Focus Numérique : Tu as développé un dispositif photographique complet (de la prise de vue à la présentation des images) basé autour de la projection. La première fois que tu as mis en oeuvre ton dispositif, c'était lors du dernier festival de Rock en Seine. Peux-tu nous parler de ce projet ?



Tout le dispositif a commencé par la conception d'un prototype de projecteur de diapositives moyen format qui fonctionne sur batterie. L'idée est de pouvoir obtenir une qualité photo en projection très grand format et de multiplier les projecteurs afin d'être en mesure de pouvoir installer une exposition d'images projetées en se passant d'espace réel d'exposition. Je fais donc des expositions très librement en utilisant les murs de la ville.

Clement Briend

Associé à ce dispositif, il y a avait l'idée de faire une série de photo autour du festival Rock en Seine et des monuments nationaux. Depuis 10 ans, le festival se passe au domaine de Saint-Cloud qui appartient aux monuments nationaux. Se sont donc les monuments nationaux qui souhaitait mettre en place une opération de communication autour d'une exposition pendant le festival. J'ai donc proposé l'idée de faire des projections du public de Rock en Seine sur des monuments nationaux : l'Arc de Triomphe, Carnac, le Mont-Saint-Michel, etc. Ce travail a été réalisé avant le festival à partir d'images du public que j'avais réalisé lors de l'édition de 2011.

J'ai vraiment préféré utiliser des images de foule et non d'individus afin de mettre en avant le côté monumental du festival et des édifices.

Clement Briend

Clement Briend

Focus Numérique : Comment la sélection des différents monuments nationaux a été faite ?

C'était une concertation. Il y avait des édifices incontournables. Nous avons décidé de faire 5 édifices en région parisienne et 5 édifices en province. Au total nous avons fait 10 images.

Clement Briend

Clement Briend

Focus Numérique : Comment les prises de vues de ces édifices ont été réalisées ?

Ce n'est pas de la retouche ! J'ai réellement projeté des images immenses sur les 10 édifices que nous avons traités. Pour cela, j'ai conçu un projecteur de diapositive 24x26 sur lequel j'ai enlevé la source de lumière continue par un flash. C'est donc le flash qui est la source lumineuse du projecteur. Le flash est simplement synchronisé avec l'appareil photo. Il n'y a pas besoin d'un flash extrêmement puissant. Un simple flash cobra suffit, mais la partie optique du projecteur a été modifiée afin d'optimiser au maximum le flux de lumière. Avec ce procédé, il est possible de projeté très grand, grâce à la puissance, mais pendant un temps très court : le temps de l'éclair. L'image projetée n'est donc pas visible à l'oeil nu.

Clement Briend

Clement Briend

Focus Numérique : Tu dois donc utiliser la technique du fil in qui consiste à utiliser le temps de pose nécessaire pour l'éclairage ambiant de la scène et à utiliser en second rideau le coup de flash pour tes projections ?

En réalité je fais plusieurs versions : une image avec la technique du fil in, une image avec juste le flash au 1/200 ème de seconde et une dernière image juste pour l'ambiance. Je peux donc plus facilement réajuster les températures de couleur et me donne plus de souplesse pour le traitement. Quoi qu'il en soit, le plus souvent c'est uniquement l'image en fil in que j'utilise au final.

Clement Briend

Clement Briend

Focus Numérique : Comment est-ce que tu fais pour caler la projection de ton image sur les édifices ?

Je cale en numérique à partir de prise de vues. Il faut faire beaucoup d'essais pour arriver au résultat voulu. Avec un peu d'habitude on arrive à anticiper les choses en connaissant bien les focales de prise de vue et les focales de projection. J'utilise un iPad avec une carte SD EyeFi comme écran de contrôle.

Clement Briend

Clement Briend

Focus Numérique : Comment s'effectue le choix des images à projeter sur les édifices ?

J'essaye d'utiliser un panel d'images du public le plus large possible afin d'éviter les répétitions ! Il faut ensuite trouver une rencontre intéressante entre ce que peut renvoyer l'édifice et l'image du public. Par exemple pour l'Arc de Triomphe, c'est une foule monumentale un peu guerrière qui se dresse. Pour Carnac c'est une sorte de vague de mains qui balaye l'image et qui vient se projeter sur les monolithes si bien que l'on a l'impression que c'est des mains qui sortent de terre. Sur le Mont-Saint-Michel, on a juste un visage d'une jeune fille, car c'est un paysage assez romantique. Il faut trouver des rencontres intéressantes entre le public et les édifices. C'est un peu comme pour faire un diptyque composé d'un portrait et d'un paysage.

Clement Briend

Focus Numérique : Tu as donc projeté une image sur le Mont-Saint-Michel ! C'est assez impressionnant. Selon toi, tu es capable de pouvoir projeter des images de quelle taille au maximum ?

On peut faire des projections immenses à condition d'avoir une obscurité optimale. Ce qui est bien c'est que le Mont-Saint-Michel s'éteint. Depuis la baie, il n'y a aucune pollution lumineuse !

Clement Briend

Focus Numérique : Revenons maintenant sur ton dispositif d'exposition qui te permet de montrer ton travail. Il est basé sur l'utilisation d'une diapositive moyen format. Lorsque l'on voit les progrès faits dans les vidéoprojecteurs, pourquoi as-tu décidé d'utiliser une solution argentique ?

Les meilleurs vidéoprojecteurs "accessibles" sont en Full HD, soit 2,14 millions de pixels. Il existe des 4K, mais ils coûtent une fortune. Une image diapositive moyen format peut contenir 20 millions de pixels. La qualité  est donc bien au-delà de ce qui se fait même dans le très haut de gamme en vidéoprojecteur. Il n'y a aucune trame dans l'image qui peut donc facilement se confondre avec le support sur lequel elle est projetée. La netteté est telle qu'elle a la même qualité de définition (depuis une vision humaine) que le support lui-même. Elle se confond avec la réalité.

Clement Briend

Focus Numérique : Ton dispositif est très impressionnant. Comment l'idée t'es venue ?

J'ai toujours eu la volonté de photographier le monde sans qu'il soit trop fidèle à ce qu'il est. J'ai toujours imaginé des dispositifs qui permettent de transformer et d'intervenir avec la lumière dans les choses que je photographie. La base a été des photographies qui intègrent des projections et de là l'idée de faire des expositions d'images projetées.

Clement Briend

Focus Numérique : Au final ton travail est virtuel puisqu'il n'existe pas d'objets physiques des tes images. Comment un photographe peut réussir à trouver un équilibre économique sans avoir de tirages à vendre ?

Mon travail photographique a commencé par des photos de projections. C'est du tirage, c'est matérialisé, cela s'expose et cela peut se vendre. Mais effectivement, une installation de projection est très éphémère. L'installation en elle-même peut se vendre, mais pas les images, en tout casa la projection des images, ce,qui est une chose différente. Pour vivre en tant que photographe, il faut beaucoup plus travailler pour donner une visibilité à ses images que pour les faire. C'est totalement contradictoire, le centre 'intérêt d'un photographe doit être la captation, la réflexion autour du dispositif. Malheureusement, de nos jours, il faut surtout être capable d'avoir de la visibilité, de trouver une galerie, de communiquer autour de ce que l'on produit.
Moi je préfère renverser ça. La projection est un outil de médiatisation en soit. On n’a pas besoin de communiquer, on n’a pas besoin de devenir marchand de sa production pour le rendre visible et le faire connaître pour toucher les gens.

Focus Numérique : Quels sont très projets à venir ?


La projection est un moyen d'exprimer des choses et pas seulement une vision artistique ou esthétique de l'image. C'est un moyen d'expression qui est aussi politique puisqu'une projection qui se passe dans l'espace public, ça touche tout le monde. On s'accapare un lieu. Il y a un peu plus d'un an, j'ai fondé le collectif des illuminations politiques qui consiste a mettre à disposition  ces moyens de projection pour des causes politiques qui sont issues de la société civile (éducation, logement, écologie, etc.) et de porter des messages dans l'espace public avec la projection.

> Le site de Clement Briend
> Le facebook de Clément Briend
> Les illuminations politiques


PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation