Cet article est tiré de l'ouvrage
L'autoportrait (les ateliers du photographe)
sous la direction de Bernard Jolivat
paru aux éditions Pearson France.



L'autoportrait multiple de Julienne Rose
L'autoportrait en lévitation de Nadia Wecker

 



L'autoportrait

L'AUTOPORTRAIT EN LÉVITATION

NADIA WICKER

ANALYSE DE LA SITUATION

À
vrai dire, tout le monde en a sans doute fait l’expérience, mais en rêve. Qui ne s’est jamais senti emporté loin dans les airs dans un improbable paysage onirique ? C’est cette étrange sensation d’échapper à la pesanteur terrestre, cette légèreté de l’être qui ne se manifeste qu’en rêve, que je vous propose de recréer.

L'autoportrait
ƒ/20 à 1/200 s, 200 ISO
Apesanteur onirique
L’apesanteur – ou « l’impesanteur », comme préfèrent le dire les scientifiques
pour éviter la confusion phonétique avec « la pesanteur » – est un état rare que seuls connaissent des pilotes
d’avion lors d’un vol hyperbolique ou les astronautes quand ils sont dans l’espace.

À défaut de vous apprendre à flotter dans la vraie vie, je peux en effet vous enseigner
à créer cette illusion d’une autre réalité d’une manière photographique. Se voir voler, même sur une image, c’est déjà avoir un goût de cet envol. Deux techniques s’opposent : l’une où cet effet est entièrement réalisé à la prise de vue, l’autre où il est réalisé par un montage avec un logiciel de retouche. Nous verrons dans cet atelier les possibilités de création que nous offrent ces deux méthodes.

Les outils de l’atelier
• Un trépied. Il assure la stabilité de l’appareil photo et de ce fait, une parfaite similitude des deux vues qu’il sera nécessaire de réaliser.
• Une télécommande. (Le retardateur est utilisable, bien que moins commode à utiliser dans ce contexte.)
• Une vitesse d’obturation appropriée à la technique mise en œuvre.
• Une bonne condition physique. Surtout si les attitudes sont très dynamiques, voire
acrobatiques.
• Un logiciel de retouche. Pour procéder au montage des photographies (reportez- vous à la fin du chapitre 3 pour les détails).

COMMENT PROCÉDER ?

Préparation et réalisation
Contrairement à l’atelier précédent où nous avons appris à suggérer l’ampleur d’un mouvement, nous nous emploierons ici à le figer afin de créer la magie de la lévitation.
Comme nous l’avions annoncé, deux techniques sont envisageables :

La première, qui consiste à composer totalement la scène lors de la prise de vue, est élémentaire, mais elle fournit néanmoins un résultat remarquable : il s’agit tout simplement de vous photographier en train d’effectuer des sauts.

Vous aurez besoin d’un trépied et d’une télécommande, des outils dont il est difficile de se passer pour des autoportraits.
L'autoportrait
ƒ/8 à 1/200 s, 2 500 ISO

Pour ne pas être tributaire d’un éclairage artificiel pas toujours facile à régler, je vous conseille vivement de faire vos premiers essais de voltige aérienne en extérieur. Pour figer votre saut, une vitesse d’obturation rapide est essentielle et, par conséquent, il est indispensable de bénéficier d’un maximum de lumière. Un temps clair avec une lumière pas trop dure – un ciel légèrement voilé, par exemple – est idéal.

Vous pouvez certes augmenter la sensibilité ISO pour pouvoir utiliser une vitesse d’obturation très élevée, mais n’oubliez pas le risque d’une montée du bruit, et parfois même d’une diminution du contraste et de la saturation, qui pourraient compromettre la qualité de vos images.

Si votre appareil photo est équipé d’un mode rafale – consultez le mode d’emploi –, n’hésitez pas à l’activer pour augmenter les chances d’une bonne prise. Prédéfinissez le cadrage, réglez l’appareil photo, puis lancez-vous (dans tous les sens du terme).

Avec un peu d’entraînement physique et d’imagination, vous obtiendrez des images insolites et surprenantes.

La seconde technique nécessite un minimum de connaissances d’un logiciel de retouche, puisqu’il s’agit de monter deux images, puis d’effacer le support qui vous aura maintenu en place lors de la prise de vue.

Le principe est relativement simple, mais exige d’être méticuleux : la photo du décor seul est placée sur le calque d’arrière-plan. La photo avec le sujet – vous ou moi – et le support qui le tient en l’air (un tabouret, par exemple) est placée sur un autre calque par-dessus la première. Il suffit ensuite d’effacer soigneusement le support. Le décor présent sur le calque d’arrière-plan transparaît et remplace peu à peu le support au fur et à mesure qu’il est gommé. À la fin, il suffit de fusionner les deux calques pour obtenir le photomontage final, comme expliqué au chapitre 3.

Cette technique présente l’avantage de ne pas être épuisante physiquement, sauf bien sûr si vous décidez d’adopter des attitudes vraiment acrobatiques et inconfortables. De plus, cette prise de vue ne nécessite pas un éclairage très intense. La vitesse d’obturation pourra donc être moindre que pour des sauts en l’air.

Choisissez votre décor, fixez l’appareil photo sur trépied et préparez votre cadrage.
L'autoportrait
ƒ/8 à 1/80 s, 1 600 ISO
Pour réaliser une lévitation crédible, pensez à bien travailler les détails.

Le point extrêmement important est l’immobilité totale du trépied et de l’appareil photo qui ne doivent en aucun cas bouger entre les deux prises de vues que vous allez effectuer. Gare au petit coup de coude ou au petit coup de pied donné par inadvertance, qui fausseraient la similitude des cadrages. Une télécommande est également recommandée, à la fois pour déclencher à distance, mais aussi pour éviter de toucher l’appareil photo, au risque de le faire bouger.

Prenez une première photo du décor sans vous. Prenez ensuite une seconde photo, mais cette fois avec vous, assis, allongé, debout – c’est comme vous le souhaitez – sur un quelconque support : pouf, tabouret, table... Ne vous souciez pas de l’apparence de ce support, car vous l’effacerez au cours du montage.
L'autoportrait
Par exemple, pour la réalisation de cette photo, j’ai choisi de me placer tout près du bord du banc
afin que mes pieds soient en l’air et aussi pour que la jupe tombe un peu plus bas, sans être arrêtée net par le meuble.

VARIANTES

Variante 1 : la rotation
Parfois, une simple rotation de l’image peut produire un effet saisissant.
Essayez ! Prenez une photo de l’un de vos sauts, puis faites-la pivoter de 90 degrés vers la droite ou de 90 degrés vers la gauche. Vous serez souvent surpris par le résultat.
Essayez aussi la bascule autour des axes verticaux ou horizontaux. Parmi tous ces essais, retenez la photo la plus insolite, celle qui fait perdre tous les repères spatiaux et suscite un étrange vertige.

L'autoportrait
ƒ/2,8 à 1/80 s, 800 ISO

Variante 2 : l’envol du sol au plafond
Plutôt que de prendre de la hauteur en montant au plafond, inversez les rôles et élevez votre appareil photo. Vous évoluerez au sol en essayant différentes positions. Ensuite, retournez votre image et observez l’effet. Il peut être surprenant !
 
L'autoportrait
ƒ/6,3 à 1/200 s, 200 ISO
 
Variante 3 : des éléments extérieurs
Reprenez la deuxième technique décrite précédemment, mais cette fois, ajoutez dans le montage quelques objets qui flotteront eux aussi dans les airs.
 
L'autoportrait L'autoportrait L'autoportrait
L'autoportrait
ƒ/5,6 à 1/60 s, 800 ISO
J’avais précédemment mentionné l’importance des détails !
Là encore j’ai utilisé le banc pour me placer au bon endroit, en l’air. Mais j’ai pris grand soin de faire en
sorte que mon vêtement tombe naturellement, en évitant tout aplatissement qui aurait trahi la présence d’un support.
Pour que la lévitation soit bien apparente, évitez les poses trop classiques ou trop attendues.

 

L’AUTOPORTRAIT MULTIPLE

JULIENNE ROSE

C’est lors d’études d’arts puis de rencontres photographiques majeures que la photographie est devenue une évidence et l’autoportrait, une nécessité dans mes recherches graphiques.

Parfois diaphanes ou au contraire sombres, ces autoportraits, ces différents « moi », c’est tout d’abord un monde sensible teinté d’expérimentations, de défis, d’intimité où le résultat visuel prend une place prépondérante dans le caractère final de chaque image.

L'autoportrait
Ici, l’alliance du flou et de la netteté permet de créer un « autre » personnage, tel un masque que l’on ôte.

Le matériel photo pour ces ateliers
J’utilise un Canon EOS 7D et préférentiellement l’objectif de 50 mm, sinon les petits téléobjectifs de 85 mm et 100 mm, ou encore le zoom 18-50 mm.
Toutes mes photos sont prises sur un fond noir, qui est l’accessoire récurrent, et toujours en lumière naturelle.
 
ANALYSE DE LA SITUATION

Savoir apprivoiser le temps

Dans cet atelier, plus que la lumière, c’est la gestion du temps qui prendra une place prépondérante et produira l’effet visuel de votre photographie.

Lorsque vous vous photographiez en vue d’un autoportrait où votre image sera démultipliée grâce à une pose longue, prenez votre temps, je vous le conseille. La patience, autant dans les réglages que dans la pose, sera votre atout majeur.

Comme ce type d’autoportrait est fondé sur la multiplicité d’une image obtenue par des temps de pose prolongés, il inclut systématiquement la notion de flou.

N’hésitez pas à utiliser votre corps. Sur un fond noir, les mouvements de vos bras et de vos mains permettront de créer différentes volutes qui formeront le décor de l’image finale.

La difficulté réside dans la maîtrise des différentes variations de flous liées principalement à la vitesse et à l’ampleur de vos déplacements. Plus vos mouvements sont rapides, plus votre silhouette aura tendance à « filer », à devenir fantomatique, méconnaissable, voire transparente – et inversement.

L'autoportrait
La multitude de personnages crée un univers particulier où les mouvements du corps remplissent l’espace.

Les outils de l’atelier
• Une télécommande. Pour déclencher l'appareil, mais aussi pour utiliser la pose B lors des expositions longues.
• Un filtre gris neutre de forte densité. (ou des filtres de différentes densités). Pour pouvoir prolonger le temps de pose même si la lumière est relativement abondante. Cette technique un peu particulière vous ouvre les portes d'une photographie qui peut devenir abstraite. À vous d'imaginer votre univers.
• Un trépied.
• Un télédéclencheur. Pour commander le début et la fin de la pose.

COMMENT PROCÉDER ?

Préparation et réalisation
Les préparatifs sont importants lors d’une séance d’autoportrait. Ils le sont d’autant plus pour cet atelier où nous utiliserons un filtre neutre (reportez-vous au chapitre 2 pour les détails techniques concernant ce matériel). L’inconvénient majeur du filtre neutre est l’assombrissement de l’image qu’il provoque dans le viseur d’un appareil photo reflex. Vous devrez donc préparer votre prise de vue, et notamment effectuer préalablement tous les réglages de votre appareil. Voici quelques petits trucs qui vous permettront de bien commencer votre séance :

• Tracez des repères au sol ou sur le fond afin de délimiter votre cadre de déplacement.
• Désactivez l’autofocus de votre objectif afin de n’utiliser que la mise au point manuelle.
• Mettez également le boîtier en mode manuel (à cause du filtre très dense, la mesure sera faussée).
• Réglez la sensibilité au minimum, soit 50, 100 ou 200 ISO selon votre appareil photo, afin d’éviter une montée du bruit numérique dans les zones sombres.

Pour les tests suivants, j’ai pris trois photos avec des réglages de base identiques. Elles révèlent les différences visuelles, mais aussi les variations temporelles entre une image prise sans filtre et les deux autres prises avec des filtres de densités différentes.

Pour ce test, j’ai choisi de régler l’appareil sur ƒ/4,5 à 100 ISO.
Le tout en lumière naturelle, avec pour seul « décor » un fond noir.

L'autoportrait
À gauche, une prise de vue sans filtre gris neutre. Temps de pose : 0,6 seconde.
Avec cette pose plutôt brève, le mouvement est trop limité pour créer un véritable autoportrait multiple lisible.
À droite, une prise de vue avec un filtre gris neutre ND8 provoquant une perte de 3 IL. Temps de pose : 4 secondes.
Un simple pas en avant produit immédiatement un effet visuel qui mêle immobilité et mouvement.

L'autoportrait
Une prise de vue avec un filtre gris neutre ND400 et une perte de 8,6 IL. Temps de pose : 47 secondes.

Le temps de pose est ici assez important. Vous devrez utiliser la pose B qui permet d’exposer aussi longtemps que vous le désirez, sans limite de temps, contrairement à la priorité à la vitesse dont la pose la plus longue plafonne souvent à 30 secondes. La pose B rend le télédéclencheur indispensable. Avec le filtre gris ND400 et une pose très longue comme ici, vos mouvements doivent être lents si vous tenez à ce qu’ils soient discernables sur la photo.

Dans tous les cas, des essais seront nécessaires pour déterminer le temps de pose idéal. Après l’avoir trouvé, vous adapterez la vitesse et l’amplitude de vos mouvements et de vos déplacements en fonction de l’effet que vous désirez obtenir. Sachez cependant que plus vous multiplierez les déplacements au cours de la pose, plus ils seront décomposés, ainsi que le montrent les variantes à la fin de cet atelier.

Direction du modèle
Étant votre propre modèle, vous avez le temps de tester et de multiplier les essais. Évitez les vêtements noirs qui « disparaissent » assez vite dans le décor lorsque vous créez un mouvement.

VARIANTES

Variante 1 : mêler flou et netteté

L'autoportrait
Tout en étant assise, j’ai fait énormément de mouvements avant de m'immobiliser.

Variante 2 : multiplier les déplacements
 
L'autoportrait
Pour cette image, j'ai utilisé le filtre ND400 de très forte densité.
Puis, très lentement, je me suis avancée dans le champ au cours de la prise de vue. Le résultat est presque pictural.

Variante 3 : mettre un détail en valeur
 
L'autoportrait
J’ai choisi l’autoportrait de détail, décrit dans l’atelier suivant, pour effectuer cette image.

Variante 4 : utiliser un décor
 
L'autoportrait
Le décor permet de créer une histoire, une ambiance énigmatique.

 

Cet article est tiré de l'ouvrage
L'autoportrait (les ateliers du photographe)
dirigé par  B ernard Jolivat
paru aux éditions Pearson France.

Table des matières complète


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Les auteurs
 
Plusieurs artistes photographes ont partagé leur passion et leur savoir-faire dans cet ouvrage unique, dirigé par Bernard Jolivalt : Nadia Wicker, Julienne Rose, Richard Vantielcke et Benjamin David-Testanière.


L'autoportrait

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Toutes les photographies de cet ouvrage sont propriété de leurs auteurs.
Pour la Partie I et l’Atelier 8, hors images matériel, et sauf mention contraire, les photographies sont de Bernard Jolivalt.
Les photographies des Ateliers 1, 2, 3 et 4 sont propriété de Nadia Wicker
Les photographies des Ateliers 5 et 6 sont propriété de Richard Vantielcke
Les photographies de l’Atelier 7 sont propriété de Benjamin David-Testanière
Les photographies des Ateliers 9 et 10 sont propriété de Nadia Wicker
Publié par les éditions Pearson France Immeuble Terra Nova II
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