mais c’est surtout la rencontre avec Estelle Lagarde, qui était exposée à l’époque chez Dialogos, que j’ai su que c’était avec la photographie que j’avais le plus d’énergie et où j’avais le plus envie de m’impliquer. La création de l’Agence Révélateur s’est concrétisée en avril 2010.


Je est un autre, 2012 © Amstutz-Picarel, agence révélateur

© Bénédicte Lassalle-Zaida, agence révélateur

Focus Numérique : En 2 ans et demi, 16 photographes sont représentés par l’Agence. Il semblerait que le premier photographe soit Estelle Lagarde ?

Olivier Bourgoin : Oui, effectivement Estelle Lagarde fut la première. C’était la 1ere fois que je travaillais en direct avec un photographe, sur la préparation de son exposition, de voir comment s’élaborait la cohérence de son travail, de voir ce dernier évoluer. Aux débuts de l’agence étaient présents une douzaine de photographes, dont Karine Pelgrims et Christophe Mauberret.
Actuellement, je représente 16 photographes dont 8 femmes et 8 hommes ! Pour certains photographes, comme Massimo Cristaldi ou Sang-Hyun Hong, ce sont eux qui sont venus me voir. Ma collaboration avec le Centre Iris est aussi un lieu qui me permet de me confronter à des univers photographiques divers, et j’y ai rencontré pour Sabrina Biancuzzi et Isa Marcelli.


Metz, avril 2012 © Christophe Mauberret agence révélateur

L'oeil (Claudia-Erick), 2012 © Erick Derac, agence révélateur

Focus Numérique : Y-a-t-il un profil du photographe représenté par l’agence révélateur ?

Olivier Bourgoin : Il n’y a pas de restriction à proprement parler, même si effectivement sont absents du répertoire usité par les membres de l’agence, la photographie de mode ou bien le reportage traditionnel. De fait, il se trouve que je veux, avant tout des auteurs. Ils ont tous une écriture très différente les uns des autres, même si à l’intérieur de l’agence on pourrait définir des petites familles.
Ce sont des personnes qui développent une écriture photographique cohérente, qui ont une sensibilité et puis aussi c’est une rencontre humaine. Mes choix sont portés par des coups de cœur et par l’humain.
Dans ce qu’ils ont de commun, les « petites familles » pourraient se loger d’une part dans l’ordre de l’intime qui est un thème assez récurrent, comme celui du souvenir, de la mémoire. La notion du temps imprègne profondément le regard de certains des photographes. Pour d’autres, le paysage, l’urbain est au centre de leur réflexion.


Sans titre, 2012 © Damien Guillaume, agence révélateur

Erick/Moi photographe, 2012 © Claudia Vialaret, agence révéŽlateur

Focus Numérique : Pour les expositions collectives, comment cela se déroule-t-il ? Est-ce des commandes de ta part ?

Olivier Bourgoin : Pour l’exposition « Je et un autre », je souhaitais une exposition un peu « signature » qui présente les photographes de l’agence. D’autant plus que ce thème de l’autoportrait/ portrait me plait énormément. Là, c’est moi qui leur ai proposé cette ligne en les associant par deux, par tirage au sort. Quelques duos n’ont pas pu se faire pour des raisons géographiques, en l’occurrence celui de Christophe Mauberret, de Sang-Hyun Hong et de Benoit Boucherot. Cette série est exposée depuis le 31 octobre, est riche de propositions très variées, un peu à l’image des divers regards constituant l’agence. J’espère que cette série, va continuer à se développer dans les prochains mois.
Pour d’autres expositions collectives, par exemple cet été « Oui, Body », c’était une recherche de ce que chacun avait fait sur ce thème là. En sachant que tous les photographes n’étaient pas présents, ne traitant pas tous cette notion.


Fotoromanzo, 2012 © Karine Pelgrims, agence révélateur

Autoportrait/Sabrina, 2012 © Franck Landron, agence révélateur


Focus Numérique : L’agence Révélateur n’est pas un collectif, mais fait preuve d’un esprit collectif. Comment fait-on en tant que photographe représenté par l’agence pour garder son identité propre ? Est-ce que la proximité avec d’autres écritures impacte la réflexion de chacun ? Ou cela fait-il parti d’un enrichissement collectif ?

Olivier Bourgoin : Sincèrement je ne crois pas que cela impacte le travail de manière négative. Ils ont tous une liberté totale, je n’ai pas avec eux d’exclusivité. C’est un fonctionnement assez libre, où ils peuvent faire des choses de leur côté. Individuellement, avec chacun, sur certaines séries que je me sens de pousser, d’explorer. Globalement, je ne pense pas qu’une sorte de courant se soit créé entre les photographes, ce qui n’empêche pas la création d’affinités. Par exemple, Benoit Boucherot et Damien Guillaume se sont rapprochés et développent un projet à deux, comme une réinterprétation à deux de leurs travaux respectifs.

Focus Numérique : A quoi ressemblera le 17e photographe de l’Agence Révélateur ?

Olivier Bourgoin : Pour l’instant, il n’en est pas question. 16 photographes, c’est déjà beaucoup et je préfère m’investir pleinement pour chacun des 16 photographes actuels.


Io, 2012 © Massimo Cristaldi, agence révélateur

Autoportrait/ Franck, 2012 © Sabrina Biancuzzi, agence révélateur

Je sans un autre, 2012 © Sang-Hyun Hong, agence révélateur

Regarder en arrière pour retrouver l'instant, 2012 © Zaida Kersten, agence révélateur

Se souvenir... Le temps fait le reste, Bénédicte)2012 © Zaida Kersten, agence réŽvéŽlateur

Tous les visuels présentés dans cet article sont tirés de l'exposition "Je & un Autre", actuellement à l'étoile du nord Théâtre, Paris. Réflexion et réinterprétation de l'acte photographique, à travers le double jeu/ je des photographes de l'agence révélateur. Autoportrait/ portrait...Soi et l'Autre...

L’agence Révélateur représente actuellement les photographes suivants :
Yann Amstutz – Sabrina Biancuzzi – Benoit Boucherot – Massimo Cristaldi – Erick Derac – Damien Guillaume – Sand-Hyun Hong – Zaida Kersten – Estelle Lagarde – Franck Landron – Bénédicte Lassalle – Isa Marcelli – Christophe Mauberret – Karine Pelgrims – Gilles Picarel - Claudia Vialaret

En ce Mois de la Photo, l’actualité de l’agence révélateur est foisonnante.
- Sabrina Biancuzzi « She » à la Belle Juliette, Paris /6.11.12 – 12.01.13
- Estelle Lagarde « Lundi matin » à la Galerie Lefor Openo, Paris / 6.11 – 6.12.12
- « Je & un autre » à l’étoile du nord Théâtre, Paris / 31.10 – 1.12.12
- Gilles Picarel « Corpus » à la Galerie Oberkampf, Paris / 17-29.11.12
- Franck Landron « TREE » à la galerie La Ralentie, Paris / 17.10 – 17.11.12
- Yann Amstutz, Damien Guillaume, Estelle Lagarde dans l’exposition collective « Behind the Curtain » à Bruxelles / 15.09 – 12.11.12

www.agencerevelateur.fr

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