Cet article est tiré de l'ouvrage
Le manuel de la photographie argentique
de Danny Dulieu
paru aux éditions Pearson France.

Le développement du film



Le matériel nécessaire
Le procédé de développement




 



La manueld e laphotographie argentique

Le développement du film

Développer son film noir et blanc ou couleur n'est pas une opération très complexe. Au contraire, celle-ci présente des avantages considérables en termes de coût, de rapidité et de qualité. Attention aux légendes urbaines circulant sur la toile et aux opinions à l'emporte-pièce des gens qui ne connaissent rien mais croient tout savoir…

Le matériel nécessaire

Le matériel destiné au développement des films n'est ni introuvable, ni onéreux et encore moins complexe à utiliser.

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Matériel dédié au développement des films.

 
Je recommande aux débutants le matériel de la liste qui suit :

• Cuve développement
• Éprouvette 50 ml
• Éprouvette 650 ml
• Thermomètre
• Extracteur d'amorce
• Jeux de pinces films Inox
• Pince essoreuse
• Trois bidons de 600 ml ou 1 l
• Chronomètre
• Paire de ciseaux

Nous allons voir en détail comment utiliser ce matériel pour le développement d'un film noir et blanc.

Extraction de l'amorce du négatif

Nous utiliserons un outil nommé extracteur d'amorce. Ce dispositif permet de récupérer l'amorce du film sans ouvrir la cassette.

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Extracteur d'amorce de marque AP.

 
Info
Il est parfois recommandé d'ouvrir la cassette dans le noir à l'aide d'un décapsuleur… Je ne peux que le déconseiller aux débutants ! En effet, le prix d'un extracteur d'amorce est identique, voire inférieur à celui d'un décapsuleur de cassettes et le confort de travail en est grandement supérieur.


La méthode d'extraction est d'une simplicité surprenante et je vous la décris en images.

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Insérez les languettes en plastique dans la cassette.
Tournez l'axe du film dans le sens normal (sur cette image, sens opposé aux aiguilles d'une montre) jusqu'à entendre un petit clic.

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Insérez le premier coulisseau dans la cartouche et répétez la rotation de l'axe jusqu'à entendre un nouveau clic.

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Insérez le second coulisseau et séparez la cartouche de l'extracteur en la tenant par son corps (vos doigts ne doivent pas gêner la rotation de l'axe). Les languettes de plastique auront attrapé l'amorce du négatif qui pourra être préparée pour l'étape suivante.

La majorité des extracteurs d'amorce sont fournis avec une petite notice qu'il sera nécessaire de consulter au préalable. Contrairement à une idée reçue, cet outil ne raye pas les négatifs et ne pose aucun problème particulier.

Mettre le film en spirale

Une fois l'amorce extraite de la cassette, nous pouvons débuter la mise en spirale du négatif afin de procéder à son développement.

La première étape consiste à couper l'amorce du négatif à l'aide de ciseaux afin d'en arrondir les bords comme sur l'image qui suit.

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Le trait symbolisera où couper l'amorce et la forme arrondie des extrémités.

 
Vous pourrez ainsi insérer le film dans la spirale sans trop de difficultés. L'étape suivante consistera à insérer le film dans la spirale, comme sur l'image qui suit.

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Insertion du film dans la spirale. Repérez les ergots de celle-ci.


Attention
À partir de maintenant, toutes les opérations devront se dérouler dans le noir absolu.


Le film se met en spirale par un mouvement de rotation de celle-ci. La spirale dispose soit d'ergots (cuves de marque JOBO) ou de billes (cuves de marque Patterson ou AP).

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Par un mouvement de rotation, le film se met en spirale avec beaucoup de facilité.

 
Il est nécessaire de dérouler légèrement le film de sa cassette pour plus de facilité. À ce titre, je recommande de ne pas dépasser 30 cm d'écart, sans quoi le film pourrait s'enrouler sur lui-même.

Une fois le film entièrement inséré, coupez le négatif avec une paire de ciseaux et insérez la spirale sur la tige centrale de la cuve.

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On coupe le négatif à la fin de celui-ci.

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La spirale devra obligatoirement être insérée sur la tige centrale de la cuve.

Une fois cette opération terminée, vous refermerez le couvercle de la cuve. La tige centrale assure l'étanchéité à la lumière : son absence voilerait le film. C'est un oubli récurrent chez le débutant…

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La cuve est fermée et étanche à la lumière.

Nous pouvons maintenant passer à l'étape suivante, qui consiste à développer le film avec les produits chimiques.

Le procédé de développement

Développer un film est une opération simple, mais qui demande de la rigueur. Avant tout, il est nécessaire de préciser ces quelques règles de base.

• On respectera toujours les recommandations du fabricant.
• La température sera contrôlée avant chaque utilisation.
• On rincera tout le matériel avant usage (entonnoirs, éprouvettes, bidons…)
• On ne dépassera pas le nombre d'utilisations recommandées par le fabricant (nombre de films traités).
Si ces règles sont respectées, le film aura toutes les chances d'être correctement développé.

Les chimies utilisées

Le révélateur est le premier bain chimique qui fera apparaître l'image. Votre film, une fois exposé, dispose d'une image latente, invisible à l'œil nu. Le révélateur dévoile cette image par un procédé chimique.
Le bain d'arrêt, comme son nom l'indique, a pour action d'arrêter les effets du révélateur et de préserver le bain suivant.
Le fixateur stabilisera votre négatif. Un film non fixé sera opaque et noircira intégralement en quelques jours.

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Il est recommandé d'annoter les bouteilles. R pour révélateur, S pour stop (arrêt) et F pour fixateur.

Le pré-mouillage

Versez de l'eau dans votre cuve et agitez-la durant environ 30 secondes. Laissez reposer pendant une minute. Le pré-mouillage n'a pas d'effet chimique sur votre film et de nombreux ouvrages n'en parlent même pas. Cependant, des films de marque Rollei exigent un pré-mouillage avant tout traitement et il ne représente aucun danger pour les autres films. De plus, il évite grandement la formation de bulles d'air.

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On verse de l'eau dans la cuve par son orifice supérieur.
Prévue à cet effet, la cuve est étanche à la lumière, mais laisse pénétrer les liquides.

 
Le révélateur

Le pré-mouillage terminé, videz la cuve sans l'ouvrir (les cuves permettent cette opération à l'aide de chicanes), puis versez le révélateur déjà préparé après avoir contrôlé sa température. La majorité des révélateurs s'utilisent à 20 degrés centigrades. Un degré de différence ne pose généralement pas de problèmes, mais limitez cette tolérance autant que possible.

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On vérifie la température du révélateur avant chaque usage.

 
Astuce
Si la température est inférieure à 20 degrés, utilisez un bain-marie pour l'ajuster. Plongez le bidon de révélateur dans un récipient plus grand (seau, évier avec bouchon) rempli d'eau chaude et contrôlez la température avec le thermomètre.


Agitation de la cuve

Pour le révélateur, je recommande d'agiter la cuve en continu durant les trente premières secondes une fois le révélateur versé dedans. Les cuves disposent généralement d'une petite tige permettant la rotation de la spirale. S'il n'y en a pas sur la vôtre, saisissez la cuve par le dessus et appliquez-lui un mouvement de rotation avec la main.

Agitez ensuite toutes les 30 secondes durant environ 5 secondes et ce, jusqu'à la fin du temps nécessaire au développement.

Remarque
Certains films comme la Kodak Tri-X combinés avec le révélateur R09 donneront après développement un révélateur de couleur noire. Ce phénomène est tout à fait normal, contrairement à ce que j’ai pu lire sur différents sites internet. Il s’agit d’une réaction chimique entre les différents composants du révélateur et du film, réaction sans incidence sur la qualité des futures images.


Durée de développement

Les fabricants proposent sur leurs emballages des tableaux indicatifs comme celui-ci.

FABRIQUANT
TYPE/RÉFÉRENCE DU FILM DURÉE DE DÉVELOPPEMENT EN MIN
(DILUTION 1+25)
DURÉE DE DÉVELOPPEMENT EN MIN
(DILUTION 1+50)
FUJI NEOPAN 100 Acros 6 -
NEOPAN 400 4,5 8
NEOPAN 1600 3,5 8
ILFORD PAN F 6 12
FP 4 8 18
HP 5 8 -
DELTA 100 9 16
DELTA 400 8 18
DELTA 3200 11 -
KODAK PLUS-X 6 13
TRI X 7 14
T-MAX 100 5,5 15
T-MAX 400 6 11
T-MAX 3200 8 16
ROLLEI
 
IR ISO 64 (filtre 700 nm) 8 -
IR ISO 200 (sans filtre) 8 -
PAN & ORTHO 25, ISO 25 8 -
PAN & ORTHO 25, ISO 50 9 -
RETRO 80S 7 14
RETRO 100 (APX 100) 8 17
SUPERPAN 200 PRO 8 17
RETRO 400 (APX 400) 10 20
RETRO 400 S 11 20,5

Si ces données sont absentes ou que le film utilisé n'est pas renseigné, je vous conseille de vous rendre sur la page http://www.digitaltruth.com/devchart.php, où vous trouverez la totalité des films et des révélateurs ainsi que les temps de développement à utiliser.

Une fois le révélateur utilisé, il est soit jeté, soit récupéré dans son contenant selon les prescriptions du fabricant.

Astuce
Les produits à diluer doivent l'être dans des proportions précises notées par le fabricant sous la forme 1+4, 1+9 et autres valeurs. Une astuce pour faciliter la dilution consiste à additionner les deux valeurs données et diviser la quantité totale par ce nombre pour obtenir le volume de concentré nécessaire.
Par exemple, si j'ai besoin de 300 ml de révélateur R09 pour une dilution à 1+25, j'additionne les deux nombres et je divise 300 par 26, ce qui donne environ 11,5 ml. Ma préparation sera donc 11,5 ml de concentré, que je compléterai pour obtenir 300 ml dans mon éprouvette graduée.


Le bain d'arrêt

Une fois le révélateur retiré, il faut utiliser le bain d'arrêt. Bien que je recommande l'usage de produits dédiés, le bain d'arrêt peut être composé à partir de vinaigre blanc de cuisine. Pour le préparer, il suffit de diluer une part de vinaigre blanc dans trois parts d'eau. Une minute dans le bain d'arrêt et une agitation de 30 secondes suffisent.

Le rôle du bain d'arrêt est essentiellement de préserver le fixateur. En effet, le révélateur est une substance basique et réagit avec le fixateur, qui est pour sa part acide. Le bain d'arrêt permet ainsi de préserver le fixateur d'une dégradation rapide.

Le fixateur

Son rôle est de clarifier et de stabiliser le négatif.

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Film révélé mais non fixé. On remarque un voile laiteux.

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Une fois le film fixé, il est transparent : le voile laiteux a disparu.

Vous agiterez le fixateur comme vous avez agité le révélateur. La durée de fixage est elle aussi indiquée par le fabricant sur l'emballage du produit. En général, elle est de 5 à 10 minutes, quel que soit le film utilisé.

Le rinçage et la finition du négatif

On utilise pour le rinçage un dispositif dédié comme sur l'image suivante :

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Dispositif de rinçage des négatifs.

Si vous n'avez pas mis ce dispositif en place, vous pouvez utiliser un simple morceau de tuyau d'arrosage qui sera tout aussi efficace. La durée de rinçage est très importante. On estime en général qu'un rinçage est effectué correctement s'il dure le double de la durée de fixage, soit entre 10 et 20 minutes.

Une fois rincé, le film n'est pas encore prêt à être archivé et utilisé pour le tirage. Il est nécessaire d'éliminer les gouttelettes d'eau présentes sur sa surface.

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Le négatif, une fois rincé, est couvert de gouttelettes qu'il est nécessaire d'éliminer.
Vous remarquerez également que la teinte rose du négatif a disparu au rinçage.

Le produit adéquat est nommé agent mouillant. Il agit à l'image du liquide vaisselle, permettant à l'eau de s'écouler uniformément sur sa surface. Quelques gouttes dans la cuve remplie d'eau suffisent. Laissez le film quelques minutes dans ce dernier bain. Généralement, deux minutes suffisent largement.

Passez enfin le négatif dans une pince d'essorage afin d'éliminer le surplus d'eau et stockez-le, suspendu dans un local sec et propre, en fixant la cassette vide à son extrémité. Le film peut ainsi sécher tranquillement.

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Pince d'essorage pour les négatifs.

 
Le film sera ensuite stocké dans une pochette dédiée à l'archivage des négatifs et prête pour la planche contact, à laquelle sera consacré le prochain chapitre de cet ouvrage. Vous trouverez également en annexe une liste comparative des différents révélateurs disponibles sur le marché.

Astuce
La société Maco-Rollei propose un produit nommé Rapidry. Ce dernier nous dispense de l'usage d'un agent mouillant. Après lavage, la cuve est vidée, puis remplie de ce produit. Il suffit d'attendre quelques minutes pour sortir le film de la spirale et le mettre à sécher sans essorage. Ce produit composé d'alcool et d'une substance antistatique s'évapore en 5 minutes, laissant un négatif propre et sec.


Le développement des films couleur

Pour développer un film couleur, on procède comme pour un film noir et blanc, à ceci près qu'il faudra utiliser les produits dédiés. Il existe aujourd'hui un kit de développement couleur nommé Tetenal Colortec C41, qui allie facilité de traitement et coût relativement bas.

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Kit Tetenal Colortec C41 pour films couleur.

 
Le coût global est relativement faible (environ 1 euro le développement couleur), mais nous noterons quelques différences avec le procédé noir et blanc.

• Agitation constante du révélateur et du bain de blanchiment.
• Température des bains plus élevée (39 degrés environ).
• Durée de développement unique, quel que soit le film.

Devant la qualité médiocre des travaux réalisés dans les laboratoires grand public et le prix d'un développement inversement proportionnel à la qualité proposée, développer ses films couleur devient désormais rentable et la simplicité du procédé du fabricant Tetenal permet à l'amateur de développer ses films couleur sans le moindre investissement supplémentaire, hormis les produits dédiés.

À retenir

• Le matériel nécessaire pour développer soi-même ses négatifs est disponible sur le marché actuel à peu de frais. L'avantage financier est évident et la qualité superlative.
• La mise en spirale demande un peu d'entraînement.
• Les bains sont dans l'ordre qui suit : révélateur, bain d'arrêt, fixateur et rinçage.
• Les durées de traitement sont indiquées sur l'emballage des produits.
• Le lavage dure le double du temps de fixage, soit entre 10 et 20 minutes.
• La finition du film se réalise avec de l'agent mouillant.
• Le développement des films couleur s'opère de la même manière avec quelques adaptations et une chimie dédiée.




Cet article est tiré de l'ouvrage
Le manuel de la photographie argentique
de Danny Dulieu
paru aux éditions Pearson France.

Table des matières complète


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Danny Dulieu
 
Passionné de photographie argentique, Danny Dulieu a illustré livres, pochettes de disques et magazines pour une maison de disque et pour une société fabricant des consommables argentiques avant de devenir, depuis 2008, professeur de photographie aux CMAH de Mons en Belgique, où il a en charge les cours de pratique de la photographie argentique.


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édition : Jennifer Rossi
Réalisation P.A.o. : Léa B.
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