Laurent MasurelLaurent Masurel est un photographe basé dans le sud-ouest de la France. Il est spécialisé dans la production d'images de sports de glisse aquatiques très impressionnantes.

Avec Hugo Verlomme, il est à l'origine d'un site Internet et d'une association, WikiOcean, pour les passionnés de la mer. Loisirs, sports, écologie, sciences, explorations, culture et société sont autant de sujets abordés sur WikiOceans. C'est un lieu de rencontres et un support participatif (wiki oblige).

C'est un photographe incontournable des circuits de compétitions internationales de surf. Il nous raconte ici son histoire et nous présente son travail. Vous n’en verrez plus jamais les photos de surf de la même manière !

wikioceans

Focus Numérique : Laurent, peux-tu nous présenter ton activité ?

Je suis photographe professionnel depuis l'an 2000. Je me suis spécialisé dans l'univers des sports aquatiques. Je travaille avec les plus grandes marques de surfwear et de grands magazines. Je réalise aussi bien des photos-reportages, des éditos et des publicités.

Laurent Masurel
© Masurel/wikiocean.org

Focus Numérique : Quel est ton parcours ?


nikonos 5
Je ne suis pas photographe de formation. J'ai toujours été passionné par la photographie. Tout jeune j'ai commencé à prendre mes premières photos avec les appareils de mon père, un Praktica pour être précis. J'ai tout de suite été attiré par l'océan. Peu de temps après, à mes 15 ans, je me suis offert avec les économies mon premier appareil étanche, un Nikonos, 5 pour pouvoir aller dans l'océan et dans les vagues.

Je me suis donc formé sur le tas au fur et à mesure. Comme j'aime comprendre les choses, j'ai acheté des ouvrages sur la technique photographique et la technique des appareils photo. Jusqu'à très tard, j'envisageais cette activité comme passion, mais je n'arrivais pas à l'imaginer en tant que profession. Je suis passé professionnel vers 30 ans.

En même temps que je me perfectionnais en photo je vendais mes images à droite à gauche à des magazines (généralistes et spécialisés dans les sports de glisse), et pour des cartes postales.

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J'ai commencé à travailler comme contrôleur de gestion après mes études. À la faveur d'un licenciement économique en l'an 2000, je me suis lancé comme photographe professionnel en m'appuyant sur mon expérience, mon réseau et ma réputation naissante.

Focus Numérique : Quel matériel utilises-tu et pourquoi ?

Laurent MasurelMon coeur de métier est la photo d'action. Il me faut donc des appareils les mieux armés pour cela : rapidité de l'AF, qualité d'image, réactivité, performances en rafale. J'utilise actuellement un Canon EOS 1D Mark III et un EOS 1D Mark IV qui montent à 10 images par secondes en RAW. Cela permet de se donner le maximum de chances pour figer le moment clef d'une action.

Je me suis posé la question, il a quelque temps, de passer mon matériel sur Nikon. La politique de Canon sur ses boîtiers "sport" est de conserver un coefficient de conversion de focale de 1?3X avec leur capteur au format APS-H alors que Nikon utilise le plein format 24x36 sur ces boîtiers pros. Cela pouvait avoir son importance dans mon cas
pour mes images que je réalise au fish-eye 15 mm. J'ai trouvé une parade en utilisant Tokina 10-17 mm qui permet de retrouver l'équivalent.

Pour les caissons, j'utilise des modèles dédiés à mes boîtiers. Mes deux boîtiers ont des conceptions ergonomiques similaires donc je peux utiliser les mêmes caissons pour les deux appareils. J'utilise la marque Liquid Eye et CMT des États-Unis. Il est primordial que ces caissons soient les plus légers possible contrairement à ceux conçus pour la plongée sous-marine. Ils sont fabriqués en carbone et peuvent flotter !

Focus Numérique : Si tu recherches une configuration légère, pourquoi ne pas utiliser sur un boîtier comme l' EOS 7D au lieu de la série des EOS 1D, nettement plus lourde ?

Pour moi il est primordial de disposer de la plus haute cadence en rafale possible. Pour le moment, il n'y a pas encore d'appareil au format 7D, 5D capable de monter à 10 images par secondes. De plus, pour moi, le Mark IV procure la meilleure qualité d'image qu'il soit et je veux pouvoir disposer des meilleures images possible. Je préfère choisir un caisson le plus léger possible.

Focus Numérique : Comment se passe une séance de water-shooting ?

Il faut être patient. Après avoir bien défini l'axe à prendre pour les images à réaliser, il faut choisir le bon spot, le bon moment pour la lumière de la journée et attendre les meilleures conditions pour commencer (vent off shore par exemple). Dans certains cas on peut prendre le temps d'attendre les conditions idéales, dans d'autres, il faut faire avec ce que nous donne la nature. Les donneurs d'ordres sont souvent eux même des surfeurs. Ils sont donc conscients des contraintes que la nature peut nous donner et sont donc prêts à adapter leurs demandes en fonction.

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Pour la prise de vue en elle même, je commence par choisir l'optique en fonction de l'effet que je souhaite obtenir. Pour faire des images sensationnelles avec une impression de vitesse, j'opte pour un fish-eye ou une courte focale. L'objectif est d'être le plus proche de l'action avec le surfeur (moins d'un mètre). Il arrive que le caisson accroche avec la planche ou le surfeur lui même. Il faut donc une coordination parfaite entre le surfeur et le photographe. Plus on connait le surfeur, plus on est capable d'anticiper ses trajectoires et mouvements et donc de s'approcher au plus proche. Par exemple, après une discussion avec le surfeur, je choisis de ne pas bouger. Il peut alors me prendre pour un point fixe et il pourra adapter sa trajectoire en fonction pour éviter les risques de collision (qui restent rare).

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Ensuite une très bonne condition physique est indispensable. Je suis dans l'eau, à la nage, en plein milieu des vagues avec des palmes et mon appareil dans une main. Il faut connaître et avoir une grande expérience de l'océan et des mouvements d'eau pour les placements. Il faut rester humble avec l'océan qui reste un élément incontrôlable. Bien entendu, les photos les plus impressionnantes nécessitent d'être dans les endroits où les vagues sont les plus impressionnantes. Il faut aussi savoir garder son calme en cas de problèmes. J'ai fait pendant plusieurs années des compétitions de bdy-surf, j'ai donc acquis une aisance et une connaissance de l'océan et des mouvements d'eau qui me sont extrêmement utiles dans mon travail.

Focus Numérique : Est-ce qu'il y a une image que tu a toujours voulu réaliser ?

J'ai toujours voulu photographier Cho-Po, une vague légendaire à Taîti dans de bonnes conditions. Jusque-là j'ai regroupé toutes les bonnes conditions pour réaliser une image au fish-eye et sur des sweals très propres. Je ne suis pas resté suffisamment longtemps sur le site afin de réaliser ces images.

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Vincent Duvignac ( surfeur présent lors de la réunion des Cavaliers, Anglet)
à Fernando Do Norohna (une île au large du Brésil).

Il s'agit d'un jour où les vagues étaient grosses (3m et plus), épaisses, avec une fâcheuse tendance à fermer ,
et sur très peu d'eau qui plus est ! Bref le genre de vagues à casser des planches, du surfeur et du photographe aquatique ! Peu importe, tente ma chance, car j'aime beaucoup la configuration de la baie en background
et la lumière est bien placée pour les "droites". J'y vais au fish-eye 15 mm pour essayer de saisir
le surfeur dans le tube avant qu'il ne se fasse enfermer !! Et voilà , c'est dans la boîte
avant de prendre moi-même une boite. Ce jour-là, je me suis pris quelques vagues sur la tête
et à vouloir rester trop longtemps le bras dans le tube, on part avec l'eau du bain !
"

 

Laurent Masurel
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Australie de l'Est , sur la presqu'île de Foster. Nous sommes seuls à l'eau. Jean Seb Étienne , le surfeur,
prend de la vitesse sur la vague. Cela sent l'air (ou aérial). Tant mieux, car, de toute façon j'étais en retard pour toutes les autres manoeuvres étant derrière la vague. Je décide de palmer le plus vite possible sur le lieu de l'air. 

Je suis au fish-eye 15 mm Canon.  J'ai besoin d'être prêt (moins de 1 mètre) mais pas trop, sinon, 
je risque d'avoir la gerbe du surfeur sur le hublot au moment fort de l'action (au sommet de sa trajectoire) .
Bingo ça a marché !

Autre chose à gérer : je suis en contre-jour, il est important de minimiser la place du soleil dans le cadre au risque
de tout cramer. Pour multiplier ses chances, il est important d'utiliser le moteur de son boîtier (ici 8,5 images/s en RAW) et avoir une carte CF ou SD du type PNY très rapide pour disposer d'une vitesse d'écriture optimale.


 

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Tim Curran au sommet de la trajectoire de son rodéo. Quand Tim est en session freesurf, il faut le surveiller
comme le lait sur le feu, car il est capable de sortir à tout moment une manoeuvre monstrueuse.

La difficulté est de l'avoir le plus souvent possible dans le cadre et de ne pas être trop proche de l'action, car Rocky Point est un spot proche du bord. Je suis avec un 600 mm f:4 Canon et un EOS Mark IV (x1.3 capteur)
pour prendre un maximum d'actions et le fait de faire des airs d'une telle amplitude multiplie
les chances qu'il soit hors cadre. Là aussi le moteur a fonctionné à plein régime et les cartes PNY égaleme
nt.

 

Nous retrouverons bientôt Laurent Masurel dans une série d'articles sur la photo de sport. Il vous dévoilera tous ses secrets afin que vous soyez parés à affronter toutes les actions !
Laurent Masurel est ambassadeur de la société PNY que nous remercions pour nous l'avoir présenté.

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