Cet article est tiré de l'ouvrage
L'art de l'éclairage
de Jean Turco
paru aux éditions Pearson France.

Plans d'éclairages Portrait

- Portrait femme sur fond noir
- Portrait femme sur fond noir
- Portrait enfant sur fond bleu

- Créer un réflecteur


L'art de l'éclairage

L'art de l'éclairage

Matériel mis en œuvre

Fond  Papier noir (3)
Lumière principale  Boîte à lumière sur torche de 750 joules (1)
Lumières secondaires Torche de 750 joules & équipé réflecteur pour fond (2)
Masques – réflecteurs – filtres, etc.  
Boîtier Nikon D2Xs
Objectif Nikkor f/2,8 de 35-70 mm. Focale utilisée : 50 mm
Équivalence full frame / 24×36 Environ 50-105 mm. Focale utilisée : 75 mm (valeurs approximatives)
Sensibilité 100 ISO
Temps de pose 1/60e de seconde
Diaphragme f/11

On n'invente plus rien. En matière de portrait, en matière de lumière pour les éclairer et même en matière de cadre, tout a déjà été fait et souvent mieux que l'on ne peut l'imaginer. Il est des fonds sombres qu'il me plaît de faire, chauds, avec une zone de lumière à peine plus claire rayonnant à hauteur du menton dans le côté sombre, opposé à la source lumineuse, silhouettant le visage jusqu'à l'épaule et une grande partie du bras. Eh bien, cette lumière que j'aime, je l'ai retrouvée l'autre jour dans une de mes petites librairies vénitiennes vieilles et encombrées, une de celles où l'on ne parle que « veneto », derrière San Marco, au milieu d'une pile instable de vieux livres d'art poussiéreux, odorants, malodorants, livres qui m'enchantent, images qui m'émerveillent. Elle était en couverture, cette lumière, dans un portrait illustrant un ouvrage sur Ferdinand Voet, dit « Ferdinando de' ritratti ». Contemporain de Louis XIV, ce peintre qui a arpenté Venise n'utilisait ni Balcars, ni boîtes à lumière. Quant à la photographie, les parents de ses inventeurs devaient encore voir le jour lorsque Ferdinand s'en est allé vérifier l'existence du paradis. « Ferdinando de' Ritratti » ! Si on l'avait renommé « des portraits », le Ferdinand, c'est qu'il en faisait quelques-uns qui ne déplaisaient pas, et les reproductions que l'on en retrouve, en noir et blanc dans de vieux livres, sont pour moi un véritable enchantement. L'ai-je copié sans le connaître ? Ai-je mémorisé, pour l'avoir vue sans m'y intéresser et sans en avoir conscience, la photographie en noir et blanc de l'une ou l'autre de ses œuvres ? Il faudra qu'un de ces jours j'en parle à un « psyquelquechose ». Mais plus tard ; pour le moment je n'ai pas trop le temps.

Prise des vues

L'art de l'éclairage

La lumière principale est créée par la boîte à lumière (1) placée de trois quarts face, haut, à l'endroit où elle éclaire toujours les yeux et s'y reflète à neuf heures tout en formant sous l'œil qui est opposé à son rayonnement un triangle de lumière dont la pointe, en bas, est formée par l'ombre du nez qui le clôt en recouvrant la lèvre. Afin d'obtenir la meilleure performance de l'optique, le diaphragme de f/11 est préféré à tout autre lorsque n'est pas recherchée une profondeur de champ particulière. Ce 35-70 ouvert ici à 2,8 est d'excellente qualité bien plus ouvert, mais ce diaphragme est choisi par habitude et sécurité. L'avantage de la photographie en studio au moyen de flashes électroniques est justement cette facilité qu'elle offre de pouvoir choisir l'ouverture idéale pour l'effet recherché et ainsi se caler sur le diaphragme que l'on a déterminé comme étant le plus efficace lorsque l'on désire privilégier la netteté. Parenthèse un peu longue… Pour résumer et clore le paragraphe, je terminerai donc en précisant que le fond noir est devenu sur la zone éclaircie ce gris foncé qui était recherché en étant exposé à f/16 et un cran.

L'art de l'éclairage

Postproduction

Comme toujours, une fois le recadrage effectué, l'image a été nettoyée de toutes les imperfections qu'elle pouvait comporter et les densités ont été réglées plus finement. Le noir a été réchauffé en bichromie, puis l'image adoucie par zones au moyen de masques à base de flou gaussien. Pourquoi rechercher un maximum de netteté à la prise de vue et adoucir l'image en post-traitement ? Une veille habitude que j'ai et qui date de l'époque où je ne réalisais de portraits qu'avec le 135 macro d'Hasselblad avant d'adoucir sous l'agrandisseur par combinaisons de « softars ». L'avantage d'avoir un négatif ou un fichier Raw parfait est que si ce flou ne me convient plus demain, je pourrai toujours retirer l'image sans l'adoucir, alors que si j'ai Cokiné au départ, je resterai pour toujours avec mon fichier flouté. 


art éclairage portrait

Matériel mis en œuvre


Fond  Papier noir (3)
Lumière principale  Torche de 800 joules équipée d'une boîte à lumière 100 × 35 cm
Lumières secondaires Torche crayon Balcar 1 200 joules
Masques – réflecteurs – filtres, etc.  
Boîtier Nikon D2Xs
Objectif Nikkor f/2,8 de 80-200 mm. Focale utilisée : 80 mm
Équivalence full frame / 24×36 Environ 120-300 mm. Focale utilisée : 120 mm (valeurs approximatives)
Sensibilité 100 ISO
Temps de pose 1/250e de seconde
Diaphragme f/11

Les torches crayons sont des torches particulières, sans réflecteur, qui se montent sur un générateur – en l’occurrence un Balcar 2 400 joules – et sont particulièrement utiles dans la photographie d'intérieurs, car il est possible de les intégrer dans un dispositif où elles remplacent la lumière d'une ampoule domestique. Ce type de torche convient parfaitement pour l'image illustrée ici, d'une part parce qu'elle est facile à dissimuler derrière la tête du modèle et d'autre part parce qu'elle va non seulement éclairer les cheveux, mais aussi le fond. On équilibrera l'effet recherché en jouant sur la distance et les espaces « fond-torche-tête » et sur le réglage de la puissance en veillant à ne pas surexposer exagérément les cheveux, qui risqueraient de perdre toute leur netteté par un effet d'enveloppement d'une lumière souvent bleuâtre et toujours inesthétique.

Pour ceux qui ne disposeraient pas de ce type de torche, c'est-à-dire 95 % des photographes lecteurs de ce guide : pas de problème, il n'y aura qu'à utiliser une torche classique démunie de réflecteur et la diriger sur la chevelure pendant qu'une autre torche éclairera le fond.

Pour ceux qui ne disposeraient pas de flashes, il reste la possibilité d'utiliser une ampoule de 500 watts montée sur une lampe de chevet déséquipée de son abat-jour, mais il faudra alors disposer d'un modèle très statique (n'espérez pas photographier ainsi vos enfants turbulents), d'un pied stable et de beaucoup d'attention pour éviter d'enflammer la chevelure du modèle.

Et ceux qui n'ont même pas l'ampoule de 500 watts, ni la lampe de chevet à dés-abat-jourer ?, me demandera le taquin ! Pas de problème non plus, qu'ils prennent contact directement avec moi et je leur prêterai la torche crayon dont il était question en début du paragraphe.

Prise des vues

art éclairage portrait

Rien de bien particulier, il suffira de commencer le réglage de la lumière par la mise en place de la torche crayon (2) afin qu'elle n'apparaisse pas dans l'image et qu'elle éclaire, avec l'importance désirée, le fond papier qui sera choisi de couleur sombre (le noir étant idéal) et les cheveux. On calera sa puissance au variateur d'intensité pour qu'elle donne un diaphragme de f/16 sur les cheveux et de f/22 et 5/10e sur le fond. Il ne restera plus alors qu'à positionner la boîte à lumière (1) à la bonne hauteur pour obtenir le triangle de lumière sous l'œil opposé à la source et le reflet de la boîte à lumière à 10-11 heures dans les yeux. Elle sera réglée pour donner un diaphragme de f/11 sur le visage.

art éclairage portrait

Postproduction

Une fois recadrée, l'image a été passée en bichromie de noir Pantone Black 6C et gris Pantone Warm Gray 7C. Les contrastes ont été réajustés, la peau légèrement lissée et le tout filtré pour obtenir une image plus douce. Il n'a pas été nécessaire de vigneter, car la lumière sur le fond produisait d'elle-même le vignettage désiré.


art éclairage portrait

Matériel mis en œuvre


Fond Papier bleu
Lumière principale Torche cinéma-vidéo de 1 000 watts avec volets (1)
Lumières secondaires  
Masques – réflecteurs – filtres, etc.  Réflecteur blanc, panneau polystyrène 100 × 200 cm (2)
Boîtier Nikon D2Xs
Objectif Nikkor f/2,8 de 35-70 mm. Focale utilisée : 50 mm
Équivalence full frame / 24×36 Environ 50-105 mm. Focale utilisée : 75 mm (valeurs approximatives)
Sensibilité 100 ISO
Temps de pose 1/15e de seconde
Diaphragme f/2,8

Bien que véritable artiste en matière de reportage, Arthur Fellig, dit Weegee, disposant d'un matériel qui n'était en rien comparable à celui que l'on trouve aujourd'hui, ne pouvait souvent opérer qu'en utilisant la lumière d'un flash imposant même pas électronique. Si votre idée n'est pas de marcher sur ses traces et que les yeux rouges ne vous semblent pas un maquillage valorisant, rangez le flash que vous comptiez fixer sur votre appareil ou cherchez dans le menu des boîtiers récents le mode « off » qui commande cette lumière intégrée et se met en action automatiquement dès que la lumière s'appauvrit. La lumière portable, électronique et d'appoint peut être utile, voire indispensable dans un grand nombre de situations, mais pas pour un portrait ! Une exception existe, comme toujours : c'est la réalisation d'images où le concept prime sur l'esthétique et une exposition bien montée de trente ou cinquante tirages géants de portraits aux yeux rouges vif aurait un sens que n'a pas une photographie isolée. Si un tel projet vous séduit, écrivez-moi afin que je vous en confie les clefs.

Le flash étant mis hors d'état de nuire, il n'en reste pas moins qu'un minimum de lumière est utile, puisque le principe et l'origine même du mot « photographie » est d'écrire avec la lumière. Une seule source peut suffire à faire un portrait et rares sont les intérieurs où il n'est pas possible de la trouver, sachant que même l'ampoule nue pendant du plafond au bout d'un fil est une source qui en vaut bien d'autres. Il suffit alors de positionner le modèle afin que cette lumière l'éclaire sous le bon angle, un point c'est tout.

Prise des vues

art éclairage portrait

La difficulté est ici le peu d'intensité de la lumière utilisée. En effet, si l'on désire ne pas monter en sensibilité et rester sur les 100 ISO que je conseille de ne jamais quitter, l'exposition sera voisine, avec une optique ouvrant à f/2,8, de l'ordre du 1/15e de seconde – ce qui est peu lorsqu'il s'agit de photographier un enfant plein de vie, qui a plus envie de jouer que de figer son sourire… même si sa mère le lui réclame avec une certaine insistance, ayant décidé de le photographier à un moment qu'il pensait mieux employer. Dites-vous bien qu'un peu de flou de bougé ne nuit pas vraiment si l'expression en vaut la peine et l'extraordinaire portrait de Marylin fait par Avedon en est la preuve éclatante.

2,8 au 1/15e donc pour cet éclairage réalisé au moyen d'une seule source de 1 000 watts, une torche cinéma-vidéo (1), dont la lumière est renvoyée par un grand panneau de polystyrène (2). Une autre solution intéressante serait l'utilisation d'un 50 mm à grande ouverture, on en trouve d'occasion de superbes qui ouvrent à 1,2 (notez bien la virgule pour ne pas confondre avec les optiques plus basiques de 1:2) pour 200 ou 300 euros et d'autres, au rapport qualité/prix exceptionnel, de 50 à 100 euros, qui ouvrent à 1,8.

Nota bene : attention à la profondeur de champ, car plus l'ouverture est grande, plus elle est limitée et peut descendre, selon la combinaison focale, distance et ouverture employée, à quelques poignées de millimètres.

art éclairage portrait

Postproduction

Pas de véritable retouche sur ce type d'image, car en général la peau est lisse… comme une peau de bébé ! Et il n'est pas nécessaire de rajouter un adoucissant au traitement qui se limitera au recadrage et à l'ajustement des densités et contrastes.


Simple, peu coûteux et efficace

Les réflecteurs sont des outils incontournables dans la photographie, en extérieur comme en studio. Pour l'utilisation dans le premier des cas, on en trouve d'excellents : pliables, avec des indices de réflexions modifiables par le changement de leur toile. Mais en studio existe et est irremplaçable un système d'une simplicité enfantine et d'un rapport qualité-prix exceptionnel. Il s'agit des panneaux de polystyrène expansé qui sont utilisés dans le bâtiment et que l'on peut se procurer soit en les volant sur un chantier, ce qui est malhonnête, répréhensible et que je déconseille vivement, soit en les achetant dans un entrepôt fournissant les entreprises du bâtiment.

Ceux que j'utilise mesurent 2 × 0,90 m pour 5 cm d'épaisseur. Une fois que vous aurez ces panneaux, vous pourrez efficacement peindre l'une des faces en noir au moyen d'une peinture à l'eau et vous disposerez ainsi d'un masque qui vous servira à éliminer les retours de lumière et à augmenter les contrastes.

Reste à les faire tenir debout et pour cela, rien n'est plus simple et pratique que ce pied de sol que vous pouvez réaliser en une dizaine de minutes en assemblant, comme sur l'illustration, trois morceaux d'une épaisse planche de bois. Pied que vous peindrez en noir, en blanc ou, selon votre humeur, en noir d'un côté et blanc de l'autre car, honnêtement, l'incidence de sa couleur est tellement subtile que l'on peut ne pas en tenir grand compte.

L'art de l'éclairage



Cet article est tiré de l'ouvrage
L'art de l'éclairage
de Jean Turco
paru aux éditions Pearson France.


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Jean Turco
 
Sociétaire des Artistes Français, Jean Turco est un photographe professionnel, spécialisé dans le portrait, le nu et la nature morte. Outre ses travaux pour la publicité il réalise de nombreuses recherches personnelles pour les galeries et les expositions (plus de 70 ces dernières années : Art en Capital au Grand Palais, Paris-Photo au Carrousel du Louvre, etc.)
Maître de stage, il dirige ou organise en Italie et en Europe francophone des ateliers et workshops, voire des événements comme l'Happening « Portraits nus » au Festival Européen de la Photographie de Nu en Arles.



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