Cet article est tiré de l'ouvrage
La photo animalière
de Cédric Girard
paru aux éditions Pearson France.

Techniques d'approche et d'affûts

- Approche et billebaude

Les facteurs de réussite d'une
photographie de nature
La billebaude, méthode et approche
Sur l'eau, l'affut flottant


- Affûts fixes

Détecter les meilleurs endroits
Différents types d'affuts
Depuis la voiture

 
- Piégeage et déclenchements à distance

Matériel et possibilités
Photographier à distance
Piégeage photographique


La photo animalière

Photo Animalière

Grues cendrées photographiées lors d'une joute entre prétendants.
L'affût est indispensable pour obtenir ce type de cliché.
Canon EOS 20D, 500 mm, f/5.6, 1/250 s, 200 ISO, –0.3 IL en correction d'exposition

Chaque photographe animalier a ses préférences en matière d'approche des animaux. De la billebaude à l'affût flottant en passant par le piégeage photographique, chaque technique s'adapte à une situation donnée et nécessite sa propre préparation. Si la billebaude et l'approche à pied sont les méthodes qui procurent le plus de sensations, l'affût fixe bien préparé demeure la technique la mieux adaptée pour réaliser les plus belles photographies d'animaux.

Approche et billebaude

De toutes les techniques, l'approche est certainement celle qui procure le plus de sensations au photographe. Repérer un animal au gré de vos balades et entreprendre une approche en vous adaptant en temps réel à la situation demandent de solides connaissances non seulement sur l'espèce, sa distance de fuite, ses capacités sensitives, mais également sur votre manière de vous déplacer pour maximiser vos chances de réussite.

Les facteurs de réussite d'une photographie de nature


Réussir une sortie en photographie animalière répond à un certain nombre de critères, qui ensemble doivent d'abord rendre possible la réalisation des fameux clichés. Ce tronc commun est régi par quatre facteurs essentiels :

• la technique ;
• les connaissances naturalistes ;
• le facteur humain ;
• la chance !

S'il n'est pas indispensable dans beaucoup de spécialités photographiques, le facteur technique est une nécessité en photographie animalière et constitue de fait la première clé de réussite. Il englobe aussi bien l'aspect photographique (maîtrise du boîtier et des accessoires, qualité du matériel, focale et caractéristiques des objectifs, etc.) que l'aspect pratique (affût, matériels de camouflage, matériels pour le repérage, etc.).

Le choix du matériel pourra avoir une influence considérable sur les probabilités de réussite d'un affût ou d'une approche. Chaque modèle de boîtier possède ses propres caractéristiques, et chaque espèce ses sensibilités. Un boîtier silencieux sera par exemple privilégié quand vous tenterez des approches sur les grands mammifères, très chatouilleux sur les bruits inhabituels dans leur environnement, tandis qu'un appareil très rapide en rafale sera préféré pour réaliser des photographies d'oiseaux marins en vol.

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Oies cendrées photographiées en vol. Le mode rafale
du boîtier aura permis d'obtenir une vue convenable des oiseaux regroupés.
Canon EOS 5D, 500 mm, f/5.6, 1/125 s, 800 ISO, +0.3 IL en correction d'exposition

Au niveau des optiques, les dernières technologies (autofocus à motorisation ultrasonique apportant silence et rapidité ; stabilisation optique permettant de gommer les bougés du photographe) apportent un confort d'utilisation et font in fine augmenter le pourcentage de réussite de manière sensible, d'autant plus si la lumière vient à manquer et qu'elles sont mariées avec l'utilisation à haute sensibilité des boîtiers numériques récents. Les derniers modèles comme le Nikon D3s repoussent les limites de la prise de vue en offrant des sensibilités ISO extrêmes, et permettent d'obtenir des photographies qui semblaient impossibles à réaliser il y a quelques années seulement. Bien évidemment tout cela nécessite une maîtrise parfaite du matériel et des techniques de base de la photographie.

Avec l'avènement des loisirs « verts » grand public (pêche, chasse, chasse à l'arc, paint ball, air soft, etc.) il est de plus en plus facile de trouver du matériel spécialisé pour le camouflage et à des prix de plus en plus abordables. Là où il y a une décennie, on se contentait d'habits neutres ou des surplus de l'armée, on trouve désormais des tenues de camouflage très efficaces avec des tissus de dernière génération (imperméables, respirants et surtout silencieux) qui permettent de travailler dans des conditions extrêmes avec un confort nettement amélioré.

Les connaissances naturalistes constituent le second facteur, peut-être le plus décisif. La meilleure technique du monde ne saurait remplacer la connaissance de votre sujet. La photographie de nature implique de vous approprier un certain nombre d'informations sur les sujets que vous souhaitez traiter :

• les mœurs de l'animal (heures de sorties, régularité de passage, habitudes alimentaires) ;
• les facteurs de dérangement (périmètre de sécurité, acuité des sens, conséquences des dérangements sur les individus ou leur progéniture) ;
• les critères d'identification.

Ceci de manière à maîtriser les conséquences de vos actes sur les sujets étudiés. Il est en effet impensable de mettre en danger un animal ou ses petits pour la réalisation d'une photographie. Il faut savoir que certaines espèces d'oiseaux, en cas de dérangement au nid, abandonnent purement et simplement leur progéniture. Un jeune mammifère touché par un humain peut être abandonné par sa mère, car marqué d'une odeur ennemie. Il est dangereux de manipuler un batracien sans vous être préalablement mouillé les mains.

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Salamandre tachetée en sous-bois, à proximité de son lieu de reproduction.
Espèce protégée, la salamandre ne doit pas être manipulée sans précautions.
Canon EOS 20D, 150 mm, f/5.6, 1/100 s, 400 ISO, –0.3 IL en correction d'exposition

La connaissance des sujets passera également par le repérage – à la jumelle généralement – et par l'étude topologique du terrain, du sens du vent, de l'orientation de la lumière aux heures potentiellement intéressantes, mais aussi par le suivi de la météo, voire même le chronométrage des allées et venues des individus de manière à pouvoir vous installer sans dérangement en période de nourrissage.

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Huppe fasciée photographiée au terme de longues heures de repérage et d'observation.
Canon EOS 20D, 300 mm + téléconvertisseur ×1.4,
f/8, 1/200 s, 200 ISO, –0.3 IL en correction d'exposition

Info
À l'heure d'Internet, il n'a jamais été aussi facile de se documenter sur la nature. Préférez toutefois les bons manuels et guides naturalistes à certains articles web pseudo-encyclopédiques qui véhiculent parfois des informations erronées.
Le partage d'expériences au sein de communautés de photographes naturalistes reconnues sur Internet, à l'image de Beneluxnaturephoto.net avec ses milliers de membres, et la participation à l'action d'associations naturalistes sur le terrain, telles que la Ligue pour la protection des oiseaux, vous permettront d'augmenter sensiblement votre cadence d'apprentissage de la nature et de la technique et d'étendre vos réseaux relationnels.

Le facteur humain est un élément à prendre en compte également. En effet, pour approcher les animaux, vous devez progresser sur le territoire de votre sujet. Aussi accessoire que cela puisse paraître, il faut savoir qu'en France – et c'est le cas également dans quasiment tous les pays d'Europe occidentale – toute terre appartient à une personne morale (entreprise, association, collectivité locale) ou physique et est donc régie par un droit d'accès soumis la plupart du temps à autorisation.

Ce n'est pas un hasard si les accès aux territoires intéressants sont limités, concernant des parcelles privées ou des réserves naturelles généralement inaccessibles au grand public. Il est donc essentiel pour le photographe de pouvoir établir un réseau de connaissances lui permettant de s'acquitter des droits d'accès aux endroits les plus propices pour la réalisation de ses photographies. Une entente cordiale avec les autres usagers de la nature et avec les décideurs, quels qu'ils soient (agriculteurs, chasseurs, particuliers, associations de protection de la nature, etc.), sera donc nécessaire, malgré les antagonismes que vous pourrez parfois rencontrer sur certaines questions (chasse notamment).

Une règle essentielle
Il est indispensable d'obtenir l'autorisation du propriétaire ou de l'ayant droit avant de pénétrer dans un lieu privé ou régi par des règles strictes d'accès.
N'hésitez pas à solliciter les personnes concernées, et expliquez simplement que vous souhaitez seulement faire des photos, en vous pliant aux règles d'usage s'il en existe. Proposez en contrepartie quelques tirages photographiques des sujets que vous aurez réussi à immortaliser. Si les propriétaires sont des passionnés, ils accepteront la plupart du temps.


Le dernier facteur, le plus improbable et le moins déterministe, est le choix de l'instant. En effet, il ne suffit pas au photographe d'être présent avec ses connaissances et son matériel au bon endroit avec la bonne lumière et le bon sujet. Il doit également choisir l'instant, dernier rempart vers la photographie réussie. La seule chose permettant d'augmenter sa réussite demeure donc inéluctablement le temps passé sur le terrain, mais également la maîtrise absolue des autres facteurs. La patience et l'humilité sont les deux vertus du photographe animalier.

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Guêpiers belliqueux sur une branche, depuis affût.
L'instant du déclenchement a été décisif, tant l'action fut brève.
Canon EOS 5D Mark II, 500 mm, f/5, 1/640 s, 800 ISO

La billebaude, méthode et approche

La billebaude est une technique photographique consistant, au cours d'une randonnée ou d'une promenade en milieu naturel, à réaliser des approches et/ou de courts affûts au gré de vos rencontres. Si cette technique offre de belles sensations et a l'avantage de pouvoir se pratiquer sur des laps de temps parfois courts (des sorties d'une heure sont parfaitement possibles), elle n'en demeure pas moins fortement soumise au « facteur chance ».

Il n'est en effet pas rare de revenir bredouille, malgré le plaisir de vivre et revivre ces moments fugaces du petit matin, quand le soleil pointe le bout de ses rayons, éveillant la nature encore endormie sous la rosée ou cachée dans la brume matinale. Ambiance magique !

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Vue du ciel, la campagne au lever du soleil offre un spectacle magique,
qui laisse entrevoir les possibilités de prise de vue au sol.
Canon EOS 5D, zoom 70-200 mm à 75 mm, f/5, 1/400 s, 640 ISO, –0.6 IL en correction d'exposition,
photographié depuis un ULM

Il existe une méthode simple pour optimiser vos chances de réussite, fondée sur un repérage préalable du terrain et sur quelques notes prises en conséquence. Elle s'appuie sur la connaissance des éléments du futur parcours susceptibles de vous aider ou de vous mettre en échec.

La première étape consiste en un repérage naturel, qui est tout simplement le repérage que l'on fait en passant en voiture, à vélo ou à pied sur un lieu susceptible d'offrir des caractéristiques intéressantes pour une billebaude. N'hésitez pas à faire de petits détours en voiture, lorsque vous rentrez du travail ou que vous vous rendez chez des amis, pour jauger des possibilités du terrain. L'idéal est de réaliser ces petites promenades improvisées aux heures stratégiques du matin et du soir, lorsque le soleil est bas dans le ciel : l'heure préférée des animaux pour sortir à découvert.

Préférez les zones de lisière à proximité de grandes cultures car les mammifères aiment généralement venir s'y restaurer. La nature de la végétation doit aussi être prise en compte, ainsi que la présence de petits cours d'eau. Hors période de chasse, privilégiez les zones de chasse. En effet, s'il y a des chasseurs, il y a des animaux.

Astuce
Il est toujours utile de savoir repérer et surtout reconnaître les traces d'animaux. N'hésitez pas à vous munir de guides naturalistes comme l'excellent Guide du pisteur débutant, de Vincent Albouy et Szabolcs Kokay aux éditions Delachaux et Niestlé, pour vous aider à appréhender les signes de présence.
Profitez des promenades dominicales pour emprunter les sentiers et chemins jouxtant les habitats de vos sujets. Les balades en famille seront l'occasion de jeux avec les enfants, à la recherche de ces indices et leur identification.

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Il n'est pas rare d'observer, depuis une voiture,
les petits groupes grégaires de chevreuils qui se forment en période hivernale.
Canon EOS 300D, 500 mm, f/4.5, 1/1000 s, 100 ISO

Vous veillerez dans tous les cas à bien respecter les propriétés privées, ou à défaut demander les autorisations aux propriétaires, si l'endroit est vraiment intéressant. Lorsqu'un lieu donné offre une certaine régularité sur un sujet – les chevreuils par exemple sont relativement routiniers –, vous pouvez alors entreprendre d'étudier plus en détail les aspects techniques.

La seconde étape va consister à l'étude cartographique des parcours possibles sur le lieu visé pour vos futures sorties. Il est possible et conseillé d'utiliser pour cela un logiciel spécialisé, à l'image de CartoExploreur 3D, édité par l'IGN (disponible dans les grandes surfaces spécialisées dans les produits culturels comme Cultura ou la Fnac). Ce logiciel peu onéreux met à votre disposition la cartographie IGN à 1:25 000 de tous les départements de France, généralement par moitié, Est ou Ouest. Comptez autour de 30 € pour un demi-département (coût très relatif comparé au tarif généralement constaté pour une simple carte 1:25 000).

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CartoExploreur, ici en vue 2D, permet de bénéficier des cartes IGN d'une moitié de département, à prix tout doux.

 
Outre le fait de mettre à disposition les cartes IGN de votre région, ce logiciel en permet l'édition couleur – limitée au format A4 – à différentes échelles, et permet de trouver un lieu-dit par son nom, de définir des points d'intérêt, des tracés et de mesurer des distances. Il permet aussi d'afficher le dénivelé d'un sentier et les courbes de niveau des parcours que vous aurez définis.

L'exploration cartographique du lieu permet de voir les chemins, leurs jonctions, la disposition des lisières, des clairières, des cours d'eau et donc de définir les lieux de passage potentiels par rapport à l'exposition lumineuse (par rapport au nord, affiché sur la carte). Tracer le parcours sur la carte vous permettra de déterminer la distance totale de votre circuit et de visualiser ce dernier en trois dimensions.

Géoportail, l'outil ultime !
Depuis 2007, le site Internet www.geoportail.fr, créé à l'initiative de l'Institut géographique national (IGN), offre gratuitement l'ensemble du territoire français sous forme de cartes IGN au 1:25 000, mais également en vues satellites et parcellaires – bien pratique pour déterminer de quel terrain vous devez rechercher le propriétaire.
L'impression n'est pas prévue, mais il est toujours possible de réaliser des captures d'écran assez précises pour éditer vos feuilles de route et prendre les notes requises.
Depuis peu, un outil de visualisation en trois dimensions a été mis en ligne, mais pour le moment il n'offre pas la puissance du logiciel Carto Exploreur 3D.


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Géoportail vous permet d'afficher les cartes IGN mais également des vues satellites,
et beaucoup d'autres informations administratives.

Une fois votre carte en main, vous pourrez enfin réaliser un repérage physique muni de votre matériel photographique. Connaître le terrain sur lequel vous évoluez permet de mettre de votre côté tous les atouts pour la réussite de vos photos. Au-delà des éléments propices au camouflage (zones masquées par un arbre mort ou un rocher, trous, bosses...), il est important de noter sur votre « feuille de route » – votre carte imprimée – les petits détails rencontrés sur le parcours (type de végétation, éventuelles espèces intéressantes de plantes pour de futures sorties macro, traces de passages, empreintes, coulées, chants d'oiseaux singuliers).

Le type de sol revêt également une grande importance, ainsi que la présence de branchages, feuilles mortes et autres végétaux secs pouvant générer du bruit lors de vos progressions. Il est intéressant de vous munir de votre matériel photographique afin d'évaluer si ce dernier sera bien adapté au parcours et aux distances potentielles de prise de vue. De la même façon, le type de végétation environnant définira quels vêtements de camouflage seront les mieux adaptés.

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La Ghillie Suit permet une intégration étonnante dans de nombreux milieux.
Pour les courtes billebaudes, elle est plutôt bien adaptée.
Canon EOS 300D, 500 mm, f/4.5, 1/1000 s, 100 ISO

Cependant, les deux éléments les plus importants auxquels vous devrez consacrer cette sortie seront le sens du vent et l'orientation de la lumière ainsi que sa qualité. Dans les zones vallonnées, le vent est rarement tournoyant et il est essentiel d'en connaître la direction pour mener à bien vos progressions. L'étude de la lumière selon les heures auxquelles vous sortirez vous permettra de définir à quel moment vous devrez passer aux points stratégiques.

Ces trois étapes de repérage respectées, vous serez à même de débuter vos sorties dans les meilleures conditions en appliquant les techniques d'approche ou d'affût propres à chaque espèce rencontrée, au gré de vos errances naturalistes. Veillez cependant à ne pas revenir chaque jour au même endroit sur de trop grandes périodes, les changements d'habitudes sont toujours possibles chez les animaux dérangés trop souvent.

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Cerf élaphe traversant un bras de lac.
Canon EOS 5D, 500 mm, f/5.6, 1/500 s, 125 ISO, –0.3 IL en correction d'exposition

Sur l'eau, l'affût flottant

Technique mise en œuvre pour la première fois en France et dévoilée au grand public par les photographes Nicolas Van Ingen et Jean-François Hellio, l'affût flottant consiste en une structure flottante camouflée, dans laquelle le photographe va pouvoir prendre place et se déplacer sur l'eau afin d'approcher ses sujets sous des angles impossibles en affût fixe.

L'affût est généralement constitué d'une base flottante en U, surmontée d'un dôme de toile sous lequel le photographe va prendre place avec son matériel photographique. L'utilisation de ce dispositif nécessite de vérifier que la profondeur des étangs ou zones humides fréquentées ne dépassera pas la hauteur des aisselles, et impliquera l'utilisation de waders (pantalon imperméable à bretelles utilisé généralement par les pêcheurs) ou d'une combinaison de plongée.

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Affût flottant en situation.
Photographie Christophe Perelle

 
Ce type d'affût étant très exclusif, il est introuvable dans le commerce et c'est au photographe de le confectionner. La plupart conçoivent la structure flottante à partir de matériaux isolants épais dérivés du polystyrène (que l'on trouvera dans les magasins de bricolage) qu'ils découpent en forme de U, et sur laquelle ils fixent un cadre de bois ou d'aluminium afin de fixer le dôme. On peut également utiliser des bidons vidés en guise de flotteurs, sur une structure en bois.

Le dôme peut être confectionné à l'aide de tubes PVC assemblés en forme de cube, ou à partir d'une armature pour tente Igloo (on trouve généralement ce type d'accessoire sous forme de pièces de rechange dans les grandes surfaces spécialisées, au rayon randonnée). La toile, qui devra être épaisse et de couleur neutre à défaut de motifs camouflage, sera enfilée sur l'armature et entaillée à l'avant afin de laisser passer le téléobjectif.

Dans ce type d'affût, la stabilité est certainement ce qui fera le plus défaut au photographe : l'usage d'un téléobjectif muni d'un stabilisateur optique sera indéniablement un avantage. Pensez à sangler votre matériel à la structure flottante, de manière à ce que ce dernier ne tombe pas à l'eau en cas de glissade dans un trou. Veillez également à vérifier la flottabilité de la construction avec votre poids du corps car votre premier réflexe sera de vous y accrocher. Testez également l'équilibrage avant/arrière car lors de la première utilisation, le poids de votre matériel photographique pourrait faire dangereusement basculer votre flotteur vers l'avant. Pour cela, utilisez de petits bidons que vous remplirez partiellement d'eau afin de lester l'arrière de l'ensemble.

On peut prévoir un pas de vis pour fixer une rotule sur le cadre tenant vos flotteurs. Cela vous permettra de sécuriser votre matériel et évitera tout risque de chute. Il sera néanmoins plus pratique d'utiliser un bean bag (sac de calage rempli de haricots secs ou de billes en terre cuite) épais pour supporter votre téléobjectif, l'eau jouant finalement le rôle de la rotule pour les déplacements angulaires. Vous serez placé plus bas vers la surface de l'eau et bénéficierez d'une meilleure perspective... mais vous devrez également faire plus attention !

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Grèbe huppé photographié depuis un affût flottant.
Canon EOS 5D, 500 mm, f/4.5, 1/1600 s, 200 ISO

Comme pour toute progression au milieu de la faune sauvage, vos mouvements devront être lents et progressifs, et ne créer aucun remous ni clapotis. Limitez au maximum vos déplacements, et prévoyez l'utilisation de waders en néoprène assez épais si vous devez pratiquer par temps froid. Il est souvent nécessaire de passer plusieurs heures sans bouger pour réussir une séance d'affût flottant.

Affûts fixes

Par opposition à l'approche et ses diverses techniques, l'usage des affûts fixes offre de manière générale des résultats beaucoup plus probants, mais nécessite d'y passer également beaucoup plus de temps tant dans la préparation des installations que pour l'attente de vos sujets.

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Quand il est impossible d'intégrer efficacement un affût dans le paysage, il est nécessaire de
faire preuve de patience et de laisser un temps d'adaptation aux animaux.

S'ils n'apportent pas autant de sensations que l'approche directe, ils demeurent dans de nombreux cas la seule solution pour réussir les photographies des sujets les plus craintifs.

Détecter les meilleurs endroits

L'usage d'un affût fixe implique généralement d'avoir l'autorisation d'évoluer sur les lieux de prise de vue. Si vous n'évoluez pas sur un terrain dont vous êtes propriétaire, demandez impérativement l'autorisation au propriétaire ou, à défaut, à l'autorité gérant l'emplacement voulu : Office national des forêts, parcs naturels, mairies et autres collectivités locales. Expliquez quelle est votre démarche, la période durant laquelle vous souhaitez utiliser votre cache, et proposez le cas échéant d'offrir des tirages une fois les photos réalisées.

Le repérage des meilleurs sites impliquera dans la majorité des cas l'utilisation des mêmes techniques que celles usitées dans la préparation des billebaudes : repérage en voiture, vélo ou à pied, suivi d'une étude cartographique, et enfin repérage in vivo des emplacements ayant le plus de potentiel pour un affût.

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Certains indices sur le terrain peuvent trahir la présence d'espèces intéressantes,
à l'image de ces impacts sur un tronc dans une clairière en forêt.

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Le pic épeiche est des espèces laissant des empreintes caractéristiques dans les troncs.
Canon EOS 5D Mark II, 500 mm, f/5.6, 1/160 s, 800 ISO, –1.3 IL en correction d'exposition

Astuce

Construire un affût au bord d'une zone humide et retrouver au petit matin une demi-douzaine de pêcheurs à quelques mètres de votre cachette ne vous mettra certainement pas dans les meilleures conditions pour réaliser des photographies inoubliables. N'hésitez pas, au regard des heures que vous passerez dans votre future cachette, à dépenser un peu de votre temps à venir observer à la jumelle vos meilleurs emplacements et ainsi valider leur potentiel et leur tranquillité.

Le choix sera axé essentiellement sur deux critères : la présence des espèces convoitées, et la position du soleil aux moments où les prises de vue seront réalisées. Se mettre à l'affût une journée complète implique généralement soit de se positionner face au nord, de manière à réduire au maximum les ombres quand le soleil sera haut dans le ciel, soit de choisir des journées couvertes voire neigeuses ou pluvieuses (ce qui est souvent le cas l'hiver), garantes d'une luminosité réduite mais homogène.

L'emplacement devra permettre dans la mesure du possible une intégration forte dans le paysage, et l'usage d'éléments sur le terrain pourra aider à la construction de la cachette : vieux mur ou tas de cailloux, arbres enchevêtrés, amas de branches mortes, etc.

Différents types d'affût

Selon ce que vous voudrez photographier, vous pourrez utiliser un certain nombre de types d'affûts fixes, avec chacun leurs spécificités.

Dans tous les cas, les constructions devront offrir une bonne intégration dans le paysage. Si cela n'est pas nécessaire avec toutes les espèces d'animaux, cela garantira la durée de vie de votre affût et évitera les dégradations s'il est en milieu ouvert accessible au public. Vous pourrez utiliser des végétaux prélevés dans l'environnement immédiat, des pierres ou des morceaux de bois mort pour agrémenter votre cachette et parfaite son intégration.`

La structure de l'affût pourra être composée de grosses branches trouvées sur place ou d'éléments apportés (tubes PVC ou armature en alu ou en bois). Vous pourrez utiliser de la toile si possible imperméable pour la toiture. Un filet à grosses mailles et feuilles plastifiées (appelé filet « salade ») trouvé dans un surplus militaire complétera le camouflage et permettra d'y fixer facilement des branches.

Veillez à ce que l'ensemble soit suffisamment opaque pour ne pas dessiner votre silhouette en ombre chinoise ! Enfin, ne négligez pas les éléments nécessaires à votre confort.

Astuce
Si vous envisagez la construction d'un affût en bois, à l'image des affûts mis à disposition par la Ligue pour la protection des oiseaux de Champagne-Ardenne pour l'observation des grues cendrées, utilisez une ou deux palettes afin de former un plancher qui vous gardera au sec et vous isolera du gel l'hiver.

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Vue extérieure de l'un des affûts mis à disposition par la LPO Champagne-Ardenne.

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Vue de l'intérieur : le confort est spartiate, mais le plaisir est intense.

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Grues cendrées au gagnage. La promiscuité des affûts et l'habitude des oiseaux
a permis l'utilisation d'une focale de 85 mm pour réaliser ce cliché.
Canon EOS 20D, 85 mm, f/4, 1/2000 s, 100 ISO, –0.6 IL en correction d'exposition

Il existe également des affûts répondant à des besoins spécifiques et offrant un confort adapté aux conditions de prise de vue pour être utilisés de longues heures.

Vous utiliserez les affûts semi-enterrés pour photographier les rapaces charognards, qui viennent généralement prélever la chair sur les carcasses d'animaux morts à même le sol, ou les oiseaux venant boire ou se baigner dans des mares forestières. Ce type d'affût nécessite un outillage conséquent puisqu'il faudra creuser un trou suffisamment vaste pour vous accueillir avec votre matériel. Prévoyez l'usage de liner (bâches étanches utilisées pour tapisser le fond des bassins dans les jardins) sur les terrains humides pour vous prémunir contre les inondations intempestives, ainsi que d'une couverture parfaitement imperméable. Vous pourrez faire largement dépasser la toiture de l'ensemble au-dessus de l'ouverture de manière à ce que l'intérieur soit tapi dans l'ombre à toute heure de la journée. Enfin, pensez à obstruer l'ouverture quand vous n'occupez pas les lieux afin d'éviter les visiteurs indésirables.

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Photographier les oiseaux au bain peut se faire simplement dans une flaque d'eau.
Mais construire un bassin en plein milieu des bois peut se révéler bien plus efficace.

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Si l'on peut s'attendre essentiellement à voir des passereaux sur les points
d'eau en sous-bois, il n'est pas exclu d'y croiser l'épervier d'Europe.
Canon EOS 5D Mark II, 500 mm, f/5.6, 1/160 s, 1000 ISO, –0.6 IL en correction d'exposition

À l'opposé, les affûts perchés permettent l'observation en toute quiétude des espèces vivant en hauteur dans les arbres ou, à défaut, de disposer des caches à proximité de nids ou de trous occupés par des oiseaux. Il s'agit généralement de plates-formes fixées dans les arbres et surmontées d'un petit dôme couvrant le photographe. La plupart des adeptes de cette technique pratiquent l'escalade et disposent d'équipements adéquats. N'improvisez pas d'escalade dans un arbre sans harnais de sécurité.

D'autres adeptes, comme le hongrois Bence Maté, construisent littéralement des affûts en hauteur, avec tout le confort nécessaire pour y passer de longues heures au contact des oiseaux. Il s'agit là de constructions nécessitant des moyens importants, mais offrant des possibilités extraordinaires pour leurs usagers.

photo animalière

Véritable affût de luxe, la tour construite par le Hongrois Bence Maté s'élève à 12 mètres de hauteur.
On y photographie au travers de vitres sans tain, pour un confort optimal.

photo animalière

Photographier depuis une tour perchée à plus de 10 mètres facilite grandement la photographie
des oiseaux en vol, à l'image de ce rollier d'Europe.
Canon EOS 5D Mark II, 500 mm, f/6.3, 1/2000 s, 1 000 ISO

Depuis la voiture

La typologie des milieux naturels et leur intégration dans le paysage autoroutier de nos pays occidentaux permet généralement l'usage de la voiture pour se déplacer entre les différents endroits susceptibles d'abriter la faune sauvage. Les animaux, bien souvent, ne considèrent pas la voiture comme un danger en soi, et il est aisé de mettre cela à profit pour réaliser des photos.

Il existe deux techniques pour utiliser votre véhicule comme un affût confortable. La première consiste à rouler doucement sur les chemins ou petites routes fréquentés par les espèces que vous recherchez, et d'arrêter la voiture à leur hauteur pour les photographier.

photo animalière

Photographiée depuis la voiture aux abords d'un parking, cette bergeronnette grise était en pleine toilette.
Canon EOS 20D, 500 mm, f/5.6, 1/400 s, 400 ISO, –0.6 IL en correction d'exposition

Bien qu'il soit plus prudent de procéder à deux et de vous faire conduire, vous pouvez placer votre matériel photo prêt à l'emploi sur vos genoux et arrêter votre véhicule, fenêtre préalablement ouverte, pour tenter quelques clichés.
Cette méthode fonctionne assez bien avec les rapaces (buses variables, bondrées apivores, parfois faucons crécerelles) bordant les routes de campagne, ainsi qu'avec un certain nombre de petits oiseaux : tariers, bergeronnettes, pipits, pies-grièches, etc.

S'il est possible de réaliser de jolis clichés de mammifères, la position généralement haute de prise de vue ne donnera pas d'aussi belles photographies que celles qui sont réalisées à pied, surtout en cas de forte proximité. Dans la plupart des cas, il ne sera pas nécessaire de couper le moteur. Si l'animal se montre assez confiant, attendez toujours quelques secondes avant de couper le contact afin de minimiser les risques de fuite.
La seconde technique, plus prolifique et également plus écologique, consiste à vous poster à l'affût depuis votre voiture. Vous utiliserez pour cela un simple filet de camouflage, que vous bloquerez dans la porte et laisserez pendre sur votre fenêtre. Un bean bag (sac de calage) vous permettra de disposer confortablement votre matériel photographique sur le montant de fenêtre.

photo animalière

L'affût depuis la voiture arrêtée à proximité d'un lieu de passage peut s'avérer
une excellente option pour réaliser de belles photographies.

Les espèces fréquentant les haies d'aubépines comme les pies-grièches sont typiquement celles que vous pourrez immortaliser depuis votre voiture, stationnée le long de leur habitat. Outre sa facilité de mise en œuvre, cette technique offre également l'avantage de ne demander que très peu de temps de préparation, et peut se pratiquer lors de vos pauses déjeuner.

photo animalière

Pie-grièche écorcheur juvénile, photographiée depuis la voiture.
Canon EOS 5D, 500 mm, f/6.3, 1/800 s, 250 ISO, –0.3 IL en correction d'exposition

Info
Il existe des clamps de fenêtre – sorte de pinces spécialement conçues pour les vitres des voitures – sur lesquels il est possible de fixer des rotules et ainsi fixer votre matériel.
Ce type de matériel peut se trouver chez Jama électronique ou chez Europe Nature Optik (voir Annexe).

Piégeage et déclenchement à distance

Quand toutes les conditions ne sont pas réunies pour vous permettre de réaliser des photographies, que ce soit du fait de la distance, de l'absence de possibilités d'affût ou plus simplement de contraintes matérielles spécifiques, il est possible de recourir au déclenchement à distance, voire même au piégeage photographique.

Ces techniques, souvent difficiles à mettre en œuvre, sont soumises à de fortes contraintes et nécessiteront un grand nombre d'essais avant d'arriver au résultat escompté.

Matériel et possibilités


En matière de déclenchement à distance, deux méthodes sont usitées :

• disposer l'appareil muni d'un récepteur radio ou d'un câble suffisamment long, et déclencher manuellement l'obturateur depuis un poste d'observation ;
• utiliser le matériel avec un dispositif de déclenchement automatique, sensible au mouvement ou au poids de vos sujets.

Le point commun de ces deux techniques est que vous serez soumis à une unique position et un unique réglage pour la prise de vue. Pas de possibilités de modifier le cadrage de votre boîtier, ni même d'en vérifier la mise au point ou les paramètres de prise de vue, qui devront être préalablement réglés.

photo animalière

Disposer de la nourriture à des endroits judicieux peut grandement faciliter
la mise au point de vos dispositifs de déclenchement.
Canon EOS 20D, 500 mm, f/5.6, 1/500 s, 200 ISO, –0.3 IL en correction d'exposition

photo animalière

Repérer les traces de passage dans des endroits enclavés,
comme ici des empreintes de renard dans un ru, peut constituer un départ pour du piégeage photographique.

Info
Il existe des rotules télécommandées permettant de bouger le matériel photographique à distance, ainsi que des caméras d'œilleton destinées à contrôler à distance le cadrage avant déclenchement. Ces dispositifs sont toutefois extrêmement onéreux, ce qui les réserve généralement à des usages scientifiques.

Le matériel utilisé décidera des possibilités offertes, notamment en distance maximale de déclenchement (limitée à quelques mètres avec un câble, et pouvant dépasser plusieurs centaines de mètres avec une télécommande radio). De la même façon, le temps de latence au déclenchement sera un élément capital dans la réussite de vos photographies. Certains petits sujets peuvent se montrer très véloces. À titre d'exemple, le simple bruit de l'obturateur d'un boîtier de gamme expert disposé à 20 centimètres d'une mésange inhibe littéralement toutes vos chances d'en réussir un cliché si vous ne munissez pas votre boîtier d'une housse insonorisante ou, à défaut, si vous n'utilisez pas un mode d'obturation plus rapide. Le temps de réaction des passereaux, extrêmement élevé, ne vous permettra dans le meilleur des cas que d'avoir un bout de queue sur vos clichés !

Il existe des dispositifs qui permettent de réduire considérablement le temps de réponse des appareils au déclenchement, en les maintenant en mode miroir relevé. Sur un boîtier de type Canon EOS en gamme expert, cela permet par exemple de faire descendre le temps de latence au déclenchement de 0.27 à 0.034 seconde.

Le déclenchement ultra-rapide, une affaire de spécialistes
Des photographes comme Joël Héras ou Ghislain Simard se sont spécialisés dans la photographie d'insectes en vol en milieu naturel. Cette technique nécessite des temps d'obturation très élevés, allant de 1/8000 s à 1/40000 s, ce qui pose quelques soucis étant donné que les appareils les plus performants du marché arrivent au mieux à des temps d'obturation de l'ordre de 1/16000 s.
Il leur a donc fallu construire un obturateur spécifique, monté entre le boîtier et l'optique, permettant d'atteindre ces vitesses record, et lui adjoindre plusieurs flashes afin de complémenter en lumière le dispositif, le tout étant déclenché à l'aide de barrières laser de grande précision.


Photographier à distance

Le déclenchement à distance est généralement utilisé pour les photographies d'animaux à des focales ou à des distances inhabituelles, typiquement avec l'utilisation d'un objectif grand-angle.

S'il est possible de trouver des télécommandes filaires suffisamment longues (jusqu'à une dizaine de mètres), la disponibilité sur le marché de déclencheurs radiocommandés apporte un confort non négligeable en la matière. Outre une portée de fonctionnement largement supérieure (jusqu'à 50 mètres pour les premiers modèles, que l'on trouve désormais à moins de 50 €), ils permettent de s'accommoder de toutes les situations, autorisant le déclenchement au travers d'une vitre ou depuis une voiture.

Ces dispositifs sont généralement constitués d'un boîtier que l'on va connecter à la prise télécommande du boîtier, et d'une simple télécommande à bouton pour le déclenchement. On peut leur adjoindre diverses options, comme le contrôleur de télécommande destiné à gérer le relevage du miroir et faire ainsi baisser le temps de réaction du boîtier. Ce type de contrôleur permet de s'affranchir du fait que les boîtiers rabaissent leur miroir passé un certain délai (généralement 30 secondes).

L'installation de votre boîtier demandera une grande préparation, car vous devrez composer avec toutes les contraintes inhérentes à la situation :

• gestion de la lumière et de l'exposition ;
• cadrage de l'image et zone de mise au point ;
• peur engendrée par la présence du matériel ;
• gestion du bruit au déclenchement, pour les animaux les plus sensibles.

Le plus souvent, ce type de dispositif sera utilisé pour les oiseaux, à proximité d'un perchoir. Le gros avantage est que la zone de netteté à gérer en sera d'autant réduite, plus particulièrement si vous utilisez un grand-angulaire pour réaliser des plans larges de l'oiseau dans son environnement.

Veillez à placer convenablement le boîtier de manière à ce que l'animal entre intégralement dans le cadre et soit sur un point fort de l'image (règle des tiers). Vous devrez trouver le bon équilibre entre ouverture et vitesse de déclenchement de manière à garantir une profondeur de champ suffisante mais également une vitesse d'obturation assez élevée pour figer les éventuels mouvements de votre sujet.

photo animalière

Il est possible, grâce au déclenchement à distance,
de se photographier derrière les animaux : ici avec une mésange charbonnière, devant ma maison.
Canon EOS 5D, zoom 24-105 mm à 35 mm, f/4, 1/4000 s, 320 ISO

Dans tous les cas, désactivez l'autofocus de manière à éviter toute tentative de mise au point de la part du boîtier. Désactivez également le stabilisateur optique de votre objectif s'il en est équipé : utilisé sur trépied ou en position rigide, il peut amener des mouvements parasites et rendre les images inutilisables.

Il sera utile de noter des repères visuels de manière à garantir le bon positionnement de l'animal dans le champ, surtout si votre support lui offre une certaine latitude de déplacement. Pour les espèces craintives, camouflez votre matériel à l'aide de végétaux environnants ou à l'aide d'un petit filet de camouflage, et pensez à fixer votre boîtier solidement s'il y a un risque de contact avec les animaux. Le cas échéant, entourez l'appareil d'une housse antibruit pour limiter l'impact du déclenchement sur le comportement des sujets.

Enfin, il conviendra de connaître le comportement des animaux photographiés, mais également d'anticiper chaque mouvement en prenant compte du temps de latence au déclenchement induit par votre télécommande, si vous ne pouvez pas garantir une obturation immédiate avec relevé de miroir.

Astuce
Si vous souhaitez réitérer plusieurs fois le même affût en déclenchement à distance, vous pouvez laisser un leurre en lieu et place de votre appareil, de manière à habituer les animaux à sa présence. Ils prendront confiance et ne prêteront plus attention à sa présence, ce qui facilitera l'obtention de comportements naturels.
Dans l'hypothèse où vos sujets sont des oiseaux, veillez également à ne pas disposer votre matériel photographique trop en hauteur. Bien souvent, le plus haut perchoir est le meilleur qui soit pour la gent ailée, et votre boîtier pourrait parfaitement jouer ce rôle ingrat.


Piégeage photographique

Répondant sensiblement aux mêmes contraintes techniques que la photographie à distance en ce qui concerne les réglages de prise de vue, le piégeage photo permet de s'affranchir du facteur humain et utilise le comportement de l'animal pour entraîner le déclenchement.

Il existe différentes solutions de piégeage, pour l'essentiel basées sur le mouvement. Ce dernier est généralement détecté au passage de l'animal dans un faisceau infrarouge ou laser, ou sur une bascule entraînant un contacteur, qui va déclencher l'obturation du boîtier. Il existe également des dispositifs de déclenchement basés sur le bruit produit par l'animal, mais leur utilisation est moins évidente.

De tous les systèmes, la barrière à infrarouge est certainement le plus polyvalent. Elle permet généralement de travailler aussi bien sur les petits sujets comme les insectes que les gros animaux tels que les mammifères, et le déclenchement se fait quasiment sans temps de latence. De plus, le coût d'acquisition est relativement modéré et l'usage aisé.

photo animalière

Exemple de montage simple avec barrière infrarouge, sur l'une de mes mangeoires.

 
Utiliser ce genre de dispositif nécessite de connaître les lieux de passage des animaux. La plupart des mammifères sont assez routiniers, et les sorties de terriers sont autant d'endroits prolifiques pour installer un piège photographique. Dans tous les cas, il est indispensable de parfaitement connaître les habitudes de vos sujets pour éviter tout dérangement pouvant nuire à la survie des petits, et il sera toujours préférable de positionner de la nourriture à destination des parents plutôt que de tenter des photographies par exemple au sortir du nid.
Il est également possible d'attirer vos sujets à l'aide d'appâts : céréales ou fruits pour les petits rongeurs fréquentant les granges, graines pour les oiseaux, morceaux de viande ou œufs (qui ont l'avantage de bien se conserver) pour les petits carnivores.

photo animalière

Un cliché obtenu au bout de quelques minutes seulement.
Il faudra de longues heures de mise au point pour atteindre un résultat optimal.
Canon EOS 5D Mark II, zoom 70-200 mm à 80 mm, f/4, 1/1250 s, 1 600 ISO,
barrière infrarouge avec dispositif de gestion de relevé de miroir

Schéma type d'un dispositif de piégeage photographique pour les oiseaux.

Les barrières à infrarouge sont également capables de déclencher les flashes. Ce système est utilisé notamment pour la photographie d'espèces nocturnes comme les chouettes ou les chauves-souris, la technique consistant à passer l'appareil photographique en mode Bulb (diaphragme ouvert sur de très longues périodes) et de donner un coup de flash au passage des animaux dans les faisceaux déclencheurs.

Le gros avantage de ce système est que la limite de vitesse n'est pas régie par l'obturateur de votre boîtier mais par la lumière des flashes, qui est à déclenchement instantané. Un seul flash sera connecté à la barrière infrarouge, et l'éclair émis permettra de provoquer l'allumage de tous les autres flashes, paramétrés en mode esclave (via un déclenchement par cellule photosensible). En contrepartie, cette méthode demande une bonne maîtrise des calculs de puissance de flashes, qui devront être réglés manuellement.

Info
Bien que les matériels actuels disposent de systèmes de mesure très perfectionnés, il est toujours utile de connaître les bases de calcul des nombres guides, et plus particulièrement pour la mise en œuvre de piégeages photographiques.

Le nombre guide d'un flash est une grandeur normalisée qui caractérise sa puissance pour une focale de 50 mm à une sensibilité de 100 ISO. Noté NG, il est calculé selon l'ouverture du diaphragme f et la distance D entre le flash et le sujet : NG = f x D

Ainsi, avec un flash d'un nombre guide de 50 et utilisé à f/4, la portée utile sera de 12,5 mètres.
Reportez-vous à la documentation de votre flash pour savoir quel nombre guide correspond aux fractions de puissance de ce dernier. Il sera également très utile de connaître la durée de l'éclair à pleine puissance, afin de déterminer quelle fraction de puissance il sera utile d'utiliser pour atteindre la vitesse optimale pour figer votre sujet.
Attention, si vous utilisez plusieurs flashes, les nombres guides ne s'additionnent pas. Utilisez la formule suivante :
NG1+2=(NG 1+ NG 2 2) 1/2

Si par exemple vous utilisez deux flashes de nombre guide 50 et 32, la puissance nominale totale obtenue sera de :
(50 2+32 2) 1/2=59,36

L'augmentation de la sensibilité ISO de votre boîtier ne régit également pas le nombre guide final de manière linéaire. La puissance résultante répondra à la formule suivante :
NG = NG Départ x (ISO / 100) 1/2

Un flash de nombre guide 50 utilisé à 400 ISO, donnera par exemple une puissance résultant de
50 x (400 / 100) 1/2 = 100


Cet article est tiré de l'ouvrage
La photo animalière
de Cédric Gérard
paru aux éditions Pearson France.

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Cédric Gérard
 
Informaticien de métier, Cédric Girard a découvert la photographie sur le tard, alliant sa passion des chats et de la nature à celle de la prise de vue en technologie numérique. Technicien dans l'âme, avide de connaissances et naturaliste éclairé, il pratique depuis la photographie animalière et de nature de façon assidue. Son travail est diffusé par l'agence BIOS PHOTO et a fait l'objet de nombreuses parutions.



La photo animlière

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