La photographie intéresse beaucoup d'étudiants. S'il existe de nombreux photographes autodidactes, devenir un professionnel dans ce domaine requiert de la pratique, des connaissances et de l'expérience. Il existe un nombre de formations très impressionnant en France et il est souvent très difficile de faire le bon choix d'orientation. Nous allons essayer d'éclairer votre lanterne. Nous commençons notre série d'articles par une école incontournable : l'École Nationale Supérieure de la Photographie à Arles.

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A l'occasion des 30 ans de l'école et du festival photo d'Arles, nous avons eu le plaisir de rencontrer le directeur de l'école, Rémi Fenzy.

Focus Numérique : Pouvez-vous nous faire un historique de l'école ?

ENSP Rémi FenzyL'école est née par les Rencontres d'Arles (qui fêtent leur 43e édition en 2012). Au bout de 10 ans d'existence, les fondateurs du festival (Lucien Clergue, Michel Tournier et Jean-Maurice Rouquette) ont commencé à imaginer un établissement au sein duquel on pourrait apprendre que la photographie. Ils ont fait appel à Alain Desvergnes qui était réputé pour son enseignement, sa connaissance de la littérature et sa pratique de la photographie pour diriger le festival.

Très rapidement, ensemble, ils ont posé les bases de cette nouvelle structure d'enseignement uniquement spécialisé dans la photographie. En 1981, cette structure s'appelait le centre d'étude visuelle et puis en 1982 elle est devenue, soutenue par le projet politique de l'époque, la première école nationale de la photographie (ENP). Dès le début, grâce à l'expérience des Rencontres, de grands photographes sont tout de suite venus enseigner en apportant leur savoir-faire, leur regard et leurs connaissances. Ils mettaient aussi bien en avant leur point de vue esthétique et artistique amis également leur point de vue technologique.

Alain Desvergnes
est resté 16 années à la direction de l'école, puis il a cédé sa place à Alain Leloup lui-même succédé par Patrick Talbot. Je suis arrivé à la direction de l'école il y a deux ans maintenant.
 
Focus Numérique : Comment pourriez-vous définir la pédagogie de l'école ?

Alain Desvergne a construit la colonne vertébrale de l'établissement. Par exemple, il a rendu l'école accessible en "permanence" de 7h00 du matin à 23h00. L'école est donc prise en charge par les étudiants.

Aucun des directeurs qui l'ont succédé n'est revenu sur ces bases fondamentales qui ont forgé l'esprit de cette école. La moyenne d'âge des étudiants se situe autour des 24 ans. Elle est plus importante que celle d'autres formations au même niveau d'étude. Les étudiants sont donc plus matures et capables de comprendre, respecter et profiter d'une structure comme celle de l'ENSP. Compte tenu des conditions d'entrée, il est clair qu'un étudiant n'est pas dans l'école par hasard. Pour chacun d'entre eux, cette école, se présente comme une passerelle dans leur projet de vie et leur projet personnel. Ils doivent s'investir pour pouvoir les concrétiser une fois sortis de l'école.

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La première année est réservée à la technique. Elle porte aussi bien sur procédés numériques que sur les procédés argentiques. Elle est principalement encadrée par des enseignants et intervenants diplômés de l'ENS Louis Lumière. Ce sont de grands spécialistes de toutes les disciplines techniques à maîtriser et mettre en œuvre dans un procédé photographique tout en ayant conscience des contraintes que peut poser une démarche artistique.

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Pendant cette première année, les étudiants suivent également des cours de culture générale (philosophie, histoire de l'art, histoire de la photographie, épistémologie, sociologie, etc.). De nombreux séminaires sont organisés.

La première année est très encadrée et est orientée autour d'une pédagogie de l'exercice.

En seconde année, on rentre davantage dans une pédagogie du projet. On met tout en œuvre pour que l'étudiant puisse commencer à formaliser ce qui pourrait être son projet artistique. La mission première de l'école est de former des photographes auteurs. On met de côté tous les aspects techniques qui restent en option s’ils sont liés au projet artistique. Il y a beaucoup de cours théoriques, de nombreux séminaires encadrés par des intervenants externes. Ces séminaires ont pour but d'apporter un complément de formation et de proposer aux étudiants qui douteraient du développement d'un projet artistique de gouter à d'autres champs de l'image. Il faut le rappeler, de nombreux étudiants sortant de l'ENSP sont en poste à des fonctions non liées directement au travail de photographe auteur, mais toujours dans le domaine de l'image (édition, conservation, culture, commissaires d'expositions, etc.).

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Qu'avez-vous fait de la photographie ?
Ces nombreux intervenants externes permettent aux étudiants qui le souhaitent de se créer leur propre réseau de connaissances professionnelles en fonction de leurs affinités.

La troisième année est libre. L'objectif pour les étudiants est de finaliser leur projet personnel. Chaque étudiant doit rédiger un mémoire pour valider leur diplôme et être homologués au grade de master.

Nous avons en suite une politique de tutelle et de suivi extrêmement stricte pendant trois ans après la sortie de l'école. Le réseau de l'école est à la disposition des jeunes diplômés. Au bout de trois ans, c'est l'association des anciens étudiants qui prend le relais.

Un livre vient d'être édité, Qu'avez vous fait de la photographie ? aux éditions Actes Sud. Cette question a été posée aux 647 diplômés de l'école. Nous avons récolté 300 réponses et édité 150.

Focus Numérique : Comment faire pour entrer à l'ENSP ?

La moyenne d'âge des candidats est de 24 ans. Chaque candidat doit pouvoir se justifier d'un niveau d'étude équivalent à un bac +2, de préférence, dans un domaine artistique. Il est préférable de parler, écrire et lire plusieurs langues vivantes et doit avoir acquis une grande maturité. Le concours d'entrée attire 400 candidats pour 25 places disponibles. Il déroule en trois grandes épreuves.

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La première épreuve est pratique. Chaque candidat doit réaliser 2 travaux photographiques. Le premier porte sur un travail à caractère documentaire sur une thématique mettant en jeu des dimensions sociales, politiques, économiques, géographiques, etc. Le deuxième est un travail reposant sur l'interprétation libre d'un sujet imposé. Par exemple en 2012, les sujets du premier travail étaient Photographier la politique ou Les transports en commun.

Le seconde étape du concours est une épreuve écrite à travers de laquelle le candidat exprime son sens critique, son niveau de culture générale et exercera son imaginaire.

Enfin, la dernière épreuve est orale au cours d'un entretien de 30 minutes devant un jury composé des professeurs de l’École Nationale Supérieure de la Photographie et de son directeur. D’autres personnalités choisies pour leur compétence peuvent éventuellement participer au jury sur l’invitation du Directeur.

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Il n'est important de privilégier la partie technique de la photographie. Ce n'est pas ce qui va impressionner le jury. Nous sommes plus attachés à la capacité du candidat à pouvoir définir son appartenance au monde auquel il appartient. Pourquoi je suis dans ce monde ? Qu'est ce que j'y vois ? Qu'est ce que je veux y voir ? Qu'est-ce que je donner à voir ? Évidemment, chaque candidat doit avoir un potentiel créatif. Dans ce sens nous privilégions les candidats ayant auparavant suivi une formation artistique.

Focus Numérique : Comment est-ce que vous vous positionnez vis-à-vis d'une école comme l'ENS Louis Lumière ?

Malheureusement, nous ne travaillons pas assez en collaboration avec Louis Lumière. Les choses changent, mais jusque-là Louis Lumière a une finalité de formation axée sur l'art appliqué. Pendant très longtemps, les étudiants étaient dans un champ scientifique extrêmement dur et précis avec une connaissance de pointe en technique.

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Ces deux formations sont complémentaires. Il est arrivé une fois, dans un sens comme dans l'autre, qu'il y ait un abandon de cursus en cours de première année. Un étudiant de Louis Lumière a abandonné soin cursus et a été reçu à l'ENP. L'inverse est également déjà arrivé. Un autre cas de figure intéressant, deux candidats ont passé en parallèle le concours de Louis Lumière et celui de l'ENP et ont été reçus dans les deux écoles. Un étudiant a choisi Louis Lumière et l'autre l'ENP.

Focus Numérique : Quels sont les projets d'avenir pour l'ENSP Arles ?

En tout dans formation initiale, il y a environ 100 étudiants en permanence dans l'école. L'école propose aussi de la formation continue avec environ 40 modules différents qui privilégient la postproduction. Il y a un projet de déménagement de l'école sur le parc des ateliers de la SNCF pour développer tous ces aspects. Les locaux actuels deviennent trop petits. Nous souhaitons rester à la pointe de la technologie avec des équipements de dernière génération, leur installation demande de la place (au détriment des salles de cours dans certains cas).

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L'école prépare aussi une offre de troisième cycle en partenariat avec la MU (université Aix Marseille). L'idée est de proposer un doctorat de création exclusivement consacré à la photographie à part entière. Il y a une demande très forte à la fois des diplômés de l'ENP mais également d'étudiants d'autres structures (Louis Lumière entre autres). Ce projet devrait être inauguré en septembre 2014.



Au final l'ENSP dispense une formation de très haut niveau. Cette formation s'adresse particulièrement aux personnes désirant s'orienter vers la photographie artistique, la photographie d'auteur. L'école forme principalement des photographes auteurs, mais elle ouvre aussi des portes à des professions plus générales autour de l'image (journalisme, édition, photothèque, conservation, formation, etc.).

L'entrée à l'ENSP se fait après un concours très sélectif, la motivation et la maturité des candidats sont des facteurs clefs. La localisation de l'école est dans le sud de la France. À l'heure actuelle, l'école est installée dans un hôtel particulier d'Arles. Les locaux sont étriqués (mais localisés dans un cadre magnifique) cependant, un projet de déménagement est en vue pour les années à venir.

L'ENSP a une excellente réputation et de nombreux photographes de renom ont suivi cette formation : par exemple Grégoire Alexandre, Vincent Fournier ou Sébastien Calvet, tous exposés lors des Rencontres 2012.

Gregoire Alexandre ENSP  sébastien calvel ensp  vincent fournier ensp

Niveau d'entrée
bac +2 (formation artistique de préférence)
Diplôme desservi
master européen (bac +5)
diplôme de l'école nationale supérieure de la photographie
Durée formation
3 ans
Concours d'entrée
oui (3 étapes)
Effectifs / promotion
25 étudiants
Stage obligatoire
oui
Mémoire de fin d'études
oui
Frais de scolarité
342 euros / an (1026 euros)
Ministère de rattachement
ministère de la Culture
Ville de l'établissement
Arles
Possibilité troisième cycle
en projet

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